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    Voilà, le mois québécois s'achève dans quelques minutes.
    J'ai lu deux romans de moins que l'an dernier, faute de temps. Le dernier n'est pas achevé et j'en parlerai donc dans les jours prochains. Il s'agit d'un roman de Patrick Isabelle. Par contre, j'ai lu de très belles choses, j'ai fait des découvertes (comme la poésie de Vanessa Bell) retrouvé avec plaisir un ami de plume, été secouée par Larry Tremblay et eu un coup de cœur pour le roman de Andrée A. Michaud. Un bon cru donc.

    Et parce qu'un bonheur ne vient jamais seul, je retourne au Québec cet été. On s'est enfin décidé. Que demander de plus ?




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  • L'angoisse du poisson rouge, Mélissa VERREAULTManue aime se faire croire que son existence, « digne d’un scénario hollywoodien », est catastrophique. Fabio, jeune Italien immigrant, ne se sent chez lui nulle part, car « lorsqu’on a choisi de quitter sa maison, elle nous devient à jamais interdite ». Leurs chemins se croisent alors que Manue recherche son poisson rouge mystérieusement disparu. Le récit de leur relation s’entremêle avec celui de Sergio, soldat de la Seconde Guerre mondiale, homme mort cent fois. Tous trois s’embarqueront dans une épopée improbable où les méduses détiennent la réponse aux questions existentielles, où les messages sont livrés par pigeon voyageur et où il est parfois nécessaire d’entrer par effraction dans sa propre demeure.

     

    Mon avis :

     

    Ce roman choral met en présence trois personnages excentriques. Manue, jeune graphiste sans boulot, désœuvrée, traine son mal-être dans une vie vide. Un jour où elle cherche son poisson rouge disparu, elle rencontre Fabio, très proche de son grand-père Sergio qui a combattu durant la Seconde Guerre mondiale et survécu aux goulags. La seconde partie du roman nous transporte d’ailleurs à cette époque. Enfin, la dernière nous emmène en Italie où Sergio vient de mourir. Fabio se rend à son enterrement et reçoit de sa grand-mère une mystérieuse boite qu’il ne veut ouvrir qu’en présence de Manue.

     

    Inspirée par le grand-père de son compagnon, Mélissa Verreault a imaginé le personnage de Sergio qui donne tout son sens au roman. Après tout ce qu’il a vécu, il a surmonté ses souvenirs d’atrocités, s’est marié et a eu une vie bien remplie. En découvrant cette vie, Manue se rend compte que si Sergio a pu survivre à toutes les horreurs qu’il a connues, elle peut aussi surmonter ses peines de cœur, la perte de sa sœur, le départ de son père…

     

    Sur un ton badin voire burlesque, l’auteure nous raconte des histoires familiales parfois légères, souvent pesantes sur l’angoisse de vivre. Il arrive qu’on trouve le récit décousu mais il reste profond et traversé de sensations fortes. Et pour désamorcer l’aspect dramatique du récit, Mélissa Verreault emploie un ton pétillant et fantaisiste soutenu par une écriture juste et cela fonctionne à merveille.

     

    J’ai trouvé ce roman, qui parle de la vie, de son sens et l’interroge, profondément humain. A la fois drôle, bouleversant, hors normes, ce roman fait du bien et remet les choses à leur juste place.

    A découvrir absolument, si ce n’est déjà fait.

     

    L'angoisse du poisson rouge, Mélissa VERREAULT 8e

     

     

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  • La curieuse histoire d'un chat moribond, Marie-Renée LAVOIEAprès avoir été trouvé dans la forêt par une petite fille qui pique-niquait, Ti-Chat se refait une vie dans une ruelle d’une ville du Québec, alors qu’il se croit en Australie. Le sauveront aussi du danger : Prémâché, le gros chat pas propre de la ruelle ; l’USA, l’unité spéciale des araignées de sous-sol ; Billy, le gentil voisin ; et les parents de la petite fille, qui ont la chance incroyable d’être des bonshommes allumettes.

     

    Mon avis :

     

    J’aime beaucoup Marie-Renée Lavoie. Je ne me lasse pas de ses récits. Celui-ci a été offert à mon fils il y a quelques années et il m’avait conseillé de le lire. Mais il y a tant de romans… Un jour d’automne, en pleine rentrée littéraire, j’ai eu envie de lire autre chose, de voyager ailleurs et l’ai sorti de la bibliothèque. Je ne le regrette pas.

