• Le stylo, Frank ANDRIATLe fait : un vol de stylo.
    Le lieu : une école.
    Le temps : une heure de cours.
    Les personnages : Le prof de maths, l'éducatrice, la victime, les amis, les manipulateurs,...
    Soixante minutes pour démasquer le coupable et ouvrir les yeux sur la vie de la classe, avec ses faits, ses méfaits, ses surprises et ses mystères.
     

     

    Mon avis :

     

    Tout commence par un vol de stylo « pour rire » dans une classe de 3e. Dragul Zorb, le prof de math, qui aime jouer de sa réputation, prend l’affaire au sérieux et décide de mener l’enquête. Pour lui, c’est une question de valeur et de respect des autres que de confondre le voleur. Evidemment, tout le monde nie, personne ne veut se dénoncer. Cristina Punto, l’éducatrice, va l’aider dans sa tâche.

     

    Au fur et à mesure de l’heure de cours dont les titres des chapitres décomptent les minutes, plusieurs élèves vont livrer leurs pensées et les personnalités vont se révéler peu à peu. L’histoire recèle aussi des réflexions pertinentes sur l’enseignement et le système belge. On découvre l’école, l’équipe éducative et ce que les uns pensent des autres. Un vrai bras de fer se livre entre les élèves et les adultes rendant l’atmosphère lourde et tendue. Dragul Zorb prend plaisir à jouer les cyniques et titiller les élèves, sans méchanceté aucune, et cela livre les jeux d’influence qui pèsent sur la classe.

     

    J’ai aimé le rythme de l’histoire ; le récit ne s’appesantit pas sur les détails, il se centre sur les protagonistes. Le langage est simple sans être simpliste, il sonne juste et parle aux ados. L’humour est également présent. On sent que Frank Andriat s’amuse et le lecteur aussi. Que ce soit élève ou professeur, chacun a connu la situation décrite au moins une fois et le récit en apporte des réminiscences. Un récit court, un plaisir simple pour une heure ou deux de lecture.

     

     Le stylo, Frank ANDRIAT

     

     

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  • Demain, je franchis la frontière, Agnès DUMONTDemain je franchis la frontière. La frontière des conventions, celle du premier pas, du secret ou de la culpabilité…

    Onze nouvelles tendres, savoureuses et pleines d’humour dans lesquelles les personnages attachants imaginés par Agnès Dumont sont confrontés à un moment-clé, une rupture qui laissera des traces.

     

    Mon avis :

     

    Agnès Dumont vient de publier un nouveau policier à quatre mains (avec Patrick Dupuis) et cela m’a donné envie de découvrir cette auteure et enseignante liégeoise. J’ai donc choisi son premier ouvrage, un recueil de nouvelles paru chez Quadrature en 2008. Chacune d’entre elles se déroule à Liège ou dans les environs (Seraing, Herstal…) donc près de chez moi. C’est ce qui m’a attiré en premier pour ce mois belge.

     

    J’ai apprécié le style et l’écriture de l’auteure et la diversité des thèmes abordés. Celle qui m’a le plus plu, sans doute parce qu’elle était la première et qu’elle m’a surprise alors que j’ignorais à quoi m’attendre, c’est « Comme une grenade dégoupillée », où une grand’mère, l’air de rien, confie à sa petite-fille un secret bien lourd à porter. J’ai aussi apprécié « La cage à lapin » qui nous entraîne rue St Léonard, une des plus longue et animée de Liège. Je regrette par contre que « Dans la gorge un oursin » n’ait pas été plus développée. Sa concision aboutie nous prive cependant de détails croustillants.

    Le point commun entre toutes est bien sûr le moment où on franchit la frontière, la ligne du non-retour. Celle de l’interdit, de la bienséance, de ce qu’on attend de nous… Parfois, c’est un soulagement, d’autres fois une décision lourde de conséquences. Mais chaque décision prise conduit à la liberté. La liberté de choix, la liberté de se poser les bonnes questions ou celle de changer de vie. La plupart sont racontées par des narratrices, à la première personne et Agnès Dumont parvient à en dessiner le portrait en quelques pages à peine. Ces femmes sont proches de nous, nous ressemblent ou pourraient être une de nos proches. Que ce soit la « vieille fille », la mère désabusée, la célibataire heureuse de l’être…

     

    J’ai aimé la plume de l’auteure, son humour décalé, ses belgicismes assumés et l’ambiance créée pour chaque nouvelle et qui ne ressemble pas à la précédente. Je pense que ma découverte de l’écrivaine n’en restera pas là.

     

     Demain, je franchis la frontière, Agnès DUMONT

     

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  • Les fêlures, Barbara ABELQui est le véritable meurtrier d'un être qui se suicide ?
    Lui, sans doute. Et puis tous les autres, aussi. Quand Roxane ouvre les yeux, elle sait que les choses ne se sont pas passées comme prévu.
    Martin et elle formaient un couple fusionnel. Et puis, un matin, on les a retrouvés dans leur lit, suicidés. Si Roxane s'est réveillée, Martin, lui, n'a pas eu sa chance... ou sa malchance. Comment expliquer la folie de leur geste ? Comment justifier la terrible décision qu'ils ont prise ?
    Roxane va devoir s'expliquer...

