• De ton fils charmant et clarinettiste, Richard STE MARIEPolicier à la carrière peu exemplaire, Marcel Banville, un célibataire endurci qui ne s’est guère fait d’amis au fil des ans, a repoussé à l’extrême limite le moment de prendre sa retraite tant il appréhende l’ennui qui s’ensuivra. Or, c’est à quelques semaines de la date fatidique qu’il hérite de l’enquête sur les meurtres sordides de prêtres associés à des actes pédophiles, enquête qu’il sait ne pouvoir résoudre avant de remettre son insigne.
    C’est donc en toute illégalité que Marcel décide de reprendre son rôle quand, en feuilletant par désœuvrement les albums photos de sa mère – dont le suicide en pleine force de l’âge constitue le douloureux mystère de sa jeunesse –, il réalise que de nombreux religieux gravitaient à cette époque autour de sa mère.
     

     

    Mon avis :

     

    Loin de l’inspecteur philosophe Pagliaro, auquel nous étions habitués, Marcel Banville est un flic médiocre, peu regardant sur les procédures, ex délinquant et solitaire. Alors que l’heure de la retraite approche, il se voit en charge d’une enquête pour faits de pédophilie et meurtres qui éclabousse le clergé. Il n’aura cependant pas le temps de la résoudre avant son départ. Mais elle continuera à occuper son esprit et le poussera à renouer avec son passé.

     

    J’ai été surprise par le ton et la véhémence de ce polar, loin de ce dont Richard Ste Marie nous avait habitués. Banville éructe plus qu’il ne parle, est cynique, vulgaire dans ses propos et n’a pas la probité de Pagliaro. Je n’ai pas réussi à le trouver sympathique. L’enquête qu’il mène est aussi bien plus sombre et les faits immondes. C’est l’occasion pour lui de régler des comptes avec le milieu clérical. Les personnages de Richard Ste Marie sont plus que crédibles et le récit est rythmé malgré les flashbacks qui hantent l’esprit de Banville entre souvenirs d’enfance et cauchemars.

     

    Comme dans ses romans précédents, Richard Ste Marie fait référence à son passé de musicien, une des nombreuses vies de l’auteur. Il campe aussi l’histoire dans le quartier Limoilou de son enfance à Québec. Sans doute, le sujet est-il aussi en lien avec des faits s’étant déroulés quand il était adolescent même s’il précise que tout n’est que fiction. On sait que le Québec a été profondément marqué par la domination du clergé sur les écoles, l’éducation et la vie quotidienne des familles et que cela a laissé des traces hostiles (jusque dans les jurons typiquement québécois). L’auteur plonge dans ce milieu et ces années-là, pour tisser l’intrigue de son polar. Un pari osé car les blessures sont loin d’être refermées.

     

    J’aime la plume de Richard Ste Marie, ses intrigues à la construction impeccable qui propose toujours des retournements ou des fins inattendus et sa manière de conter si bien des histoires dans l’histoire. Tout sonne juste et ses personnages ont une réelle épaisseur et de plus, il sait se renouveler. Mais le sujet était trop lourd et trop grave pour que ce 7e roman soit parmi mes préférés. J’attends impatiemment de retrouver Francis Pagliaro. Et si ce policier philosophe venait faire un séjour en Europe ?


    De ton fils charmant et clarinettiste, Richard STE MARIE6e

    Un polar noir  

     


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  • Le séminaire des assassins, Petros MARKARISAu retour d’un paisible séjour dans son Epire natale, le commissaire Charitos découvre avec plaisir qu’il est enfin promu directeur intérimaire de son service. Comble de bonheur ; Katérina sa fille adorée attend un heureux événement.
    Une atmosphère détendue bientôt troublée par un premier meurtre, suivi d’un deuxième puis d’un troisième. Ces trois crimes semblent connectés : les victimes sont d’anciens professeurs devenus ministres.

    Cette fois le projecteur est braqué sur l’université grecque.

     

    Mon avis :

     

    J’apprécie toujours me plonger dans les enquête de Kostas Charitos et dans les rues grouillantes d’Athènes.

    Moins mordant que ses premiers romans, ce polar nous donne à voir la misère des universités grecques qui, sous financées, voient des enseignants retraités rester en poste pour que les étudiants aient cours. Des étudiants répartis en deux groupes, ceux qui veulent seulement un diplôme et ceux qui ont à cœur d’apprendre et de se former vraiment. Des groupes politisés gangrènent aussi les auditoires et tout le monde craint de parler en public afin de ne pas devenir une cible potentielle des rumeurs. Dans cette situation assez glauque, voilà qu’un professeur de droit est assassiné. Bientôt rejoint par deux autres cadavres. Et à chaque fois, une lettre de revendications est envoyée aux médias.
    Qui donc peut bien se cacher derrière ces meurtres d’enseignants ? Et pour quel motif ? Simplement parce que ces trois professeurs ont quitté l’université pour embrasser une carrière politique ? N’y a-t-il aucune autre raison derrière ces meurtres ?

