• Un homme averti ne vaut rien, Romain SARDOUIls ne se connaissent pas. Michael Monroe a grandi à Londres, orphelin et pauvre. Mathilde Bateman est issue d’une famille richissime de New York. L’un n’a rien, l’autre a tout. L’un veut changer de vie, l’autre veut changer le monde. Ils n’auraient jamais dû se croiser. Mais autour d’eux, assassinats et disparitions se multiplient. Au nom de quelle malédiction ?

    Des bords de la Tamise aux ports du Savannah, de Londres à Boston, Michael et Mathilde traquent la vérité sans idée de ce qu’ils vont découvrir. Sur leurs familles, sur leur passé, et donc sur eux-mêmes. Il est des crimes dont on hérite… 

     

    Mon avis :

     

    Romain Sardou aime les grandes fresques historiques et familiales. On retrouve ici les descendants d’Harry et Lilly Bateman, couple irlandais immigrés et ceux d’Auguste Muir, Allemand naturalisé Anglais par son mariage, homme retors qui leur mettra des bâtons dans les roues dans « La Première colonie » de la Saga « America ».

    Ici, il nous relate l’histoire croisée de ces deux familles ennemies qui vont semer les morts sur leur passage durant plus de quatre-cents ans. Comme le dit l’exergue, « Derrière toutes les grandes richesses se cache un grand crime. »

     

    Sous la plume alerte et vive de Romain Sardou, des personnages forts, au caractère déterminé prennent vie sous nos yeux. Il est bien difficile de savoir d’emblée qui est le bon, qui est le mauvais car l’auteur s’amuse à nous décrire des personnages qui nagent en eaux troubles, capables du meilleur comme du pire. Rivalité, vengeance, pouvoir, secrets de famille, amour et amitié sont les ingrédients principaux de ce récit mouvementé qui ne souffre d’aucun temps mort. Malgré le « déjà vu » de ces composantes, le roman est agréable à lire, surprenant et rythmé.

     

    L’histoire se lit d’une traite tant on a envie de savoir ce que chacun va devenir. On retrouve aussi des éléments historiques l’arrivée des pionniers européens, le peuplement de la Géorgie grâce aux migrants embarqués sur le Ann, ou la spoliation des terres aux Indiens. Bien qu’il soit présenté comme indépendant, il semble être la fin de la saga « America ». Dix ans après le premier tome, c’était long. Les éditions XO ne le présente pas comme tel cependant.

     

    Intrigue haletante, mystère, aventures, un roman idéal pour l’été.

     

     


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  • Trois jours, Petros MARKARISGagné en mars via Masse critique, j’ai reçu le recueil de Petros Markaris la semaine dernière et l’ai dévoré. Il faut dire que ces huit nouvelles sont courtes. J’ai d’ailleurs beaucoup d’admiration pour les auteurs qui arrivent à ficeler aussi bien des histoires en si peu de pages.

     

    Dans deux nouvelles, on retrouve le commissaire Charitos, personnage récurrent des romans de l’auteur. Les six autres présentent d’autres enquêteurs en charge d’élucider des meurtres ou morts suspectes. Certaines se déroulent en Grèce, d’autres en Allemagne ou en Turquie et dans divers milieux socio-économiques ou culturels. La première relate la mort d’un écrivain et donne l’occasion à l’auteur d’asséner quelques vérités sur le monde littéraire. C’est assez jubilatoire. Le cadre temporel varie également du présent jusqu’à la Seconde Guerre mondiale et l’on ne sait donc ni où ni à quelle époque la nouvelle suivante nous entraînera.

     

    Le recueil doit son titre à la nouvelle éponyme, la plus longue, qui se déroule sur fond de pogrom antichrétien grec en 1955 à Istanbul. On sent une touche autobiographique plus marquée dans celle-ci.

    Chaque texte permet à l’auteur d’enfourcher un cheval de bataille : la xénophobie, l’immigration, le milieu littéraire grec, la radicalisation…

    Enfin, on retrouve la touche d’humour et le style soigné et mordant de l’auteur. Sa lucidité, ses connaissances pointues sur son pays, sur l’Histoire, sur les relations entre la Grèce, la Turquie et l’Allemagne rendent la lecture intéressante et vivante tout en gardant une intrigue policière soignée.

