• Nord Alice, Marc SEGUINObsédé par Alice, qu’il vient de laisser à Queens, un médecin s’exile à Kuujjuaq, son monde à elle. Il y soigne de son mieux des corps dont les profondes cicatrices sont le plus souvent invisibles. Entre deux patients, quand il n’en peut plus de penser à elle, il consomme des femmes sur le web ou va pêcher. Là, le ventre étendu sur la banquise qui fond, il calme sa faim en mangeant du poisson cru. Et, dans le silence du Nord, il remonte le temps pour essayer de s’expliquer. Il s’invente une histoire, s’inspirant des hommes qui l’ont précédé, depuis Roméo, l’arrière-grand-père, le premier de sa généalogie à avoir tué un homme, sur les rives du Klondike. Que sème-t-on derrière soi dans la fuite ?

    Mon avis :

    Nord Alice est avant tout un récit de voyages.

    Le narrateur nous conte son histoire d’amour et de tempêtes qui l’a laissé ravagé au point de le pousser à partir loin, dans le Nord. Il est beaucoup trop qualifié pour s’exiler dans le Nunavik où il devient médecin urgentiste mais il espère s’y retrouver.
    En parallèle à son histoire de couple qu’il nous livre par bribes, il se remémore celle de sa famille. De son arrière grand-père Roméo, à la sienne, il explore des histoires d’hommes, de souffrance, de lutte, de fuite.

    Pour moi, l’essentiel de ce roman multiple n’est pas l’histoire d’amour avec Alice, dont les souvenirs sont plutôt crus et sans réelle profondeur. Elle sert de prétexte à des explorations plus intimes qui aideront le narrateur à devenir un homme plus fort, plus fiable.
    Cette fuite dans le Nord est avant tout un périple intérieur. A son arrivée, il est tellement centré sur sa peine qu’il est incapable d’empathie pour ses patients et ne parvient pas à s’ouvrir aux autres. Il pose des gestes mécaniques qui soignent les corps mais il évite soigneusement les âmes et les cœurs. Il suture les plaies comme il essaie de recoudre ses propres déchirures. Avec le même sang froid. La narration de ses journées de travail est l’occasion de découvrir la vie des autochtones aujourd’hui et leurs conditions d’existence sans apitoiement ou culpabilisation. Il évoque les torts causés à un peuple et les conséquences telles qu’il les vit, les soigne. Sans émotion.

    J’ai par contre beaucoup aimé ce retour sur l’histoire de sa famille : une lignée d’hommes élevés sur une terre ingrate, en lutte contre une nature hostile. Des hommes sans cesse confrontés à la mort. Ce retour dans le temps apporte au récit la sensibilité et l’intensité qui manquent à son histoire de couple dysfonctionnel. On traverse les époques et les épreuves aux côtés de ses ancêtres et l’on découvre un peu de la vie d’autrefois.

    Enfin, j’ai été plus que séduite par le voyage à travers des paysages magnifiques. L’auteur nous décrit des périples chaotiques en train, des parties de pêche, des trajets en motoneige... et on en perçoit les sons, les odeurs  autant que la morsure du froid, le goût de la chair crue du poisson, la luminosité de la neige au soleil ou la profondeur de la nuit. Marc Séguin a l’œil, le regard aiguisé du peintre qu’il est et cela transparait dans son style superbement descriptif. J’ai aimé son écriture vive, précipitée. Son narrateur saute d’une pensée à l’autre, établit des parallèles entre hier et aujourd’hui, entre la vie des Inuits et celle de ses ancêtres fermiers, entre les turpitudes des hommes d’hier et celles de ses contemporains.
    Il nous parle de mort, de vie, d’amour, de famille. Il nous parle de nous. Et cela touche.

