• Trois jours, Petros MARKARISGagné en mars via Masse critique, j’ai reçu le recueil de Petros Markaris la semaine dernière et l’ai dévoré. Il faut dire que ces huit nouvelles sont courtes. J’ai d’ailleurs beaucoup d’admiration pour les auteurs qui arrivent à ficeler aussi bien des histoires en si peu de pages.

     

    Dans deux nouvelles, on retrouve le commissaire Charitos, personnage récurrent des romans de l’auteur. Les six autres présentent d’autres enquêteurs en charge d’élucider des meurtres ou morts suspectes. Certaines se déroulent en Grèce, d’autres en Allemagne ou en Turquie et dans divers milieux socio-économiques ou culturels. La première relate la mort d’un écrivain et donne l’occasion à l’auteur d’asséner quelques vérités sur le monde littéraire. C’est assez jubilatoire. Le cadre temporel varie également du présent jusqu’à la Seconde Guerre mondiale et l’on ne sait donc ni où ni à quelle époque la nouvelle suivante nous entraînera.

     

    Le recueil doit son titre à la nouvelle éponyme, la plus longue, qui se déroule sur fond de pogrom antichrétien grec en 1955 à Istanbul. On sent une touche autobiographique plus marquée dans celle-ci.

    Chaque texte permet à l’auteur d’enfourcher un cheval de bataille : la xénophobie, l’immigration, le milieu littéraire grec, la radicalisation…

    Enfin, on retrouve la touche d’humour et le style soigné et mordant de l’auteur. Sa lucidité, ses connaissances pointues sur son pays, sur l’Histoire, sur les relations entre la Grèce, la Turquie et l’Allemagne rendent la lecture intéressante et vivante tout en gardant une intrigue policière soignée.

    Si vous ne connaissez pas cet auteur, c’est l’ouvrage idéal pour le découvrir.

     

     

     


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  • Réaliser un carnet de lectureLe confinement nous a poussés à trouver des idées de travaux que les élèves pouvaient réaliser seuls, sans aide. J’ai demandé à mes 2e de réaliser un carnet de lecture à partir d’un roman qu’ils avaient lu et aimé. Ils avaient le temps de le peaufiner pour qu’il soit vraiment agréable à lire.

    Certains ont choisi la facilité et repris une lecture faite en classe et même des exercices déjà réalisés, d’autres ont préféré un livre plus personnel.

    Parmi les travaux reçus, deux sortent du lot par leur présentation soignée et la précision de leur contenu.

    Je vous les partage avec plaisir.

     

     

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  • Banksy et moi, Elise FONTENAILLEMon nom, c'est Darwin, je vis dans un quartier en chantier permanent : chaque jour ici on démolit, et en même temps, on reconstruit. Le quartier est devenu super cher, à ce que dit ma mère, et ma mère, elle s'y connaît en vie chère. Elle est chauffeur de taxi la nuit, c'est pas un job facile, mais elle a toujours le sourire. La seule chose qui lui flanque le cafard, c'est le mur gris que l'on voit de chez nous. Et c'est comme ça que toute l'histoire a commencé : une nuit, quelqu'un y a tagué une grande fresque, un graffeur anonyme qui pourrait bien être Banksy, le célèbre Street Artist anglais... Et ensuite, plein de choses nous sont tombées du ciel, et plutôt des bonnes surprises, comme ma rencontre avec Eva, la fille la plus mystérieuse de l'univers, qui vit tout en haut d'un château d'eau, en pleine zone... 

     

    Mon avis :

     

    Si dans ce roman, Banksy est un prétexte pour raconter la vie de deux ados hors norme, il n’en reste pas moins que leur lieu de vie, leur milieu, leurs idéaux… correspondent bien à ceux de l’artiste et du Street Art en général.

     

    Tout commence par un mur gris, seul horizon de Darwin et sa maman. Un mur si triste qu’il déprime Ophélie, taxiwoman de nuit. Et puis un matin, un graffiti rempli de couleurs métamorphose la grisaille. Selon Jibé, un ami d’Ophélie, il pourrait s’agir du graffeur Banksy, cela ressemble à son style. Darwin va s’y intéresser de plus près d’autant qu’Eva, une nouvelle élève de sa classe dont il est amoureux, semble admirative devant ce dessin. Une bonne occasion de lier connaissance.

