• L'art et la manière, George V HIGGINS

    L'art et la manière, George V HIGGINSJackie Cogan, homme de main de la Mafia, est chargé d’enquêter sur un vol qui s’est déroulé lors d’un tournoi de poker clandestin. Dans un monde sans foi ni loi régi par les gangsters, il ne reculera devant rien et n’épargnera personne pour débusquer le coupable.

    Avec un franc-parler sans égal, l’efficacité d’un homme d’affaires peu scrupuleux, un sens aigu des faiblesses humaines et un style aussi glacial que son regard, Cogan se lance à corps perdu dans sa quête. Dans le grand bazar des bas-fonds de Boston où prospèrent petites escroqueries en tout genre et violence animale, Cogan fait le ménage pour restaurer l’honneur de ses commanditaires.

     

    Mon avis :

     

    Je n’aime pas être déçue par un livre. Encore moins quand je l’attendais impatiemment. D’autant plus quand il est écrit par un maître du genre que je ne connaissais pas encore et que je tenais à découvrir. Et pourtant…

     

    Déformation professionnelle sans doute, quand je lis un roman, j’aime que la langue soit agréable, la grammaire correcte. Même si c’est un polar.

    Ici, nous sommes plongés dans la pègre de Boston et tous les protagonistes semblent avoir arrêté l’école à 8 ans, tant le niveau de langage est faible. Tous parlent mal, utilisent l’argot à tour de bras, font des fautes de grammaire (« à cause que », mauvais emploi du subjonctif et des pronoms relatifs, contractions fréquentes…), n’utilisent jamais la négation… et c’est valable pour le chef, ses gros bras ou les flics de service. Seul, le conducteur de la Toronado grise s’exprime correctement. (On comprend le fin mot à la fin). Quand l’histoire est bâtie sur 90% de dialogues, c’est très fatiguant à lire.

     

    Ajoutez à cela que ces truands, minables et sans cervelle, respectent la sacro sainte loi du silence et donc ne révèlent que peu de choses oralement, parlant de manière évasive, sans citer de noms, évoquant des faits sensés être connus de tous et donc non expliqués, et vous aurez compris que cette lecture est d’une extrême difficulté. L’auteur n’explique rien, ne fait aucun commentaire. Il se place en permanence en spectateur, extérieur à l’intrigue, qui relaterait juste ce qu’il entend.

     

    L’intrigue, qui ne repose quasiment que sur les dialogues, est aussi complexe. Il faut du temps, beaucoup de temps pour cerner les relations qui existent entre les personnages, comprendre ce qu’ils trafiquent, quelles occupations les font vivre…

    L’histoire s’articule autour de Jackie Cogan, homme de main de la mafia, chargé d’enquêter sur un braquage qui a eu lieu lors d’un tournoi de poker clandestin. Héros désabusé et cinglant, il mènera son enquête sans état d’âme, au milieu des avocats véreux, des gros bras et des escrocs à la petite semaine, remplissant seulement la mission qu’on lui a assignée. Vision sans concession de l’Amérique, l’histoire nous conduit dans les bas fonds de Boston, au sein d’une pègre où certains piétinent les codes d’honneur.

    Paru dans les années 70, ce roman vient d’être enfin traduit en français par Pierre Bondil, et paraît chez Michel Lafon au moment où l’adaptation cinématographique sort sur les écrans américains. « Killing them softly » avec Brad Pitt concourt au Festival de Cannes. Cela n’est sans doute pas dû au hasard.

    Remis dans son contexte (les années 70) le roman est novateur. Un tel niveau de langue n’était sûrement pas chose courante à l’époque. Des personnages qui s’expriment comme ils parleraient dans la vraie vie, cela a dû être une petite révolution en soi. Aujourd’hui, cela l’est moins.

     

    Bref, si l’intrigue est intéressante, la forme fut tellement une torture pour moi, que je ne l’ai pas vraiment goûtée. Sans doute faudrait-il une deuxième lecture pour la savourer vraiment, mais c’est au-dessus de mes forces pour l’instant.

