• Le forain, Michel CLAISEDans le jargon policier, la fraude à la TVA est appelée « carrousel ». C'est ce qui a poussé Max, le commissaire de la brigade financière de Lille, à surnommer « le Forain » un escroc qu'il poursuit depuis des années sans parvenir à l'identifier. Ce génial bandit, c'est Frédéric Galliani, un surdoué qui a choisi de régler ses comptes avec la société en empruntant la voie de la criminalité financière.


    Mon avis :

     

    Qui mieux qu’un juge d’instruction, spécialisé dans la lutte contre la criminalité en col blanc pourrait nous parler avec moultes détails de la fraude fiscale ? Michel Claise partage ses informations et les dessous de son métier avec ses lecteurs dans ce roman noir. Il décrit les mécanismes de la fraude qui repose en fait sur une organisation machiavélique qui ne s’embarrasse pas d’empathie ou de remords envers les hommes de paille dont elle va se servir à leur insu. Paumés, ruinés ou attirés par l’appât du gain facile, ces hommes seront broyés par le système qui enrichira celui qui est à la tête de la pyramide.

    C’est parce qu’un jour il a été victime d’une escroquerie que Frédéric a tout perdu. Il n’a plus en tête qu’un but, renouer avec l’aisance et retrouver sa fierté. Le hasard va le mettre en présence d’un duo bien rôdé qui lui apprendra les arcanes de la fraude. Sa vie en sera bouleversée.

    Michel Claise dresse ici une facette du tableau de la criminalité financière et de la lutte dérisoire contre celle-ci tant la justice est dépassée par l’ampleur du phénomène. Il démontre par cette histoire exemplaire comment l’évasion fiscale et la fraude gangrène la société en la déstabilisant.

    Paru il y a dix ans, ce roman ne décrit qu’un petit pan de la situation actuelle, les moyens technologiques étant toujours plus grands et les fraudes toujours plus subtilement réalisées. Mais la justice a toujours aussi peu de moyen pour lutter contre l’évasion fiscale qui, rappelons-le, s’élève à plus de 30 milliards d’euros en Belgique.

    Facile à lire, ce récit vous entrainera au cœur des malversations des fraudeurs mais comme l’écrit l’auteur, la réalité est souvent bien pire que la fiction.

    Le forain, Michel CLAISE 

     

     

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  • Poissons volants, François FILLEULRéveillon du Nouvel an 2016. Dans la ville de La Linea aux confins de l’Adalousie, face au détroit de Gibraltar, où prospèrent les trafics en tout genre, plusieurs familles sont exécutées quelques secondes avant minuit.
    Alors que grouillent les rats et s’échouent les baleines, l’inspecteur-chef Nicolas Fulgor Duran mène l’enquête sous une étrange canicule hivernale. Il croise sur sa route migrants, dirigeants locaux, travailleurs en crise et des poissons volants, égarés par le réchauffement climatique.

     

    Mon avis :

     

    J’aime les polars et plus encore ceux qui dérangent, grattent où cela fait mal. C’est le cas de ce premier roman à la dimension sociale intéressante.

     

     

    Tout au sud de l’Europe, là où des migrants tentent d’entrer sur la terre promise au risque de leur vie, s’étend la ville de La Linea, cité de pêcheurs, d’ouvriers au chômage, de débrouillardises et de magouilles. L’atmosphère sociale est sombre, la canicule écrase la ville en plein hiver, les catastrophes naturelles s’enchainent de l’invasion des rats à l’échouage de baleines sur la plage en passant par l’arrivée des poissons volants – attraction naturelle locale aux grandes retombées financières- avec six mois d’avance et sans touristes. C’est dans ce décor de fin du monde que se construit un hôpital hyper moderne, que des migrants sont ramenés manu militari à la frontière, qu’une famille se fait massacrer la nuit du réveillon et qu’un promeneur est retrouvé mort sur la plage. L’un n’a rien à voir avec l’autre et l’inspecteur Fulgor Duran cherche à dénouer rapidement le sac de nœud qui lui tombe sur les épaules en dépit des vacances, des fêtes et de son envie d’être ailleurs. C’est sans compter sur les embûches qui l’attentent et les bâtons qu’on lui met dans les roues. Un hiver très particulier pour l’inspecteur.

