• Le Club, Michel PAGELLongtemps, ils avaient été CINQ.
    François, Claude, Mick, Annie et Dagobert, quatre enfants et un chien, ont autrefois formé un Club et vécu bien des aventures extraordinaires. Trente ans plus tard, le chien est mort depuis longtemps quand trois membres du Club, devenus adultes, séparés par la vie, sont invités par le quatrième à l’endroit même où ils passaient leurs vacances dans leur enfance.
    Bientôt, alors que la maison est isolée par d’importantes chutes de neige, la vieille mère de Claude est assassinée... Mick est-il le responsable, comme semble le penser François ? À moins qu’un assassin se dissimule dans les environs enneigés ? Et pourquoi Claude se retrouve-t-elle régulièrement projetée sur un rivage anglais, à la rencontre d’enfants et d’un chien ressemblant singulièrement à ceux qu’ils étaient autrefois, elle et ses cousins ?

    Mon avis :

    Comment les héros adolescents ont-ils grandi ? Que leur est-il arrivé après la fin de leurs aventures ? 
    C’est de cette idée qu’est parti Michel Pagel dans ce roman, cherchant à savoir ce qu’était devenu le Club des Cinq de notre enfance. Mais il a encore affiné sa démarche en partant du postulat que ces enfants avaient réellement existé.

    Ce Club des Cinq a bercé mon enfance. Leurs aventures m’ont passionnée et je les ai dévorées - premiers romans policier d’une très longue série qui s’allonge de jour en jour. J’enviais leur indépendance, la liberté dont ils jouissaient et leur complicité. Ils avaient mon âge mais agissaient en responsables et on leur faisait confiance. Quand j’ai découvert que Michel Pagel les avaient « ressuscités » je n’ai pas pu résister.

    La vision de Michel Pagel est forcément personnelle mais je ne m’attendais pas à ce qu’elle soit si éloignée de la mienne. Bien qu’il fasse référence aux romans initiaux, ses souvenirs ne sont pas tout à fait les miens et les adultes que sont devenus mes héros sont trop caricaturaux à mon goût : François est psycho rigide, Mick inconsistant, Claude est un vrai tyran et Annie est devenue une larve pleurnicharde. Était-il nécessaire de forcer le trait à ce point ?

    Malgré tout, l’histoire en elle-même est intrigante. Ces héros rentrés dans l’anonymat souffrent de vieillir et vivent mal l’inactivité, le manque d’adrénaline et l’enfance perdue. Tous font des rêves éveillés qui les lient à leurs homologues anglais et les projettent dans le Dorset. Passé et présent se mêlent, fiction et réalité, personnages de papier et personnes réelles... et nous entrainent dans un thriller de bonne facture à l’humour noir, une fable onirique sur l’imaginaire de l’enfance et nos peurs.

    Une fois entamé, on n’a de cesse de découvrir ce qui va arriver. Mais je vous préviens, nos héros ont vachement morflé. Attention à la désillusion.

     

     

     

     

     

    Yahoo! Blogmarks

    1 commentaire
  • Le blues des sacrifiés, Richard STE-MARIEPour Francis Pagliaro, l'affaire débute quand l'un de ses proches collègues, le policier expert en informatique Nicolas Turmel, est froidement assassiné chez lui d'une balle en pleine tête. Le jeune père de famille était assis devant son ordinateur, casque d'écoute sur la tête. Motif de l'agression : inconnu.
    Pour Louis Collard, professeur de musique à l'université Laval, l'affaire s'enclenche le lendemain quand il apprend que sa femme Geneviève, une décoratrice de théâtre, vient d'être tout aussi froidement tuée d'une balle en plein cœur. Motif de l'agression : inconnu.
    Très vite, les enquêteurs de Montréal et de Québec découvrent qu'un élément relie ces deux meurtres sordides : l'arme du crime. De fait, tout indique qu'un pistolet de fabrication russe, dont la possession est interdite au Canada, a été utilisé. Pour Pagliaro, il ne fait aucun doute qu'un « professionnel » est à l'origine de ces meurtres, et qu'il faudra découvrir ce qu'il cherchait avant de pouvoir même penser l'appréhender !
    C'est pourquoi il décide de creuser dans le passé de Louis Collard. Or, le saxophoniste, dévasté par la mort de sa femme, n'a jamais porté les policiers dans son cœur, et sa collaboration est loin d'être acquise. C'est pourtant lui qui, sans le savoir, détient la clé de l'affaire, ce dont Collard commence à se douter quand il découvre qu'une de ses vieilles connaissances a elle aussi été victime du tueur...

     Mon avis :

    Après nous avoir plongés dans le monde de l’art pictural avec « Repentir(s) », Richard Ste Marie nous entraine cette fois dans le milieu musical qu’il connait tout aussi bien.
    Comme Louis Collard, héros malgré lui de cette histoire, Richard est saxophoniste. Après ses études au Conservatoire, il a été musicien de fanfare militaire, de boite de jazz, de fanfare de rue dont celle du Cirque du Soleil. Il nous immerge donc dans un milieu dont il maitrise les codes, les termes et les relations. Louis Collard semble d’ailleurs être son double de papier. Les anecdotes sont tellement réalistes, les situations si vraisemblables que l’on sent que Richard Ste Marie a bien connu la vie d’artiste et s’est inspiré de la sienne.
    Ayant moi-même un fils saxophoniste, j’ai pris beaucoup de plaisir à lire ces anecdotes, à découvrir ces références musicales qui me renvoyaient parfois aux partitions qu’il apprend... C’est d’ailleurs toujours pour moi un atout, de découvrir un milieu de vie, une communauté, à travers un récit policier. Mais rassurez-vous, on peut trouver plaisir à lire ce roman sans maitriser les termes du métier. Ils sont cependant indissociables de l’histoire et du décor dans lesquels évoluent les personnages.

