• Né d'aucune femme, Franck BOUYSSE« Mon père, on va bientôt vous demander de bénir le corps d’une femme à l’asile. – Et alors, qu’y a-t-il d’extraordinaire à cela ? Demandai-je. – Sous sa robe, c’est là que je les ai cachés. – De quoi parlez-vous ? – Les cahiers… Ceux de Rose. » Ainsi sortent de l’ombre de cahiers de Rose, ceux dans lesquels elle a raconté son histoire, cherchant à briser le secret dont on voulait couvrir son destin.

     

    Mon avis :

     

    Quel plaisir de lecture ! Ce roman est mon premier coup de cœur de l’année.

    Le père Gabriel est appelé à l’asile proche pour bénir un corps. Une infirmière, sans doute, est venue l’en prier. Elle lui confie en confession que sous la robe de la défunte, elle a caché des cahiers et elle le supplie de les emporter et de les lire. Elle seule sait ce qu’ils renferment et le secret est trop lourd à porter. Il promet.
    De retour au presbytère, il commence la lecture de ces cahiers couverts d’une écriture maladroite. Rose, car tel est son nom, y raconte son histoire. Il en sera changé pour toujours.

    Une histoire de jeune paysanne pauvre entrée au service d’une famille de notables au siècle dernier, il y en a beaucoup. Nous en connaissons tous. Ce qui m’a séduite ici c’est non seulement la langue pure et musicale de l’auteur mais la manière dont il nous conte l’histoire. Dès le départ, on sent qu’un drame a bouleversé la vie de Rose. Mais lequel ? Peu à peu, on s’enfonce dans l’horrible, l’indicible mais avec un tel doigté, une telle maîtrise qu’on est presque étonné quand il surgit.

    Ce roman choral donne la parole aux principaux protagonistes et met peu à peu en évidence les motivations de chacun. Fière et libre, cette toute jeune fille est aussi le seul être intègre et droit dans ce monde de pendards diaboliques qui se considèrent au-dessus des lois. Mensonges, compromissions, silences, couardises forment la toile de fond de ce récit magistralement construit.

    Franck Bouysse nous emporte dans un univers clos et sombre tout en parvenant à laisser briller une lueur d’espoir dans le lointain. Malgré la vie dure qu’on lui fait mener, Rose parvient à garder suffisamment d’amour et d’espérance pour continuer. Jusqu’au bout, à notre tour, on espère un dénouement heureux, une justice divine, une parole ou un geste qui nous rendrait confiance dans l’humanité. En donnant à son héroïne, le goût des mots – elle lit les journaux des maîtres en cachette – il lui offre aussi le moyen de s’évader de son quotidien puis d’écrire son histoire pour qu’elle ne tombe pas dans l’oubli, qu’un jour, on sache. Et ces mots lui permettent aussi de tenir bon, de ne pas sombrer dans la folie.

    Ce roman intimiste éblouissant, rédigé dans une langue parfaite, nous conte au final une tragédie intemporelle, celle qui oppose depuis la nuit des temps les forts et les faibles, les veules et les déterminés, le bien et le mal. Un roman noir qu’il faut lire absolument.

       


    Alors, je me résous à laisser aller mon regard sur la première feuille, afin que disparaissent les ombres trompeuses, pour en faire naître de nouvelles, que je me prépare à découvrir, au risque de les assombrir plus encore. Ces ombres en éclats d'obscurité qui n'épargne rien ni personne, sinon dans la plus parfaite des nuits qu'est la mort, avant le grand jugement. (p37) 



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  • Les cahiers noirs de l'aliénistes. T2 "Le sang des prairies", Jacques COTEFort Edmonton, 5 mai 1885…

    Trois mois après avoir joint les rangs du 65e bataillon de Montréal, le capitaine Georges Villeneuve, assisté du lieutenant Bruno Lafontaine et du docteur Paré, entend la déposition sous serment de François Lépine, un interprète métis qui a survécu au massacre de Lac-à-la-Grenouille.

    Villeneuve et ses hommes ont reçu l’ordre du général Strange de former une commission d’enquête afin d’identifier les cadavres et de retrouver la trace des auteurs de ce crime odieux, de jeunes guerriers cris que le gouvernement canadien croit sympathiques à la cause de Louis Riel. Or, Villeneuve, tout comme la majorité des soldats et officiers du 65e bataillon, considère Riel non comme un traître mais bien comme un héros de la Nation !