    Trouvé, soigné, dorloté, Ti-Chat va vivre comme un coq en pâte chez la fillette qui l’a recueilli. C’est lui qui raconte son histoire de chat domestique, passant le plus clair de son temps entre copains matous, araignées et humains. Il vit de nombreuses aventures un peu loufoques et ne tient pas en place.

    Rédigé dans une police lisible pour les enfants et les jeunes dyslexiques, ce récit est aussi agrémenté de quelques dessins humoristiques qui ont plu à mon fils jadis mais qui n’apporte pas grand-chose à l’adulte que je suis.

    Le ton est sympathique, amusant et la fantaisie de ce chat le rend attachant. Le récit est vif et simple et se lit aisément. Le vocabulaire employé est à la portée des enfants mais est loin d’être simpliste

    Notre Ti-Chat a des idées toute faites sur certaines choses et en découvrent beaucoup d’autres au fur et à mesure qu’il côtoie les hommes. C’est drôle, parfois un peu déjanté, et tendre à la fois.


    Depuis la parution chez Hurtebise en 2014, une autre aventure est parue et les deux ont été publiées chez Alice éditions.


    La curieuse histoire d'un chat moribond, Marie-Renée LAVOIE 7e

     

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  • Le deuxième mari, Larry TREMBLAYSamuel ne sait rien de la femme qu’il va épouser. Depuis des années, son père n’a ménagé aucun effort pour rendre son fils attirant, pour l’engraisser comme une volaille en vue du grand jour. La famille se réjouit, Madame est riche et les problèmes financiers se régleront bientôt. Samuel doit simplement se donner du temps pour l’aimer.

    Sur l’île où habite Samuel, l’homme obéit à sa femme. Gare à celui qui tente de s’émanciper, car des vigiles armés surveillent les rues. Marié, il devra satisfaire les désirs de Madame et se taire. Que peut un homme facilement remplaçable dans un monde où les femmes dominent toutes les sphères de la société?

     

    Mon avis :

     

    Je sors de ce roman avec un sentiment de malaise. J’ai aimé la plume de Larry Tremblay et pourtant le récit m’a ébranlée. Samuel est encore un ado innocent et naïf qui a dû abandonner l’école, quand il apprend qu’il va se marier. Toute sa famille se réjouit de ce mariage car sa future épouse est riche. Samuel, lui, rêve d’une princesse, jeune, douce, tendre… Il est bien loin d’imaginer ce qui l’attend.

    Dans ce roman, Larry Tremblay dénonce les préjugés de notre société en nous mettant face à nos acceptations muettes et nos aveuglements volontaires. A travers un miroir déformant, il nous fait spectateur de la domination des sexes. Et cela grince, percute, dérange. On se dit que la situation décrite n’est pas normale, est glauque et inadmissible. Et on réfléchit à ce qui se passe dans le monde ; ce qui s’est toujours passé. Pourquoi l’a-t-on accepté ? Pourquoi s’y est-on habitué ?

    Cette fable romanesque intemporelle qui inverse les rôles se déroule dans un pays imaginaire afin d’éviter les habituels clichés. Et cela fonctionne. Cette région, cela pourrait être ici. Ou là. L’accent est simplement mis sur la domination d’un sexe sur l’autre et sur le pouvoir tout simplement. Celui qu’on a parfois sur les autres, celui qu’on aime avoir dans certaines circonstances, celui qui asservit certains et rend puissants d’autres.

    Samuel passe, au fil des années, par diverses phases : désespoir, révolte, déni, acceptation, remise en cause, soumission... Avec finesse, Larry Tremblay brosse l’évolution de la psychologie de son héros et les insidieuses répercussions que sa situation anxiogène aura sur son mental.

    D’un bout à l’autre, je me suis sentie inconfortable dans cette lecture qui nous rend voyeur et complice à la fois. L’atmosphère y est lourde et même si l’auteur, par le choix de la fable, tente à nous mettre à distance, on ne peut s’empêcher de se sentir concerné.

    Avec une efficacité redoutable et sa plume, fine et aiguisée, il immerge le lecteur dans ce huis clos étouffant où aucun des mécanismes de la domination d’un sexe sur l’autre ne sera occulté.

    Ce roman critique éveille les consciences à un moment où, dans l’actualité, les dominés semblent enfin se révolter contre les dominants. Mais l’égalité des sexes sera-t-elle jamais totalement acquise ?

