• Voyage léger, Mélissa VERREAULTUne jeune photographe entreprend un voyage afin d’échapper à un quotidien morne et sans saveur. Mais une fois à l’aéroport, c’est face à elle-même qu’elle se retrouve. Sa remise en question soudaine et l’introspection qui en découle lui font emprunter une tout autre trajectoire que celle escomptée.
    La plume limpide et pleine d’espoir de Mélissa Verreault fait entendre le monologue intérieur d’une héroïne mélancolique, dans ce récit fourmillant de détails justes et d’aveux touchants.

     

    Mon avis :

     

    Mélissa Verreault nous offre un récit intimiste dans lequel Ariane raconte sa fuite en avant née d’une crise existentielle profonde. A la dérive, elle décrit sa vie comme autant d’instantanés pris sur le vif. En textes très courts, émaillés de réflexions personnelles et d’un faisceau de souvenirs, elle s’interroge. Au hasard des rencontres, elle remet en question ce qui a fait sa vie jusqu’ici : son enfance, sa famille, son couple… Qui est-elle ? Que veut-elle ? Qu’attend-elle de la vie ?

    Sans aucune planification, elle prend les choses comme elles viennent. Ouverte à l’autre, à l’inattendu, à ce qu’une journée peut apporter, elle effectue une lente métamorphose. Au bout de deux mois, elle renoue avec la vie et l’envie.

    L’auteure va droit au but ; elle ne s’embarrasse pas de digressions, de détails, elle nous offre le récit réaliste et brut d’une femme en plein mal être qui se raconte en tissant des liens constants entre son passé et son présent. Sa quête du bonheur est décrite avec finesse et justesse dans une langue fluide et légère. On la sent souvent au bord du gouffre mais un fil tenu la raccroche à la vie presque malgré elle et lui fait peu à peu prendre goût aux petits bonheurs quotidiens. Fragile et touchante, Ariane s’offre à nous sans pudeur.

    Ce premier roman de Mélissa Verreault fut une belle surprise et me donne le goût de découvrir « L’angoisse du poisson rouge » son dernier roman.

     

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  • L'Ordre du Méchoui, Lionel NOELAu sein d’une mystérieuse confrérie dédiée à la cuisine sur broche, des apprentis sont formés, deviennent eux-mêmes maîtres, et la tradition se poursuit depuis des siècles.
    L’enseignement est transmis par des hommes et des femmes pittoresques, de toutes les origines et de toutes les spécialités culinaires – marinades méditerranéennes, asado argentin, wagyu japonais, lama des Andes au chimichurri – non sans le caractère épicurien avide de plaisirs sous toutes ses formes.
    De la Belgique de la fin du XIXe siècle jusqu’à Montréal en 1962, Sans Loi, le narrateur, retrace son parcours en tant que membre de l’Ordre du Méchoui, un récit dans lequel se fond l’histoire du vingtième siècle, mais qui reflète aussi ses grands enjeux : une modernisation inévitable et les divisions qu’elle entraine entre conservateur et réformistes.

    Mon avis :

    J’ai découvert Lionel Noël avec un roman d’espionnage et son fameux « Brouillard d’automne » qui se déroule lors de la bataille des Ardennes en hiver 44. Je savais que L’Ordre du Méchoui n’était pas de la même veine. J’ai été agréablement surprise malgré tout car il nous propose une histoire originale et inattendue. On assiste à la formation d’un jeune cuistot, que rien ne prédestinait à devenir un chantre du bon goût, de la cuisine et des saveurs. Dès son initiation, par un maitre allemand, à l’art de la cuisson à la broche, on le suit, pas à pas, dans son ascension. Il aura comme mentor les plus grands cuisiniers internationaux de l’époque et chacun l’initiera à sa spécialité. Cette forme de compagnonnage le verra entrer dans une confrérie renommée, l’Ordre du méchoui, consacrée aux mystères, aux codes et aux traditions de la cuisine sur broche dont il découvrira les secrets, tout au long de sa vie.