     

    Mon avis :

     

    Il n’est pas nécessaire de présenter Barbara Abel ni de vous dire combien je l’apprécie. Si vous me suivez, vous savez que j’ai lu tous ses livres.

    Partant toujours d’un fait de la vie quotidienne, ici un procès d’assises, elle parvient à lui donner un intérêt particulier, intriguant et à amener le lecteur à se poser mille questions au fil de sa lecture. Chaque fois qu’on croit avoir compris, on est surpris qu’une phrase, un acte, un événement vienne déjouer nos certitudes.

    Ce dernier roman ne fait pas exception. Roxane et Martin s’aiment d’un amour fou. Pourtant, un matin, Garance, la sœur de Roxane, les découvre inertes, étendus sur le lit, une lettre d’adieu à leur côté. Comment expliquer ce geste ? Si Roxane sera sauvée in extrémis, ce n’est hélas pas le cas de Martin. Mais mutique, elle ne révèle rien de ce qui les a poussés à l’irréparable. Commencent alors l’enquête, les questionnements de l’entourage et la culpabilité, les accusations, les doutes et la vérité derrière les apparences.

     

    Au-delà du thriller psychologique, ce 14e récit de Barbara Abel aborde des sujets sensibles ; le suicide bien sûr et ce qui pousse à passer à l’acte, les secrets de famille ensuite, les liens toxiques qui fragilisent, les rêves déçus, mais aussi le deuil. Passant du présent au passé au fil des chapitres, l’auteure reconstitue la vie de chacun et l’origine des fêlures qu’ils n’ont pu surmonter. Les personnages sont consistants, attachants et déstabilisants. Leurs portraits sonnent juste et émeuvent tant les blessures d’enfance ont façonné ces adultes vacillants.

     

    Si vous aimez la plume de Barbara Abel et les thrillers psychologiques, vous aimerez celui-ci. Une fois encore, l’auteure nous montre combien les familles ont une influence sur les adultes qu’on devient et comme les apparences peuvent être trompeuses. Un très bon moment de lecture en ce congé pascal.


    Les fêlures, Barbara ABEL

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  • Un peu après la fin du monde, Patrick DELPERDANGE« J’aurais pu tenter le coup, tout à l’heure au bord de la rivière, et descendre jusqu’à la berge afin de tendre la main à ce type qui s’agitait dans l’eau tourbillonnante pour reprendre pied, même au risque de me retrouver au fond. J’avais la gorge sèche en y repensant. Steve avait toujours eu l’ascendant sur moi et son simple regard avait suffi à m’arrêter. Qui était cet homme et pour quelle raison mon frère l’avait-il laissé se noyer sans la moindre compassion ? Il fallait qu’entre eux se soit passées des choses très graves. »

     

    Mon avis :

     

    J’avoue avoir été d’abord surprise par ce récit introspectif au point de l’avoir pris pour un recueil de nouvelles. Le fait de changer de personnages d’un chapitre à l’autre et de découvrir des histoires qui semblent ne pas avoir de lien entre elles m’a un peu perturbée. Puis je me suis laissé guider par l’auteur et j’ai lu son roman en une soirée. Mais cela reste un OLNI car rien n’est habituel dans celui-ci. Ni la chronologie, ni le genre - dont le titre fait penser qu’on a affaire à de la dystopie - ni les personnages et leurs secrets.

    Sept chapitres courts composent cet ouvrage et mettent en scène à chaque fois un personnage dont on ne sait pas grand-chose si ce n’est qu’il a une vie difficile souvent emplie de non-dits. Le dernier chapitre fait écho au premier et lui apporte quelques éclaircissements. Il en va de même des autres qui présentent des parallèles entre des situations ou un aspect différent des personnages cités précédemment, le point de départ étant la noyade d’un inconnu.

    Le point commun entre tous est la mort, subie, souhaitée ou marquant leur vie. L’angoisse est également une composante de chaque récit et crée une atmosphère troublante, conflictuelle à l’instar des personnages décrits. Le puzzle se reconstitue peu à peu mais une fois le livre refermé, on ne peut s’empêcher de se demander si rien ne nous a échappé.

     

    Malgré cette complexité voulue, l’ensemble est agréable à lire car servi par la plume précise et singulière de Patrick Delperdange. La chronologie complexe est parfaitement maitrisée par l’auteur et donne à ce roman noir un côté surréaliste qui ne déplaira pas aux lecteurs belges. Difficilement résumable, si ce roman vous tente, découvrez-le par vous-mêmes.

     

     Un peu après la fin du monde, Patrick DELPERDANGE

     

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    Avril, Le Mois belge. Neuvième édition pour cette année 2022 et toujours le même engouement. Bien que je lise belge toute l’année, j’apprécie énormément ce rendez-vous qui met en lumière notre littérature et ses auteurs.

    Cette année, j’ai choisi la diversité. Des auteurs que je découvre, des maisons d’édition sortant des sentiers battus et des genres divers (chroniques, nouvelles…)

    Comme chaque fois, Anne et Mina ont imaginé des catégories, toutes ont des noms de maisons d’édition belges. Belle idée.

