• L'inconnue de la Seine, Guillaume MUSSOPar une nuit brumeuse de décembre, une jeune femme est repêchée dans la Seine au niveau du Pont-Neuf. Nue, amnésique, mais vivante. Très agitée, elle est conduite à l’infirmerie de la préfecture de police de Paris… d’où elle s’échappe au bout de quelques heures.
    Les analyse ADN et les photos révèlent son identité : il s’agit de la célèbre pianiste Milena Bergman. Mais c’est impossible car Milena est morte dans un crash d’avion il y a plus d’un an.

    Raphaël, son ancien fiancé, et Roxane, une flic fragilisée par sa récente mise au placard, se prennent de passion pour cette enquête, bien décidés à éclaircir ce mystère.

     

    Mon avis :

     

    Je ne suis pas une inconditionnelle de Guillaume Musso mais j’avoue avoir été agréablement surprise par ce récit. Il m’a fait passer un bon moment.

    Inspiré d’un fait divers du 19e siècle dont nombre d’écrivains et de poètes ont parlé (Aragon, Proust, Rilke…) ce roman est une enquête qui se déroule aujourd’hui dans les milieux artistiques. Se pourrait-il que l’inconnue repêchée dans la Seine en plein hiver soit la célèbre pianiste Milena Bergman décédée dans le crash du vol Buenos Aires-Paris un an plus tôt ? Aurait-on trop vite identifié le corps à l’époque ?

     

    Mise sur la touche par son supérieur, Roxane Montchrestien, tenace et impulsive capitaine de la BNRF, décide de mener l’enquête en toute discrétion et… en dehors des clous.

    Musso revient au polar et sait y faire pour tenir son lecteur en haleine. Il distille avec parcimonie suspens, indices, rebondissements agrémentés d’un zest de surnaturel.

    L’auteur nous emmène au fil de l’enquête dans le petit monde du théâtre, des intermittents du spectacle, nous immerge dans la mythologie grecque, décrit le Paris interlope et dénonce les conflits entre services policiers et le manque de soutien et de solidarité au sein des brigades. Quand un grain de sable survient, c’est chacun pour soi et les liens noués au travail sont vite oubliés. Il nous ballade également au cœur de la capitale et n’hésite pas à dénoncer ses travers, à critiquer la mairie ou les bobos parisiens.

    L’ouvrage est agrémenté de photos, de documents propres à l’enquête et de coupures de presse. Cela donne un caractère authentique à cette fiction et permet de visualiser certains éléments décrits.

     

    L’histoire est prenante, bien ficelée et donne envie de connaitre le dénouement. Ce roman de 415 pages se lit donc rapidement. La fin me laisse cependant dubitative. Une suite est-elle prévue ? Retrouvera-t-on la capitaine Montchrestien dans d’autres aventures ?

    Merci aux Editions Calmann Levy pour cet envoi.



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  • Ghetto X, Martin MICHAUDAyant démissionné des crimes majeurs, Victor Lessard accepte de donner ses impressions à son ancienne partenaire, Jacinthe Taillon, sur la scène du meurtre d’un journaliste d’enquête.

    En parallèle, son mentor, Ted Rutherford, lui fait une révélation troublante à propos du passé de son père, Henri Lessard. Pris pour cible dans un attentat, Victor doit bientôt disparaître pour assurer a sécurité et celle de ses proches.

     

    Mon avis :

     

    Quelle joie de retrouver Victor Lessard et sa partenaire !

    Quand le récit commence, Victor a quitté le SPVM (voir Violence à l’origine) et est agent de sécurité dans un casino. Mais assez rapidement, il va se retrouver au cœur d’une affaire qui le touche personnellement. Peu avant de mourir, son père adoptif lui révèle que la mort de sa famille quand il avait 12 ans ne s’est pas passée comme il le croit. Il avait retrouvé une connaissance de son père qui avait des informations à ce sujet. Tenaillé par ce drame depuis son enfance, il veut savoir et comprendre. Il ignore qu’il va mettre le doigt dans un nid de vipères. Heureusement, il peut compter sur sa fidèle amie Jacinthe Taillon et deux autres collègues pour mener une enquête en toute discrétion et hors des clous.

     

    A la fois thriller, roman d’espionnage et récit géopolitique, le roman de Martin Michaud est riche de faits véridiques, de critiques sur les conflits internes dans les services de la police de Montréal, de données sur les cyberattaques et les actes terroristes. J’ai apprécié la construction du récit mêlant passé et présent, souvenirs d’enfance et événements présents. Martin Michaud nous tient en haleine tout au long des 545 pages du roman et nous surprend en nous plongeant dans les bas-fonds de Montréal, l’Afghanistan ou les milices d’extrême-droite. Impossible de savoir où il nous emmène ; l’intrigue se construit chapitre après chapitre et les rebondissements justement dosés dévoilent lentement les tenants et les aboutissants. Un rythme soutenu orchestrant le tout rend le récit addictif.