     

    Le deuxième mari, Larry TREMBLAY6e 

    Le deuxième mari, Larry TREMBLAY9e

     

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  • Le mur des apparences, Gwladys CONSTANTJustine, lycéenne, est la cible d'attaques quotidiennes de la part de certains camarades qu'elle appelle les hyènes. À leur tête, la magnifique Margot, riche, populaire, enviable, et cela depuis l'école primaire. Pourtant un matin, Margot ne vient pas en cours. La classe apprend alors son suicide. Pour Justine, c'est un choc : pourquoi en finir avec la vie quand on a tout ? En menant l'enquête, elle va découvrir les fausses amitiés, les manipulations, les pactes secrets...

    Le mur des apparences va exploser.

     

    Mon avis :

     

    Ce roman débute comme beaucoup d’autres ayant pour thème le harcèlement. Une jeune fille est moquée, prise pour cible parce qu’elle est intelligente et bonne élève et ne correspond pas aux canons décrétés par les harceleurs. Elle confie son mal être, sa révolte muette et son incompréhension. Cependant très vite, l’histoire prend un tournant différent avec le décès de Margot, une icone pour la classe et l’ensemble des Terminales. Justine qui la connait depuis la maternelle n’accepte pas de ne pas comprendre. Elle décide alors de mener l’enquête : pour quelle raison Margot, qui avait tout pour elle, a-t-elle décidé d’en finir ? D’ordinaire en retrait, Justine va prendre des risques et oser des gestes qu’elle n’aurait jamais imaginés.

     

    Gwladys Constant nous propose ici un roman d’une rare justesse. On croit lire un Xe récit sur le harcèlement scolaire et l’on découvre vite que ce n’est qu’un prétexte, le tremplin qui permettra à l’auteure d’aborder d’autres sujets tout aussi graves, tout aussi tus, tout aussi actuels. En entrant dans la tête de ses « ennemis » en apprenant à penser comme eux, Justine va peu à peu reconstituer la vérité, bien loin des apparences derrière lesquelles toutes ces jeunes hyènes se dissimulent. Un jeu dangereux et quelque peu malsain.

     

    Que ce soit Justine ou les personnages secondaires, chacun est décrit avec acuité. L’auteure distille les petits et grands secrets de chacun et quand le masque se fissure, ils apparaissent sous un jour nouveau : détestable, pitoyable ou touchant. Justine ne sera pas épargnée car personne n’est exempt de réaction irrationnelle, née de préjugés et de stéréotypes, même les victimes.

     

    Un roman intelligent et une histoire forte où existe une vraie tension dramatique, le tout soutenu par une plume délicate et percutante à la fois. Une fois entamé, on ne le lâche pas. De plus, et ce n'est pas pour me déplaire, le roman foisonne de références littéraires. Je suis sûre qu'il plaira aux jeunes.
    Il fait partie de la sélection du Prix Farniente 2020.

     

     

     

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  • Rivière Tremblante, Andrée A. MICHAUDMichaël Saint-Pierre, douze ans, a mystérieusement disparu dans les bois de Rivière-aux-Trembles sans laisser d’autre trace qu’un running tâché de boue. Seule Marnie Duchamp, recroquevillée sous les sapins, a vu la forêt happer Michaël.

    Trente ans plus tard, une fillette de huit ans disparait en sortant de l’école et personne ne la revoit. Blessés, à vif, ses parents s’entredéchirant jusqu’à ce que le père, Bill Richard, décide de quitter la ville qui lui a enlevé son enfant. Sa fuite le conduit à Rivière-aux-Trembles, où il croise le regard endeuillé de Marnie, revenue au village pour y découvrir quel cri a emporté son ami Mike.

    De tempêtes en orages, un autre enfant disparaîtra, avalé par Nanamiu-shipu, la rivière Tremblante, dont les flots engloutiront également Bill et Marnie.

     

    Mon avis :

     

    Quelle belle plume que celle d’Andrée A. Michaud ! J’avais beaucoup aimé « Bondrée » mais « Rivière Tremblante » a été un coup de cœur.

    Alors que Michaël a disparu en 1979, Billie, elle, n’est pas rentrée de l’école un soir de 2006. On suit en parallèle les deux histoires et leurs conséquences sur l’entourage des enfants. Avec beaucoup de doigté et de psychologie, l’auteure nous dépeint les émotions des proches, leurs réactions et la manière dont chacun va réagir à l’inconcevable. L’alternance est une idée qui fonctionne très bien et les voix des narrateurs se complètent dans leurs différences.

     

    Dès les premières pages, nous savons donc que les deux personnages centraux ont disparu. L’auteure casse les codes du polar d’entrée de jeu puis, par un habile suspense psychologique, reconstitue peu à peu les circonstances, décrit les témoins, les interrogatoires… et on se rencontre rapidement que les victimes sont en fait ceux qui restent, pourchassés par la presse, suspectés par la police, montrés du doigt par le voisinage et abandonnés par le sommeil. Sans image trash ou sanglante, elle tient le lecteur en haleine par la froideur et la noirceur de faits et des situations, ponctuant son récit de respirations bienvenues en décrivant les paysages hivernaux.

