• 80 étés, Jeanne HERRY

    80 étés, Jeanne HERRY"Le petit trou était entre mes pieds. Bien au milieu. Et mes pieds pendaient dans le vide. J'étais petite. J'étais grande comme une personne âgée de 6 ans. Ce petit trou était immense à travers lui défilaient des kilomètres de goudron. Petite, j'ai vu la terre d'Afrique. Et pas celle d'Afrique du Nord, non, celle d'Afrique noire, celle où habitent des lions. En descendant de l'avion, nous avons pris un taxi, et le trou dans le plancher de ce taxi, ce petit trou que j'ai fixé des yeux pendant des kilomètres de routes africaines, était d'un exotisme étourdissant, hypnotique. [...] Je comprends aujourd'hui que de ces voyages il me reste tout. Mon corps de bébé a été baigné de chaleur tropicale. J'ai fait des pas incertains sur le sable, sous le soleil. J'ai barboté sans frissonner dans l'eau tiède et claire de la mer. J'ai avalé des épices, enflammé mon palais. J'ai fait des siestes à l'ombre des persiennes et sué dans mes draps. Ma grand-mère était antillaise, mon père est cambré et je brunis au soleil. Le tronc des cocotiers et leur grâce de cou de girafe. Le marché aux poissons et la glace qui fond sur les étals. Le rhum. L'odeur de la canne à sucre coupée. Il me reste cette familiarité-là. Des couleurs, des couleurs. "

    Mon avis :

    Quand j’ai vu Jeanne Herry à la télévision, présenter le film qu’elle venait de réaliser, je me suis dit que je connaissais ce nom. Quelques fouilles plus tard, j’ai découvert « 80 étés » dans ma bibliothèque. Un récit lu il y a sept ou huit ans. N’en ayant que peu de souvenirs, je m’y suis replongée.
    Alors que son grand-père est mourant, Jeanne, 24 ans, se rend à son chevet. Comme souvent, ce départ annoncé fait resurgir des souvenirs. Jeanne retourne dans son enfance et raconte. Le mariage de son grand-père, la naissance de son père, sa mère, sa sœur, la séparation, l’amour qui reste malgré tout bien présent, la sœur et le frère qui viendront ensuite... Une vie parmi d’autres, avec ses bonheurs et ses failles, ses fêlures. Avec pudeur et discrétion, elle raconte ses peines et ses joies, ses complexes...

    Lors de la première lecture, je ne connaissais pas Jeanne Herry. J’ai apprécié son style épuré et son écriture fluide sans vraiment entrer dans l’histoire de sa vie. La relecture fut tout autre sachant qu’elle est la fille de. Les prénoms qu’elle ne donne pas s’inscrivent sous nos yeux et le récit prend un autre sens.

    « La vie, c’est 80 étés en moyenne ». Pas de temps à perdre donc, le temps passe trop vite. Une autobiographie émouvante et souvent drôle, une recherche d’identité, le passage de l’enfance à l’âge adulte... un court récit très doux à déguster simplement.

     

     80 étés, Jeanne HERRY

     

     

     

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  • Commentaires

    1
    Lundi 13 Octobre 2014 à 21:03

    80 étés en moyenne. Avec la retraite à 67 ans, il n'en restera que 13 pour en profiter ... si on a de la chance! 

    2
    Lundi 13 Octobre 2014 à 21:10
    3
    Mercredi 15 Octobre 2014 à 16:13
    Alex-Mot-à-Mots

    C'est vrai que vu comme cela, cela ne fait pas beaucoup d'étés.

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