    Comme toujours, le duo Victor-Jacinthe fonctionne à merveille. L’impétuosité de l’une et son franc-parler contrastant avec le calme morose et les introspections de l’autre. Jacinthe n’est jamais à court d’un bon mot, d’une réplique cinglante et c’est jouissif.

     

    J’espère que les prochaines aventures de ce duo d’enquêteurs ne se feront pas attendre cinq ans. Comme j’espère qu’un jour, la série télé tirée de leurs enquêtes traversera enfin l’Atlantique.

      

     

     


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  • Cinq secondes, Jacques SAVOIEBrigitte Leclerc vient de commettre un quadruple meurtre avant de retourner l'arme contre elle. Toutefois, en ratant ce qui devait être son ultime geste, elle vit une expérience de mort imminente. En cinq secondes, les événements importants de son existence défilent sous ses yeux. Chargé de l'enquête, Jérôme Marceau cherchera à découvrir non pas tant les circonstances du drame que ce qui a traversé l'esprit de la jeune femme. Jérôme Marceau n'en sortira pas indemne, loin s'en faut.

     

    Mon avis :

     

    Grâce à ce roman, je découvre Jacques Savoie, écrivain canadien de polars et scénariste pour la télévision. Paru en 2012, je ne l’ai acquis que récemment.

    Ce roman semble inaugurer une série de récits où l’enquêteur est Jérôme Marceau. On fait donc la découverte de la brigade et on apprend qu’il vient d’être nommé enquêteur principal en intérim de sa cheffe, Lynda Léveillé, partie en voyage de noces.

    Quadragénaire, métisse, discret et manchot à cause de la thalidomide, il manque cruellement de confiance en lui. D’autant que sa nomination ne fait pas l’unanimité au sein de la section des homicides où ses collègues ne le prennent pas au sérieux.

    Sa première affaire le confronte à un quadruple homicide perpétré au sein du palais de justice de Montréal en pleine tempête hivernale. Une jeune et jolie jeune femme, Brigitte Leclerc, a tué de sang froid son avocat, le juge et deux témoins avant de se suicider. Mais elle s’est ratée et se retrouve dans le coma. Avant d’appuyer sur la gâchette, elle voit sa vie défiler en « Cinq secondes » et on comprend, au fil des chapitres, les raisons qui l’ont amenée à ce geste fatal et insensé.

    Cette première enquête sera pour l’inspecteur Marceau un vrai défi. Alors que sa hiérarchie le presse de régler l’affaire au plus vite, Jérôme Marceau veut avant tout comprendre. Pourquoi cette jeune femme est-elle devenue une meurtrière ?

     

    J’ai aimé ce roman pour son côté addictif et sa construction particulière qui alterne les souvenirs de Brigitte et les avancées de l’enquête. Cela crée un intensité dramatique. J’ai aussi apprécié la personnalité de l’inspecteur. Jacques Savoie nous présente un homme intelligent et intuitif mais manquant de confiance en lui. Son handicap y est sans doute pour beaucoup tout comme sa sensibilité et sa discrétion. Cela fait qu’on s’attache très vite à lui.

    Ce roman met en exergue la manipulation, l’emprise des puissants sur les faibles et le processus du pardon. Il fait aussi la part belle aux relations humaines avec leur lot de mensonges, de jalousie et de cupidité.


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  • Femmes sans merci, Camilla LACKBERGPrisonnières de leur mariage, trois femmes qui ne se connaissent pas échangent des confidences sur un forum internet.

    Ingrid qui a sacrifié sa carrière de journaliste au profit de celle de son mari, découvre que ce dernier la trompe sans scrupules. Et n’aspire qu’à se venger.

    Brigitta se sait malade depuis plusieurs mois mais n’a cessé de repousser le moment de consulter un médecin. Les ecchymoses qui couvrent son corps pourraient trahir les violences qu’elle subit dans l’intimité, or Brigitta a jusqu’ici préservé l’unité de son foyer.

    Victoria a quitté sa Russie natale pour s’installer en Suède avec un homme dont elle a fait la connaissance sur un site de rencontre mais il n’est pas le mari qu’elle imaginait.