     

    Derrière la griffe de l’auteur, on sent la vision acérée du photographe et l’amateur de littérature et de séries policières. Le style est concis, les descriptions évocatrices, la construction du scénario est dynamique et les dialogues n’affaiblissent pas le propos. François Filleul va à l’essentiel tout en soignant son écriture. Il maîtrise les figures de style sans en abuser et nous offre un roman crédible et noir à souhait.

    Avant tout polar sociétal, « Poissons volants » est un récit d’ambiance. François Filleul nous parle ici d’une région qu’il connait visiblement très bien (l’Andalousie) et nous la décrit avec justesse et humour dans ses défauts comme dans ses bons côtés. Ses personnages ont de l’épaisseur et sonnent juste, les relations humaines sont décrites avec soin, preuve d’un regard affûté de l’auteur sur son environnement. La tension monte lentement au fur et à mesure qu’il semble que l’inspecteur perd pied dans cet imbroglio puis les zones d’ombres s’estompent peu à peu.

     

    J’ai aimé ce premier roman prometteur pour les raisons citées ci-dessus et pour l’immersion complète dans la province de Cadix, à la frontière avec le territoire britannique de Gibraltar. Une région que je ne connais pas et que l’auteur a réussi à rendre attirante et attrayante malgré tout.

    J’espère que ce premier roman en appellera d’autres et je vous invite à vous faire votre propre avis sur ce récit.

     

    Poissons volants, François FILLEUL

     

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  • La danseuse du Gai Moulin, Georges SIMENONUn apprenti espion bien maladroit...
    Deux jeunes Adolescents endettés – Delfosse, un bourgeois pervers et Chabot, le fils d'un employé comptable – fréquentent à Liège Le Gai-Moulin, une boîte de nuit où ils courtisent l'entraîneuse et danseuse Adèle. A la fin d'une soirée qu'elle a passée à une table voisine de ces derniers, en compagnie d'un certain Graphopolous, un Grec arrivé le jour même dans la ville, ils se laissent enfermer dans la cave de l'établissement afin de s'emparer de la recette. Dans le noir, ils entraperçoivent ce qu'ils croient être un cadavre, celui du Grec, et prennent la fuite. 

     

    Mon avis :

     

    Une fois n’est pas coutume, cette affaire se déroule entièrement à Liège, en Belgique. C’est la seule enquête qui ramène Maigret dans la ville natale de l’auteur. Le roman, paru en 1931, fait partie de la série des Maigret, même si le célèbre commissaire met du temps à apparaître dans l’histoire. Il réussit même à se faire si discret qu’on le prend un temps pour le coupable et qu’il se retrouvera dans le bureau du commissaire Delvigne. Mais je n’en dévoilerai pas trop car ce roman à tiroirs nous balade d’un rebondissement à un autre tout au long du récit.

    Que vient faire la danseuse du Gai Moulin dans l’histoire me direz-vous ? Elle se trouve entraînée dans cette sordide affaire bien malgré elle.

    Dans ce roman Simenon évoque une multitude de souvenirs d’enfance. Ainsi il domicilie son personnage, Jean Chabot, rue de la Loi, au cœur d’Outremeuse, où Simenon vécut, avec ses parents lui aussi, au 53. Chabot et sa mère n’entretiennent pas les meilleurs rapports qui soient, comme madame Simenon et son fils. L’histoire se déroule ensuite dans « Le Carré », incontournable quartier de la vie nocturne de la Cité Ardente. Dans les années 30, et jusqu’en 1960 environ, ce quadrilatère formé d’une dizaine de rues étroites était animé par les vitrines lumineuses des prostituées et par l’enseigne du cabaret « Le Gai Moulin ». Aujourd’hui transformé en piétonnier, il renferme à la fois commerces de luxe, brasseries et restaurants et reste le centre névralgique des sorties estudiantines.

