• Je sais pas, Barbara ABELUne belle journée de sortie scolaire qui vire au cauchemar. Une enfant de cinq ans a disparu.
    Au bout d'une demi-heure, les forces de l'ordre sont alertées et l'équipe du capitaine Dupuis se déploie dans la forêt avec une redoutable efficacité. Et puis Emma réapparaît.
    Visiblement, il y a eu plus de peur que de mal pour la petite. Pourtant, la battue doit continuer avant la tombée de la nuit, car cette fois, c'est Mylène, l’institutrice, qui ne revient pas. Que s’est-il passé dans la forêt ?
    A cinq ans, on est innocent, dans tous les sens du terme. Pourtant, ne dit-on pas qu’une figure d’ange peut cacher un cœur de démon ?

    Mon avis :

    J’aime beaucoup Barbara Abel (ça vous le saviez déjà) parce qu’elle m’a fait frissonner et plus encore avec ses romans précédents, parce qu’elle est belge et écrit des thrillers, parce que je l’ai reçue en classe et qu’elle est juste adorable.
    J’ai lu le pire comme le meilleur sur « Je sais pas » à sa sortie et j’ai donc choisi de me laisser le temps pour le découvrir. Je voulais oublier tout ce que j’avais lu et me faire ma propre opinion.

    Je me suis couchée à 22h avec l’intention de commencer ce thriller et j’ai éteint à 3h sans avoir pu le lâcher. Exactement comme ce fut le cas avec « Derrière la haine ». Alors, oui, c’est un cran en dessous mais cela reste quand même drôlement efficace. Qu’attend-on d’un thriller ? Du suspens, de l’émotion (même si c’est surtout de l’agacement que j’ai ressenti, cela a fonctionné) une attente qu’on voudrait voir finir en happy end ou une fin pas trop prévisible. Tout cela est bien au rendez-vous.

    Barbara Abel a choisi de camper ses intrigues et ses personnages dans le quotidien. De roman en roman, elle décrit la vie de personnes ordinaires qui voient un jour leur vie basculer. Comment peut-on passer de l’autre côté du miroir, du bien au mal ? Comment un petit grain de sable peut-il tout changer ? Pourquoi ? Barbara Abel n’a pas son pareil pour transformer une vie sans histoire en cauchemar.

    Dans la manière dont elle présente chacun des protagonistes ici, elle ne fait pas de concessions : aucun n’est vraiment sympathique. J’ai moi-même eu peu d’empathie pour eux. Cela participe au plaisir, on aime détester les personnages.
    Outre la disparition d’une enfant, l'auteure s’interroge sur le couple, les relations familiales, la capacité d’une enfant de 5 ans à provoquer sciemment certains incidents et pose la question de la connaissance des autres. Connaissons-nous vraiment bien notre entourage ?
     
    On peut trouver ce récit facile, trop évident... (tout dépend toujours de son niveau de maitrise du genre) mais je n’irai pas jusqu’à dire que c’est un navet, comme je l’ai lu. Il comprend les caractéristiques du thriller, l’intrigue est bien construite, ça fonctionne, la tension s’intensifie et le récit reste crédible. Il a tout d’un roman que je pourrais faire lire sans souci à mes élèves et qui plairait. C’est déjà beaucoup.

    Barbara Abel n’est pas Vann, ni Harris, Mayeras ou Thilliez. Mais elle ne cherche pas à l’être non plus. Elle a trouvé son propre style et son créneau dans ces « thrillers domestiques » et elle y est bien.

    Faites-vous votre propre opinion sur « Je sais pas ». Il fait passer un agréable moment-lecture.

     

    Je sais pas, Barbara ABEL 17e

     

     

     

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  • Reflex, Maud MAYERASIris Baudry est photographe de l'identité judiciaire. Disponible nuit et jour, elle est appelée sur des scènes de crime pour immortaliser les corps martyrisés des victimes. Iris est discrète, obsessionnelle, déterminée. Elle shoote en rafales des cadavres pour oublier celui de son fils, sauvagement assassiné onze ans auparavant. Mais une nouvelle affaire va la ramener au cœur de son cauchemar : dans cette ville maudite où son fils a disparu, là où son croque-mitaine de mère garde quelques hideux secrets enfouis dans sa démence, là ou sévit un tueur en série dont la façon d'écorcher ses victimes en rappelle une autre. La canicule assèche la ville, détrempe les corps et échauffe les esprits, les monstres se révèlent et le brasier qu'Iris croyait éteint va s'enflammer à nouveau dans l'objectif de son reflex.