     

    Charitos vient d’être nommé sous-chef par intérim après le départ en retraite de son supérieur, Guikas. Il marche donc sur des œufs car il sait qu’on le surveille et qu’on attend qu’il fasse ses preuves à la tête de son département. Mais l’affaire s’annonce difficile.

     

    Traduit par Michel Vokovitch, ce récit se lit vite. La forme est simple et fluide, l’enquête linéaire et on y trouve moins d’assertions économico-sociales que dans les précédents récits rédigés en pleine crise. Même l’humour qui caractérise Markaris m’a semblé moins présent.

    Bref, j’ai passé un bon moment mais j’espérais mieux étant fan de sa trilogie de la crise.

     

    Merci à Babelio et aux éditions du Seuil qui m’ont permis de gagner ce roman via Masse critique.

     


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  • Ce qui se dit la nuit, Elsa ROCHÀ peine quadragénaire, le commissaire.

    Amaury Marsac a l’impression de porter mille ans de noirceur sur ses épaules. Il n’en peut plus. Il fuit Paris direction le village de ses origines.
    Mais alors qu’il renoue avec Elsa, son amour de jeunesse, une vieille dame est retrouvée morte chez elle, égorgée et tondue, un morceau de tissu bleu cousu au niveau du cœur.
    Cette femme, c’est Marianne, une figure bienveillante de son passé. Horrifié, Marsac s’impose dans l’enquête. De nouveau happé par les sombres coulisses de l’âme humaine, il va devoir démêler passions amoureuses et superstitions, blessures de l’enfance et cicatrices de l’Histoire jamais refermées.

     

    Mon avis :

     

    Ce roman d’Elsa Roch nous plonge dans la France rurale d’un petit village de l’Indre où tout le monde se connait, s’épie et colporte des rumeurs les plus folles. Natif de ce village, le commissaire Marsac du 36 y revient en congé, un peu contraint par sa hiérarchie. Alors qu’il espère se changer les idées, Marianne, une vielle dame qu’il a connue et beaucoup aimée est assassinée sauvagement. Il va se mettre à enquêter, flanqué d’un lieutenant chargé de le surveiller.

     

    Ce roman est le premier écrit par l’auteure et la genèse du personnage central, Amaury Marsac. C’est le 2e roman d’Elsa Roch que je lis et j’apprécie beaucoup sa manière d’écriture, son style soigné et la description pertinente qu’elle donne de ses personnages. On sent derrière la touche de la psychologue qu’elle est. Notamment dans la figure de Manon, cette enfant dans un corps d’adulte, nature et franche qu’elle dépeint avec beaucoup de finesse.

    C’est d’ailleurs l’ensemble de ces relations humaines finement observées et transcrites qui donnent au roman son attrait. Tout se joue autour de ce que les gens croient connaître des autres alors que chacun est un mystère.

     

    L’intrigue n’est pas originale mais le cadre, le mélange de superstitions et de rumeurs, les non-dits et les faux semblants, mêlés à des personnages hauts en couleur rendent cette lecture plaisante. Ajoutez-y des dialogues vifs et qui sonnent juste et vous aurez un polar rustique à l’ambiance certes pesante mais qui recèle des touches d’ironie caustique bienvenues. Il se lit d’une traite.

     

     

     


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  • La filière afghane, Pierre POUCHAIRETAlors que la France est la cible d’actes terroristes, Gabin, Marie et leurs collègues de la PJ enquêtent sur des dealers qui opèrent dans une cité de Nice. Après l’identification d’un réseau structuré et multicarte, les investigations vont remonter jusqu’en Afghanistan. Là-bas, entre le retrait des forces internationales et la succession d’Hamid Karzai, une page est en train de se tourner dans une ambiance délétère. Et c’est dans un climat de suspicion et de corruption généralisée doublé d’une violence aveugle que le flic niçois va découvrir les liens entre trafic de drogue et terrorisme ! De Nice à Kaboul, du Helmand aux Pyrénées s’engage alors, pour Gabin et son équipe, une traque impitoyable pour éviter le pire…

     

    Mon avis :

     

    Commandant de police à la retraite, Pierre Pouchairet puise dans son expérience pour écrire ses polars. « La filière afghane » est son 3e roman et le premier que je lis.