    Ce roman humaniste et épicurien par excellence est un plaisir des sens : les narines frétillent à la seule évocation des aromates et les papilles palpitent à la description des plats qui mijotent. Chaque page se savoure avec délectation, des marinades méditerranéennes au wagyu japonais en passant par les venaisons italiennes et permet des découvertes culinaires pour le moins étonnantes comme les œufs balut ou le hakar islandais. (estomac fragile s’abstenir).
    De la Belgique de 1892 au Montréal des années 60, le narrateur nous retrace son parcours qui se mêle inévitablement à l’Histoire de l’humanité et décrit l’évolution de la cuisine et de ses  pratiques à travers le monde. C’est qu’il voyage ce « Sans Loi » pour étudier et transmettre les savoir et les savoir-faire ancestraux !

    Si vous avez aimé Le voyage de cent pas de Richard Morais ou les récits de Michèle Barrière, vous aimerez davantage L’Ordre du Méchoui car en plus de nous conter l’art de la table et ses plaisirs, il est superbement écrit et très documenté. Un travail de recherche phénoménal a dû être effectué en amont de l’écriture car ce récit initiatique est truffé d’anecdotes véritables. L’expérience de cuisinier de l’auteur rend cette histoire vivante d’un bout à l’autre. 

    Amoureux de la littérature et de la gastronomie, ce roman onctueux et suave à souhait est une invitation aux plaisirs. Laissez-vous tenter.



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  • Là où commence la mer, Dominique DEMERSC’est dans un royaume de pics somptueux et de caps battus par une mer enragée, d’anses secrètes et de baies envahies par les goélands que l’histoire de Maybel et de William prend racine. Au fil de dix rendez-vous hors du commun, ils se laisseront envoûter par les trésors du panorama maritime et se découvriront d’autres passions encore plus fulgurantes…
    Cinquante ans plus tard, grâce au journal de sa grand-mère, l’amie de Maybel, Marie découvre avec ravissement la singulière rencontre de sa marraine et de celui qu’on surnommait la Bête.

    Mon avis :

    Jeune femme fougueuse et rayonnante, Maybel vit dans une famille marginale en dehors du village. Abandonnée par sa mère à l’âge de deux ans, elle grandit entourée de l’amour de son père et de sa tante ainsi que de celui qu’on surnomme « le Quêteux » et qui les aide à la ferme. En jour, arrivent d’Ecosse un père et son fils porteur d’un étrange masque de cuir. Il n’en faudra pas plus pour que les rumeurs les plus folles circulent, d’autant que le père est riche et ne se prive pas d’excentricités. Peu importe, Maybel ne se laissera pas dicter sa conduite ou ses amitiés.

    Ce récit se déroule à la fin du 19e siècle, dans le Bas St Laurent, à Sainte Cécile du Bic, une région de bord de mer battue par les vents. Les descriptions des paysages, du ciel étoilé, des animaux marins ou des nichées d’oiseaux au printemps recréent à merveille l’ambiance sauvage et naturelle de la région. Elles constituent un écrin idéal pour cette histoire d’amour hors norme, bercée par les saisons et le lent apprivoisement des protagonistes.

    L’histoire, classique, revisite le conte de la Belle et la Bête mais les paysages grandioses décrits par l’auteure y ajoutent un mystère et une intensité unique. Campé à la fin du 19e siècle, le récit s’appuie aussi sur le mode de vie rural de l’époque, les traditions, les convenances ainsi que les avantages et inconvénients d’un village isolé où tout le monde se connait.

    Dominique Demers a le don de raconter des histoires qui donnent vie aux personnages. - Je l’avais déjà appréhendé avec sa trilogie Un hiver de tourmente. - Impossible de lire ce récit romanesque sans s’attacher à eux. Qu’il soit loyal, franc, tourmenté, aigri, rêveur… chacun est guidé par des valeurs qui lui sont propres et chaque acte posé y réfère. Ces êtres de papier ont une épaisseur, une âme et cela donne du souffle et de la consistance au roman.
    J’ai eu l’occasion de la rencontrer en mars dernier à la Foire du Livre de Bruxelles et j’ai été enchantée par sa gentillesse, sa joie de vivre, sa franchise et son enthousiasme. On retrouve ces mêmes qualités chez ses personnages et c’est revigorant.

    Paru en 2001 et réédité en 2011 chez Québec Amérique, ce livre fut un très bon moment de lecture que je vous conseille vraiment. 

