• Frappe-toi le coeur, Amélie NOTHOMB« Frappe-toi le cœur, c’est là qu’est le génie » Alfred de Musset

     

    Mon avis :

     

    Il arrive parfois qu’un roman vous renvoie à une situation vécue. Celui-ci est arrivé comme une claque après une discussion en classe sur ce sujet. Je venais d’avoir un partage très émouvant avec un jeune à propos de sa famille, de l’estime de soi et des sentiments non partagés quand je me suis plongée dans le dernier Nothomb pour me changer les idées. Très vite, son visage s’est superposé à celui de Marie. Glaçant.


    Amélie Nothomb aime les récits courts dans lesquels elle va droit au but. Cette forme concise lui convient à merveille. Dès le début, on semble entrer dans un conte comme l’était « Riquet à la houppe ». Une petite fille, Diane, éprouve un amour fou pour « la déesse indifférente » comme elle l’appelle, qui ne semble s’apercevoir de son existence que le matin et le soir. Un jour, elle découvre qu’il s’agit de sa mère. A partir de là, on quitte le conte pour entrer dans un récit réaliste. Amélie Nothomb nous décrit avec finesse et précision les mécanismes comportementaux de Marie, et de Diane qui tente à tout prix de se protéger de ce manque d’amour.

    Un médecin à l’écoute sauvera Diane et l’amènera à trouver sa voie : elle sera cardiologue. Commence alors la seconde partie du récit qui voit Diane, devenue adulte, poursuivre ses études universitaires et nouer une relation amicale avec une enseignante de la faculté qui lui ouvrira les yeux sans le vouloir.

    J’ai aimé ce roman dur et parfois cruel mais tellement juste. C’est un roman de femmes qui met en exergue la jalousie, l’envie, le mépris, la rivalité mais aussi la douceur, la beauté et la bonté. L’amour est malgré tout omniprésent, par ses excès, ses manquements et ses dérives. L’auteure dépeint des relations humaines complexes, teintées de violence et de manipulation dont on ne sort pas indemne.

    Un très très bon Nothomb.

     

     Frappe-toi le coeur, Amélie NOTHOMB5e

     

     

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  • La disparition de Josef Mengele, Olivier GUEZ1949  : Josef Mengele arrive en Argentine.
    Caché derrière divers pseudonymes, l’ancien médecin tortionnaire à Auschwitz  croit pouvoir s’inventer une nouvelle vie à Buenos Aires. L’Argentine de Peron est bienveillante, le monde entier veut oublier les crimes nazis. Mais la traque reprend et le médecin SS doit s’enfuir au Paraguay puis au Brésil. Son errance de planque en planque, déguisé et rongé par l’angoisse, ne connaîtra plus de répit… jusqu’à sa mort mystérieuse sur une plage en 1979.
    Comment le médecin SS a-t-il pu passer entre les mailles du filet, trente ans durant  ?
     
     

    Mon avis : 

    Ce récit est identifié comme roman mais c’est, malgré quelques ajouts, un vrai récit historique qui se dévoile sous nos yeux. Olivier Guez s’est attaché à raconter la vie de Josef Mengele après la guerre et sa fuite en Argentine, où il s’invente une nouvelle vie sous le nom d’Helmut Gregor. Il espère vivre tranquillement en profitant de l’argent de la prospère entreprise agricole familiale. Incroyablement bien documenté, il trace à grands traits le rôle de Mengele pendant la guerre puis entre dans l’Histoire de l’Argentine des années 50, décrit la vie des Argentins, l’arrivée au pouvoir des Peron et leur rôle dans l’accueil des ex nazis. Une belle époque où Mengele rencontrera le boucher de Riga, Roschmann, le maitre d’œuvre de la solution finale, Eichmann, l’as de l’aviation Rudel et tant d’autres. Ces hommes vivent dans la nostalgie d’une époque et d’un pouvoir qu’ils s’appliquent à faire revivre depuis leur exil. Une décennie qui permit à nombre de tortionnaires de se refaire une identité et d’échapper à la justice en changement simplement de nom. Jusqu’à ce que toutes les horreurs de la guerre ne soient reconnues et leurs auteurs recherchés dans les années 60, par le Mossad et Simon Wiesenthal.