     

     

     

     

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  • Tout ce qu'on ne te dira pas, Mongo, Dany LAFERRIEREUn après-midi d'été, l'écrivain croise sur la rue Saint-Denis un jeune homme, Mongo, qui vient de débarquer à Montréal. Il lui rappelle cet autre jeune homme arrivé dans la même ville en 1976. Le même désarroi et la même détermination. Mongo demande : comment faire pour s'insérer dans cette nouvelle société ? Ils entrent dans un café et la conversation débute comme dans un roman de Diderot. C'est ce ton léger et grave que le lecteur reconnaît dès le début d'un livre de Laferrière:« Tout nouveau-né est un immigré qui doit apprendre pour survivre les codes sociaux. Une société ne livre ses mystères qu'à ceux qui cherchent à la comprendre, et personne n'échappe à cette règle implacable, qu'on soit du pays ou non.» Laferrière raconte ici quarante années de vie au Québec.

    Mon avis :

    Je n’avais encore jamais lu Dany Laferrière que j’ai pourtant rencontré deux fois.

    Dany Laferrière nous propose un dialogue entre un homme mûr, vivant au Québec, et un jeune immigré, Mongo. Ce dernier fraîchement débarqué souhaite déjà conquérir une jeune fille. Il va lui expliquer le pays, ses habitudes, son histoire. Comment s’insérer dans une nouvelle culture si on ne sait pas comment vit le natif ? Ce qu’il pense, sa vision du monde ? Cette conversation est entrecoupée d’observations. On est tantôt avec Mongo et le vieil écrivain dans un café, tantôt à la radio lors d’une chronique ou dans un carnet de notes.
    Il est amusant de voir que cet ouvrage atypique, sorte de manuel de la vie au Québec, est écrit par un Haïtien d’origine. Sans doute parce qu’il a le recul nécessaire pour parler de la culture québécoise qu’il voit et vit de l’extérieur mais aussi parce qu’il a lui-même été dans la situation de Mongo et a dû apprivoiser le Québec autant qu’il a été apprivoisé par ses habitants. Mais son livre ne s’adresse pas qu’aux nouveaux arrivants. Il est aussi un miroir pour les Québécois, un regard sensible et généreux porté sur eux.

    A la fois profond et léger, ce livre est une ode au Québec. Le portrait que Dany Laferrière nous en fait est aussi tendre qu’incisif, résultats de longues et précises observations accumulées au fil du temps. Il y est question de la mouvance des peuples, d’immigration, d’intégration mais aussi d’avenir, de vivre ensemble et d’influences réciproques.

    Un récit savoureux au ton parfois léger, parfois sérieux qui invite surtout à se parler, à aller vers l’autre. Et qui me donne terriblement envie de retourner au Québec.

     

    Tout nouveau-né est un immigré qui doit apprendre pour survivre les codes sociaux. Une société ne livre ses mystères qu’à ceux qui cherchent à la comprendre, et personne n’échappe à cette règle implacable, qu’on soit du pays ou non.

     

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  • Albert sur la banquette arrière, Homer HICKAMC’est l’histoire d’un couple où l’un aime et l’autre pas. 
    C’est l’histoire de Homer, honnête mineur de Virginie, d’Elsie, sa jeune épouse aux rêves déçus, et d’Albert. 
    Mais qui est donc Albert ?
    Un alligator. Un cadeau de mariage qu’Elsie a reçu du grand amour de sa vie quand elle s’est résignée à épouser Homer. Une petite bête facétieuse et un peu cruelle,  qui s’interpose sans cesse entre elle et son mari.  
    Que fait Albert sur la banquette arrière ?
    On le ramène chez lui. Exaspéré par les tours féroces que lui joue l’alligator, Homer pose un ultimatum à Elsie : c’est Albert ou lui…

    Mon avis :

    Cet étrange récit n’est pas sans rappeler l’histoire du fakir dans l’armoire Ikea. Ce road trip burlesque aux nombreux rebondissements s’inspire de l’histoire des parents de l’auteur. L’histoire d’un couple de Virginie en route vers la Floride pour rendre la liberté à un alligator.

    Volontairement naïf et loufoque, ce récit mêle souvenirs de famille, faits réels, histoires rapportées et fiction. On le sait dès le départ ; on s’attend donc à ce qu’il soit surréaliste. Et de ce côté-là, on n’est pas déçu. Si le loufoque n’est pas votre tasse de thé, passez votre chemin. Si vous pouvez aller au-delà, vous prendrez plaisir à cette lecture atypique où il se passe toujours quelque chose.