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  • Cher Emile, Eric SIMARDNon, je n’avais pas besoin de vivre ça. Pourtant, je l’ai vécu jusqu’au bout, jusqu’à me perdre, complètement. Beaucoup m’ont dit que c’est de cette manière qu’on apprend. Honnêtement, j’aurais préféré apprendre autrement. Je ne crois pas que ce soit toujours nécessaire de se casse la gueule pour avancer. »

     

    Mon avis :

     

    J’ai rencontré Eric Simard en février 2015 à la librairie Tulitu. Auteur et éditeur chez Hamac, il vit depuis vingt-cinq ans dans le milieu littéraire. Ne le connaissant pas, j’ai choisi de découvrir son premier ouvrage. Prise par d’autres, j’ai malheureusement oublié « Cher Emile » enfoui dans ma PAL. C’était l’occasion de l’en sortir enfin.

     

    Eric Simard nous offre une plongée dans l’intimité d’un couple, à travers une vingtaine de lettres que E envoie à celui qui l’a quitté et l’a plongé par la même occasion dans une détresse immense. Tour à tour déclaration d’amour, apitoiement, ou reproches, ces missives racontent le lent cheminement du deuil amoureux. De la dévastation au relèvement, elles témoignent de la lente reconstruction que tout un chacun doit faire, passant par le sevrage, l’intériorisation et laissant enfin libre cours à la rage. Rares sont ceux qui ne sont pas passés par là.

    Un deuil amoureux est comparable au processus de deuil lié à la mort, mais il ajoute une dimension bien plus difficile à vivre, celle du rejet subi. Et pour la victime de l’abandon, c’est l’estime de soi et la confiance qui sont brisés douloureusement. Il faut être fort pour résister à une telle épreuve et E semble perdre pied car cette rupture le force à se voir tel qu’il est.

     

    Un roman de plus sur l’échec amoureux me direz-vous. Ce qui change ici, c’est le couple homosexuel formé par Emile et E. Ce dernier s’interroge sincèrement sur l’échec de ses relations amoureuses, lui, l’insécurisé chronique, l’amoureux à jamais inassouvi. A travers cette franche introspection, il met aussi en lumière son côté phagocyteur. Cela n’a pas dû être facile à accepter. Puis le douloureux choix entre la volonté de fusion et la peur de l’engagement. Choix cornélien que celui qu’il faut faire entre l’amour libre, respectant la liberté de l’autre (et par là même les relations extraconjugales) et l’envie de fonder un couple sur la durée mais qui risquerait d’aliéner la liberté.

     

    Cette correspondance à vif, honnêtement livrée aux lecteurs, a provoqué chez moi un sentiment double. De l’agacement d’abord pour cet amoureux jamais content puis une réelle émotion. Faites d’emportements, de lyrisme et de contradictions, ces lettres transpirent de sentiments vrais. Les retours en arrière, les réflexions sur des événements passés et jugés avec recul, l’évolution cyclique de l’apaisement… tout a des accents de sincérité et souvent, il a fallu du courage à E pour reconnaître ses torts. Peu importe l’objet de son amour, tout un chacun se reconnait dans la description de ces tourments amoureux.

     

    Un tout petit livre à dévorer, même dix ans après sa parution.

     

     Cher Emile, Eric SIMARD1e

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  • Hillbilly Elégie, J.D VANCEDans ce récit à la fois personnel et politique, J.D. Vance raconte son enfance chaotique dans les Appalaches, cette immense région des États-Unis qui a vu l’industrie du charbon et de la métallurgie péricliter. 

    Il décrit avec humanité et bienveillance la rude vie de ces « petits Blancs » du Midwest que l’on dit xénophobes et qui ont voté pour Donald Trump. Roman autobiographique, roman d’un transfuge, Hillbilly Élégie nous fait entendre la voix d’une classe désillusionnée et pose des questions essentielles. Comment peut-on ne pas manger à sa faim dans le pays le plus riche du monde ? Comment l’Amérique démocrate, ouvrière et digne est-elle devenue républicaine, pauvre et pleine de rancune ?

     

    Mon avis :

     

    Cette « ode aux péquenots » que nous propose J.D Vance est d’abord une déclaration de tendresse à sa famille et à son Midwest natal, lové au cœur des Appalaches. A travers son histoire et celle de sa famille, il dresse le portrait d’une région dévastée. Jadis pourvoyeuse d’emplois, elle a vu se détériorer le paysage économique peu à peu et ses habitants n’ont pas pu rebondir. Dépités, ils acceptent leur sort et vivent dans la pauvreté de génération en génération, résignés voire apathiques. Elle est aussi un regard sur le chemin parcouru depuis cette petite ville de la Rust Belt et sur ce sentiment d’appartenance, trahi par l’obtention de son diplôme d’avocat.