    Si la vie militaire n’effraie pas le jeune homme de vingt-deux ans – ses gages lui permettront en plus de payer ses études de médecine –, ce qu’il voit des injustices commises par le pouvoir d’Ottawa à l’encontre des Indiens du Nord-Ouest, des Métis et de Louis Riel, demeurera gravé dans la mémoire du futur aliéniste.

     

    Mon avis :

     

    Après avoir dévoré le premier tome des aventures de Georges Villeneuve dans "Dans le quartier des agités», je poursuis ma découverte de la vie passionnante de ce héros. Nous remontons le temps dans ce deuxième tome et nous retrouvons quatre plus tôt.

    Alors que Georges s’apprête à entreprendre des études de médecine, il est enrôlé par l’armée canadienne avec son jeune frère et intègre le 65e bataillon de Montréal. Leur mission est de combattre les indiens dans le Nord-Ouest du Canada et de mettre fin à la révolte des Métis. Villeneuve est aussi chargé de l’enquête sur le massacre du Lac-à-la-Grenouille. Or, tout comme Louis Riel, le chef Métis, il est francophone et doit se battre sous l’autorité d’un général Anglais contre un frère, dont la cause lui semble noble. Cela a de quoi lui poser un problème de conscience.

    Jacques Côté nous emmène en voyage à travers le pays, aux côtés des troupes canadiennes. Parcours en train entrecoupé de longues marches où le matériel doit être porté (le chemin de fer n’est pas achevé, notamment en raison de l’opposition des tribus indiennes), ce voyage est très pénible pour les hommes. La faim, l’inconfort, la peur, le climat… rien ne leur est épargné.

    Le futur docteur Villeneuve est décrit avec finesse et rien ne nous est caché de ses pensées contradictoires et de son caractère franc. Quant aux personnages secondaires, choisis avec soin pour mettre en évidence les diverses opinions de l’époque et la multiculturalité du peuple québécois, ils enrichissent l’histoire et donnent à voir à partir de quoi s’est forgée l’identité, la culture et l’âme québécoise.

    Une fois encore, Jacques Côté nous offre un récit léché, précis, et une construction romanesque parfaite. Grâce à lui, nous découvrons les dessous cachés de ce massacre. Les révélations de François Lépine, interprète métis que Villeneuve interroge, nous éclairent sur les circonstances du drame qui compte parmi un des plus sombres de l’histoire canadienne. Nous comprenons aussi les causes, les enjeux qui ont amené ce drame et l’atmosphère de l’époque.

    Magnifiquement bien documenté, le travail d’écriture est d’une précision historique incroyable. Fiction et histoire se mêlent avec bonheur pour nous faire revivre ce moment dramatique. L’écriture précise et maîtrisée de Jacques Côté nous plonge dans l’atmosphère d’alors et nous fait vivre ces événements d’une manière naturelle, je dirais presque pédagogique, tant les faits historiques s’imbriquent parfaitement au récit et à sa dynamique.

    Comme le dit la 4e de couverture, ce roman relève à la fois du western, de l’intrigue policière et du roman historique et permet au lecteur de savourer une page de l’Histoire du Canada un peu oubliée.

    Quant à Louis Riel, dont il est beaucoup question ici et que Georges Villeneuve rencontrera à la fin, je l’ai découvert plus longuement grâce à une BD qui raconte son histoire et j’en parlerai bientôt.

    J’avais beaucoup aimé « Dans le quartier des agités », j’ai encore mieux aimé ce deuxième tome, passionnant.

     


    Les cahiers noirs de l'aliénistes. T2 "Le sang des prairies", Jacques COTE8e

     

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  • Demain c'est loin, Jacky SCHWARTZMANNTête de beur, nom juif et chanteur homonyme : François Feldman était mal barré dès le début. Et ça ne s’est pas amélioré. Sa banquière BCBG, Juliane, lui refuse un nouvel emprunt et Saïd, qui règne sur la cité, cesse de l’aider. Mais grâce à un terrible accident François tient enfin sa chance : Juliane tue le cousin de Saïd et a besoin de son aide pour fuir les caïds et la police. S’ils s’en sortent, il sera en bonne position pour négocier. Encore faut-il s’en sortir…

    Mon avis :


    Si vous connaissez la chanson du groupe I am « Demain c’est loin » vous avez une petite idée de ce que raconte ce roman. La banlieue, les amis-à-la-vie-à-la-mort, les embrouilles, les coups foireux, la difficulté de s’en sortir, la police… Mais ce livre n’est pas un Xième récit sur le sujet.