    Si vous ne connaissez pas cet auteur, c’est l’ouvrage idéal pour le découvrir.

     

     

     


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  • Ces femmes aux yeux cernés, André JACQUESAu cours d’une descente au repaire de Grigor Chukaliev, un caïd de la mafia russe, le SPV saisit deux tableaux d’un maître de l’art contemporain, qui au moment de l’expertise, se révèlent des faux. Et l’un d’eux a été vendu par l’antiquaire Alexandre Joblin. Quelques jours plus tard, un cocktail Molotov éclate dans la vitrine de sa boutique, tandis que le galeriste qui a vendu la seconde toile est retrouvé assassiné. Pour éviter d’autres représailles et pour sauver sa peau, Alexandre décide de remplacer le faux tableau par le vrai. Il part alors à la recherche du peintre des œuvres originales, Jordi Carvalho, un artiste catalan qui semble avoir disparu de la circulation depuis plus de dix ans. De Montréal à Barcelone, puis à Paris, cette quête ne sera pas de tout repos pour Alexandre. Heureusement, entre les séquelles du passé et les cauchemars qui le hantent, un ange sombre veille sur lui…

     

    Mon avis

     

    Je découvre André Jacques avec ce brillant polar qui met en scène Alexandre Jobin dont ce ne sont pas les premières aventures. Malgré tout, je n’ai pas eu de mal à entrer dans l’histoire et à apprécier le récit.

    L’auteur nous plonge dans le domaine de l’art, des galeries, des faux et j’adore ça. Richard Ste Marie m’avait déjà séduite avec « Repentir(s) » qui se déroulait aussi dans le monde des faussaires et des artistes peintres. Ici, on a en plus un antiquaire haut en couleur assez singulier. Ancien membre de l’armée canadienne, enquêteur au Service des renseignements, il en a gardé des traces, physiques et morales, ainsi que de bien mauvaises fréquentations. Hanté par son passé, il fuit douleurs et cauchemars en se soignant par l’alcool ce qui n’est pas la solution idéale.

     

    Cette fois, en raison de sa naïveté, il se retrouve dans une histoire de faux vendu à un parrain de la mafia russe. Coincé entre la police qui le soupçonne d’en savoir plus qu’il le dit et les Russes qui veulent lui faire la peau, il décide de mener sa propre enquête pour se tirer de ce mauvais pas. Il nous entraine alors à sa suite à Barcelone puis à Paris et Montréal dans des aventures rocambolesques où il se montrera parfois léger pour un ancien espion. Heureusement, quelqu’un veille dans l’ombre, un ange noire prénommée Pavie. Aussi efficace que redoutable.

     

    André Jacques sait indéniablement raconter les histoires. Que ce soit le rythme enlevé, les mystères, les rebondissements ou les détails sur le milieu artistique au cœur de l’histoire, tout concoure à rendre ce roman addictif et passionnant. On finit même par croire à l’existence réel de ce Jordi Carvalho, tant les informations sur sa vie sont crédibles.

    J’ai beaucoup apprécié ce polar aux charmes indéniables qui, en plein confinement, nous emmène dans trois villes magnifiques. Je poursuivrai, dès que possible, ma découverte de Joblin en reprenant ses aventures du début. En attendant, lisez cet auteur !

     


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  • Tempêtes, Andrée A. MICHAUDSur les deux versants du Massif bleu, la nature se déchaine. D’un côté, Marie Saintonge. Isolée au cœur de la forêt, dans une maison secouée par le blizzard, elle doit faire face à l’hostilité des lieux, aux voix sourdes de la peur et aux ombres inquiétantes qui viennent tour à tour frapper à sa porte. De l’autre côté, Ric Dubois. Confronté lui aussi à la fureur de la montagne lorsque les orages de juillet éclatent, il doit lutter pour sauver sa peau pendant que les morts suspectes se multiplient autour de lui. Spectres et forces telluriques s’unissent pour une danse macabre.

     

    Mon avis :

     

    Une fois encore je me suis laissé emporter par la plume éthérée d’Andrée A. Michaud. Elle seule parvient à raconter des événements extrêmement glauques et insensés avec des mots délicats et des descriptions d’une poésie et d’une beauté folle.