     

    Ce roman nous plonge dans la vie de deux ados en lutte contre les injustices, la laideur, les inégalités et qui s’engagent pour la dénoncer. L’un avec les vidéos qu’il prend à la sauvette puis monte et publie sur Viméo ; l’autre avec ses graffs qui dénonce les expulsions et la violence quotidienne. Des immeubles délabrés aux catacombes, ils nous emmènent à travers la ville et rencontrent des personnages au grand cœur, solidaires et engagés comme eux. Et sous la plume d’Elise Fontenaille, la grisaille se transforme en espoir et scintille de mille couleurs.

     

    Un roman jeunesse dans l’air du temps, court mais dense, une ode à la multiculturalité et à la rencontre. Une lecture qui fait du bien.

     

     


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  • La souffleur de rêves, Bernard VILLIOT & Thibault PRUGNEAu nord de Venise, sur l’île de Murano, célèbre dans le monde entier pour ses maîtres verriers, un mystérieux souffleur fit une nuit le bonheur d’un enfant en lui offrant un cadeau extraordinaire : une bulle de rêve. Dès lors, tous les enfants de l’île réclamèrent des rêves merveilleux.

    Mais qui était donc ce souffleur magicien ?

     

    Mon avis :

     

    J’avais besoin d’un peu de douceur après la lecture de « Sauvages » et elle me fut offerte par cet album, cadeau de mon fils pour la fête des mères.

    Cet album est non seulement beau par ses dessins délicats et ses tons dominés par le bleu mais aussi par son texte poétique et l’histoire qu’il raconte.

    Zori Ballari est surnommé « Il Ballarino », le danseur, suite à un accident qui a brisé son rêve de devenir souffleur de verre à Murano. Boiteux, il est renvoyé par le maître verrier où il était en apprentissage. Rejeté, sans le sou, il passe ses nuits à chercher l’inspiration et se cache le jour pour éviter les insultes et les moqueries. S’entrainant en cachette à réaliser des verres les plus fins, une nuit, il rencontre Giacomo, un jeune mendiant. Pour l’aider à trouver le sommeil et oublier sa faim, il lui souffle une bulle de rêve…

     

    Le travail du verre m’a toujours fascinée. Je me souviens, enfant, d’avoir visité la cristallerie du Val St Lambert et avoir été impressionnée par les objets qui naissaient des mains et du souffle des maîtres verriers. Ce magnifique album m’a replongée dans mes souvenirs.

    Les dessins sont poétiques et en harmonie avec la douceur et le lyrisme de l’histoire. Tantôt rouges lors du travail du verre, tantôt bleus comme les rêves et la lagune. Chaque scène est finement présentée et Thibault Prugne joue des contrastes entre l’ombre et la lumière apportant une émotion vraie. De plus, il se dégage du conte une infinie tendresse, du respect et de la bonté qui ne peut laisser indifférent.

     

    Ce magnifique album met en lumière la force de la persévérance, l’important d’aller au bout de ses rêves, la confiance en soi et l’amitié. Petits et grands y trouveront du plaisir et pourront partager les émotions qui naissent de cette histoire d’une grande humanité.

    A lire absolument.

     

     


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  • Sauvages, Nathalie BERNARDJonas vient d’avoir 16 ans, ce qui signifie qu’il n’a plus que deux mois à tenir avant de retrouver sa liberté.
    Deux mois, soixante jours, mille quatre cent quarante heures.
    D’ici là, surtout, ne pas craquer. Continuer à être exactement ce qu’ils lui demandent d’être. Un simple numéro, obéissant, productif et discipliné.
    En un mot, leur faire croire qu’ils sont parvenus à accomplir leur mission : tuer l’indien dans l’enfant qu’il était en arrivant dans ce lieu de malheur, six années plus tôt.