    Jacky Schwartzmann jongle avec l’humour et l’ironie mordante tout au long de ce roman noir assez jubilatoire. D’accord, son héros sort d’une cité lyonnaise dite sensible, il a une tête d’arabe bien qu’il soit Français et ses amis et fréquentations le sont, eux, arabes. Pour réussir dans la vie, en se refusant à vivre de combines ou de deals, ce ne sont pas des atouts. Mais il a un truc en plus : l’humour ! Hélas, son humour décalé ne plait pas suffisamment aux Lyonnais pour que son affaire décolle et pas du tout à sa banquière qui le voit s’enfoncer dans le rouge de mois en mois. Un malheureux concours de circonstances viendra chambouler sa vie, ses certitudes et ses espoirs de s’en sortir.

    Les thèmes de ce roman n’ont rien d’originaux ; les cités, les jeunes paumés, les règlements de compte, la course poursuite et l’improbable duo de héros ont été vus maintes et maintes fois. Cependant, Jacky Schwartzmann s’en sort plutôt pas mal grâce à l’humour acéré de son propos et à la personnalité de François. Retors mais sympathique, de mauvaise foi mais franc du collier, il donne à l’histoire une dimension enthousiasmante. Les personnages enfilent les stéréotypes comme des perles mais le ton caustique installe d’emblée le second degré. Le ton est vif, l’histoire rythmée, pleine de rebondissements (souvent cocasses) et les répliques claquent.

    Enfin, le propos de l’auteur est loin d’être superficiel. Son héros a une vision juste et lucide de la situation des banlieues en France, des relations humaines, de l’immigration, des inégalités sociales et de la société en général. L’air de rien, il élargit notre vision des choses et fait réfléchir.

    Pas un coup de cœur mais un récit intelligent, drôle et plaisant qui fait passer un très bon moment.

    Merci à Masse critique de Babelio pour cet envoi.

     

     

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  • Les spectres de la terre brisée, S. Craig ZAHLERMexique, été 1902. Deux sœurs kidnappées aux États-Unis sont contraintes à la prostitution dans un bordel caché dans un ancien temple aztèque au cœur des montagnes. Leur père, John Lawrence Plugford, ancien chef de gang, entame une expédition punitive pour tenter de les sauver, accompagné de ses deux fils et de trois anciens acolytes : un esclave affranchi, un Indien as du tir à l’arc, et le spectral Long Clay, incomparable pro de la gâchette. Le gang s’adjoint également les services d’un jeune dandy ambitieux et désargenté, attiré par la promesse d’une rétribution alléchante. Peu d’entre eux survivront à la sanglante confrontation dans les badlands de Catacumbas.

    Mon avis : 

     

    Un ex bandit est obnubilé par un impitoyable désir de vengeance. Il veut retrouver ses filles retenues prisonnières par un certain Gris, homme cruel et inflexible. Il monte alors une expédition punitive avec des partenaires hétéroclites et haut en couleurs. Une épopée sanglante commence.

    Ce récit western est une peinture crépusculaire d’un monde aride où l’homme ne peut se défaire de sa nature violente. JL Plugford réunit ses dernières forces par amour et pour l’honneur dans ce qui pourrait bien être son chant du cygne, sorte de vengeance purgatoire où le droit et la morale sont de plus en plus ténus.

    Si vous aimez le western, enfourchez votre cheval et galopez dans les plaines arides de l’Arizona et les montagnes du Mexique. On retient son souffle durant la lecture de ce roman violent, sombre, très sombre mais réellement très bon. Il y a un peu d’ « Impitoyable » et de « La Horde sauvage» dans ce récit dont l’intérêt réside essentiellement dans l’atmosphère ou la tension qui règne de part en part. Ajoutons-y des scènes d’action décrites avec un réalisme très cru qui les rend très cinématographiques. (Il se dit d’ailleurs que Ridley Scott serait pressenti pour l’adaptation.)

    Malgré la cruauté de ce récit, on y découvre des accents sarcastiques et de l’humour noir qui fait mouche et le rend jubilatoire.

    Je me suis surprise à dévorer ce western noir débridé et à aimer ce voyage qui mêle habilement intelligence narrative et puissance descriptive. Les courts chapitres et l’énergie qui se dégage de l’écriture de S. Craig Zahler apportent un rythme enlevé à la lecture qui se fait d’une traite. Quant au style, il est précis, léché et soutenu par un vocabulaire rare et des figures de style irréprochables.

    Casting implacable, décor impeccable et costumes de circonstance pour ce roman qui jouit, en plus, d’une excellente traduction qui ne trahit pas l’auteur. Bref, j’ai adoré.