     

    Si les soixante premières pages ont eu du mal à m’accrocher au niveau de l’histoire tant tout paraissait sans logique, dément même, ses mots m’ont empêché de renoncer.

    Cette première partie intitulée « Blizzard », relate l’installation de Marie Saintonge dans le chalet dont elle a hérité de son oncle, entre la petite ville de Fall Jonction et le Massif bleu. Elle y arrive à la veille d’une violente tempête de neige qui la confinera à l’intérieur et la coupera du monde durant plusieurs jours. Sans électricité, dans un endroit hostile, elle perdra peu à peu ses repères et sera victime d’une succession de phénomènes paranormaux.

    La deuxième partie, « Orages », relate l’arrivée de Ric Dubois dans la région, au moment où Marie disparait. Visage public de Chris Julian, écrivain à succès, la curiosité l’a attiré là, après la découverte de notes et de l’ébauche d’un manuscrit dans le bureau de ce dernier. Intrigué, il décide d’achever ce roman et part au camping des Chutes rouges, sur l’autre versant du Massif bleu.

    A peine arrivé dans ce camping familial où sa présence dénote, il sera témoin d’une succession de morts inexpliquées et n’aura de cesse de découvrir le fin mot de l’histoire, déterminé à comprendre ce qui se passe quoi qu’il arrive.

     

    Plus âpre et fantasque que « Bondrée » ou « Rivière tremblante », ce roman anxiogène nous entraîne rapidement dans une atmosphère lourde et macabre, accrue par la perte de la notion du temps de la première héroïne et de ses cauchemars éveillés. Et cela ne fera qu’empirer sur les bords de la Red River, où la succession de cadavres réveillent les phobies les plus obscures quand délire et réalité s’entremêlent.

     

    Comme dans ses romans précédents, la nature joue un rôle prédominant. Bien qu’elle soit hostile par ses tempêtes de neige et ses chaleurs torrides que de tonitruants orages ne parviennent pas à dissiper, ce n’est pas d’elle que viendra le danger. Elle ne fera que décupler les peurs de chacun, les mettant aux prises avec leur conscience et leurs secrets inavouables. L’angoisse fera le reste, entraînant les protagonistes dans des actes irréfléchis qui causeront leur perte.

    Récit implacable, « Tempêtes » nous entraine dans un univers à glacer le sang, un enfer bâtit sur la peur. Si je n’ai pas ressenti le même coup de cœur qu’à la lecture de « Rivière tremblante », il n’en reste pas moins un très bon roman, abouti, fort et très sombre où les paysages idylliques font le lit de la folie la plus destructrice.

    Entre réalisme et fantastique, ce roman noir est à découvrir au plus vite.

     

     

     


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  • L'affaire Magritte, Toni COPPERSToni Coppers livre, avec L’Affaire Magritte, un palpitant thriller littéraire. Alors que son héros, l’ex-enquêteur Alex Berger, lutte contre ses démons personnels, une étrange série de meurtres se déroulent entre Paris et Bruxelles. Sur les lieux du crime, on retrouve chaque fois ce mystérieux message : « Ceci n’est pas un suicide ».

     

    Mon avis :

     

    Toni Coppers est un auteur flamand très populaire dans le nord du pays. Pourtant ce roman, paru chez Diagonale, est le premier traduit en français. A la grande joie de l’auteur, comme il l’a confié à la FLB.

     

    Alex Berger, 45 ans, policier à Bruxelles, a vu sa vie basculer à la mort de sa femme, abattue lors des attentats de 2015 à Paris. Alors qu’il aurait dû la rejoindre pour un week-end en amoureux, il a été retenu par l’interrogatoire d’un prévenu, John Novak. Quand il a quitté la salle d’interrogatoire, les morts se comptaient par dizaines sur les trottoirs de Paris. Depuis, sous le poids du remord, il a quitté la police et erre entre dépression et alcoolisme.

    Mais voilà que John Novak s’évade de prison et que deux morts sont découverts, l’un à Bruxelles, l’autre à Paris, et la mise en scène est identique. Les ex-collègues de Berger vont donc tenter de l’intéresser à l’enquête en tant qu’expert indépendant.

