• Un bonheur si fragile, L'engagement, Michel DAVIDDans le Québec rural de 1900, la vie demeure rythmée par les saisons. Alors que fidélité, piété et esprit de travail sont des vertus encouragées par le clergé tout-puissant, Corinne Joyal, issue d'une famille dont les membres sont liés par l'amour et l'esprit d'entraide, n'aurait jamais cru qu'en épousant Laurent Boisvert, elle allait faire son entrée dans une famille où l'argent et l'égoïsme sont rois. La jeune femme découvrira rapidement que le fils de Gonzague Boisvert est un grand charmeur fainéant et irresponsable.
    Dans son village d’adoption, Corinne fera la rencontre de personnages attachants comme Rosaire, un adolescent orphelin, Juliette, la sœur de Laurent et Jocelyn Jufras, un voisin toujours prêt à aider. Au fil des mois, la nouvelle mariée, volontaire et déterminée, apprendra à se défendre autant des excès de son mari que de l’avarice de son beau-père.

    Mon avis :

    "Un bonheur si fragile" est le roman idéal pour débuter les vacances. Une lecture aisée et une écriture vive nous entrainent et on dévore les 520 pages en un rien de temps. Cette saga familiale comme il en existe beaucoup (on ne peut s’empêcher de comparer avec « Les filles de Caleb ») nous plonge au cœur d’un village québécois en 1900 où petite et grande histoire se mêlent. On s’attache très rapidement aux personnages, à leur vie, aux habitudes et coutumes de l’époque et on tourne les pages avec vivacité afin de découvrir l’évolution de chacun. Le romancier nous tient en haleine, dévoilant avec doigté les multiples rebondissements et parsemant son récit de scènes de ménages virulentes ou de rivalités politico-religieuses.
    La puissance du clergé à l’époque est bien mise en évidence. Souvent, le prêtre glisse l’une ou l’autre remarque mettant en évidence l’obéissance de la femme au mari, la responsabilité des parents d’élever un foyer chrétien ou le respect dû aux parents. Sans oublier les affrontements politiques où il y va de son conseil ou d’une sortie bien sentie.

    Je ne connaissais pas Michel David avant cette lecture mais il semble qu’il soit un auteur prolifique, habitué des sagas historiques racontant le Québec du XXe siècle. En fin observateur, il dépeint avec justesse la vie quotidienne d’un village et d’une famille au siècle dernier. Son style vif et ses dialogues haut en couleur rendent son récit dynamique. Passant de l’humour à la tendresse avec une belle aisance, il glisse dans ses dialogues bon nombre de québécismes savoureux qui nous plongent dans une époque révolue mais tellement attachante. Si ce n’était la rudesse du climat, les rigueurs de la vie et l’inconfort, on la regretterait presque tant la solidarité, l’entraide et l’humanité semblaient alors des valeurs communes cimentant les relations humaines.

    Une lecture plaisir qui donne envie de se plonger dans les tomes suivants au plus vite.
    Petit mot de la couverture originale de Loisel et Tripp, les auteurs de la bande dessinée « Magasin général » que je vous recommande également.

    Merci à Babelio et aux éditions Kennes pour cet envoi.

    Un autre avis ici, celui de Sophie.

     

    Un bonheur si fragile, L'engagement, Michel DAVID

     

     

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  • UC'est quand le bonheur ? Martine DELVAUXne amitié s'est nouée il y a presque vingt ans entre un homme et une femme. C’est cette dernière qui raconte les années, fait l'inventaire des petites phrases prononcées et des grandes, laissant ainsi entrer le lecteur dans un univers clos, jusque-là jalousement fermé aux autres.
    Les années passent, leur amitié traverse le temps, les études, les ruptures amoureuses, le travail, leur enfance qui remonte par à coups, et une question résonne au milieu de cette complicité extrême : c’est quand le bonheur ?

    Mon avis :

    De très courts chapitres racontent de manière fragmentaire, comme autant de souvenirs remontant à la surface, l’amitié qui unit un homme et une femme depuis l’adolescence.
    A partir de quelques phrases notées sur un carnet, de bribes de conversations, des situations qu’elles évoquent, la narratrice parle d’elle, de lui, de leur improbable duo. Il est resté son ami au fil des ans et est devenu le parrain de sa fille. Il est là, toujours, dans les moments de fête, de joie, de peine, dans les silences ou les absences. Il n’est pas omniprésent. La relation n’est pas fusionnelle. Une heure par ci, quelques instants par là, en tête à tête, en famille, par téléphone... des moments de bonheur qui se tissent.