    Humiliées, battues, blessées, elles échafaudent ensemble un plan. Et le mettent en œuvre. Un procédé imparable, sans mobile apparent…

     

    Mon avis :

     

    On ne présente plus Camilla Läckberg et son héroïne Erica Falck. Ici, ce récit indépendant n’a rien à voir avec son héroïne fétiche mais reste dans la même veine, autant par l’écriture que par le thème de la violence faite aux femmes.

    Ce récit chorale donne la parole à trois femmes : une journaliste, une institutrice et une femme au foyer. Toutes ont rêvé d’un mariage heureux et toutes sont bafouées au point de songer à se venger de ce qu’elles vivent au quotidien. Ses cent cinquante pages en font plutôt une grosse nouvelle dont la lecture rapide est également addictive. Les rebondissements, l’alternance des situations et l’écriture vive de l’auteure tiennent en haleine jusqu’au bout.

     

    Rédigé dans la mouvance du mouvement #MeToo, ce n’est pas le meilleur roman de l’auteure, mais il est agréable à lire et en cette période de panne de lecture, c’était idéal pour renouer avec ma passion. J’aurais cependant aimé que les personnages aient un peu plus de consistance et soient moins caricaturaux. J’espère que ce thriller féministe ne marque pas un tournant radical dans son approche des rapports humains et la lutte des genres. Ce serait dommage.

     

     


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  • La chambre bleue, Georges SIMENONPoliciers, juge et psychiatre cherchent à comprendre l'étrange comportement de Tony Falcone, après la mort de Nicolas, le mari de sa maîtresse. Ancien ouvrier, fils d'immigré italien à la tête d'une petite entreprise de vente de tracteurs et de machines agricoles, Tony est marié à Gisèle et père d'une petite Marianne. Mais il vivait en secret, il y a quelques mois encore, une relation amoureuse avec Andrée. Etait-il amoureux d'elle ? Il ne peut aujourd'hui l'affirmer. Ses jeudis après-midi, dans la chambre bleue de l'hôtel, dont son frère Vincent est le propriétaire, étaient bercés de "je t'aime" auxquels, il ne savait quoi répondre. 

     

    Mon avis :

     

    Le roman doit son titre à la chambre où Tony et Andrée, amants maudits, se retrouvaient en cachette. Leur relation physiquement intense plait à Tony mais il n’est pas question pour lui de quitter sa famille. Quand Andrée lui demande s’il partirait avec elle, s’ils étaient libres tous les deux, ébranlé, Tony s’éloigne et fait de sa famille sa priorité. Peu après, le mari d’Andrée meurt dans d’étranges circonstances.

     

    Ce récit est paru en 1964 aux Presses de la Cité et fait partie des « romans durs » de Simenon. Déroutante, la structure du récit ne répond pas à une chronologie classique et linéaire. L’histoire se construit suivant les souvenirs de Tony et les réponses qu’il fournit aux questions des policiers et juge qui instruisent l’affaire. Par cet entrelacs d’informations, le récit se tisse peu à peu et Tony s’enferre dans le sien, peinant à prouver son innocence et de plus en plus abattu face aux faits qu’on lui reproche.

     

    Comme toujours, Simenon décrit avec rudesse et concision ses personnages, principaux et secondaires. Il prend plaisir à décrire la façon dont les villageois s’épient, se jaugent et colportent des rumeurs les uns sur les autres. Comme toujours, il se joue des travers de ses contemporains et de leurs bassesses, se plaisant à les mettre en exergue.

    Les personnages sont d’une réelle épaisseur, plus vrais que nature et cela participe au plaisir de lecture. Au passage, Simenon égratigne également la justice qui, lorsqu’elle n’instruit qu’à charge, est capable de broyer un homme en retournant contre lui ses phrases les plus anodines.

    Un bon polar, poignant et efficace.


    La chambre bleue, Georges SIMENON2e 

     

     


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  • Le capuchon du moine, Ellis PETERSA première vue, c’est le crime parfait. Un riche propriétaire lègue ses biens à l’abbaye de Shrewsbury en échange d’une paisible retraite… et meurt en dégustant son repas ! Quelle main criminelle a versé dans le plat quelques gouttes de poison provenant de la pharmacie de Frère Cadfael ? Les suspects ne manquent pas, à commencer par les héritiers de la victime.

     

    Mon avis :

     

    Troisième roman historique des aventures de frère Cadfael, « Le capuchon du moine » est paru en 1980. Il nous entraine au Pays de Galles, à l’abbaye de Shrewsbury où un riche donateur vient de trouver la mort. Il semblait mélancolique depuis quelques semaines et pour le remettre en forme le Père abbé lui avait fait porter une part de la perdrix qu’on venait de lui cuisiner. Circonstances douteuses, malencontreuses aussi car elles mettent à mal la surveillance du frère Cadfael, dans la pharmacie duquel on a trouvé le poison. En effet, la racine du capuchon du moine est le nom d’un onguent qui soulage les rhumatismes mais qui est aussi un poison dangereux s’il est ingéré.