    Pour les découvrir voir sur le blog d’Anne, ici.

     

    Mon récapitulatif :

    Marcher noir - Chroniques d'un monde confiné, Marc Meganck

    Si seulement Lucie, Vincent Engel

    Elise, Marcel Sel

    Un peu après la fin du monde, Patrick Delperdange

    Les fêlures, Barbara Abel

    Demain je passe la frontière, Agnès Dumont

    Le stylo, Frank Andriat

    Le Pseudo, Hakim Benbouchta

    Le Président, Georges Simenon




     


     

     

     

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  • Elise, Marcel SELDepuis la fin de la seconde guerre mondiale, François est obnubilé par la dernière phrase prononcée par Elise May, son amour de jeunesse. Celle qui lui avait dit sa haine du Führer quelques semaines auparavant, a crié avec conviction « Heil Hitler » un soir de janvier 1945, avant de poser son front contre l’arme du soldat de l’armée rouge qui lui fait face, prêt à l’abattre. François a besoin de comprendre ce cri. Quarante ans plus tard, il décide de refaire le voyage jusqu’à la « Tanière du Loup » où Elise fut une des goûteuses du dictateur. 

     

    Mon avis :

     

    Un sentiment de malaise m’a étreinte dès le début de ce roman. Le sujet était dur, je le savais avant de commencer ma lecture mais j’en ai lu d’autres sur le sujet. Non, il y a autre chose…

    Quinze, quatorze, treize… on comprend assez vite que les jeunes femmes dont on parle sont de moins en moins nombreuses. Ces quinze-là sont les goûteuses d’Hitler. Lorsque les Russes ont envahi l’Allemagne, elles ont été abandonnées par les Nazis et sont tombées aux mains de l’Armée rouge. Battues, torturées, violées… elles subiront les pires exactions avant d’être tuées comme le fait comprendre ce compte à rebours. Elise est l’une d’entre elles. Le récit nous raconte son parcours et celui de son fiancé qui, quarante ans plus tard, fera le voyage en RDA, sur les traces de la disparue afin de comprendre.

     

    J’ai aimé découvrir Rosa, le précédent roman de Marcel Sel. J’ai beaucoup moins goûté celui-ci que j’ai fini par lâcher presqu’aux deux tiers du récit. J’ai eu beaucoup de mal à entrer dans le récit. Le changement d’époque d’un paragraphe à l’autre par exemple est déstabilisant. Puis la violence décrite dans les moindres détails, le voyeurisme que cela engendre malgré nous m’ont donné plus d’une fois la nausée. L’atrocité de la vie des goûteuses, les soldats sautant sur les mines, le quotidien des prisonniers… c’était trop. Et la poésie qui parfois affleure entre deux descriptions sordides m’a paru déplacée.

    Certes, je me doutais que parler d’endoctrinement, de guerre, de vengeance… n’offrait pas un tableau impressionniste aux couleurs diaphanes. Mais trop de cruauté, de langage cru, de scènes horribles voire complaisantes m’ont fait abdiquer avant la rédemption, le pardon, la compassion.

    Certains me disent que je suis passée à côté d’un bon roman. Tant pis. Il n’était pas pour moi.

     

     Elise, Marcel SEL

     

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  • Si seulement, Lucie, Vincent ENGELDepuis l’enfance, Lucie porte un secret qui l’empêche parfois de faire des choix. Lorsqu’elle rencontre Jim, elle le déteste tout de suite car elle sait qu’elle pourrait tomber amoureuse. Lorsque Jim croise le regard de Lucie, il sait que sa vie va changer.

     

    Mon avis :

     

    Ce roman de Vincent Engel destiné aux adolescents est une réédition chez Mijade. Nous y faisons connaissance de Lucie et Jim, deux jeunes de 15 ans. Lucie emménage dans l’immeuble de Jim et se retrouve aussi dans sa classe. Lucie semble lutter pour rester seule mais Jim, patiemment, l’apprivoise. Très vite, il comprend qu’elle cache un secret mais se refuse de la brusquer et attend qu’elle se confie à lui. Mais Lucie a la tête pleine de « si jamais… » et de superstitions qui l’empêchent de lâcher prise.

    Nous lisons en alternance le point de vue de chacun, leurs joies, doutes et peines. Ces deux solitaires se dévoilent peu à peu et on comprend au fil des pages l’origine de leur isolement.

     

    L’écriture de Vincent Engel, comme toujours, est d’une grande finesse et teintée d’émotion. J’ai beaucoup aimé les personnages de ce roman, décrits avec justesse et sensibilité. L’auteur nous partage leurs difficultés de vivre, leur passé et la manière dont ils devinent l’autre, l’observent et l’interprètent. L’histoire d’amour naissante, ses balbutiements, ses hésitations… est assombrie par le passé de Lucie dont on ne sait rien et les difficultés familiales des deux ados. Ce sont d’ailleurs ces non-dits qui rendent le récit addictif et la fin trop rapide.

    Un chouette roman pour adolescents dès 13 ans.

     

     Si seulement, Lucie, Vincent ENGEL

     

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