    Mon avis :

    Par leur sujet ou leur traitement, certains livres vous marquent durablement. Reflex est de ceux-là. Quand j’ai lu les derniers mots, presqu’en apnée, après deux nuits de lecture intense, une remontée acide m’a secouée physiquement. Ce n’était ni une image, ni une métaphore. J’avais réellement la nausée.

    Alors qu’elle a perdu son petit garçon de six ans, kidnappé et retrouvé mort, Iris Baudry cherche à oublier en se jetant tête baissée dans le travail. Chassant le mal par le mal, elle est devenue photographe judiciaire, mitraillant à tout moment les crimes les plus atroces. Appelée un jour sur les lieux de son enfance, elle retrouve son passé, sa mère qu’elle a toujours détestée et les souvenirs qu’elle avait cru enfouis à jamais. Enfermée à Bellevue, un hôpital psychiatrique, sa mère a laissé derrière elle une maison vide et Iris décide d’y élire domicile le temps que sa vieille moto, tombée en panne, soit réparée. Ce pénible retour en arrière sur les lieux du drame lui renvoie en pleine face une volée de souvenirs douloureux.

    D’autre part, en 1919, Julie Carville vit une enfance bourgeoise et paisible. Elle fêtera bientôt ses 13 ans et a hâte de rentrer chez elle pour organiser la fête avec sa gouvernante, Nathalie. Tout bascule alors tragiquement quand elle croise la route de soldats qui l’agressent sauvagement. Déshonorée, enceinte, elle sera abandonnée par sa famille qui l’enfermera dans un pensionnat pour jeunes filles-mères, Bellevue. Elle y donnera naissance prématurément à une petite Lucie.

    On se doute que les deux histoires vont se rejoindre un moment. Mais peut-on deviner comment ?

    Ce roman à la violence sous jacente n’est pas truffé de scènes gores. Le pouvoir d’évocation de Maud Mayeras est plus subtil. Elle laisse entrevoir plutôt. Le malheur, la misère, la violence semblent transmis en héritage aux différents protagonistes de l’histoire, empêtrés dans des situations qui les dépassent.
    Plus thriller psychologique que policier, ce roman est construit de telle manière qu’il maintient le suspens tout au long du récit. Qu’une question trouve sa réponse et une autre jaillit à sa suite. Les événements se succèdent vous serrant le cœur et vous vous sentez pris entre empathie et dégoût à chaque nouvelle avancée.

    Maud Mayeras a découpé son roman en 58 courts chapitres qui donnent du rythme à la lecture. L’histoire se déroule sur six jours qui constituent avec l’épilogue sept parties introduites par des citations ou des extraits de chansons qui donnent le ton. Quant au récit contemporain, il voit ses chapitres commencer presque tous par « Je n’aime pas »comme une litanie entêtante. Rien n’est laissé au hasard dans la construction même du roman, cela mérite d’être souligné.

    Quand au style, il est diablement efficace. Son écriture acérée et directe décrit avec précision le moindre son, la plus petite odeur. Elle vous tient en haleine d’un bout à l’autre, faisant évoluer dans ce récit sombre des personnages complexes, meurtris et ayant perdu toute valeur morale. Avec maitrise, l’auteure nous plonge au tréfonds de la noirceur des âmes et on sort de ce récit complètement hagard.

    Un roman dérangeant, nauséabond, dur et tellement réaliste que cela fait peur.
    Mais un roman à lire absolument !

    Merci à Sophie qui m'en a fait cadeau, même si je lui dois de beaux cauchemars.

     

     

     

     

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  • Le voleur de Noël, C & M HIGGINS CLARKNew York. Au pied du Rockefeller Center, sur la 5eme Avenue, on fête tous les ans Noël en musique, autour d'un immense sapin. Mais cette année, une mystérieuse disparition dans les forêts du Vermont risque de gâcher la tradition.
    A moins qu'avant les douze coups de minuit, Regan Reilley et Alvirah Meehan ne démasquent le coupable qui a ravi un butin beaucoup plus précieux qu'on ne le croit.