      

    Malgré tout, merci aux éditions Michel Lafon pour ce partenariat qui m'a fait découvrir cet auteur.

     

     

    Yahoo! Blogmarks

    Tags Tags : , , , ,
  • Commentaires

    1
    Jacqueline H
    Mardi 15 Mai 2012 à 15:51

    Voilà une lecture que je ne vais pas tenter ... :-)

    2
    Bondil Pierre
    Mercredi 16 Mai 2012 à 08:09

    Bonjour et merci d'avoir chroniqué ce livre. Vos lecteurs et lectrices sont avertis qu'il s'agit d'une lecture exigeante, ce qui est très bien. Laissez-moi juste préciser que le niveau de langue utilisé dans la traduction est rigoureusement le même que celui voulu par Higgins qui ne juge jamais, se contente de regarder et d'écouter (le seul mot de votre analyse auquel je n'adhère pas est celui de "héros"). Son écriture était tellement novatrice au début des années 70, quand est paru son premier livre, "Les amis d'Eddie Coyle" (dont la traduction est plus facilement lisible mais souvent infidèle et fautive), qu'on peut parler de la deuxième révolution dans le genre policier (au sens large) après celle de "Moisson rouge" de Dashiell Hammett en 1929. Je suis reconnaissant aux éditions Michel Lafon de m'avoir laissé rendre cette nouveauté dans la construction et dans le ton comme j'avais déjà eu la chance de pouvoir le faire chez Rivages avec "Le Rat en flammes" et "Paris risqués", reconnaissant aussi à Maëlle, Estelle et Sylvie qui ont assuré le suivi du texte chez cet éditeur avec un grand professionnalisme et beaucoup d'intelligence, en respectant l'auteur et son texte. L'autre roman de G.V. Higgins que j'ai traduit, "Le Contrat Mandeville" (chez Rivages aussi), relève de la deuxième partie de son œuvre, bien plus diserte, plus facile à lire et, pour moi, bien moins intéressante.

    Très cordialement

    PS : un site américain précise, lui aussi, qu'il est presque impossible de comprendre l'intrigue à première lecture.

    3
    Mercredi 16 Mai 2012 à 08:34
    Anne Sophie

    je me demandais si je le lirai ou non, mais finalement je préfère passer :)

    4
    Mercredi 16 Mai 2012 à 14:22

    Merci beaucoup Monsieur Bondil d’avoir laissé un commentaire éclairant sur mon blog.


    Je me doutais bien que le langage brut et argotique n’était pas votre choix mais celui de l’auteur et cela a dû être d’autant plus dur à traduire, pour respecter la langue d’origine et le style de l’auteur. Le mot héros, après réflexion, est probablement mal choisi, en effet. Personnage aurait sans doute été plus juste.


    Merci aussi de me rassurer quant à ma compréhension laborieuse de l’intrigue. Je ne suis pas seule coupable de ne pas avoir tout saisi du premier coup. Ouf !


     

    5
    j
    Mercredi 23 Mai 2012 à 17:01
    j

    "Un tel niveau de langue n’était sûrement pas chose courante à l’époque."


    => Il faut lire la trilogie noire de Léo Malet pour trouver ce type de langage... C'est génial et c'était en 1947 !

    6
    Mercredi 23 Mai 2012 à 17:30

    Merci J, pour cette information.

    7
    A3
    Mercredi 23 Mai 2012 à 18:42

    ONSOIR JE VOUDRAIS SAVOIR S4EST POSSIBLE D'ACHETER CE LIVRE ET Où ? REMERCIEMENTS A3

    8
    Mercredi 23 Mai 2012 à 18:53

    Il vient de sortir et se trouve dans toutes les librairies. Je l'ai vu ce matin.

    9
    j
    Mercredi 23 Mai 2012 à 19:09
    j

    De rien. Merci pour l'article ;)

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :