• Le cœur à l'échafaud, Emmanuel FLESCH

    Le cœur à l'échafaud, Emmanuel FLESCH"On les laisse patienter un bon moment, muets comme des ombres, dans cette cathédrale du Code pénal. Certains occupent leur hébétude sur l'écran de leur téléphone, d'autres s'intéressent à leurs chaussures." Cour d'assises de Paris. Walid Z., un jeune de quartier parvenu par de brillantes études à se hisser jusque dans l'intimité de la bourgeoisie parisienne, risque la peine de mort par décapitation.

    Que vient faire la guillotine dans ce décor si familier ?

    Pendant trois jours, les témoins se succèdent à la barre. À mesure que s'esquisse le portrait d'un ambitieux et qu'on interroge sa culpabilité, se dévoile une autre France, parfaitement crédible, où l'extrême droite a pris le pouvoir. Implacable, ce roman choral se déploie comme la suite tragique de notre « roman national » - son ultime chapitre. 

     

    Mon avis :

     

    Cour d’Assises de Paris. Un procès pour viol débute. Mais le suspect risque la peine de mort. Comment est-ce possible ? Walid risque pourtant bien de monter à l’échafaud.

     

    Dans ce roman choral, l’auteur donne la parole à l’accusé, à sa sœur, à des membres du jury… et peu à peu, pendant les trois jours que va durer le procès, le portrait de Walid se dessine de son enfance aux faits qui lui sont reprochés. Insidieusement, on comprend que quoi qu’il dise, quoi qu’on fasse, cela pourra se retourner contre lui. Comme la lecture de son journal intime rédigé à l’adolescence et dont certains passages sont mis en exergue à la lumière de ce viol dont on le dit coupable. Peu à peu s’esquisse aussi ce qu’est devenue la société française. La France ayant élu un président d’extrême droite, de nombreuses lois ont changé. Walid Z n’est pas un Français de souche. Cela aggrave son cas.

    Pourtant Walid a fait des études brillantes à l’université. Il n’est pas connu de la justice, les témoins de moralité le décrivent comme un jeune homme sans histoire, ambitieux et travailleur. Mais c’est un fils d’immigré, il n’a pas 3 grands-parents français. Les immigrés sont classés en différentes catégories, apparitions de couvre-feu, peur d’oser affirmer des idées de tolérance et d’égalité… La bête immonde est revenue.

     

    L’impuissance est le mot central de ce roman : impuissance de Walid à se faire comprendre, de son avocat à le défendre, des jurés dubitatifs à se faire entendre… Sa situation d’immigré pèse trop lourdement dans la balance. Sa réussite aux études cache sans doute quelque chose et le dégoût -qu’il dissimule mal- face au pouvoir en place sont autant de preuves accablantes qu’il est forcément coupable.

     

    Emmanuel Flesch parvient à tenir le lecteur en haleine jusqu’au bout quant au verdict prononcé et sa description de ce futur dystopique, plausible, horrible et tout en nuances malgré tout, est glaçante. Captivant, maîtrisé et d’une grande intensité, ce roman est bouleversant. A lire absolument.

     

     

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  • Commentaires

    1
    Jeudi 5 Mai à 20:06
    eimelle

    rien qu'à te lire, l'émotion est là! 

      • Jeudi 5 Mai à 20:56

        Merci. Oui, c'est très prenant.

    2
    Vendredi 6 Mai à 15:18
    Alex-Mot-à-Mots

    Ma libraire me l'avait conseillé, me je ne l'avais pas pris, finalement. A tord.

      • Samedi 7 Mai à 13:50

        Oui il vaut la peine d'être lu.

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