     

    Mon avis :

     

    J’ai beau savoir ce qui m’attend en lisant ces récits, je ne peux m’empêcher d’avoir le cœur au bord des lèvres à chaque fois. Tout comme la lecture de « Kill the Indian in the child », la lecture du roman de Nathalie Bernard m’a bouleversée.

    Le héros, Jonas, a 16 ans. Dans 60 jours, il sera libre. Il y a 6 ans qu’on l’a arraché à sa mère pour l’envoyer au pensionnat. Sous couvert d’éducation, il a été contraint d’abandonner toute trace de sa culture, de ses racines pour se couler dans le moule, apprendre la langue et les traditions des blancs. Il a appris à faire profil bas, se taire, encaisser les brimades, le mépris et les mauvais traitements. Cela lui a permis d’échapper aux coups et au pire. Il se tient loin de tous et pense surtout à sauver sa vie chaque jour. Mais quand son amie Lucie est retrouvée morte, quelques jours avant sa libération, tout bascule. L’agression de l’agaçant Gabriel qui travaille avec lui dans la forêt est la goutte d’eau, l’horreur de trop. Forcés à-fuir, Gabriel et lui vont affronter la forêt, le dégel, la débâcle et les chasseurs sanguinaires qui n’ont qu’une envie « tuer les sauvages ». La forêt devient alors plus qu’un refuge, à la fois amie et ennemie, elle respire, guide ou entrave mais devient aussi promesse de liberté.

     

    Le roman se compose de courts chapitres organisés en deux parties : « Dedans » et « Dehors ». Cela confère au récit un rythme soutenu. Le décompte des jours jusqu’à la libération apporte aussi du suspens et maintient l’intérêt jusqu’au bout. Le présent de Jonas est parfois entrecoupé de souvenirs qui nous expliquent comment il vivait auparavant et ce qu’il a vu durant ses années de pensionnat. Cela ajoute encore au réalisme du roman qui ne cache rien de la dure réalité des pensionnats des années 50-60 au Canada. Puis arrive la fuite et le retour aux valeurs et traditions ancestrales que 6 ans de pensionnat n’auront pas réussi à tuer.

     

    Un roman essentiel pour découvrir, si ce n’est déjà fait, la réalité des peuples autochtones au Canada. Réalité qui n’a pris fin qu’au milieu des années 90. Inconcevable.

     

     

     


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  • Cours ! Davide CALI & Maurizio A.C QUARELLOLes grands champions de boxe, Ray les connait bien.
    Mais devenir comme eux, même pas en rêve ! Ce qui ne l’empêche pas de se battre à tout bout de champ… Une main tendue va le mettre sur un chemin imprévu et transformer sa vie.

     

    Mon avis :

     

    Le hasard m’a mise sur le chemin de ce bel album durant le confinement. J’ai été séduite par les dessins et j’ignorais que l’histoire allait m’emballer elle aussi.

    Pour de multiples raisons familiales, Ray est un écorché vif. Il en veut à tous et n’hésite pas à se battre pour se faire respecter. Quand un nouveau proviseur arrive dans son école, il le déteste d’emblée. Qui aime les enseignants et les proviseurs ?

    Mais celui-ci est différent et ses méthodes le sont tout autant. Il va aider Ray à canaliser son énergie.

    Tendre et intelligent, cet album à lire dès 9 ans (et bien au-delà) montre qu’il suffit d’une main tendue et d’une oreille attentive pour changer le cours d’une vie. Un adulte différent a croisé la route de Ray. Un adulte qui a compris que derrière la violence de ce gamin se cachait une réelle souffrance. Grâce à lui, il a réussi sa vie, a trouvé une place dans un monde qui lui semblait hostile et où il ne trouvait pas sa place.

    J’ai aussi aimé les dessins au crayonné et à l’aquarelle où Ray en survêtement rouge se détache sur des fonds sépia. Ils présentent des personnages réalistes, aux traits affirmés. Et le traitement graphique, entre album et bande dessinée, donne du rythme à l’histoire.

    J’ai adoré cet album sensible et vrai, paru en 2016 chez Sarbacane. L’histoire intemporelle qu’il raconte est à découvrir et à donner à lire, même en secondaire.

     

      

     


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