    Dans ce récit qui se lit comme une enquête, Olivier Guez nous emmène de Günzburg ville natale de Mengele à Serra Negra au Brésil, en passant par Buenos Aires, Bariloche et le Paraguay. Il nous décrit la beauté des paysages, la douceur de la vie en exil -malgré la crainte d’être découverts, les nazis vivent confortablement- et l’indécence de cette vie dorée après les horreurs commises en temps de guerre.

    Ensuite viendront la fuite, l’errance, les planques successives et finalement la mort.

    Olivier Guez, journaliste au journal Le Point, tente, après dix ans de recherches, de reconstituer le parcours de Mengele, ce savant fou, sans aucune empathie, qui a torturé des milliers de personnes sous prétexte de recherches scientifiques les plus folles. Il nous dépeint un homme traqué, ne comprenant pas l’acharnement et la détestation que l’on a de lui et de « son œuvre ». Il assiste à sa chute sans jamais juger et nous la raconte de manière captivante.

    J’ai vraiment beaucoup aimé ce livre captivant. Il aurait pu être un coup de cœur si l’écriture m'avait séduite.


    La disparition de Josef Mengele, Olivier GUEZ

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  • La petite danseuse de 14 ans, Camille LAURENS« Elle est célèbre dans le monde entier mais combien connaissent son nom ? On peut admirer sa silhouette à Washington, Paris, Londres, New York, Dresde ou Copenhague, mais où est sa tombe ? On ne sait que son âge, quatorze ans, et le travail qu’elle faisait, car c’était déjà un travail, à cet âge où nos enfants vont à l’école. Dans les années 1880, elle dansait comme petit rat à l’Opéra de Paris, et ce qui fait souvent rêver nos petites filles n’était pas un rêve pour elle, pas l’âge heureux de notre jeunesse. Elle a été renvoyée après quelques années de labeur, le directeur en a eu assez de ses absences à répétition. C’est qu’elle avait un autre métier, et même deux, parce que les quelques sous gagnés à l’Opéra ne suffisaient pas à la nourrir, elle ni sa famille. Elle était modèle, elle posait pour des peintres ou des sculpteurs. Parmi eux il y avait Edgar Degas. » 

    Mon avis :

    Ce récit historique, cet essai, de Camille Laurens nous raconte l’histoire de Marie Geneviève Van Goethem, jeune fille qui posa pour Edgar Degas en 1879 et dont la statue défraya la chronique en 1881. Degas la fit porter au Salon des Indépendants, fondé par les Impressionnistes, quatorze jours après son inauguration. Les rumeurs allaient bon train sur ce qu’il présenterait mais personne ne s’attendait à voir cette petite danseuse en cire, vêtue de vrais vêtements. Le jeune modèle ne correspondait pas aux canons de l’époque et fut beaucoup moqué. Les uns trouvaient que ce n’était pas de l’art, d’autres que le modèle ressemblait à un singe, un avorton. Qui jugeaient-ils de la statuette ou de la fillette ? Vers qui allait leur mépris ? N’oublions pas qu’alors, la phrénologie vivait son heure de gloire.
    La petite danseuse était donc doublement exposée : au regard des visiteurs d’abord, au dégoût moral ensuite. Lui avait-on demandé son avis à cette pauvre enfant avant de l’exposer ainsi à l’humiliation ? Nina de Villard fut une des rares critiques de l’époque à être positive, déclarant qu’elle avait éprouvé devant cette statue « une des plus violentes impressions artistiques de sa vie. »
    A la fin du Salon, Degas remporta la statuette et ne la montra plus à personne. Elle continua cependant à faire parler d’elle et alimenta nombre de conversations, devenant par là même un mythe.
    Ce n’est qu’après la mort de l’artiste en 1917 que ses proches décidèrent de la confier à une fonderie pour en faire des moulages et la réaliser en bronze. Elle est exposée au Musée d’Orsay alors que l’original en cire a été acheté par un amateur d’art américain et se trouve toujours aux USA.