     

    Toni Coppers a été très touché par les attentats et par les témoignages des victimes. Quand, pour les 50 ans de la mort de Magritte en 2017, ses héritiers lui ont demandé un roman qui aurait plu à Magritte, il a tout naturellement pensé à unir les deux. Magritte était un grand amateur de polars et lisait beaucoup. Il faisait aussi des cauchemars éveillés depuis la mort de sa mère, comme Alex Berger. L’auteur a choisi d’inscrire son récit entre Paris et Bruxelles, deux villes qu’affectionnait Magritte. Et a nommé son inspecteur Berger, nom de jeune fille de madame Magritte.

     

    Je suis ravie d’avoir pu découvrir cet auteur et espère que d’autres romans seront prochainement traduits. Toni Coppers nous offre un palpitant thriller littéraire et des personnages consistants aux portraits psychologiques fouillés et profonds. La plume de l’auteur est agréable et ciselée, ses références culturelles léchées tout en étant abordables pour le lecteur et le rythme de l’enquête est soutenu.

    Ce roman est un bel hommage surréaliste à Magritte, à sa vie et son œuvre tout en restant un policier à l’enquête minutieuse. C’est aussi une réflexion sur la liberté et les choix que l’on fait dans la vie à différents niveaux.

    Cet auteur flamand mérite vraiment d’être connu en Wallonie. Merci aux éditions Diagonale pour cette première traduction due à Charles de Trazegnies. Espérons que cela ne s'arrête pas là.

     

    Avis de Nath ici.

    L'affaire Magritte, Toni COPPERS

     

     

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  • Et les vivants autour, Barbara ABELCela fait quatre ans que la vie de la famille Mercier est en suspens. Quatre ans que l’existence de chacun ne tourne plus qu’autour du corps de Jeanne, vingt-neuf ans. Un corps allongé sur un lit d’hôpital, qui ne donne aucun signe de vie, mais qui est néanmoins bien vivant. Les médecins appellent cela un coma, un état d’éveil non-répondant et préconisent, depuis plusieurs mois déjà, l’arrêt des soins. C’est pourquoi, lorsque le professeur Goossens convoque les parents et l’époux de Jeanne pour un entretien, tous redoutent ce qu’ils vont entendre. Ils sont pourtant bien loin d’imaginer ce qui les attend…

     

    Mon avis :

     

    Ma grand-mère disait « on est souvent puni par où on a péché ». C’est la première phrase qui m’est venue en tête en refermant ce roman de Barbara Abel.

    Je ne vous en dirai pas trop sur cette histoire qui oscille entre huis-clos et tragédie car je l’ai attaquée sans même lire la 4e de couverture afin de plonger dans l’inconnu et j’en suis ravie. Je ne savais pas à quoi m’attendre et j’ai accroché très vite. Une fois de plus, je suis restée scotchée à  l'histoire et à ses personnages car Barbara Abel nous offre un thriller psychologique de très bonne facture, maîtrisé d’un bout à l’autre.

     

    Cette auteure a le don de poser une atmosphère et une ambiance. Cette fois, elle parvient à nous mettre mal à l’aise dès le départ en décrivant une famille où l’on sent très vite, sans pouvoir encore le définir, un poids qui pèse sur chacun. Il ne s’agit pas uniquement de la santé de Jeanne, les tensions sont trop palpables pour qu’il n’y ait que cela. De conjectures en hypothèses, on pense avoir compris ce qui se trame en filigranes mais c’est sans compter sur le machiavélisme de l’auteure qui retourne la situation à chaque fois.

     

    Avec acuité, Barbara Abel décrit les pensées et attitudes de chacun face au coma prolongé de Jeanne. Comment vivre au quotidien avec un proche dans cette situation ? Doit-on garder espoir ou est-ce de l’égoïsme de souhaiter la maintenir dans cet état végétatif au-delà d’un délai raisonnable ? Est-on un monstre de vouloir mettre fin à l’acharnement ? La vie de tous semble s’être arrêtée depuis quatre ans. Chacun est suspendu à son état qui n’évolue pas et le quotidien devient un suspense insoutenable, hautement anxiogène pour chacun. Et peu à peu les masques tombent.