    L’auteur aurait pu cependant limiter les rebondissements et approfondir certaines situations. Mais malgré tout, j’ai apprécié cette histoire fluide, cocasse, parfaite pour une lecture d’été.

    Au-delà du récit de voyage, il y a l’histoire de ce couple qui se découvre peu à peu, au fil des kilomètres. La relation tendue au début se relâche, chaque situation nouvelle révélant un aspect inattendu de la personnalité de l’autre. Sortis du quotidien, ils semblent laisser leur vraie nature affleurer.

    Le cadre spatio-temporel est également intéressant. Nous sommes aux Etats-Unis, dans les années trente, la Grande Dépression fait rage. Les mineurs travaillent dur pour un salaire de misère, les usines font faillite car la population n’a pas les moyens d’acheter plus que le strict nécessaire -un quart de la population active est au chômage. Dans ce climat de crise, les premiers syndicats se mettent en place et certains Américains tentent de s’enrichir avec la contrebande d’alcool. Ce petit côté roman noir est ce que j’ai le plus apprécié.

    Une fable sur l’amour conjugal, les obstacles de la vie, l’espérance, le tout dans un style léger empreint d’une fantaisie bienvenue en ces temps moroses.

    Merci à Masse critique de Babelio et aux éditions Mosaïc pour cet envoi.

     

     

     

     

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  • 50 façons de dire fabuleux, Graeme AITKENBilly Boy a douze ans et vit en Nouvelle-Zélande avec ses parents fermiers. Peu intéressé par les charolaises et les brebis, Billy préfère s’évader dans un monde imaginaire où il se métamorphose en la belle Judy Robinson, l’Héroïne de « Perdu dans l’espace », sa série télévisée préférée. Les champs de navets deviennent alors des paysages lunaires, la liseuse lavande se sa mère une combinaison spatiale ultra-moulante et les chiens de son père de répugnants extraterrestres. Mais avec l’adolescence, cet univers kitsch et illusoire ne tarde pas à s’effondrer.

    Mon avis :

    A voir la couverture, on s’attendrait à un récit bucolique relatant les aventures fantasmées d’une bande d’enfants. Mais l’entrée en adolescence est une période où l’on vit des émotions intenses. On n’aime pas, on adule ; on ne déteste pas, on hait ; on n’est pas triste, on est malheureux à en mourir. Toutes ces émotions vont traverser l’histoire que nous conte Billy Boy, l’année de ses douze ans, sa dernière année d’école primaire. Une des plus intenses. Celle des découvertes, des questionnements, des premières amours et des émotions qui les accompagnent.

    Billy Boy, un jeune néo-zélandais, vit à la campagne avec son père fermier et sa mère, ex-infirmière psychiatrique. Une citadine aux idées bizarres, venue se perdre à la campagne. Son père, lui, a les pieds sur terre et une obstination héréditaire. Pour lui, on est fermier de père en fils et quand on est un homme, on aime le rugby et on y joue ! Mais Billy Boy préfère imaginer des aventures copiées sur la série « Perdu dans l’espace » et les vivre avec sa cousine Lou et sa sœur Babe. Il tient le rôle de Judy Robinson, l’héroïne, alors que sa cousine préfère de loin les rôles masculins. Il aime aussi jouer des saynètes de Shakespeare avec sa tante et se déguiser pour l’occasion, ce qui ne manque pas de faire rire ses copains dont les réflexions acerbes fusent. Un jour, Arch, le caïd de la classe, lui lance brutalement « Arrête de jouer les tantouzes ». Il a trouvé sa voie : il jouera les tantouzes ! Mais il ignore complètement ce qu’est une tantouze et à qui poser la question.

    Ce roman bien traduit est rédigé dans une écriture fluide et agréable qui donne envie d’avancer dans la narration. Cette tranche de vie linéaire nous permet d’appréhender avec justesse les difficultés de vie d’un enfant sensible dans un univers rude où il ne trouve pas sa place. Au sein de ce village où tout le monde sait tout sur tout le monde et jacasse sans cesse, Billy Boy se sent incompris. Ses différences le placent d’ailleurs souvent au centre des railleries de ses camarades, que ce soit à l’école ou dans le club de rugby. Ce personnage est particulièrement attachant, touchant. On y retrouve un peu de nos premiers émois, des premiers échecs et des interrogations que chacun connait au sortir de l’enfance.