    A l’occasion du centenaire de la mort de Degas, Camille Laurens, par l’histoire de cette statuette, nous plonge simultanément dans le monde de la danse et de la sculpture de la fin du 19e siècle ; deux mondes aussi exigeants l’un que l’autre, où l’on savait ce que « faire des sacrifices » voulait dire.
    Ce récit qui se base sur une documentation abondante et les recherches rigoureuses de l’auteur, tente de nous faire comprendre les circonstances de la création de cette œuvre, la vie du jeune modèle et l’atmosphère de la capitale, dans un des quartiers les plus pauvres de Paris, à une époque où la majorité sexuelle n’était que de 13 ans !

    Ce court récit n’est pas un roman mais se lit avec aisance et plaisir pour qui aime l’Art et l’Histoire. Il est très documenté et de nombreuses références sont faites à la littérature de l’époque. De plus, cette sculpture de Degas m’a toujours interpellée par la position du corps de la danseuse et ce regard fermé. J’ai aimé la manière dont Camille Laurens lui donne vie et c’est avec émotion que j’ai lu certains passages. Que de jeunes vies gâchées par la misère, la nécessité et les sacrifices, souvent vains, concédés dans l’espoir d’une vie meilleure. J’ai découvert le monde impitoyable de l’Opéra bien loin du glamour et de la respectabilité dont il se pare d’aujourd’hui.
    La troisième partie m'a cependant parue longue et les parallèles avec la famille de l'auteure incongrues. Cela n'apporte rien au récit.

    Cette lecture fut aussi agréable qu’instructive et je remercie les éditions Stock et NetGalley de m’avoir donné l’opportunité de l’apprécier.

     

     La petite danseuse de 14 ans, Camille LAURENS3e

     

     

     

     

     

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  • Le cauchemar du président, Denis RALET2022. Une bombe explose en Antarctique
    Né en 1963, Charles Chabrolles est élu Président de la République française en 2022. Une explosion nucléaire en Antarctique place les hommes politiques et les consommateurs devant leurs responsabilités.
    Le Président Chabrolles est confronté à des troubles climatiques, sécuritaires et économiques. En 2027, l’Elysée est brièvement pris d’assaut.
    Depuis sa retraite à Banon dans les Alpes de Haute-Provence, le Président Chabrolles observe la vie de ses contemporains de 2027 à 2046 : politique, éducation, transports, loisirs, violence, migrants… Sous sa plume alerte, parfois cynique ou désabusée, le Président Chabrolles décrit les dérives d’un monde en quête d’équilibre.
    Ses dernières paroles, en 2047, furent « Honte à ma génération ».

    Notre avis :

    J’ai reçu ce roman de Nath du Coin lecture de Nath. Mon mari et moi avions hésité à l’acheter à la FLB, nous l’avons donc lu tous les deux et avons mis nos impressions en commun pour cette chronique que j’ai laissé mon mari rédiger.

    Dans ce roman, donc une fiction, Denis Ralet nous fait vivre des événements qui risque bien de se produire un jour. Le réchauffement climatique, déjà présent, voit ses effets amplifiés après une explosion en Antarctique. Nous vivons alors les diverses conséquences et réactions en chaine que cela entraine. L’auteur n’exagère pas, il anticipe simplement, avec lucidité.

