• L'empreinte de Tim WILLOCKS

    L'empreinte de Tim WILLOCKS

    Boulevard du polar, Bruxelles ce 11 juin

    Rencontre avec Tim Willocks, médecin et écrivain britannique né en 1957 à Stalybridge (Manchester) et auteur de, notamment, Bad City Blues, La Religion, Doglands.

    Qu’évoque pour vous le mot « histoire » ?

    C’est un mot important. L’Histoire me fascine.
    Que penser de ce paradoxe entre l’inventivité de l’homme et l’existence de la folie dont il est capable, de la destruction dont il se rend coupable ? Il existe depuis toujours un contraste incroyable entre ce que l’homme crée (mythes, légendes, sculptures, peintures, musiques, arts...) et leurs thèmes récurrents comme l’agressivité, les meurtres, la guerre, la violence... C’est fascinant.

    Dans le monde entier, en Chine, en Inde, en Amérique Latine, en Europe... il y a eu des civilisations extraordinaires, inventives, magnifiques qui ont entièrement été détruites, ont disparu. Cette alternance me terrifie.
    Même en considérant l’intelligence des hommes d’aujourd’hui, cela pourrait se reproduire. Cela risque même d’arriver. Comment trouver une société qui fonctionnerait sans qu’on en arrive à la destruction ? Cela m’intéresse.

    Les années 90, c’était hier. On croyait que la société allait changer, que les guerres étaient derrière nous. Et cela recommence. Quand je vois la Grande Bretagne, depuis le début du 20e siècle, elle a toujours été en état de guerre. C’est choquant ! Et la situation internationale s’aggrave. Je ne parle pas seulement du terrorisme mais de l’état déliquescent de nos institutions, de nos gouvernances, des flux migratoires...

    L’Histoire c’est maintenant. C’est toujours maintenant. Nous sommes dans l’Histoire et c’est un devoir de rester vigilent face à cette possibilité de basculer dans le mal. L’avenir nous fera revivre des situations du passé qui nous ont pourtant choqués. Qu’avons-nous appris ?

    C’est comme quand on assiste à une catastrophe ferroviaire. On réfléchit et on se dit que les trains avancent inexorablement l’un vers l’autre. Et que le crash va se produire. C’est le cas avec l’Histoire.

     

    L'empreinte de Tim WILLOCKSMais malgré tout, il y a une rédemption dans vos romans ?

    Cela traduit mon vieux fond judéo chrétien. Dans les autres civilisations, cela n’existe pas. C’est très lié à la notion de l’âme. C’est elle qui est rachetée, pardonnée. C’est extrêmement fort et démontre que nous ne sommes pas seulement faits de chair et d’os et arrivons à une certaine universalité. C’est séduisant, cela permet de répondre au fait que j’ai souvent le sentiment d’avoir failli comme être humain. Il y a les ratages de la vie et aussi une possibilité de guérir, de récupérer son âme. C’est important la rédemption. C’est stimulant !

     

    Je n’en suis pas toujours conscient mais mes personnages ont ça en eux. C’est ainsi qu’ils fonctionnent.
    La lecture permet d’atteindre le plus intime de l’âme de l’auteur et l’écriture, le plus intime de l’âme du lecteur.

    L’histoire, c’est important aussi.
    Un roman, ce sont des mots qui séduisent, parlent au cœur, font vibrer... Ce sont aussi des mots que l’on utilise pour analyser un roman, « psychologiser » une situation. Si vous prenez un roman et une symphonie, il est plus facile de cerner la composition d’un roman, son sens, que ceux d’une symphonie. On perçoit facilement le sujet. Les mots s’effacent pourtant ; on ne peut citer des phrases d’un roman qu’on vient de lire mais l’histoire reste. C’est le plus important.

    Malgré tout, je suis obsessionnel des mots utilisés, de la structure de mes phrases. J’en prends grand soin. Et je sais cependant qu’on les aura oubliés ensuite.

    L’histoire, c’est ce qui reste d’un roman quand on a refermé le livre et oublié les mots. Et cela peut persister longtemps.

     

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  • Commentaires

    1
    Lundi 13 Juin 2016 à 11:13
    Alex-Mot-à-Mots

    J'aime beaucoup la dernière phrase que tu rapportes.

    2
    Loulou
    Lundi 20 Juin 2016 à 21:01

    Merci pour l,interview. Une bonne empreinte sur l,histoire qui nous Donne quelque chose a "psychologiser" pendant un Bon bout de temps. Je vois une symphonie un peu comme une bombe a retardement dans l,espace et le temps.  

    3
    Marguerite de France
    Lundi 4 Juillet 2016 à 08:27

    Merci pour cet interview ! L'homme est rare et, au fond, ne se promotionne pas tant que ça. Aussi, lire un entretien où il livre une part de sa pensée, c'est toujours un grand plaisir pour l'admiratrice que je suis.

    J'ajouterais que lorsqu''il ne reste que l'idée d'un livre, et non des phrases, alors c'est que derrière l’œuvre, se "cache" un écrivain d'envergure. Tim Willocks en fait partie. 

      • Lundi 4 Juillet 2016 à 21:39

        J'ai bien conscience d'avoir vécu une grande rencontre. Merci pour votre message.

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