     

    En effet, la nature est omniprésente dans le récit, les légendes et les forces surnaturelles aussi. Andrée A. Michaud les décrit avec poésie, sensibilité et finesse. Elle peint un monde à la fois magnifique avec ses rivières, ses lacs, ses forêts et menaçant par sa force sauvage, ses mystères et sa brutalité. Ce côté sombre et énigmatique attise la curiosité et m’a empêché de lâcher le livre avant le point final.

     

    Comment restez debout et sain d'esprit, quand le sort vous frappe cruellement ?

    Ce roman sur l’impossibilité de faire son deuil tant qu’on n’a pas de réponse aux questions qu’on se pose et sur la culpabilité est puissant et beau. Ne passez pas à côté.


       

     Rivière Tremblante, Andrée A. MICHAUD5e

     

     

     

     

     

     

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  • Un ménage rouge, Richard SAINTE-MARIECourtier en valeurs mobilières, Vincent Morin est un homme paisible et rationnel. Il n’empêche : lorsque, de retour d’un voyage d’affaires à New York, il trouve sa femme avec deux hommes dans le lit conjugal, son sang ne fait qu’un tour et il commet l’irréparable. D’abord pris de panique, Morin décide ensuite d’assumer son coup de sang et de nettoyer. De « tout » nettoyer. De façon à ce que personne ne sache ce qui s’est réellement passé. Or, si son ménage a bientôt toutes les apparences d’une réussite, un doute s’installe dans son esprit au fil des semaines, puis une terrible anxiété : et s’il avait oublié un détail ? Pendant ce temps, le sergent-détective Francis Pagliaro, de la Sûreté du Québec, enquête sur Samuel Readman, un optométriste états-unien disparu à la suite d’un congrès à Montréal. Pour le policier, il s’agit d’une opération de routine jusqu’à ce qu’il apprenne, quelques mois plus tard, qu’un Norvégien a lui aussi disparu à Montréal au même moment que l’optométriste.  

     

    Mon avis :

     

    Dois-je encore présenter Richard Sainte-Marie ? J’ai lu tous les romans de cet auteur (sauf le dernier paru début 2019) publiés chez ALIRE, je l’ai présenté sur le blog dans la rubrique « auteurs » et j’ai eu la chance de le rencontrer plusieurs fois ces dernières années.

    Incroyable conteur, il parvient à nous attacher d’emblée aux histoires qu’il raconte et à ses personnages, des gens ordinaires à qui il arrive un jour quelque chose d’extraordinaire qui va les faire basculer. Richard Sainte-Marie décortique alors la psychologie de ses héros et les arcanes dans lesquelles ils vont se perdre.

    Vincent Morin est un homme ordinaire, il a bon travail, un salaire très confortable, une vie sage et rangée, un peu plate mais il ne semble pas s’en rendre compte. Marié, sans enfant, on peut dire qu’il est satisfait, ne se pose pas de question. Et puis un jour, tout bascule. Choqué, trahi, bafoué, son sang ne fait qu’un tour et il tue. Non pas une mais trois personnes. En l’espace de quelques secondes, l’honnête homme qu’il était, le gars sans histoire, devient un meurtrier. Que faire ? Appeler la police ? Cacher les corps ? Faire comme si… Comment cet homme ordinaire va-t-il pouvoir vivre avec un tel secret ? Comment pourra-t-il garder un tel poids sur la conscience et combien de temps ? Comment passer du statut d’homme ordinaire à celui d’assassin calculateur ?

    Je ne dévoile rien en vous racontant tout ça. Nous n’avons pas affaire à un récit à énigme mais à un récit psychologique, un roman à la construction solide durant lequel on se demande jusqu’à la dernière page si ce meurtrier restera ou non impuni. La tension monte lentement et on ressent, grâce à l’acuité de l’auteur et à la finesse de sa plume, les pensées et les émotions qui traversent cet homme.

    Comme dans les autres romans de Richard Sainte-Marie, l’enquêteur de ce premier roman (oui, je ne les ai pas lus dans l’ordre) est Francis Pagliaro mais il se fait discret, laissant la première place au criminel. Une idée qui fonctionne parfaitement pour une intrigue adroitement ficelée. A découvrir si ce n’est déjà fait.


    Un ménage rouge, Richard SAINTE-MARIE4e

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