    Mon avis :

    Alvirah Meehan et le détective Regan Reilly, les héroïnes préférées de Mary et Carol Higgins Clark reprennent du service. Alvirah, accompagnée de son mari et Regan de sa petite tribu, se rendent à Stowe, dans le Vermont assisté à l’abattage du sapin qui ornera New York pour les fêtes de Noël. Cet arbre a une histoire. Lorsqu’il a été planté, Maria Von Trapp, la célèbre gouvernante de « La mélodie du bonheur », était présente. Une photographie devenue célèbre a immortalisé ce moment. Pour l’occasion et en l’honneur de la famille Von Trapp, une chorale d’enfants reprendra les airs mondialement connus lors de l’illumination. Une foule de curieux se presse donc à Stowe. Ils ignorent qu’un dangereux malfaiteur, récemment sorti de prison, s’intéresse aussi à ce sapin.

    Une lecture courte et sans surprise. On est loin de la Mary Higgins Clark des débuts. Un scénario faiblard, de nombreux personnages à peine esquissés, une intrigue linéaire que l’on devine à l’avance... Fallait-il être deux pour rédiger ça ?

     

     

     

     

     

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  • Swastika Night, Katharine BURDEKINSept cents ans après la victoire d’Hitler, le Saint Empire germanique a soumis la moitié du monde à l’idéologie nazie. La nouvelle société, empreinte de mythologie et d’ignorance, repose sur une stricte hiérarchie : les chevaliers et les nazis en occupent le sommet, tandis que les étrangers servent de main d’œuvre servile et les femmes, uniquement des tinées à la perpétuation de la race, sont réduites à l’état animal. Lorsqu’Alfred, mécanicien anglais en pèlerinage en Allemagne, est impliqué dans une rixe, il est conduit devant le chevalier von Hess, gouverneur du comté. Séduit par sa personnalité, von Hess ne tarde pas à lui révéler un secret qui le bouleverse. Mais la connaissance a un prix : celui du sang.

    Mon avis :

    Paru en 1937 et tout récemment traduit, cette uchronie est d’une incroyable perspicacité. Sept cents ans après la « Guerre de vingt ans » remportée par l’Allemagne, celle-ci gouverne l’Europe et l’Afrique; l’autre moitié du monde étant sous l’emprise des Japonais. Hitler a été institué Dieu-né et du haut de ses 2m10, la statue de ce blond aux yeux bleus décore chaque ville de l’Empire.
    Le passé a été supprimé des mémoires, les livres ont été brulés et la bible nazie expurgée de toutes traces de l’Histoire. La société est divisée en trois : le Führer, les Chevaliers et les Nazis. Asservies, les femmes ne sont que des reproductrices serviles, même le sens du mot mariage a été oublié.
    Les races inférieures ont été anéanties et celles restant sont soumises et régies par l’autorité nazie et ses lois décadentes. Les quelques chrétiens restants sont persécutés mais vivent encore en famille.

    Alfred, un jeune mécanicien anglais de 36 ans, a obtenu le droit de réaliser un pèlerinage sur le sol du Saint Empire Germanique. Retrouvant son ami Hermann qui travaille à la ferme du Chevalier von Hess, il a l’occasion de rencontrer ce dernier. Franc et direct, Alfred ose affirmer qu’ « il n’y a pas d’honneur là où ne règne pas la liberté de jugement. » Bizarrement, le courant passe entre eux et Friedrich von Hess révèle à Alfred comment l’histoire fut déformée par un homme, amenant les Allemands à détruire toutes traces du passé. Il n’en faudra pas plus pour qu’Alfred, déjà sceptique, s’engage à répandre ces informations afin que la vérité éclate.

    Dans cet univers futuriste, rien n’a évolué : pas de technologie, ni de progrès dans les domaines artistiques, scientifiques, médicaux, militaires... La conformité, l’honneur, le militarisme extrême et le patriarcat sont les ferments de l’Empire en place. Reléguées au rang d’esclaves sexuelles destinées à perpétuer la race, les femmes ont fini par ne plus mettre au monde de garçons et l’équilibre de la société est en danger. Ce sera l’élément déclencheur de la réflexion et du changement.