    C’est Charles Chabrolles qui nous raconte l’histoire, un président idéaliste, muselé par les contraintes du pouvoir et un conseiller qui détient réellement les commandes. Celui-ci a en effet beaucoup à perdre si le président pousse trop loin ses investigations pour comprendre le dessous des choses.

    L’auteur nous propose une vision personnelle et sans concession de notre futur. Il souligne avec justesse l’effet qu’une telle catastrophe aurait sur les mentalités et les comportements, d’autant qu’elle entrainerait inévitablement des restrictions drastiques.

    Pour chacun de nous, le début de la lecture fut laborieux. L’entrée dans le récit ne fut pas aisée. L’explosion a réellement été le déclencheur du plaisir de lire.

    Un roman visionnaire et cynique qui m’a passionné et qui a plu à Argali. Il nous fait comprendre que notre avenir pourrait être bien sombre si rien ne change dans nos comportements, à tous les niveaux. Surconsommation, gaspillage, destruction de la nature, éducation... mais aussi lobbying, spéculation... autant de défis qui s’imposent à tous. L’auteur nous interpelle afin que chacun en prenne conscience et agisse pour que cette histoire ne devienne pas la nôtre.

    Merci à Nath et à l’auteur pour cette intéressante lecture.

     

     

     

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  • Les derniers jours de l'émerveillement, Graham MOORENew York, 1888. Les lampadaires à gaz éclairent les rues de la ville, l’électricité en est à ses balbutiements. Celui qui parviendra à en contrôler la distribution sait déjà qu’il gagnera une fortune considérable et sa place dans l’histoire. Deux hommes s’affrontent pour emporter la mise : Thomas Edison et George Westinghouse. Tous les coups sont permis. Lorsqu’un jeune avocat, Paul Cravath, aidé par le légendaire Nikola Tesla, se mêle à ce combat homérique, il va bientôt se rendre compte qu’autour de lui toutes les apparences sont trompeuses et que chacun a des intentions cachées.

    Mon avis :

    Graham Moore réalise ici un coup de maitre en parvenant à raconter un événement historique très technique comme s’il s’agissait d’un thriller. Appuyé sur une documentation précise, le récit nous raconte ce qui opposa Thomas Edison et Georges Westinghouse dès 1888. Westinghouse a apporté des améliorations aux ampoules créées par Edison. Or ce dernier ayant déposé un brevet pour protéger son invention n’accepte pas que quiconque la produise et la vende sans son autorisation. Westinghouse, scientifique passionné et innovant, ne comprend pas pourquoi cette invention devrait rester en l’état s’il est capable de la perfectionner. Edison a-t-il inventé « l’ » ampoule électrique à incandescence ou « une » ampoule électrique. Telle est la question qui se pose.
    Placé au cœur de ce conflit bien malgré lui, Paul Cravath, jeune avocat new-yorkais choisi par Westinghouse, nous en fait le récit fidèle. Homme de conviction, honnête et droit, il se rend rapidement compte des enjeux capitaux de cette bataille juridique et comprend qu’à ce stade, tous les coups sont permis.

    Bien que scientifique et pointu, ce récit était incroyablement intéressant à lire. Pourtant, je suis loin de maitriser les données techniques dont il est question. Graham Moore parvient à créer une ambiance, une atmosphère qui nous plonge dans ce 19e siècle finissant où les inventions et perfectionnements technologiques sont de plus en plus nombreux. Etayé par des faits historiques parfaitement rendus, par des explications scientifiques mises à la portée de tous et soutenu par des personnages d’une réelle profondeur, le récit que nous offre l’auteur est passionnant. Scénarisé comme le serait un très bon film à suspens, il nous emporte au fil de ses cinq cents pages sans qu’on n’ait le temps de s’ennuyer.

    Dans les dernières pages du livre, Graham Moore cite ses nombreuses sources et précise les petits arrangements qu’il a pris avec l’Histoire. On est surpris, là aussi, d’apprendre que plus de 80% de ce récit sont avérés et que seuls quelques petits changements de dates ou de chronologie ont été réalisés.