    La cruauté des enfants, l’horreur de la puberté qui transforme les corps, le malaise qu’elle provoque, la naissance des émotions et le choc de sentiments contradictoires sont au cœur de ce récit initiatique. On le lit d’une traite car il est à la fois joliment écrit, touchant, cruel, drôle et grave. Graeme Aitken parle vrai, ne dissimule rien des tourments de Billy et ne tombe jamais dans la facilité ou la sensiblerie.
    Une histoire simple comme il s’en vit tous les jours à conseiller aux jeunes ados.

     

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  • Le fils du capitaine, Nedim GURSELSur ses vieux jours, un ancien journaliste relate au magnétophone les événements importants de sa vie. Élevé par sa grand-mère sous la férule d’un père militaire, autocratique et bambocheur qui soutiendra le coup d’État de 1960, il passe une grande partie de sa scolarité comme interne boursier au lycée Galatasaray d'Istanbul. Ces souvenirs d’enfance et d’adolescence sont marqués par l’absence de la mère, morte lorsque le narrateur était très jeune, par la tyrannie et parfois la brutalité du père, par la réclusion entre les murs du lycée que la camaraderie, les blagues de potache, l’éveil de la sexualité rendent un peu moins pénibles. Dans ce récit tour à tour drôle, amer et cynique, émaillé de considérations sur la Turquie d’aujourd’hui et sur son président, affleure à chaque page une rébellion à peine voilée contre l’autorité, qu’elle soit paternelle ou étatique.

     Mon avis :

    Ce récit est avant tout celui de la lutte d’un homme contre l’autoritarisme.
    Orphelin de mère très jeune, le fils du capitaine ne pourra jamais compter sur l’amour paternel, pas même sur sa considération. Très vite, il sera envoyé en pension et confié à sa grand-mère le reste du temps. Arrivé en fin de vie, encouragé par sa fille, il confie ses souvenirs à son magnétophone.
    Du haut de son appartement, solitaire, il contemple Istanbul, aussi belle qu'indifférente et se raconte, puisant son inspiration dans le soleil levant sur le Bosphore. Le fil est un peu décousu, un souvenir chassant l’autre, et on a quelques fois du mal à suivre. Mais n’en va-t-il pas de même de tout récit d’une personne âgée ?

    La plus grande partie se déroule au lycée Galatasaray d’Istanbul que le Général de Gaulle visitera lors d’un voyage officiel. La dure vie de l’internat est adoucie par les amitiés nouées et les bêtises d’adolescents. En parallèle à ses souvenirs personnels, le narrateur relate la radicalisation de la politique et les changements qu’elle apporte au pays. Sans jamais nommé l’autorité turque actuelle, Nedim Gürsel l’égratigne dès qu'il peut. Le personnage du Premier ministre qui énerve tant le narrateur en raison de son omniprésence sur les chaines turques est le double littéraire du président Erdogan.

    A travers l’histoire d’une famille à la dérive, Nedim Gürsel nous raconte la Turquie contemporaine, déchirée entre modernité et tradition, orient et occident. Le journaliste devenu vieux a la voix de l’auteur, exilé à Paris depuis que ses écrits lui ont valu plusieurs procès en Turquie.

    Ce roman oscillant entre nostalgie et ironie est à la fois un récit émouvant sur la vieillesse, la mort, la solitude et une histoire riche mêlant avec finesse le passé et l’avenir.
    Un ouvrage que je ne peux que vous conseiller, non seulement pour l'écriture de l'auteur mais parce que l'actualité rejoint une fois de plus la fiction.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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  • Dis, est-ce que ça repousse les ailes ? Brigitte JACQUES, Aurélia JACQUESChacun redécouvre " ses paysages " à travers ceux de ce petit livre ensoleillé et dense... Je souhaite qu'il s'envole dans toutes les directions et, comme l'oiseau, aille se poser sur les genoux de ceux et celles qui ont le goût " de l'intérieur ", de la poésie et du silence. 