    Il est étonnant que ce roman écrit à la même époque que 1984 d’Orwell soit resté dans l’anonymat aussi longtemps. Les deux histoires présentent des similitudes notamment dans la description du pouvoir aliénant et de l’autoritarisme aveugle. Dans chacun des romans, le héros est conscient qu’on lui ment et cherchera à déjouer la supercherie.

    Ce récit rédigé en pleine montée du nazisme et bien avant qu’il ne livre ses pires moments laisse paraitre sa violence, son injustice, sa misogynie et l’horreur qui en découlera. Mais il annonce aussi sa chute. Féroce et subtile fiction qui m’a glacée d’un bout à l’autre.

    A lire absolument !




    Swastika Night, Katharine BURDEKIN14e

     

     

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  • Les cahiers noirs de l'aliéniste. Tome 1 : Dans le quartier des agités. Jacques CÔTEParis, juillet 1889…
    À vingt-sept ans, Georges Villeneuve a terminé ses études en médecine. Désireux de se spécialiser en médecine légale des aliénés, il quitte le Québec pour se rendre à Paris où il aura la chance d
    étudier avec les plus grands aliénistes de lépoque, Valentin Magnan à lasile Sainte-Anne et Jean-Martin Charcot à la Salpêtrière. Le jeune Montréalais en profitera aussi pour assister aux cours réputés de Brouardel, à la morgue de Paris, et pour suivre une formation avec Mégnin, le pionnier de l’entomologie judiciaire.
    Mais dès la première journée du Congrès international de médecine mentale de Paris, qui se tient à l
    asile Sainte-Anne, Villeneuve est témoin de ladmission dramatique dun patient atteint dune sévère intoxication à labsinthe. Quand Magnan apprend que la police croit ce malade dangereux et veut sen emparer pour laccuser de meurtre –ce serait le fameux « coupeur de nattes » dont la presse parle tant depuis des mois, il demande à son jeune élève de veiller sur lui, mais aussi de mener sa propre enquête. Or, les recherches de Villeneuve lamènent très vite sur une tout autre piste, celle dun étrange dandy au passé trouble et qui entretenait de bien curieuses accointances avec son patient.

    Mon avis :

    La fin du XIXe siècle est une période qui me fascine à plus d’un titre. A Paris, l’Exposition universelle célèbre le centième anniversaire de la Révolution, la tour Eiffel domine la ville, la médecine fait des progrès énormes dans divers domaines, la police scientifique s’épanouit, de grands artistes se produisent sur scène, l’impressionnisme vit ses heures de gloire, la littérature se porte bien, les Parisiens ont envie de s’amuser après la guerre franco-prussienne qui fut une vraie boucherie... Bref, ce roman de Jacques Côté avait tout pour me plaire dès le départ.

    Il nous raconte l’histoire de Georges Villeneuve, jeune médecin québécois, venu poursuivre ses études à Paris afin de se spécialiser en médecine psychiatrique. Un emploi l’attend à Montréal à son retour. Mais témoin de l’arrivée d’un malade intoxiqué à l’absinthe, il se voit confier par son chef de service, l’enquête qui permettra de l’identifier.
    Nous avons affaire à une enquête dans le plus pur style policier mais Jacques Côté l’enrichit de manière remarquable par une dimension historique d’une rare précision -celle de l’histoire des sciences. Il se base, pour ce faire, sur des faits réels : le séjour du docteur Villeneuve à Paris, stagiaire à Sainte-Anne sous la direction du célèbre aliéniste Valentin Magnan qui œuvre à l’humanisation des soins apportés aux malades mentaux, suivant en cela les traces de son prédécesseur Philippe Pinel. Les premiers pas de la psychiatrie moderne nous sont relatés par le menu sans que cela ne soit pesant ou n’alourdisse le récit.
    Amené à déambuler dans Paris, pour les besoins de l’enquête, Georges Villeneuve nous raconte aussi ses découvertes, ses sensations et ses observations de cette ville en pleine modernisation. Nous assistons à la rénovation du Moulin Rouge qui deviendra bientôt un cabaret, à la fin des travaux haussmanniens, au projet de création d’un réseau d’égouttage digne de ce nom... mais aussi à la relation des amitiés franco-canadiennes et de la rigidité des mœurs des autorités québécoises dont les hôpitaux sont presqu’entièrement aux mains des congrégations religieuses et du clergé.

