• Les guerres intérieures, Valérie TONG CUONG

    Les guerres intérieures, Valérie TONG CUONG« Pourra-t-il vivre avec ce secret, l’enfouir dans un recoin de son âme dont il verrouillerait l’accès, ne plus jamais y penser, ne plus jamais y revenir ? Pourra-t-il soutenir le regard de cette femme qu’il aime tant ? Pourra-t-il mentir jour après jour sans jamais rien laisser paraître ? Oui, le voilà le vertige : la protéger, c’est la trahir. »

     

    Mon avis :

     

    Pax est un comédien frustré. Attendant le rôle de sa vie depuis des décennies, il travaille dans une société de coaching par le théâtre, Théa & Cie. Un appel inespéré de son agent l’enjoint à se rendre à l’hôtel Lutécia où un célèbre réalisateur veut le rencontrer. Alors qu’il est en train de se changer, il entend du bruit à l’étage. Mais pris par le stress de ce rendez-vous, il n’y prête guère attention. Le lendemain, il apprendra qu’un jeune garçon s’est fait violemment agresser chez lui et est dans un état grave.

    Emi est responsable qualité et sécurité dans une entreprise. A la suite d’un remaniement de la société par la DRH, un employé mis sous pression est mort dans un accident de la route. Accident ou suicide ? Emi aurait-elle pu déceler des signes avant-coureurs ?

     

    Hantée par la lâcheté ordinaire et les conséquences qu’elle peut avoir, Valérie Tong Cuong nous offre un roman qui pousse immanquablement à l’introspection. Pax et Emi ont chacun fait preuve d’un moment de lâcheté. Cela aurait pu n’avoir aucune incidence mais cela a, au contraire, entrainer deux drames. Devant vivre avec ce poids sur la conscience, comment l’un et l’autre y feront-ils face ?

    Par le choix d’un narrateur omniscient, l’auteure crée d’emblée une complicité avec le lecteur ce qui permet de mesurer à quel point l’étau de la culpabilité qui les enserre est puissant. Elle nous entraine dans une réflexion sur notre époque où l’instinct de préservation prime avant tout, amplifié par l’incertitude du lendemain dans laquelle nous baignons au quotidien. Face à cette culpabilité qui les ronge, quel choix chacun doit-il faire ? En parler à son entourage ? Se taire pour le préserver ? Mentir pour lui éviter la souffrance ? Mais mentir est-ce protéger ou trahir ? Ce dilemme sera présent tout au long du roman et le lecteur se demandera sans cesse si le courage, ce n’est pas finalement d’affronter l’incertitude.

     

    Sans porter de jugement, ouvrant des questions auxquelles elle n’apporte pas de réponse toute faite, Valérie Tong Cuong nous amène à réfléchir sur les valeurs qui sont les nôtres et sur les choix que nous posons quelquefois sans vraiment en tenir compte. Avons-nous conscience que nos réactions ont toujours un effet, une incidence sur les autres ? Selon elle, sans sentiment de culpabilité, l’humanité s’effondrerait. Ce sont nos systèmes de valeurs qui tiennent la société débout. En effet, après une mauvaise action, consciemment ou non, la culpabilité va nous amener à nous transcender. Un moment de lâcheté est toujours suivi par un moment de générosité et c’est cela qui fait progresser, l’être humain comme la société dans laquelle il vit.

    Malgré le sujet grave, ce roman est optimiste et tant à nous montrer qu’il y a toujours une lumière au bout du tunnel. L’auteure cherche plus à nous convaincre qu’après la chute il y a un relèvement possible qu’à nous enfermer dans nos manquements car on puise alors en soi des ressources insoupçonnées.

    Comme à son habitude, Valérie Tong Cuong touche à notre humanité à travers des personnages cabossés par la vie. Soutenu par une écriture agréable et fluide, ce roman au propos d’une grande intensité nous fait passer par diverses émotions même après la chute.

     

    Les guerres intérieures, Valérie TONG CUONG 

     

     

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  • Commentaires

    1
    Jeudi 3 Octobre à 16:04
    Alex-Mot-à-Mots

    Ce que tu dis de ce roman me tente. Merci pour le conseil.

      • Jeudi 3 Octobre à 17:33

        Les avis sont mitigés mais j'ai vraiment aimé. Et plus encore quand j'ai appris que le point de départ, c'est l'agression de son fils dans le hall de son immeuble, devant un voisin qui n'a pas bougé.

    2
    Jeudi 3 Octobre à 21:13

    Je ne connais pas l'auteure, je n'ai rien lu d'elle...

    Bonne fin de semaine. 

      • Samedi 5 Octobre à 11:31

        Ses romans font souvent appel à la remise en question, la possibilité de rebondir après un échec, ils positivent sans être mièvres.

         

    3
    Vendredi 4 Octobre à 07:35
    eimelle

    j'ai globalement aimé aussi!

    4
    Lundi 7 Octobre à 22:43
    Noukette

    Lu aussi et beaucoup aimé ! Il me reste à mettre mon avis en mots maintenant, j'ai un retard fou dans mes billets... :-)

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