    J’ai été agréablement surprise par ce roman qui mêle subtilement réalité et fiction et nous permet d’approcher, le temps d’une lecture, ceux qui ont participé à la modernité de notre monde contemporain : les protagonistes mais également Michaël Faraday, Nikola Tesla, Zénobe Gramme et bien d’autres.
    Bluffant et brillant !

    Merci aux éditions du Cherche Midi et à Netgalley pour cette passionnante lecture.

     

    Les derniers jours de l'émerveillement, Graham MOORE

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  • En voiture Simone ! Aurélie VALOGNEPour une comédie familiale irrésistible, il vous faut :
    - Un père, despotique et égocentrique, Jacques.
    - Une mère, en rébellion après 40 ans de mariage, Martine.
    - Leurs fils : Matthieu éternel adolescent mais bientôt papa de 3 enfants. Nicolas, chef cuisinier le jour et castrateur tout le temps. Alexandre, rêveur mou du genou.
    - Et surtout3 belles-filles !

    Stéphanie, mère poule angoissée. Laura, végétarienne angoissante. Jeanne, nouvelle pièce rapportée, féministe et déboussolée, dont l’arrivée va déstabiliser l’équilibre de la tribu.
    Mettez tout le monde dans une grande maison en Bretagne. Ajoutez-y Antoinette, une
    grand-mère d’une sagesse (bien à elle) à faire pâlir le Dalai Lama, et un chien qui s’invite dans la famille et dont personne ne veut.

    Mon avis :

    L’intérêt de ce roman d’Aurélie Valogne est sa simplicité et le fait que cette famille peut être n’importe laquelle d’entre les nôtres. Chacun y reconnaitra quelqu’un ou revivra en le lisant une situation connue. Le ton est léger, le roman rythmé et la narration vive. Pas de temps mort, il se passe toujours quelque chose dans cette famille.

    Le plus irritant, c’est Jacques. Un vrai casse-bonbon. Mais si son entourage était plus pugnace peut-être aurait-il moins souvent l’occasion de se montrer despotique. Finalement, cela semble arranger l’un ou l’autre qu’il énonce quelque vérité ; ce que personne d’autres n’oserait.

    Les tensions présentes entre les membres de la famille, les compromis qui finissent par lasser et les décisions extrêmes mettent en évidence la personnalité de chacun et les relations entre les personnages. Cela aurait pu être plus poussé si le récit avait été plus long. Sa brièveté empêche de développer davantage le caractère de chacun même si on en a déjà une esquisse.

    Cela se lit vite, c’est sympa mais l’histoire ne restera pas dans les annales. Certains m’ont dit avoir adoré. J’avoue que cela m’a passablement agacée. Peut-être parce que trop proche de certaines situations vécues.

    A lire en vacances sauf si, évidemment, on cherche à fuir sa famille quelques jours.

     

     

     

     

     

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  • Je m'appelle Lucy Barton, Elizabeth STROUTHospitalisée à la suite d’une opération, Lucy Barton reçoit la visite impromptue de sa mère avec laquelle elle avait perdu tout contact. Tandis que celle-ci se perd en commérages, convoquant les fantômes du passé, Lucy se trouve plongée dans les souvenirs de son enfance dans une petite ville de l’Illinois -la pauvreté extrême, honteuse, la rudesse de son père, et pour finir son départ pour New York, qui la définitivement isolée des siens. Peu à peu, Lucy est amenée à évoquer son propre mariage, ses deux filles, et ses débuts de romancière dans le New York des années 1980. Une vie entière se déploie à travers son récit lucide et pétri dhumanité, tout en éclairant la relation entre une mère et sa fille faite dincompréhension, dincommunicabilité, mais aussi dune entente muette et profonde.