    Tous les médecins cités, de Magnan à Gilles de la Tourette, ont existé ; les faits décrits (médicaux et judiciaires) sont presqu’entièrement vrais et la fiction colle parfaitement à l’Histoire.

    Le récit est passionnant et haletant, les descriptions faisant appel aux cinq sens sont riches et l’atmosphère grouillante de ce Paris de 1889 est parfaitement rendue grâce à l’écriture précise et fluide de Jacques Côté. (On y retrouve un peu de l’ambiance des romans de Claude Izner, pour ceux qui connaissent.)
    Ce policier historique passionnant est à lire absolument. J’ai d’ailleurs hâte de découvrir la suite des aventures de ce sympathique aliéniste.

     

    Les cahiers noirs de l'aliéniste. Tome 1 : Dans le quartier des agités. Jacques CÔTE9e

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  • Bondrée, Andrée A. MichaudÀ l'été 67, une jeune fille disparaît dans les épaisses forêts entourant Boundary Pond, un lac des confins du Québec, rebaptisé Bondrée par un trappeur mort depuis longtemps. Elle est retrouvée morte. L’enquête conclut à un accident : Zaza Mulligan a été victime des profondeurs silencieuses de la forêt. Mais lorsqu’une deuxième adolescente disparaît à son tour, on comprend qu’un tueur court à travers les bois de Bondrée.

    Mon avis :

    Des vacances familiales au bord d’un lac, des balades à vélo, des feux de camps, des plaisirs simples... On retrouve ici l’ambiance de l’album de Michel Rabagliati « Paul dans le Nord ». Et on replonge dans nos propres souvenirs familiaux.

    Andrée A. Michaud n’a pas son pareil pour planter le décor et l’atmosphère. En quelques mots choisis, elle décrit la brume sur le lac, un soir de forte chaleur ; les tons changeant des arbres de la forêt environnante ou l’angoisse qui se lit dans les yeux des adolescentes. Même les pensées des personnages sont décrites de manière ciselées et vous hantent longtemps.
    Bondrée, c’est un lac : Boundary Pond. C’est le nom francisé que lui a donné Pierre Landry, qui habitait ces bois. Chaque année, les mêmes familles québécoises et américaines s’y retrouvent pour l’été (sans forcément frayer ensemble) et immanquablement, on y évoque Pierre Landry et la légende qui l’entoure. Et cet été 67, réalité et légende vont se mêler, plongeant dans le drame toutes les familles du camp au bord du lac. Tour à tour, deux jeunes filles vont disparaitre tragiquement. Accidents ou meurtres ?

    L’inspecteur Michaud chargé de l’enquête replonge avec cette affaire dans une enquête non résolue qu’il a menée seize ans plus tôt. Le meurtre d’une autre jeune fille, Esther, que, faute de preuves, on a qualifié de malheureux accident. Cette fois, Michaud veut comprendre, élucider quitte à y perdre son âme.

    Andrée A. Michaud nous immerge dans ce lieu de vacances, au plus près des protagonistes, alternant les narrateurs : la jeune Andrée, douze ans, nous relate avec sa naïveté enfantine ce qu’elle voit, comprend, ressent de toute cette agitation et un narrateur externe pousse le lecteur à faire des liens, à réfléchir au-delà des apparences. Grâce à lui, on connait les indices, les progrès de l’enquête en même temps que la police et les pensées des adultes qui vivent ces drames, impuissants.
    Tout cela va rapprocher la petite communauté. Jusque là, francophones et anglophones se saluaient poliment, de loin. Mais la peur et le malheur vont unir ces familles et forcer chacun à veiller sur les autres.