    Ce récit n’est pas seulement un polar. Il présente aussi d’une manière claire la situation géopolitique de l’Afghanistan et les ramifications qu’elle a en France et dans le reste de l’Europe.

    Je connais l’Afghanistan par les récits de Khaled Hosseini uniquement. Je sais la dure survie des habitants, les guerres longues et sanglantes, les Talibans… Pierre Pouchairet nous montre un côté complémentaire à tout cela en plongeant au cœur du Croissant d’Or et en nous parlant des jeunes Français qui partent faire le Dijah au Moyen-Orient et nous entraine à leur suite de Nice à Kaboul.

     

    A Nice, nous suivons l’équipe du Capitaine Gabin. Elle cherche à tout prix à démanteler un trafic d’héroïne qui règne dans une cité. Gabin n’a qu’une idée : remonter la filière afghane en suivant un certain Hamdani qu’il soupçonne d’être impliqué dans le trafic sous couvert d’une ONG dont il est le directeur.

    Enquêter sur place n’est pas aisé. Hamid Karzaï a quitté la présidence, sa succession provoque des remous, les Américains et leurs agences de renseignements lui mettent des bâtons dans les roues, la pression religieuse est énorme et on ne peut se fier à personne.

    En même temps, en France, des attentats sont commis et Gabin cherche de possibles liens avec son enquête.

     

    Si le style n’est pas le meilleur des polars que j’ai lus, il faut reconnaitre à l’auteur le sens du détail, la précision des descriptions et la clarté du propos malgré une intrigue touffue et une situation géopolitique complexe, gangrénée par la corruption. De plus, l’histoire ne souffre d’aucun temps mort. Elle vous ferre dès les premières pages et vous tient en haleine jusqu’au bout. Son passé de flic ayant servi dans ces régions fait presque de ce roman un reportage de guerre.

    Un roman qui tient ses promesses et me donne envie de continuer ma découverte de l’auteur.

     

     


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  • Un homme averti ne vaut rien, Romain SARDOUIls ne se connaissent pas. Michael Monroe a grandi à Londres, orphelin et pauvre. Mathilde Bateman est issue d’une famille richissime de New York. L’un n’a rien, l’autre a tout. L’un veut changer de vie, l’autre veut changer le monde. Ils n’auraient jamais dû se croiser. Mais autour d’eux, assassinats et disparitions se multiplient. Au nom de quelle malédiction ?

    Des bords de la Tamise aux ports du Savannah, de Londres à Boston, Michael et Mathilde traquent la vérité sans idée de ce qu’ils vont découvrir. Sur leurs familles, sur leur passé, et donc sur eux-mêmes. Il est des crimes dont on hérite… 

     

    Mon avis :

     

    Romain Sardou aime les grandes fresques historiques et familiales. On retrouve ici les descendants d’Harry et Lilly Bateman, couple irlandais immigrés et ceux d’Auguste Muir, Allemand naturalisé Anglais par son mariage, homme retors qui leur mettra des bâtons dans les roues dans « La Première colonie » de la Saga « America ».

    Ici, il nous relate l’histoire croisée de ces deux familles ennemies qui vont semer les morts sur leur passage durant plus de quatre-cents ans. Comme le dit l’exergue, « Derrière toutes les grandes richesses se cache un grand crime. »

     

    Sous la plume alerte et vive de Romain Sardou, des personnages forts, au caractère déterminé prennent vie sous nos yeux. Il est bien difficile de savoir d’emblée qui est le bon, qui est le mauvais car l’auteur s’amuse à nous décrire des personnages qui nagent en eaux troubles, capables du meilleur comme du pire. Rivalité, vengeance, pouvoir, secrets de famille, amour et amitié sont les ingrédients principaux de ce récit mouvementé qui ne souffre d’aucun temps mort. Malgré le « déjà vu » de ces composantes, le roman est agréable à lire, surprenant et rythmé.

     

    L’histoire se lit d’une traite tant on a envie de savoir ce que chacun va devenir. On retrouve aussi des éléments historiques l’arrivée des pionniers européens, le peuplement de la Géorgie grâce aux migrants embarqués sur le Ann, ou la spoliation des terres aux Indiens. Bien qu’il soit présenté comme indépendant, il semble être la fin de la saga « America ». Dix ans après le premier tome, c’était long. Les éditions XO ne le présente pas comme tel cependant.

     

    Intrigue haletante, mystère, aventures, un roman idéal pour l’été.

     

     


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  • Trois jours, Petros MARKARISGagné en mars via Masse critique, j’ai reçu le recueil de Petros Markaris la semaine dernière et l’ai dévoré. Il faut dire que ces huit nouvelles sont courtes. J’ai d’ailleurs beaucoup d’admiration pour les auteurs qui arrivent à ficeler aussi bien des histoires en si peu de pages.