    Les spectres de la terre brisée, S. Craig ZAHLER6e

     

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  • Le camp des morts, Craig JOHNSONLorsque le corps de Mari Baroja est découvert à la maison de retraite de Durant, le shérif Longmire se trouve embarqué dans une enquête qui le ramène cinquante ans en arrière. Il plonge dans le passé déchirant de cette femme et dans celui de son mentor, le légendaire shérif Connally. Tandis que résonne l’histoire douloureuse de la victime, d’autres meurtres viennent jalonner l’enquête. Aidé par son ami de toujours, l’Indien Henry Standing Bear, le shérif mélancolique et désabusé se lance à la poursuite de l’assassin à travers les Hautes Plaines enneigées. Le deuxième volet des aventures de Walt Longmire nous entraîne au cœur d’une violence tapie dans les paysages magnifiques du Wyoming.

    Mon avis :

    J’ai aimé me replonger assez vite dans un roman de Craig Johnson. Ce fut comme retrouver des amis pour une nouvelle aventure. D’autant que ce 2e opus se déroule très peu de temps après le premier. Il était bon de l’avoir encore en tête car on y fait de nombreuses allusions.

    On retrouve aussi dans ce roman l’atmosphère si particulière des montagnes silencieuses et des plaines endormies. Celles qui cachent bien des secrets, parfois très noirs, sans en avoir l’air. A Durant, tout le monde se connait. Il n’est pas facile de garder bien longtemps un secret mais ce n’est pas pour autant que les habitants colportent des rumeurs. Chacun se fait discret afin qu’on ne parle pas non plus de lui.

    Walt Longmire, shérif depuis plus de vingt-cinq ans, est du style débonnaire et cache un côté fleur bleue sous ses airs d’ours mal léché. Depuis qu’il est entré en fonction, il y a eu cinq meurtres dans sa juridiction mais trois ses cinq derniers mois. C’est beaucoup trop pour lui qui aspire tant au calme. Mais il n’est pas question de bâcler l’affaire. Coûte que coûte la vérité doit être découverte ; il est tenace quand il s’agit de rendre justice et dignité aux victimes. Et malgré les apparences de mort naturelle, Walt subodore un meurtre. Il ignore encore qu’il va faire resurgir les fantômes du passé et des souvenirs très douloureux.

    L’intérêt du récit, une fois encore, n’est pas dans la résolution de l’énigme mais dans la façon dont l’auteur aborde les traditions ancestrales de divers peuples, même basque et la manière dont elles influent sur leur vie.

    J’aime vraiment la musicalité particulière des descriptions de Craig Johnson. Il n’a pas son pareil pour faire émerger sous nos yeux les grands espaces, les paysages nord-américains et les atmosphères dans lesquelles évoluent ses personnages. Ces derniers sont terriblement attachants et l’auteur a su tisser entre eux des liens très forts également. Même à demi-mots, on sent le respect et l’affection qu’ils se témoignent mutuellement.

    Enfin, l’humour est présent tout au long du récit, le sarcasme aussi parfois, et permet de tout dire, même le plus dur, de manière naturelle.

    J’aime vraiment beaucoup cet auteur.

     

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  • La nuit des poupées, Guy TRISTANQuels rôles peuvent bien jouer deux poupées de chiffon dans le tumulte meurtrier qui secoue en l’espace de deux jours un petit bourg proche de Romorantin ? Avec le retour d’un étrange vagabond, remontent à la surface des faits anciens... Un parfum de terroir où se mêlent notables locaux et taverne louche. 

    Mon avis :

    En vacances en Sologne, je me suis laissé tenter par un roman régional qui semblait m’attendre au centre d’une librairie. Je me suis donc plongée dans ce polar se déroulant dans des lieux visités et j’ai trouvé ça très agréable.

    Alors qu’un étrange entomologiste tombe en panne à Langon et se voit contraint d’y passer la nuit, une jeune femme bien connue de tous disparait. Lorsque son corps est retrouvé peu après, tous les soupçons se portent naturellement sur cet étrange voyageur. D’autant qu’il a l’air de connaitre les lieux alors que personne ne le connait. Mais n’est-ce pas trop évident ? Certains, dont un journaliste local, pensent qu’on veut lui faire porter le chapeau. Mais alors qui est le meurtrier ? Et qui est cet homme ?

    Ce roman qu’on pourrait qualifier de « roman de terroir » nous emmène dans un suspens, ma foi, très bien tourné. L’intrigue tient la route et nous embarque à travers une région de lacs et de forêts, magnifique, au cœur d’un village où les rumeurs vont bon train ; d’autant que tout se sait et que la vie privée ne le reste jamais très longtemps. L’auteur décrit finement l’enflammement de la vie locale alors qu’un événement inopiné survient et trouble le calme, on pourrait même dire l’ennui, de certains. Il nous offre ici une fine analyse des relations humaines, décrivant la résurgence de vieilles rancœurs que les circonstances attisent. C’est l’heure des règlements de compte. Tout le monde en est conscient.

