• La ferme de Navarin, Gisèle BIENNE

    La ferme de Navarin, Gisèle BIENNE«Je suis toujours dans le département de la Marne et je cherche la ferme de Navarin. Les croix des cimetières convergent au loin sur le ciel vide. Des champs de croix, plusieurs champs. Ici, nous sommes presque à mi-distance de la Somme et de Verdun. Je gare la voiture le long d'un champ sous un cerisier et, après avoir à nouveau consulté la carte, je franchis des talus et coupe au court pendant que Blaise me souffle à l'oreille : "N'aie pas peur de marcher dans les ténèbres ou de glisser dans du sang. /On ne sait jamais ce que l'on fait, on ne sait jamais où l'on va. /La vie est dangereuse.»

    Mon avis :

    Pour appréhender ce récit, il faut se mettre d’emblée dans la peau de l’auteur et de sa quête. Sinon, on risque de se perdre dans le dédale de ses pensées et de ses allers-retours dans l’œuvre de Cendrars.
    Il faut aussi savoir que la collection « L’un et l’autre » de Gallimard proposent des œuvres qui
    dévoilent «les vies des autres telles que la mémoire des uns les invente».

    Passionnée par l’écrivain et son œuvre, ayant lu dans sa jeunesse « Prose du Transsibérien et de la petite Jeanne de France » Gisèle Bienne va à la rencontre de Cendrars, sur les champs de bataille de la Première Guerre mondiale. Partie de Reims (où elle demeure), elle prend la route de la Marne puis de l’Argonne. Elle arrive au lieu-dit ferme de Navarin, ne trouvant qu’une pancarte rouillée indiquant « Ici fut la ferme de Navarin ».
    Pourquoi ce voyage ? Pourquoi ce lieu ?
    Engagé dans la Légion étrangère, Blaise Cendrars a participé à la bataille de la Somme puis à l’offensive de Champagne où, le 28 septembre 2015, au nord de la ferme de Navarin, il perd la main droite au combat. Amputé jusqu’au coude, sa vie changera inexorablement.
    Petite-fille de poilus, ayant grandi avec les poèmes et les récits de voyage de Blaise Cendrars, elle accomplit un pèlerinage sur les lieux mêmes de son accident, à la recherche de cette main perdue, en quelque sorte.

    Son récit empreint de poésie raconte son amour de l’auteur, son influence sur sa vie, ses propres écrits. Il décrit les régions traversées, les lieux à la géographie à jamais modifiée par le conflit, les ossuaires ne rassemblant qu’une petite partie des ossements réellement laissés dans ces innommables boucheries, ces vies perdues...
    Elle relate aussi sa rencontre avec un passionné, Yves Gibeau, qui a recueilli avec soin tout ce qu’il a trouvé sur ces terres, dans ces champs. Tout ce que la nature a rendu au fil du temps.
    Elle évoque la mémoire de tous les écrivains qui ont participé à ce conflit, y laissant tous une partie d’eux-mêmes, de leur jeunesse, sinon la vie. Hommage leur soit rendu : Apollinaire, Aragon, Alain-Fournier, Bernanos, Bousquet, Genevoix, Giono, Péguy...

    Un récit unique, poétique et fort. Un hommage à ces soldats, anonymes ou non. Une occasion de (re)découvrir Blaise Cendrars.


    La ferme de Navarin, Gisèle BIENNELa ferme de Navarin, Gisèle BIENNE

     

     

     

     

     

     

     

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  • Commentaires

    1
    Mango
    Samedi 28 Juin 2014 à 10:45
    Mango

    Je relève avec soin ce titre. J'aime beaucoup Cendrars, ses poèmes et Moravagine en particulier. 

    2
    Samedi 28 Juin 2014 à 11:23
    Aifelle

    C'est une belle collection et le thème de ce livre m'intéresse ; je suis allée du côté de Verdun il y a 5 ans, à la recherche de la tombe d'un grand oncle et j'ai été très frappée des traces encore tellement visibles de cette guerre.

    3
    Samedi 28 Juin 2014 à 15:27
    Anne (desmotsetdesno

    Je veux le lire, ce livre, tu n'es pas la première à me donner envie !

    4
    Mardi 1er Juillet 2014 à 18:10
    Kathel

    Repéré grâce au billet de Marilyne... hop, noté !

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