    L’auteure explore alors les relations qui unissent les membres de la famille, avec leur complexité et leurs non-dits. Elle pose aussi des questions actuelles en abordant des thèmes comme le couple, la condition de la femme, l’acharnement thérapeutique, la maternité, les liens père-fille… et tant d’autres. Son analyse est d’une incroyable justesse et elle nous bouscule dans nos certitudes.

     

    D’une efficacité redoutable, ce thriller psychologique est, pour moi, son meilleur roman après « Derrière la haine ». C’est machiavélique à souhait et excellent. A lire absolument.

     

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  • L'affaire Saint-Fiacre, Georges SIMENON« Un crime sera commis à l'église de Saint-Fiacre pendant la première messe du Jour des morts. » Ce message anonyme, reçu par la police de Moulins, va ramener Maigret sur les lieux de son enfance. La victime - car elle meurt bel et bien comme annoncé - n'est autre que la comtesse de Saint-Fiacre, propriétaire du château dont le père de Maigret était le régisseur.
    Tout a bien changé en trente-cinq ans. Le domaine n'est plus que l'ombre de ce qu'il était, rétréci comme une peau de chagrin par des ventes de terres successives, dues sans doute aux dilapidations du jeune Maurice de Saint-Fiacre, à moins que les secrétaires et amants de la comtesse n'aient trouvé moyen de se servir au passage.
    Et c'est bien de ce côté que Maigret va chercher la clef de l'affaire, en attendant qu'un étrange dîner « sous le signe de Walter Scott » ne la lui apporte de la façon la plus imprévue.

     

    Mon avis :

     

    Comme chaque année en ce mois d’avril, je vous présente un roman de Simenon. Après avoir fait le tour des romans qui se déroulent à Liège ou évoquent la ville de l’auteur, je vous emmène aujourd’hui dans la ville natale du commissaire Maigret.

    Comme les précédents romans dont je vous ai parlé, il fait partie des écrits d’avant-guerre de Simenon, paru en 1932, alors que l’auteur résidait dans le sud de la France. Comme d’autres, il est d’abord paru dans la presse sous forme de feuilleton avant d’être publié chez Fayard.

     

    Alors que tout laisse penser que la comtesse de Saint-Fiacre est morte d’une crise cardiaque, Maigret sait qu’il s’agit d’un crime. Une lettre anonyme l’en a averti. Cette fois, au lieu de mener l’enquête, il laisse le comte le faire à sa place, apportant juste sa touche finale lors d’un dîner qui a lieu au lendemain du décès.

    En plus des éléments propres à l’enquête, on plonge ici dans les souvenirs de Maigret : son père ayant été le régisseur du château de Saint-Fiacre quand il était enfant, il le connaît bien. Le domaine et ses dépendances sont hélas en piteux état ; des terres ont été vendues et il n’est plus le joyaux des souvenirs du petit Jules. Il le défend d’ailleurs avec émotion dans la scène finale qui confronte tous les suspects.

     

    Ce roman nous plonge dans une époque lointaine, celle des grands domaines, des régisseurs et domestiques, d’une aristocratie désargentée gardant cependant un rang envié au sein d’un village et d’une région au point de faire des jaloux.

    « L’affaire Saint-Fiacre » est un roman atypique car il ne se base pas uniquement sur les éléments et ressorts propres à un policier. De plus, même si on plonge dans les souvenirs du héros, Maigret, les informations données sont plutôt autobiographiques, Simenon ayant lui-même séjourné au domaine du marquis de Tracy dans les années 20 et l’évocation de la mort du père de Maigret pouvant se rapprocher de celle de Désiré Simenon.

     

    J’ai vu le film de 59 avec Jean Gabin et celui de 95 avec Bruno Crémer mais je n’avais jamais lu le livre. Comme pour tous les Simenon, il nous plonge dans une époque révolue, à l’atmosphère surannée, où la lutte des classes est un élément prégnant. Un bon Maigret à l’écriture impeccable où l’émotion et l’atmosphère intimiste sont plus présentes que dans certains autres.

     

    L'affaire Saint-Fiacre, Georges SIMENON


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