    Pour couronner le tout, ne l’accuse-t-on pas de pécher quand on apprend qu’il a jadis bien connu la veuve de cet homme et s’est retrouvé seul avec elle un moment ? Mais s’il replonge bien évidemment dans ses souvenirs de jeunesse, il n’en reste pas moins un moine désormais.

    Malgré toutes ces vilénies, frère Cadfael va mener l’enquête car non seulement il est mis en cause mais un innocent, il en est sûr, est accusé et recherché.

     

    J’ai pris plaisir à retrouver ce moine enquêteur dont j’ai lu les premières aventures et que je trouve très attachant. La narration est concise et l’enquête haletante. L’époque féodale anglaise qui sert de décor est finement dépeinte et nous permet de goûter aux lois et usages de ce XIIe siècle. L’auteure s’emploie aussi à nous montrer, avec ironie, qu’un Gallois n’est pas un Anglais, et que les lois des uns ne sont pas celles des autres. Certaines toujours valides prévalent même dans certains cas.

    Tout est donc réuni pour nous faire passer un bon moment au cœur d’une intrigue qui mêlent aussi de nombreux sentiments : amour filial, amitié, jalousie, orgueil, respect de la parole donnée…

    Un récit qu’on ne lâche pas une fois entamé.

     

     Le capuchon du moine, Ellis PETERSAbbaye de Shrewsbury

     


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  • A vol d'oiseau, Craig JOHNSONLe shérif Walt Longmire doit mener à bien une affaire des plus importantes : marier sa fille unique, Cady. Mais pendant les préparatifs de la cérémonie Walt et son ami Henry Standing Bear sont les témoins d’un étrange suicide. Audrey Plain Feather s’est jetée de la falaise avec son fils dans les bras. Si l’enfant est miraculeusement sain et sauf, il apparaît rapidement que cette mort est un meurtre déguisé. Walt se retrouve aux prises avec la nouvelle chef de la police tribale, la très belle et très zélée Lolo Long, et pour compliquer encore leurs relations, le FBI débarque en force pour suivre l’affaire. Une chasse à l’homme s’engage, qui mènera le shérif au plus profond de la réserve indienne avec pour guides un mystérieux corbeau et la sagesse des anciens.

     

    Mon avis :

     

    Après quelques années, je retrouve avec joie le sheriff Longmire et son Wyoming. Par la force des choses je suis passée de la 2e à la 8e histoire et certains détails m’ont manqué pour comprendre le cheminement personnel du héros. Mais l’enquête n’ayant aucun lien avec les aventures antérieures du sheriff cela ne m’a pas empêché de prendre plaisir à sa résolution.

    Apparemment, Walt Longmire du comté d’Absaroka s’est éloigné durant des années de la réserve indienne. Témoin de la mort d'une jeune femme, il y est ramené alors qu’il recherche un lieu pour organiser le mariage de sa fille, Cady. La jeune femme venue s’écraser au pied d’une falaise tenait son bébé dans les bras. Touché par cette affaire, il va s’assurer que le bébé, miraculé, soit en sécurité et va rencontrer la jeune chef de la police tribale, Lolo Long, au caractère peu commode. Vu son expérience et le souvenir qu’il a laissé dans la tribu, Longmire sera amené à l’assister.

     

    C’est avec plaisir que j’ai retrouvé le Wyoming, son histoire, ses traditions et les personnages fétiches de Craig Johnson. L’enquête est classique dans sa structure et ses rebondissements, c’est le regard acéré du sheriff et ses réparties qui font mouche à chaque fois. Homme droit, entier et respecté par tous, tant dans sa vie privée que son travail, il observe, écoute, juge peu et ne néglige aucune piste. En communion avec la nature, son environnement, ses racines, sa famille et les Indiens qu’il considère avec respect, il ne déroge jamais de sa ligne de conduite et marque de son empreinte toute enquête.

    Craig Johnson sait créer des personnages crédibles, forts ou faibles mais de chair et de sang. Le duo Lolo Long–Walt Longmire est particulièrement jouissif car il confronte deux personnalités opposées qui vont insuffler un rythme et une ambiance au roman. Au prise avec les soucis sociaux des citoyens, ils vont découvrir des relations ambigües, sensibles, des rancœurs tenaces et des réputations non usurpées.

    Attachant et bourré d’humour, ce polar est dépaysant et mordant à souhait.

     


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