    Cette élégie (poème plaintif qui décrit une situation de désespoir provoquée par un chagrin d’amour ou une séparation) évoque à la fois la vie chaotique de JD Vance et la réalité sociale des Appalaches. Ayant grandi au sein d’une famille allumée, avec une mère hystérique, capable d’entrer dans des rages folles et de jeter sa voiture sur un poteau parce que son fils l’a contrariée, il va vivre chez ses grands-parents au début de l’adolescence. -Grands-parents exemplaires bien que Mamaw, comme il l’appelle, a quand même aspergé son mari d’essence et menacé de le brûler vif s’il n’arrêtait pas de boire et de courir les filles.- Ce sera sa chance. Ils croient en lui et le poussent à vivre autre chose. Après quatre ans passés dans les Marines, il intègre la faculté de droit de Yale. Premier universitaire de sa famille, il sort de sa condition sans pour autant oublier d’où il vient et ce qu’il doit à sa terre, cette région, ces gens qui sont avant tout des voisins et des amis.

    Le Midwest c’est une région rurale où l’inculture est grande. C’est l’Amérique profonde, patriote, blanche et souvent raciste. C’est l’Amérique qui a voté pour Trump, en a marre des élites et de leurs privilèges et ne fait confiance qu’à ceux qu’ils connaissent et leur ressemblent. L’auteur nous emmène donc au cœur de ses racines familiales, de sa région dont il nous conte l’histoire, la géographie, l’économie et les liens que le tout a tissés entre ses habitants.

    Hillbilly Elégie donne une voix aux sans voix ayant perdu toute illusion. Il décrit de l’intérieur une communauté qui a complètement muté en deux générations passant d’une société démocrate et ouvrière à une société républicaine et pauvre. Il pose aussi des questions essentielles : comment le pays le plus riche du monde, peut-il laisser une région entière se paupériser à ce point ? Comment des ouvriers appliqués et fiers sont-ils devenus des assistés permanents ?

    Un récit fort qui nous permet de mieux comprendre qui sont ces laissés pour compte ayant perdu confiance dans le système, les hommes politiques, les médias et comment ils en sont arrivés là. Un style souple et une écriture fluide qui font de ce récit un vrai page turner.

    #MRL17 #PriceMinister

     

     Hillbilly Elégie, J.D VANCE8e

     

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  • Sucre noir, Miguel BONNEFOYDans un village des Caraïbes, la légende d’un trésor disparu vient bouleverser l’existence de la famille Otero. À la recherche du butin du capitaine Henry Morgan, dont le navire aurait échoué dans les environs trois cents ans plus tôt, les explorateurs se succèdent. Tous, dont l’ambitieux Severo Bracamonte, vont croiser le chemin de Serena Otero, l’héritière de la plantation de cannes à sucre qui rêve à d’autres horizons.
    Au fil des ans, tandis que la propriété familiale prospère, et qu’elle distille alors à profusion le meilleur rhum de la région, chacun cherche le trésor qui donnera un sens à sa vie. Mais, sur cette terre sauvage, étouffante, la fatalité aux couleurs tropicales se plaît à détourner les ambitions et les désirs qui les consument.

     

    Mon avis :

     

    Franco-vénézuélien, Miguel Bonnefoy a certainement puisé son imaginaire au fond d’un bon verre de rhum. En est née une histoire de famille ancrée dans la terre de ses ancêtres, où les femmes ont une importance capitale. Réinventant la fin des aventures du pirate Henry Morgan, il nous offre un premier chapitre fantasque et superbe à la fois, qui s’inspire très certainement de divers récits de naufrages et de piraterie.
    Une légende, un trésor, une famille, des rêves, une jolie héritière, un miracle, une femme forte et indépendante, un pays magnifique sont les principaux ingrédients de l’histoire qu’il nous conte.

    A travers l’histoire d’une famille de planteurs de canne à sucre et de producteurs de rhum durant trois générations, Miguel Bonnefoy nous fait découvrir un pays magique, rude, exigeant, fier et beau où évoluent des personnages haut en couleurs, mus par leur rêve. La bonne ou la mauvaise fortune les amènera à les abandonner ou à les mettre en veille. On assistera à l’évolution du domaine qui en cinquante ans se développera prodigieusement jusqu’à la chute. On ne peut qu’y voir une métaphore de la société vénézuélienne tant il mêle habilement imaginaire et réalité quotidienne.