    Elle le porte en elle, le dévoile, confie son enfance bancale, sans tendresse, ses amours instables ; elle cherche dans son passé un sens à ce qu’il est aujourd’hui. Un homme taquin, ironique, secret, un peu marginal, vrai.

    A l’aide de mots choisis, de jolies citations, l’auteure nous raconte une histoire d’amitié, d’amour, de jalousie, de tendresse, de générosité. Une ode à la vie. On la sent investie toute entière dans cette relation. Le ton est sincère et pudique, romantique. Le style sobre, l’écriture touchante.
    Une autofiction à savourer, tant pour l’histoire que la beauté du texte.

    Professeur de littérature à Montréal, Martine Delvaux est née en 1968. C’est quand le bonheur ? est son premier roman. Il est paru en 2007.

     

    C'est quand le bonheur ? Martine DELVAUX

     

     

     

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  • Une année dessinée, faits et gestes de la librairie.Dans l’intimité de nos librairies, nous avons tous créé un petit royaume, un château où nous frémissons pour des valeurs qui nous dépassent. Cette année, 450 libraires indépendants se sont rassemblés une fois de plus, forts des différences qui les unissent et de leurs parentés. Dans vos villes, nous aimerions que nos lieux soient phosphorescents. Ils le seront si vous les fréquentez.

    Mon avis :

    A l’occasion de la journée mondiale du livre, 450 libraires indépendants en France et en Belgique ont créé l’événement. C’était le 25 avril dernier. Ce jour-là, j’ai reçu cet ouvrage à la librairie TULITU, à Bruxelles.

    Cette éphéméride rassemble 365 œuvres de dessinateurs et autant de faits, pensées, citations... provenant du quotidien des libraires indépendants. A travers ces dessins et écrits, on découvre la réalité d’un métier méconnu et tellement dynamique. Avec humour, les libraires nous parlent de leur métier, de ces petits et grands moments de joie et de solitude qui parsèment leurs journées. On sourit, on rit, on s’interroge... De bien plaisants moments passés à lire cet almanach.

    « Le client se fait parfois libraire. Alors, il conseille et dirige un autre client et immanquablement un troisième client va donner son avis... et la librairie se transforme en club de lecture ! »
    « Voir revenir les jeunes qui ont grandi en même temps que la librairie. »
    « Ouvrir un album, sentir l’odeur forte de l’encre encore fraîche. »

     

     Une année dessinée, faits et gestes de la librairie.Une année dessinée, faits et gestes de la librairie.

     

     

     

     

     

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  • Rien n'est rouge, François SALMONA part peut-être la soif impossible qui s’écrase sur Billy Adamson au cœur de la Death Valley.
    A part bien sûr la torche que brandit Dries Nuttens, le plus petit flic d’Anvers, à l’entrée de la N171.
    A part ce lent désir qui monte dans le corps d’Octavie, rue des Sœurs de la Providence.
    A part l’aube stridente que Gossuin le parcheminier voit se lever sur Paris le 6 février 886.
    A part la vitesse de l’œuf de Nessus, l’ambition du Grand Auteur belge, la honte crasse de Bernard Verdonck ou la voix de Sophie Lambert.
    Non décidément,
    Rien n’est rouge.

    Mon avis :

    François Salmon nous propose ici un recueil de nouvelles très originales et jubilatoires, faisant passer le lecteur d’un texte à l’atmosphère suffocante, clairement fantastique, aux récits croisés de quatre parcours de vie ordinaire puis à la lecture d’une lettre d’amour à une inconnue. Tant les genres que les sujets sont différents et son imagination nous emporte dans des univers auxquels on ne s’attend pas.

    Jouant avec les codes, passant du western au thriller, de la biographie à la nouvelle à chute..., il s’amuse avec les contraintes littéraires, se lance des défis de fond et de forme et réussit de vrais petits bijoux. Mes préférés sont « Profondeurs de la soif », un western improbable, « Comment Bernard Verdonck... changea soudain de position » un conte de Noël aigre doux et « Par la peau des siècles » un joli clin d’œil à l’Histoire, mais tous ses textes m’ont plu. Innovants, variés, d’une qualité linguistique irréprochable, ils témoignent de la richesse de son univers créatif et de la liberté de ton qui est la sienne.
    Ses personnages, hommes et femmes un peu fantasques, jeunes ou vieux de toutes conditions sociales, en un mot, des antihéros, se croisent, nous racontant de petits riens insignifiants, un quotidien un peu terne où « rien n’est rouge ». Emotion, humour, surréalisme imprègnent ces nouvelles à l’écriture vive et incisive, nous procurant un réel plaisir de lecture. Une belle manière de clôturer ce mois belge.