     

    Dans deux nouvelles, on retrouve le commissaire Charitos, personnage récurrent des romans de l’auteur. Les six autres présentent d’autres enquêteurs en charge d’élucider des meurtres ou morts suspectes. Certaines se déroulent en Grèce, d’autres en Allemagne ou en Turquie et dans divers milieux socio-économiques ou culturels. La première relate la mort d’un écrivain et donne l’occasion à l’auteur d’asséner quelques vérités sur le monde littéraire. C’est assez jubilatoire. Le cadre temporel varie également du présent jusqu’à la Seconde Guerre mondiale et l’on ne sait donc ni où ni à quelle époque la nouvelle suivante nous entraînera.

     

    Le recueil doit son titre à la nouvelle éponyme, la plus longue, qui se déroule sur fond de pogrom antichrétien grec en 1955 à Istanbul. On sent une touche autobiographique plus marquée dans celle-ci.

    Chaque texte permet à l’auteur d’enfourcher un cheval de bataille : la xénophobie, l’immigration, le milieu littéraire grec, la radicalisation…

    Enfin, on retrouve la touche d’humour et le style soigné et mordant de l’auteur. Sa lucidité, ses connaissances pointues sur son pays, sur l’Histoire, sur les relations entre la Grèce, la Turquie et l’Allemagne rendent la lecture intéressante et vivante tout en gardant une intrigue policière soignée.

    Si vous ne connaissez pas cet auteur, c’est l’ouvrage idéal pour le découvrir.

     

     

     


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  • Ces femmes aux yeux cernés, André JACQUESAu cours d’une descente au repaire de Grigor Chukaliev, un caïd de la mafia russe, le SPV saisit deux tableaux d’un maître de l’art contemporain, qui au moment de l’expertise, se révèlent des faux. Et l’un d’eux a été vendu par l’antiquaire Alexandre Joblin. Quelques jours plus tard, un cocktail Molotov éclate dans la vitrine de sa boutique, tandis que le galeriste qui a vendu la seconde toile est retrouvé assassiné. Pour éviter d’autres représailles et pour sauver sa peau, Alexandre décide de remplacer le faux tableau par le vrai. Il part alors à la recherche du peintre des œuvres originales, Jordi Carvalho, un artiste catalan qui semble avoir disparu de la circulation depuis plus de dix ans. De Montréal à Barcelone, puis à Paris, cette quête ne sera pas de tout repos pour Alexandre. Heureusement, entre les séquelles du passé et les cauchemars qui le hantent, un ange sombre veille sur lui…

     

    Mon avis

     

    Je découvre André Jacques avec ce brillant polar qui met en scène Alexandre Jobin dont ce ne sont pas les premières aventures. Malgré tout, je n’ai pas eu de mal à entrer dans l’histoire et à apprécier le récit.

    L’auteur nous plonge dans le domaine de l’art, des galeries, des faux et j’adore ça. Richard Ste Marie m’avait déjà séduite avec « Repentir(s) » qui se déroulait aussi dans le monde des faussaires et des artistes peintres. Ici, on a en plus un antiquaire haut en couleur assez singulier. Ancien membre de l’armée canadienne, enquêteur au Service des renseignements, il en a gardé des traces, physiques et morales, ainsi que de bien mauvaises fréquentations. Hanté par son passé, il fuit douleurs et cauchemars en se soignant par l’alcool ce qui n’est pas la solution idéale.

     

    Cette fois, en raison de sa naïveté, il se retrouve dans une histoire de faux vendu à un parrain de la mafia russe. Coincé entre la police qui le soupçonne d’en savoir plus qu’il le dit et les Russes qui veulent lui faire la peau, il décide de mener sa propre enquête pour se tirer de ce mauvais pas. Il nous entraine alors à sa suite à Barcelone puis à Paris et Montréal dans des aventures rocambolesques où il se montrera parfois léger pour un ancien espion. Heureusement, quelqu’un veille dans l’ombre, un ange noire prénommée Pavie. Aussi efficace que redoutable.

     

    André Jacques sait indéniablement raconter les histoires. Que ce soit le rythme enlevé, les mystères, les rebondissements ou les détails sur le milieu artistique au cœur de l’histoire, tout concoure à rendre ce roman addictif et passionnant. On finit même par croire à l’existence réel de ce Jordi Carvalho, tant les informations sur sa vie sont crédibles.

    J’ai beaucoup apprécié ce polar aux charmes indéniables qui, en plein confinement, nous emmène dans trois villes magnifiques. Je poursuivrai, dès que possible, ma découverte de Joblin en reprenant ses aventures du début. En attendant, lisez cet auteur !

     


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