    Ce roman nous offre, bien sûr, un récit noir à souhait mais aussi un formidable portrait des campeurs de Bondrée à l’été 67. Tout y est juste et crédible, de la manière de vivre des familles aux jeux des enfants, en passant par l’ambiance, l’atmosphère et la psychologie des personnages.

    Je ne peux que vous engager à lire ce huis clos oppressant, soutenu par une belle écriture, précise et poétique à la fois.

    Paru en 2014 au Québec, il vient de paraître chez Rivages/Noir et je les remercie vivement de cet envoi.

    Bondrée, Andrée A. Michaud5e

     

     

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  • La chronique exotique, Une enquête à quatre mitaines, Laurent CORBECAntoine Eyrolles, un procureur français en vacances, passe le temps des fêtes au Québec. Il rencontre Tao Bilodeau, qui couvre l’affaire de l’Eggzotique, le drame d’une restauratrice sauvagement poignardée à qui l’on s’empresse de trouver un assassin convenable. Mais ce qui convient aux uns ne suffit pas toujours aux autres. Et ce qui éblouit au premier coup d’œil n’impressionne guère celui qui prend le temps de regarder…
    Le procureur Eyrolles, justement, est à moitié aveugle et bourré de défauts, mais en quête de la vérité ; le journaliste Bilodeau, lui, est docile et zélé, en tout point son opposé. Pourtant, une surprenante amitié et une redoutable complémentarité vont se développer entre eux à mesure qu’ils se feront prendre dans l’engrenage de l’enquête.

    Mon avis :

    D’origine française, Laurent Corbec signe ici son premier roman aux éditions Québec Amérique.
    Installé au Québec depuis huit ans, il mêle dans son récit ces deux visions des choses. D’une part, nous avons Antoine Eyrolles, un procureur français en vacances qui partage ses impressions sur la langue, l’accent, les coutumes québécoises et relève, l’air de rien, les différences qui existent et les problèmes de communication entre Français et Québécois ; de l’autre, Tao Bilodeau, un journaliste Québécois. Chacun semble être inspiré de l’auteur lui-même : ce qu’il est d’origine et ce qu’il est devenu par adoption.

    Le récit, écrit à la 3e personne, nous présente tour à tour les deux protagonistes dans leur quotidien et leur recherche de la vérité sur le meurtre de l’Eggzotique. Solitaires, atypiques, ces hommes apparaissent au fil du temps comme complémentaires. Pendant une dizaine de jours, mettant leurs talents personnels au service de la vérité, ils apprendront à s’apprécier et à dénouer le sac d’évidences qu’on aurait voulu leur faire gober.

    Il est difficile de classer ce roman dans une catégorie précise : policier, roman initiatique, littérature blanche... Il s’agit d’une enquête mais l’on n’y retrouve pas le rythme et les péripéties haletantes d’un policier classique. C’est un récit initiatique en ce qu’il décrit la découverte d’un pays, d’un peuple, d’habitudes culinaires, culturelles, sociales d’un Français en vacances. Enfin, autour de l’affaire à résoudre, il y a l’histoire de deux hommes, de leur univers et la description de la société québécoise contemporaine. (On aurait presque pu réaliser deux ou trois récits à partir de celui-ci.)

    Ce roman avait tout pour me plaire : un résumé apéritif alléchant, une enquête localisée à Montréal, une couverture originale et attirante, mais le contenu ne fut pas à la hauteur de mes espérances. La lenteur du récit, les états d’âme de l’un et l’autre, les longues digressions de l’auteur sur les réactions d’Eyrolles à propos de toutes les habitudes québécoises différentes des françaises -amenant forcément une foule de clichés et de déjà lu-... ont peu à peu effrité mon enthousiasme.

    J’ai terminé ce roman afin de connaitre le nom du coupable mais sans jamais accrocher vraiment au récit. L’écriture est, certes, agréable mais elle manque, à mon goût, de pugnacité. Et surtout, surtout, la maniaquerie d’Eyrolles -qui note dans un carnet tous les québécismes qu’il rencontre- m’a profondément agacée.

    En bref, une narration un peu poussive et un côté « maudit Français » qui a passablement énervé la Belge que je suis.

     

     La chronique exotique, Une enquête à quatre mitaines, Laurent CORBEC3e

     

     

     

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