    Je vous invite à le découvrir et à vous abandonner au charme de son univers narratif, vous ne le regretterez pas.

    François Salmon enseigne le français et l’art dramatique à Tournai. Son recueil est édité aux éditions Luce Wilquin que je remercie pour cette découverte.

      

     Rien n'est rouge, François SALMON

     

     

     

     

     

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  • La maison russe, Tania SOLLOGOUBÀ quarante ans, Katia décide d'aller seule, une dernière fois, dans la maison de son enfance. Elle veut y retrouver la table en pierre encore fraîche à l'aube, la mer qu'on voyait des fenêtres et, surtout, les échos d'une voix russe qui la hante, celle de sa grand-mère, qui lui parlait de la vie sous les lauriers roses.

    Mon avis :

    J’aime beaucoup Tania Sollogoub. Son écriture, son style, sa détermination à vouloir faire bouger les choses... c’est une femme engagée qui partage certaines de mes préoccupations. Quand j’ai lu la 4e de son roman, j’ai pensé qu’elle allait y parler d’elle. Ou du moins s’inspirer de sa vie. Je ne sais si c’est tout à fait le cas mais j’ai beaucoup aimé cette histoire.

    Dans la famille de Katia, les hommes sont tous morts ruinés. Généreux, paresseux, dépensiers, amoureux, fêtards, cigales... c’étaient des hommes entiers, sans nuance. Ils ont rendu les femmes amoureuses, heureuses et malheureuses à la fois, et riches de leurs excès.

    Alors qu’elle retourne à la maison de vacances où elle a passé son enfance, en Provence, Katia se remémore ces années d’insouciance où le bonheur l’entourait sans qu’elle le sache. Une enfance qu’elle a fuie précipitamment vingt ans plus tôt.
    Ce retour en arrière nous montre comment les étés d’une enfant font écho à ceux vécus par sa grand-mère Anna. Alors fillette, elle avait quitté dans l’urgence les bords de la Mer Noire peu avant la Révolution russe, pour s’exiler en France avec sa famille. Agenouillée à ses pieds, la petite Katia écoute Anna lui raconter comment c’était avant et perçoit que le sentiment d’exil est toujours bien présent. Il est là dans ces « maisons russes » que les exilés recréent, là où ils s’installent, génération après génération ; des maisons ouvertes à tous, où chacun se souvient ; des maisons qui rassemblent (et séparent) ; des maisons bruyantes, rieuses, enivrantes qui donnent aux êtres le sentiment d’être vivants.

    A travers les voix de ces femmes, on plonge dans les souvenirs, les madeleines, les émotions. Chacun peut y associer les siens, ces petits riens qui font notre enfance à nous, notre passé familial. Un passé dont nous sommes riches et à jamais porteurs qu’on le veuille ou non. C’est cela que Tania Sollogoub nous raconte ici, dans ce premier roman « pour adultes ». Un roman tendre, à la fois joyeux et dur, une histoire de famille, comme tant d’autres, où les sentiments sont plus exaltés. Un très bon moment de lecture.

     

     

     

     

     

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  • Le bon coupable, Armel JOBUn dimanche d'été à l’heure de la messe, un village désert. Un homme en état d'ébriété qui le traverse au volant de sa jeep et s’en va finir sa course dans une rivière, non loin de là. Une Jaguar rutilante, qui emprunte le même trajet à vive allure. Un accident sans témoin. Une fillette de dix ans tuée sur le coup. Un coupable tout désigné. Un second suspect potentiel – au-dessus, lui, de tout soupçon.
    La soixantaine débonnaire, Carlo Mazure mène une vie de patachon assez misérable. Tout l’inverse de Régis Lagerman, procureur de son état, jeune fonctionnaire ambitieux, promis à un bel avenir. Deux hommes que tout oppose et dont les destins vont pourtant se confondre.

    Mon avis :

    Un fait divers atroce en 1960. Il n’y a pas autant de voitures qu’aujourd’hui sur les routes, mais les conducteurs sont tout aussi inconscients. Une fillette innocente en sera la victime.