    "Dans chaque souffrance, il y a un bout de chemin qui va vers le printemps" dit-il avec une infinie tendresse.
    Je sentais bien qu'avant de venir se poser près de moi, il avait fait un long voyage. Je sentais bien qu'il me faisait cadeau de ses paysages...

    Mon avis :

    Il y a un an qu’une amie m’a offert ce livre.
    Je ne sais pourquoi, je ne l’ai jamais chroniqué. Pourtant, il fait partie de ceux que je relis volontiers. Je l’ouvre aussi parfois au hasard et savoure quelques lignes. C’est un conte optimiste qui parle à tous. Il fait du bien.

    Cet ouvrage rectangulaire, horizontal attire l’œil par son style épuré et atypique. Des aquarelles dans les tons verts illustrent le texte imprimé sur papier glacé, uniquement du côté droit. Ainsi, on jouit de l’entièreté de la page en un clin d’œil.

    Mélodie, une fillette curieuse, dialogue avec un oiseau. Sa principale interrogation est de savoir si les ailes repoussent une fois brisées. De fil en aiguille, les réponses de l’oiseau amèneront d’autres questions et celui-ci invitera Mélodie à trouver ses propres réponses.

    Mélodie et l’oiseau blanc ressemblent au Petit Prince et au renard. L’une et l’autre se pose des questions sur la vie. Ici on parle de souffrance, d’orage, de cages, de liberté... Un animal doué de sagesse leur répond. C’est un conte philosophique à plusieurs lectures. Les enfants y trouveront une belle histoire, les grands seront renvoyés à leur propre vie et questionnement.

    On est touché par la beauté du texte et des illustrations qui s’harmonisent parfaitement. Le tout peut sembler naïf si on s’arrête au premier degré. Mais c’est un livre qui fait du bien et que l’on devrait tous s’offrir les uns les autres. C’est d’ailleurs de cette façon que Brigitte Jacques, l’auteur belge de ce conte a vu son livre se vendre à près de trente mille exemplaires depuis sa sortie en 2011. Le bouche à oreille a servi de promotion à un ouvrage qui n’en a eu aucune.

    Je ne peux que vous encourager à lire ce conte car, comme le dit si bien Yves Duteil dans la préface, à sa lecture on se met à cultiver l’espérance.

     

     

     

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  • Autoroute du soleil, Grégoire POLETLe départ, le long voyage solitaire, le sauvetage imaginaire par l’amour et la dure réalité. Voilà tout. C’est la vie et le rêve de mon personnage. Qui s’en va. Seul, au volant. Sur les infinies autoroutes. Il y a peu d’objets aussi poétiques dans la vie moderne et quotidienne qu’une autoroute. Sa longueur, son rythme, c’est de la musique, c’est du défilement, c’est en sens unique – une tragédie.

    Mon avis :

    Il – on ne connait pas son nom – roule vers le sud : Lyon, les Pyrénées, Burgos... Il a décidé de changer de vie. Il roule vers un amour de jeunesse, vers la liberté. Du moins le croit-il. 

    Son voyage intérieur, seule sa voiture en est témoin. Par essence, ce voyage ne peut mener à un retour au point de départ, il le sait. A défaut de changer sa vie, il changera le regard qu’il porte sur celle-ci. Sa méditation lui ouvre des chemins intérieurs mettant tous ses sens en éveil.
    Schumann ponctue son trajet, l’émeut, rouvre les souvenirs... Immobile au volant, il laisse défiler le temps. Il la revoit enfant, retrouve les sentiments qu’elle faisait naitre en lui. Il roule vers son destin et cela l’angoisse, lui qui fantasme ce que la vie de Katherine (avec un K agressif et insolent) a pu être durant ces longues années.

    Ce récit de voyage initiatique et solitaire est raconté à la 3e personne. Construit de phrases courtes et vives qui donnent du rythme au voyage, il est plaisant à lire. Trop bref, il ouvre de nombreuses questions qui resteront sans réponse. On aime ou pas.

    Je retiendrai l’écriture poétique de l’auteur et les images qu’elle fait naître.

    Je regretterai, de manière bassement matérielle, les 7,85 € que coûtent ces 35 pages.

    Romancier, né à Bruxelles en 1978, Grégoire POLET vit aujourd’hui à Barcelone

     

     

     

     

     

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