    C’est donc un vrai roman liégeois que Simenon nous propose ici et dans lequel il confie ce qui lui plaît tant à Liège ou, au contraire, lui déplaît. Pour les natifs, c’est un régal de lecture.

    Mais ce roman policier, bien ancré dans la ville de Simenon, propose aussi une réflexion sur l’amitié entre jeunes gens : un bourgeois oisif, un peu déséquilibré et le fils d’un employé qui l’admire. Dans divers passages, on perçoit l’attirance et les sentiments, mais jamais Simenon n’en parle ouvertement. Il ne faudra cependant pas longtemps pour que cette amitié amoureuse confrontée au meurtre, à l’enquête, à la suspicion… s’étiole après les faits et que l’on se rende compte que si l’un est sincère, l’autre le manipule.

    Le dénouement viendra à la fin du récit alors que Maigret raconte les faits chronologiquement, comme le ferait Hercule Poirot.

    Un classique de l’auteur, à lire ! Surtout si on est Liégeois.

     

     

     

    La danseuse du Gai Moulin, Georges SIMENON

     

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  • Comme des mouches, Frédéric ERNOTTE & Pierre GAULONÇa ne devait être qu’un jeu pour oublier la rupture. Une manière pour deux amies déçues par l’attitude des hommes de se venger en orchestrant le canular de leur vie : sélectionner huit candidats sur le site de rencontres Love Corner et les mettre à l’épreuve pour une récompense en or… Regina ! Mais lorsque le faux profil conçu pour être un redoutable appât devient une cible et que les prétendants disparaissent les uns après les autres, Leila et Gwen réalisent que l’amour 2.0 est une arène impitoyable.

     

    Mon avis :

     

    Une petite ville tranquille comme il y en a tant. Deux amies d’enfance, célibataires. Un pub, leur lieu de ralliement. Une idée folle : s’inscrire sur un site de rencontre, pour voir et s’amuser. Des conséquences… qu’elles n’avaient pas vu venir.

     

    Alors que Leila rumine une rupture dont elle n’arrive pas à se relever, Gwen, sa meilleure amie, l’entraîne malgré elle dans ce qui ne doit être qu’un jeu. A partir d’un faux profil, appâter des prétendants et leur proposer des épreuves pour choisir le meilleur d’entre eux.

    Mais très vite, elles perdent le contrôle et le jeu dérape.

     

    Dès le départ, le lecteur est happé par l’histoire et l’envie de savoir lequel des prétendants trouvera grâce aux yeux des jeunes femmes. L’histoire démarre sur les chapeaux de roue et garde un bon rythme jusqu’au bout. Des indices parsèment les pages, parfois menant vers de fausses pistes. On se prend au jeu de l’enquête, on doute, on pense avoir trouvé et puis une révélation vient tout changer.

     

    Le changement de narrateur d’un chapitre à l’autre apporte un point de vue différent sur les événements et les éclaire ou les complexifie selon le bon vouloir des auteurs. Tout est minutieusement dosé et la structure du récit, sans faille, fait progresser le lecteur vers une fin qui apporte un point d’orgue idéal au récit.

     

    Même si j’aurais souhaité que certains personnages soient un peu plus développés, j’ai beaucoup aimé l’histoire racontée par Frédéric Ernotte et Pierre Gaulon. Ecrire à quatre mains est une gageure, plus encore lorsque l’on travaille à distance. Mais le pari a été relevé et tenu de bien belle façon. Tout est réuni pour capter puis captiver le lecteur.

      

    Ce roman à suspens, réussi et addictif m’a fait passer un très bon moment.

     

     

     

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  • Surface, Olivier NOREKIci, personne ne veut plus de cette capitaine de police.
    Là-bas, personne ne veut de son enquête.
     

     

    Mon avis :

     

    Ce résumé est ultra court mais je pense que moins on en sait plus on appréciera ce 5e roman d’Olivier Norek. Je n’en dirai donc pas beaucoup plus.