    L’enquête qui suivra l’accident et dont on connait dès le départ les tenants et les aboutissants sert de prétexte à l’auteur pour décrire les deux suspects et leur entourage. Peu à peu, l’auteur plonge dans le passé des protagonistes et tisse leur histoire en même temps que celle du village où ils habitent. On découvre peu à peu les relations que les villageois entretiennent entre eux, leurs secrets, leurs blessures, leurs remords... A la manière de Simenon, Armel Job se penche sur des gens ordinaires, au destin ordinaire et les regarde vivre avec leur conscience. Prennent-ils leurs responsabilités ? Font-ils face à la vie ? Et quand un dilemme moral survient, comment le gèrent-ils ? L’étude psychologique des personnages finement amenée, nous pousse à voir chacun au-delà des apparences. Ils se dévoilent petit à petit et les non dits sont plus parlants encore.
    Le fait d’avoir placé cette histoire dans le passé permet aussi de se distancier des événements et des personnages et de se dire que c’était une autre époque. Mais ce serait trop facile. Armel Job nous pousse à l’introspection. Conscience, culpabilité, responsabilité, morale... cela nous concerne tous, ici ou ailleurs, jadis ou aujourd’hui. Ce drame est intemporel.

    Et il ne pouvait pas rester impuni. Il fallait trouver le coupable. Ou du moins un coupable. Parce qu’il faut pouvoir lui donner un visage au mal quand il s’abat sur vous. C’est tellement simple quand la société le désigne d’emblée. La vindicte populaire n’a plus qu’à s’exprimer.

    Même si certains côtés caricaturaux de la société décrite m’ont agacée – je n’aime pas le manichéisme - j’ai pris plaisir à lire ce roman dont l’écriture et le style sont soignés et qui porte à une réflexion intelligente et d’une grande pertinence. Un tout bon Armel Job dans le style auquel il nous a habitués : élégant.


    Le bon coupable, Armel JOB 

     

     

     

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  • La vie en ville, Damien DESAMORYLorsque je rentrai chez moi, je remarquai, devant ma porte, un os. Un os plat, un sternum ou un bout d’omoplate. Pas très grand, six centimètres sur quatre. Partiellement rongé avec encore des lambeaux de chair brunâtres et séchés. Je considérai longuement l’os du regard, la clé à la main. D’une certaine manière, ce n’était qu’un os. Mais, par ailleurs, cet os avait quelque chose d’inquiétant. Il se trouvait exactement devant ma porte, en plein milieu du palier. (…) Coïncidence ? Il ne m’arrivait jamais rien habituellement. Et maintenant, tout cela. Est-ce que je l’avais souhaité en ouvrant la porte à Ferran comme je l’avais fait, perdu dans mon ennui chronique à la recherche de la vie ?

    Mon avis :

    Publié aux éditions Diagonale, ce premier roman de Damien Desamory est un pari assez réussi. Son personnage, Antal, gardien de nuit dans un hôtel, voit un jour sa vie basculer. Par petits faits anodins : une rencontre imprévue, un os trouvé sur son palier, une soirée dont il n’a aucun souvenir, un câble de vélo qui lâche, il sent sa vie lui échapper. Lui qui aimait sa petite vie pépère, sans vague, banale à souhait, il perd pied. Tous ces aléas de la vie auxquels personne sans doute n’aurait porté attention, lui semblent être des signes que quelque chose ne va pas. Ce jeune homme fragile, qui s’ennuie dans sa vie et est perméable au moindre changement, va se retrouver entraîné dans une histoire qui le dépasse. Cet anti héros est balloté par le destin.

    La construction de ce roman est assez particulière : les chapitres alternent, passant du « je » au « il » et au début, c’est assez désarmant. On comprend cependant assez vite que l’auteur a choisi ainsi d’approfondir la psychologie de son personnage. Alors que les chapitres au point de vue omniscient font avancer l’intrigue, le narrateur interne montre au lecteur comment il ressent cet enchainement d’événements et de petits désagréments. Très vite, un sentiment d’empathie envers ce personnage naïf nous étreint.
    Les deux trames se rejoindront au moment crucial du récit.

    J’ai aimé l’écriture romanesque de Damien Desamory, sa plume vive et le côté thriller de son récit. Son ton juste et décalé à la fois, ironique à souhait, fait de « La vie en ville » un récit qui se lit rapidement. Et pourtant, la précision de ses descriptions nous font revenir en arrière avec plaisir pour goûter à nouveau une scène de vie magistralement dépeinte. Qu’il s’agisse d’un vieux couple dans un bistrot cradingue, le hall des urgences d’un hôpital ou un spectateur au cinéma, il trouve les mots justes et la distance idéale pour nous permettre de les imaginer. C’est aussi un merveilleux guide de Bruxelles – personnage à part entière du récit.

    Damien Desamory nous offre donc un roman très plaisant, plein d’humour et attachant. J’espère qu’il ne sera que le premier d’une longue série.

     

     La vie en ville, Damien DESAMORY

     

     

     

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