    Mon avis :

    Retenue à l’hôpital par une complication postopératoire, Lucy voit arriver à son chevet, sa mère qu’elle n’avait plus vue depuis ses études à la fac. En tête à tête pendant cinq jours et cinq nuits, elles vont se remémorer des personnes connues autrefois et se réapprivoiser peu à peu. Pour Lucy, cette présence est aussi un douloureux retour dans une enfance qui fut loin d’être heureuse. Ces échanges, sorte de catalyseur pour la narratrice, lui permettront de mettre des mots sur les souffrances passées et la convaincront que l’envie d’écrire qu’elle avait en elle depuis toute petite n’est pas un rêve vain.

    Quelques années plus tard, devenue écrivain, Lucy raconte ces cinq jours qui ont vu toute une vie se déployer entre les murs d’une chambre d’hôpital. Constamment en équilibre entre amertume et espoir, ressentiment et amour, elle retrace le chemin qui l’a menée à New York, loin de sa petite ville natale, où ne poussait que le maïs à perte de vue. Point de départ de son récit de vie, cette période d’introspection sera aussi le déclencheur d’une série de choix qui façonneront sa vie, ses relations aux autres et sa détermination impitoyable à atteindre ses objectifs.

    Ce roman nous présente deux portraits de femmes, particulièrement intéressants. D’un côté, il y a la mère, fière d’être descendante des colons qui ont fait de l’Illinois une riche terre de culture et qui garde la tête haute malgré la misère, le regard des autres et les difficultés de la vie. Droite, dure, déterminée, elle ne s’apitoie pas sur elle-même ; besogneuse, elle fait de son mieux pour élever ses trois enfants dans les valeurs et convictions qui sont les siennes. Il n’y a pas de place pour les déclarations d’amour ou les marques d’affection, l’important, c’est la survie quotidienne. De l’autre, il y a la fille, enfant solitaire, mise à l’écart à cause de la pauvreté de la famille et qui reste tard à l’école pour faire ses devoirs car il y fait chauffé, quand chez elle on meurt de froid. Consciente que la réussite de ses études l’aidera à mieux vivre, amoureuse des livres qui lui donnent envie d’écrire à son tour, elle trace son chemin avec la même ténacité que sa mère, pour s’éloigner le plus possible de cette vie de labeur et de souffrance.

    L’hôpital est lui aussi un personnage de l’histoire. La chambre d’abord, confessionnal où mère et fille se confient, séparées par le rideau qui isole la malade et permet à chacune d’oublier la pudeur et la retenue que leur éducation a toujours imposées entre elles. Sa fenêtre donne sur le Chrysler Building, tout illuminé de nuit, sorte de balise et d’espoir pour Lucy. Cité sept fois dans l’histoire, sa description ponctue les moments cruciaux de leurs échanges. Le médecin ensuite, dont la visite quotidienne interrompt rituellement le tête-à-tête mère-fille. Sa présence et son regard qui en dit long réconfortent Lucy chaque soir un peu plus. Si sa mère est un lien vers son passé, le médecin la relie à l’avenir qui s’ouvre à elle.

    Les deux tiers du livre racontent ce huis-clos à l’hôpital. Cela pourrait sembler long mais la plume alerte et précise de l’auteure nous entraine au fil des pages. Il est, de plus, un passage obligé dans la recherche d’identité à laquelle se livre Lucy. La femme qu’elle est trouve ses racines dans son enfance et elle ne pouvait simplement l’esquisser. Lucy a besoin de savoir d’où elle vient pour décider ce qu’elle deviendra.

    Premier de la rentrée que je lis, ce roman est une très belle découverte. Non seulement pour l’histoire servie par une belle écriture mais aussi pour l’auteure que je ne connaissais pas et qui maitrise parfaitement son sujet. Une belle histoire de femmes !

    Merci aux éditions Fayard et à Netgalley pour ce moment.

     

    Je m'appelle Lucy Barton, Elizabeth STROUT

     

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