    Après une blessure qui l’a écartée de son poste aux Stups, la capitaine Noémie Chastain est envoyée « se refaire une santé » dans un petit village de l’Aveyron, Avalone. Là-bas, sa venue est attendue avec impatience car c’est, pour l’équipe en place, un honneur de recevoir une flic aussi expérimentée et gradée. Pour Noémie, cela sonne comme une punition d’autant que la vraie nature de sa mission est de fermer le commissariat, inutile selon sa hiérarchie. Quand un cadavre d’enfant refait surface après de longues années, la capitaine et son équipe se lancent dans un cold case impossible.

    Cette fois-ci, Olivier Norek a choisi de nous raconter l’histoire d’une héroïne et dès le départ, on se dit que le choix de son nom n’est pas un hasard. Est-il un hommage à la douce et belle Jessica de Roméo et Juliette ou La couleur des sentiments ou à la cruelle et malade Misery dans le roman éponyme ? A moins que la capitaine Noémie Chastain n’ait une double personnalité, une face noire et une face blanche ? Qui sait…
    Tout le roman de Norek fourmille d’ailleurs de références clin d’œil comme le nom du village et du lac dont il s’enorgueillit : Avalone et son monde englouti, où les mystérieux noms sur les tombes du cimetière : Casanova, Dom Juan et d’autres que je vous laisse découvrir… Non, rien n’est laissé au hasard.

    Je suis entrée dans l’histoire dès les premières lignes. Vous verrez, elles sont hypnotiques. Après, j’ai cherché tous les moments de loisirs possibles pour avancer dans ce roman que j’ai terminé à 1h du matin. Dévoré en une journée.

    J’ai adoré le personnage central, complexe, ambigu et attachant. Noémie, c’est un peu nous, avec ce que chacun a de cassé, de fêlé, de bancal dans sa vie. Elle est hésitante, peu sûre d’elle et si forte à la fois. Elle a peur mais elle est déterminée, ambitieuse. Elle s’en veut de ne pas toujours être à la hauteur et de laisser voir ses faiblesses. Cela ne la rend que plus humaine. Pour appréhender sa personnalité, il ne faut pas s’arrêter à la surface des choses. Il faut aller au-delà des apparences et Olivier Norek le montre et le sous-entend avec une grande justesse.

    Autour d’elle, gravitent une dizaine de personnages tout aussi énigmatiques, troubles, attachants ou dangereux. Parfois le tout réuni. Les relations entre eux tissent un cocon qui va rassurer Noémie ou l’entraver selon les moments mais vont l’aider à dépasser ses angoisses, à retrouver ses réflexes et son amour d’elle-même et de son boulot. Comme le dit avec justesse son coéquipier, la proximité des uns et des autres qui peut être pesante a aussi l’avantage que les policiers connaissent les petits secrets de chacun, les animosités et les liens qui relient les villageois entre eux. On a moins besoin de technologie à la campagne puisque chacun se côtoie au quotidien. L’humain est donc premier avec les avantages et les inconvénients que cela représente.

    Ce scénario réaliste nous emmène dans des dédales que l’auteur a visiblement pris plaisir à creuser. Il colle à la réalité du terrain, à la confrontation de deux univers différents, au passé et au présent et nous tient en haleine jusqu’à la fin.

    Le style est direct, le rythme endiablé, à la Norek, on ne s’ennuie pas un instant aux côtés de Noémie Chastain dans ce polar dense et profondément humain.

    Ce roman est aussi un bel hommage aux policiers qui laissent leur vie ou une partie d’eux-mêmes dans les missions qui leur sont confiées, comme Babeth, Amandine, Stéphane et d’autres que le roman mentionne.

    Un roman attendu et une vraie réussite. Merci aux éditions Michel Lafon pour l’envoi de cette épreuve non corrigée.
    Le roman sera en librairie dès le 4 avril.