    Chaque personnage à lui seul mériterait une histoire à part. Serena Otero rêve à l’amour qu’elle magnifie et soupire telle Emma Bovary de s’ennuyer dans la vie ; Severo Bracamonte, ambitieux chercheur d’or prêt à tout pour atteindre son but, finira par mettre son rêve entre parenthèse par amour ; Eva Fuego se révèle rebelle et indépendante, mélange de Mary Read et de Sayyida al Hurra.

    Ce roman au réalisme magique nous offre de belles pages descriptives à la langue fluide, tour à tour concrète et onirique. La nature y joue un rôle prépondérant, à la fois généreuse et vengeresse. Miguel Bonnefoy lui rend un hommage appuyé, seule véritable richesse du Venezuela, ressource primordiale dont il faut prendre soin.

    Une phrase pourrait résumer ce conte philosophique que j’ai beaucoup aimé : « Là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur. »

     

    Sucre noir, Miguel BONNEFOY7e

     

     

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  • Le pèlerinage d'Eloïse, Yves BARBARINÉloïse, que les avatars de la vie ont fait dériver dans la prostitution, se trouve inscrite, par hasard, dans un pèlerinage en Terre sainte. Elle part avec un groupe de jeunes qu'accompagne un diacre, Xavier, lui-même en pleine interrogation sur son avenir.
    Tout est pour elle source de découvertes et de surprises : la vie de Jésus, la Bible, le clergé, mais plus encore les catholiques avec qui elle a des échanges difficiles. Elle rentre déstabilisée par ce voyage, bien résolue à continuer son métier. Mais elle va bientôt connaître le plus grand bouleversement de sa vie…

     

    Mon avis :

     

    En cette rentrée littéraire, j’ai choisi de sortir des sentiers battus et de risquer des titres moins courus. J’ai donc accepté avec plaisir ce titre proposé par Masse critique de Babelio.

    Basé sur des faits réels, ce récit romancé relate avec franchise, émotion et humour la rencontre improbable entre un jeune diacre, Xavier, issu d’une famille chrétienne aisée et une jeune prolétaire ayant grandi dans un foyer « où on cassait du curé ».
    Quand elle rejoint le groupe de « jeunes professionnels » pour un voyage en Terre Sainte, elle se rend vite compte qu’elle ne maîtrise pas les codes de la vie en société, n’a pas la retenue verbale nécessaire lors de discussions où des avis divergent et manque de culture pour aborder ce voyage historique. Déterminée et frondeuse, elle décide de se présenter en toute franchise à Xavier en lui disant ce qu’elle fait dans la vie. Sa réponse bienveillante lui affirmant qu’elle doit se sentir libre de suivre ou non le groupe et de vivre ce qui lui semblera le mieux pour elle va la déstabiliser. Elle aurait aimé en découdre et se retrouve seule face à ses propres choix. Elle décide alors de profiter de chaque instant de cette parenthèse inattendue.

    Ce premier roman d’Yves Barbarin m’a plu par la sincérité de ses personnages, leur langage franc et l’absence de prosélytisme ou de ton moralisateur. Il nous dépeint une rencontre entre jeunes adultes que tout oppose et qui, pour communiquer et se comprendre, vont devoir composer avec leur tempérament, leur histoire et leurs certitudes, conscients que cela les met en déséquilibre total.
    Outre de très beaux passages décrivant les Lieux Saints et les remettant dans leur contexte, Yves Barbarin nous propose une actualisation intéressante de certains textes d’évangile. Interrogeant l’image de Dieu que renvoient certains croyants, il met en lumière l’amour inconditionnel de Dieu pour l’homme et le respect qu’il a de la liberté individuelle, ne s’imposant jamais et ne jugeant pas l’être humain.

    D’une écriture alerte et abordable pour tous, ce récit de vie est une parenthèse positive et optimiste que chacun devrait pouvoir lire. Certains passages parleront peut-être davantage aux croyants mais chacun peut y puiser sa part d’humanité.

     

     Le pèlerinage d'Eloïse, Yves BARBARIN

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