• Le Consentement, Vanessa SPRINGORA

    Le Consentement, Vanessa SPRINGORASéduite à l’âge de quatorze ans par un célèbre écrivain quinquagénaire, Vanessa Springora dépeint, trois décennies plus tard, l’emprise que cet homme a exercée sur elle et la trace durable de cette relation tout au long de sa vie de femme. Au-delà de son istoire intime, elle questionne dans ce récit magnifique les dérives d’une époque et la complaisance d’un milieu littéraire aveuglé par le talent et la notoriété.

     

    Mon avis :

     

    Il est difficile de parler de ce livre de manière objective tant son sujet me révolte. Mais il est remarquablement écrit et vaut la peine d'être lu.

    L'intelligence de Vanessa Springora est d'avoir pris GM à son propre jeu en l'enfermant dans un livre. Lui qui a bâti sa carrière sur le récit de ses actes délictueux, mettant en scène les très jeunes partenaires sexuels qu'il avait, sans jamais avoir le moindre remord, la moindre conscience qu'il ajoutait le mal au mal.

     

    Dans ce récit à la construction impeccable, les titres des chapitres sont révélateurs : L'enfant, La proie, L'emprise, La déprise, L'empreinte, Ecrire.

    L'auteure présente d'abord sa situation familiale, les conflits qu'elle supporte depuis ses cinq ans, l'inattention de ses parents envers elle, puis l'absence du père et l'inconséquence de sa mère. La rencontre avec GM, figure paternelle et homme attentif, ne pouvait que déboucher sur une méprise de la jeune fille qu'elle était, voyant dans ses marques d'affection l'amour pur et vrai qui lui manquait tant. Jamais, elle ne niera son rôle dans leur relation. Jamais elle ne fera passer pour viol ou agression ce qu'elle vivait avec consentement, persuadée d'aimer et d'être aimée follement. Et c'est là que le livre est bouleversant. Comme toute jeune fille, elle donne par amour, avec pureté et absolu alors qu'il prend en prédateur, calculateur froid et manipulateur. Nous, lecteurs aguerris, on le sait. Elle l'ignore.

     

    Ce récit se lit d'une traite, la gorge serrée. Si vous cherchez des scènes hot, passez votre chemin. Ce récit ne parle que d'amour et de désir. Si vous cherchez de la calomnie, passez aussi votre chemin. Les faits racontés le sont avec mesure et mots pesés. La simple narration de leur histoire suffit à montrer le chasseur, le pervers narcissique qui toujours se victimise et jamais ne joue de son statut d'adulte pour protéger et éloigner l'enfant. L'auteure ne jette pas de noms en pâture à la vindicte populaire. Des initiales, un seul nom, un prénom, c'est tout. 

     

    La plume est précise, puissante, réfléchie, les mots choisis. Il ne s'agit pas de lyncher mais de se dire, de se confier comme on le ferait en thérapie. Avec vérité. Un livre indispensable pour comprendre et que tous ceux de ma génération devrait lire. - Je suis de celle de l'auteure. - Une parole de victime enfin libérée. Un retour sur un assourdissant silence, incompréhensible en 2020. Une voix forte et claire qui met tous les adultes d'hier et aujourd'hui face à leurs responsabilités.

     

    A lire, à faire lire, indispensable. 

     

       

     

    Un article pertinent, une analyse complète qui montre bien que, non, ce n'est pas seulement le fait d'une époque.
    https://les-enfants-en-morceaux.webnode.fr/l/soutiens-de-matzneff-l-heure-des-comptes-a-sonne/?fbclid=IwAR0DL010bjnapIldKNDyv5Qia7HBdCePkwZy_8j2c9UgspvP2j5K769fQ2s

     

     


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  • Commentaires

    1
    Mardi 7 Janvier à 09:48
    Fanny

    Avant que l'affaire éclate, j'ignorais tout de ce Matzneff! Que le choc à la découverte de ces vidéos, des discours de cet homme...

    Ce livre me tente beaucoup pour avoir un autre regard.

      • Mardi 7 Janvier à 22:53

        J'avais déjà rédigé un avis contre son Renaudot en 2013. Depuis je suis son actualité et l'assourdissant silence de ceux qui l'ont invité à leur table ou à leur émission.

    2
    Mardi 7 Janvier à 21:51

    Je ne connaissais pas ce GM avant que tu en parles et que tu en reparles. 

    Ce livre me tente pour voir ce que l'auteure en dit des années après. 

      • Mardi 7 Janvier à 22:53

        Elle confie ce qu'une enfant de 14 ans a cru, espéré, ressenti, vécu. 

    3
    Mercredi 8 Janvier à 18:28
    gambadou

    A voir, je vais attendre que la couverture médiatique soit moins forte.

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    4
    Jeudi 9 Janvier à 21:55
    eimelle

    je le lirai aussi dans un moment, c'et important!

      • Vendredi 10 Janvier à 09:56

        Oui je pense que c'est nécessaire.

    5
    Samedi 11 Janvier à 06:53
    Aifelle

    Ton billet est parfait. Je suis plus âgée que toi, je suis de la génération 68 qui a vu avec colère l'intelligentsia germano-pratine se complaire dans des égarements insupportables. Parce que ce n'est pas vrai que c'était une époque, c'était un milieu. La preuve aujourd'hui lorsque l'on voit les réactions paniquées de ceux qui ont fait le pluis et le beau temps sur la littérature pendant bien trop longtemps. J'ai un respect total pour Vanessa Springera qui a su donner sa version de l'histoire sans acrimonie et sans esprit de vengeance. Elle disait chez Laure Adler (France Inter) cette semaine qu'elle était apaisée. J'en suis heureuse pour elle.

      • Samedi 11 Janvier à 12:35

        Merci pour ton partage d'avis. Je suis tout à fait d'accord avec ce que tu dis. Et moi aussi, je suis contente pour elle si être entendue l'aide et l'apaise. 

    6
    Jacqueline
    Samedi 11 Janvier à 20:43
    Très beau billet ....un récit lu la rage au ventre contre cet abominable G M mais également contre ses parents, tous ceux qui soutenaient ce prédateur dont Cioran, infâme.....
    Bravo à Vanessa pour ce courageux témoignage....
      • Dimanche 12 Janvier à 18:35

        Même ressenti. En tant que maman, on se dit "mais comment ont-ils pu laisser faire ?"

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