     

     

     

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  • Né d'aucune femme, Franck BOUYSSE« Mon père, on va bientôt vous demander de bénir le corps d’une femme à l’asile. – Et alors, qu’y a-t-il d’extraordinaire à cela ? Demandai-je. – Sous sa robe, c’est là que je les ai cachés. – De quoi parlez-vous ? – Les cahiers… Ceux de Rose. » Ainsi sortent de l’ombre de cahiers de Rose, ceux dans lesquels elle a raconté son histoire, cherchant à briser le secret dont on voulait couvrir son destin.

     

    Mon avis :

     

    Quel plaisir de lecture ! Ce roman est mon premier coup de cœur de l’année.

    Le père Gabriel est appelé à l’asile proche pour bénir un corps. Une infirmière, sans doute, est venue l’en prier. Elle lui confie en confession que sous la robe de la défunte, elle a caché des cahiers et elle le supplie de les emporter et de les lire. Elle seule sait ce qu’ils renferment et le secret est trop lourd à porter. Il promet.
    De retour au presbytère, il commence la lecture de ces cahiers couverts d’une écriture maladroite. Rose, car tel est son nom, y raconte son histoire. Il en sera changé pour toujours.

    Une histoire de jeune paysanne pauvre entrée au service d’une famille de notables au siècle dernier, il y en a beaucoup. Nous en connaissons tous. Ce qui m’a séduite ici c’est non seulement la langue pure et musicale de l’auteur mais la manière dont il nous conte l’histoire. Dès le départ, on sent qu’un drame a bouleversé la vie de Rose. Mais lequel ? Peu à peu, on s’enfonce dans l’horrible, l’indicible mais avec un tel doigté, une telle maîtrise qu’on est presque étonné quand il surgit.

    Ce roman choral donne la parole aux principaux protagonistes et met peu à peu en évidence les motivations de chacun. Fière et libre, cette toute jeune fille est aussi le seul être intègre et droit dans ce monde de pendards diaboliques qui se considèrent au-dessus des lois. Mensonges, compromissions, silences, couardises forment la toile de fond de ce récit magistralement construit.

    Franck Bouysse nous emporte dans un univers clos et sombre tout en parvenant à laisser briller une lueur d’espoir dans le lointain. Malgré la vie dure qu’on lui fait mener, Rose parvient à garder suffisamment d’amour et d’espérance pour continuer. Jusqu’au bout, à notre tour, on espère un dénouement heureux, une justice divine, une parole ou un geste qui nous rendrait confiance dans l’humanité. En donnant à son héroïne, le goût des mots – elle lit les journaux des maîtres en cachette – il lui offre aussi le moyen de s’évader de son quotidien puis d’écrire son histoire pour qu’elle ne tombe pas dans l’oubli, qu’un jour, on sache. Et ces mots lui permettent aussi de tenir bon, de ne pas sombrer dans la folie.

    Ce roman intimiste éblouissant, rédigé dans une langue parfaite, nous conte au final une tragédie intemporelle, celle qui oppose depuis la nuit des temps les forts et les faibles, les veules et les déterminés, le bien et le mal. Un roman noir qu’il faut lire absolument.

       


    Alors, je me résous à laisser aller mon regard sur la première feuille, afin que disparaissent les ombres trompeuses, pour en faire naître de nouvelles, que je me prépare à découvrir, au risque de les assombrir plus encore. Ces ombres en éclats d'obscurité qui n'épargne rien ni personne, sinon dans la plus parfaite des nuits qu'est la mort, avant le grand jugement. (p37) 



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  • Les cahiers noirs de l'aliénistes. T2 "Le sang des prairies", Jacques COTEFort Edmonton, 5 mai 1885…

    Trois mois après avoir joint les rangs du 65e bataillon de Montréal, le capitaine Georges Villeneuve, assisté du lieutenant Bruno Lafontaine et du docteur Paré, entend la déposition sous serment de François Lépine, un interprète métis qui a survécu au massacre de Lac-à-la-Grenouille.