    Le rythme est soutenu et a réussi à me ferrer dès le début car la succession de fausses pistes mais surtout les changements de chronologie qui font revenir l’auteur sur un fait ou sur l’emploi du temps d’un protagoniste donnent envie d’avancer dans l’histoire pour en découvrir le fin mot.

    L’auteur, Breton mais Fertésien d’adoption, décrit avec justesse les paysages solognots, les bords de Cher, les couleurs, les ambiances au lever du jour ou au crépuscule, l’architecture particulière de la Sologne et, pour ce que j’ai pu en juger moi-même, l’attachement des habitants à leur région.

    Une atmosphère trouble, parfois sordide et un polar maitrisé qui s’inscrit parfaitement au cœur de la région qui lui sert de décor. Un bon moment de lecture qui prouve qu’il faut parfois sortir des sentiers battus et oser des auteurs inconnus.

     

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  • Little Bird, Craig JOHNSONAprès vingt-quatre années au bureau du shérif du comté d'Absaroka, Walt Longmire aspire à finir sa carrière en paix. Ses espoirs s'envolent quand on découvre le corps de Cody Pritchard près de la réserve cheyenne. Deux ans auparavant, Cody avait été un des quatre adolescents condamnés avec sursis pour le viol d'une jeune Indienne, un jugement qui avait avivé les tensions entre les deux communautés. Aujourd'hui, il semble que quelqu'un cherche à venger la jeune fille. Alors que se prépare un violent blizzard, Walt devra parcourir les vastes étendues du Wyoming sur la piste d'un assassin déterminé.

    Mon avis :

    Avec « Little Bird » je découvre la plume de Craig Johnson et son univers.

    Au cœur des hautes plaines ondoyantes du Wyoming, dans une bourgade paumée, plutôt paisible, un cadavre est découvert. Dès le départ, le shérif Walt, un ancien combattant du Vietnam, est persuadé qu’il ne s’agit pas d’un accident de chasse. Reste à trouver le coupable ou plutôt à éliminer les suspects potentiels car le mort n’avait pas que des amis. Des dizaines de personnes ne se cachent d’ailleurs pas pour avouer qu’elles ne regretteront pas Cody, ado qui a échappé à la prison après le viol d’une enfant indienne, deux ans auparavant. Cela sent la vengeance.

    Ce roman est le premier traduit en français (par Sophie Aslanides) et paru chez nous en 2009. Ex prof d’université, ex flic, Craig Johnson nous offre une plongée au cœur des territoires indiens du nord des Etats-Unis, accaparés par les Blancs au fil des guerres et des conquêtes. Là où Indiens et Blancs vivent maintenant en bonne intelligence, se tolérant sans toujours s’apprécier.

    Cette histoire qui concerne de près les deux communautés permet à Craig Johnson de nous narrer leurs relations et le mode de vie dans cette région sauvage où les hommes sont très attachés à la nature. Les superstitions y demeurent vivaces et quelques légendes indiennes font encore frémir les Blancs même s’ils s’en défendent. Le regard que porte l’auteur sur cette communauté cheyenne est d’une grande humanité et d’un réel respect. J’ai beaucoup aimé ce Wyoming rude et beau qu’il nous décrit.

    J’ai découvert l’auteur lors de sa venue en avril dernier au « Boulevard du Polar » de Bruxelles et je l’ai trouvé authentique. Je le connaissais de nom mais n’avais encore jamais rien lu de lui. Si l’histoire est une enquête classique et complexe suite à un meurtre, j’ai aimé la manière dont il la raconte, l’atmosphère dans laquelle il nous plonge et les personnages atypiques et attachants qu’il nous propose. Que ce soit le shérif Walt Longmire, son ami cheyenne Henry Standing Bear, sa collègue Vic, son amie indienne Vonnie, son ex collègue Lonnie ou encore Dorothy qui tient le café du patelin où Walt aime à déjeuner, tous ont une importance indéniable dans le déroulement, l’ambiance et l’avancée de l’affaire. Les relations que Walt a nouées avec chacun d’eux permettent des échanges drôles ou légers qui nous sortent de la tension de l’enquête, même dans les pires situations. J’ai apprécié l’authenticité de ce roman et l’univers de l’auteur. Un excellent moment de lecture !

     

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