    Villeneuve et ses hommes ont reçu l’ordre du général Strange de former une commission d’enquête afin d’identifier les cadavres et de retrouver la trace des auteurs de ce crime odieux, de jeunes guerriers cris que le gouvernement canadien croit sympathiques à la cause de Louis Riel. Or, Villeneuve, tout comme la majorité des soldats et officiers du 65e bataillon, considère Riel non comme un traître mais bien comme un héros de la Nation !

    Si la vie militaire n’effraie pas le jeune homme de vingt-deux ans – ses gages lui permettront en plus de payer ses études de médecine –, ce qu’il voit des injustices commises par le pouvoir d’Ottawa à l’encontre des Indiens du Nord-Ouest, des Métis et de Louis Riel, demeurera gravé dans la mémoire du futur aliéniste.

     

    Mon avis :

     

    Après avoir dévoré le premier tome des aventures de Georges Villeneuve dans "Dans le quartier des agités», je poursuis ma découverte de la vie passionnante de ce héros. Nous remontons le temps dans ce deuxième tome et nous retrouvons quatre plus tôt.

    Alors que Georges s’apprête à entreprendre des études de médecine, il est enrôlé par l’armée canadienne avec son jeune frère et intègre le 65e bataillon de Montréal. Leur mission est de combattre les indiens dans le Nord-Ouest du Canada et de mettre fin à la révolte des Métis. Villeneuve est aussi chargé de l’enquête sur le massacre du Lac-à-la-Grenouille. Or, tout comme Louis Riel, le chef Métis, il est francophone et doit se battre sous l’autorité d’un général Anglais contre un frère, dont la cause lui semble noble. Cela a de quoi lui poser un problème de conscience.

    Jacques Côté nous emmène en voyage à travers le pays, aux côtés des troupes canadiennes. Parcours en train entrecoupé de longues marches où le matériel doit être porté (le chemin de fer n’est pas achevé, notamment en raison de l’opposition des tribus indiennes), ce voyage est très pénible pour les hommes. La faim, l’inconfort, la peur, le climat… rien ne leur est épargné.

    Le futur docteur Villeneuve est décrit avec finesse et rien ne nous est caché de ses pensées contradictoires et de son caractère franc. Quant aux personnages secondaires, choisis avec soin pour mettre en évidence les diverses opinions de l’époque et la multiculturalité du peuple québécois, ils enrichissent l’histoire et donnent à voir à partir de quoi s’est forgée l’identité, la culture et l’âme québécoise.

    Une fois encore, Jacques Côté nous offre un récit léché, précis, et une construction romanesque parfaite. Grâce à lui, nous découvrons les dessous cachés de ce massacre. Les révélations de François Lépine, interprète métis que Villeneuve interroge, nous éclairent sur les circonstances du drame qui compte parmi un des plus sombres de l’histoire canadienne. Nous comprenons aussi les causes, les enjeux qui ont amené ce drame et l’atmosphère de l’époque.

    Magnifiquement bien documenté, le travail d’écriture est d’une précision historique incroyable. Fiction et histoire se mêlent avec bonheur pour nous faire revivre ce moment dramatique. L’écriture précise et maîtrisée de Jacques Côté nous plonge dans l’atmosphère d’alors et nous fait vivre ces événements d’une manière naturelle, je dirais presque pédagogique, tant les faits historiques s’imbriquent parfaitement au récit et à sa dynamique.

    Comme le dit la 4e de couverture, ce roman relève à la fois du western, de l’intrigue policière et du roman historique et permet au lecteur de savourer une page de l’Histoire du Canada un peu oubliée.

    Quant à Louis Riel, dont il est beaucoup question ici et que Georges Villeneuve rencontrera à la fin, je l’ai découvert plus longuement grâce à une BD qui raconte son histoire et j’en parlerai bientôt.

    J’avais beaucoup aimé « Dans le quartier des agités », j’ai encore mieux aimé ce deuxième tome, passionnant.

     


    Les cahiers noirs de l'aliénistes. T2 "Le sang des prairies", Jacques COTE8e

     

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