    La narration du roman est double. D’un côté, un narrateur externe nous raconte les avancées de l’enquête du sergent-détective philosophe Francis Pagliaro. De l’autre, Louis Collard nous confie les événements qu’il a vécus, ses émotions et réactions après le meurtre de sa femme, ainsi que son approche personnelle de l’affaire, puisqu’il « enquête » également de son côté pour tenter de comprendre. Ces deux hommes au caractère bien différent (l’un est calme et réfléchi, amateur de musique classique ; l’autre impatient, en souffrance, fonceur et passionné de jazz) vont pourtant s’apprivoiser au fil du temps et conjuguer leurs efforts. L’enquête ne semble rien révéler pouvant justifier les meurtres mais l’un comme l’autre sont conscients que les éléments clés sont sous leurs yeux et leur échappent. Comme il en a l’habitude, Pagliaro base son travail sur la réflexion. Pas de précipitation. Et cette progression, lente en apparence, permet au lecteur de jouer également les détectives et d’avancer ses propres hypothèses.

    J’ai trouvé ce quatrième roman vraiment abouti. Le style est agréable et donne envie de progresser dans l’histoire, l’humour est présent et la langue est naturelle. De plus, l’auteur fait de son histoire le reflet de la société et nous offre un miroir de la réalité. En s’ancrant dans l’actualité à différents niveaux, le récit en devient très crédible. Il est de plus servi par des personnages à la personnalité travaillée, sans être trop typée, ce qui les rend vraisemblables et attachants.

    La description du milieu et les nombreuses réflexions sur la musique, la vie d’artiste, l’engagement... font de ce roman policier à l’intrigue accrocheuse et à l’écriture fine, une réussite.

     

    Merci aux éditions Alire et à Richard Ste-Marie de m'avoir permis de faire cette lecture au moment de sa sortie au Québec. Pour les Européens, patience. Il arrive très bientôt.

    Un petit blues à écouter pendant la lecture ?  https://www.youtube.com/watch?v=QMClreF1zyY

    https://www.youtube.com/watch?v=31vusp5-uN8

     

     

     


     


     

     

     

    Yahoo! Blogmarks

    6 commentaires
  • La quatrième forme de Satan, Pieter ASPEPas de répit pour le commissaire Van In. Qu'arrive-t-il au flic le moins fréquentable de la Belgique, sur le point de devenir père, quand s'abattent sur lui crimes déguisés en suicides, attentat à la sortie de la messe, secte satanique et trafic de drogue ? Rien qui puisse le mettre de bonne humeur... Pieter Aspe scrute avec humour et férocité les turpitudes de la très bourgeoise Bruges, dont les dessous se révèlent beaucoup plus ténébreux que ne le laissent penser les dépliants touristiques !

    Mon avis :

    Je découvre Pieter Aspe avec son 4e roman mettant en scène le commissaire Van In. Il nous entraîne dans le Bruges des années nonante où semble sévir une secte satanique. Déjà angoissé par la naissance imminente de son premier enfant, Pieter Van In doit en plus accepter à ses côtés une journaliste que lui impose sa hiérarchie. Tout cela le rend vraiment irritable d’autant que l’enquête piétine.

    Plongeant dans la vie de la bourgeoisie brugeoise avec laquelle il ne semble pas très à l’aise, Van In se rend vite compte que derrière la façade rutilante, le décor est loin d’être parfait. Mensonge, manipulation, trahison semblent en effet le quotidien de ce milieu que l’auteur n’hésite pas à égratigner au passage.

    Pieter Aspe est né à Bruges où il a longtemps vécu et s’est donc servi tout naturellement de ce merveilleux décor pour situer l’action de ses romans. Ecrivain belge de langue flamande, né en 1953, il se consacre à l’écriture depuis 1995. Dans son roman, il mêle avec doigté un suspense de facture classique, la description de la ville de Bruges, personnage à part entière, et la vie d’un commissariat avec ses amitiés, ses coups de gueule et ses rivalités. Son personnage principal, toujours flanqué de son brigadier et ami Versavel, est compétent, généreux mais irascible, jaloux et cynique. Amateur de Duvel, il n’hésite pas à en boire quatre ou cinq sur la journée tout en enquêtant. Les deux policiers, qui s'entendent comme larrons en foire entrainent le lecteur dans tous les estaminets de Bruges, de la rue de Jérusalem à l'impasse du Poisson Gras lui offrant par là même une visite guidée de la ville. Dotés d’un humour caustique, les réparties des deux hommes sont piquantes et vives et cela m’a souvent fait sourire.

    Non seulement la psychologie des personnages est parfaite mais en plus Pieter Aspe parle vrai. Ancrant son récit dans l’Histoire de la Belgique et son actualité, il n’hésite pas à évoquer les conflits ouverts entre police et gendarmerie (la réforme des polices n’a pas encore eu lieu) l’accident du Hérald of Free Enterprise dans le port de Zeebruges ou à se moquer de l’architecture du palais de justice de Bruges, véritable labyrinthe, dont l’architecte aurait dit selon Aspe « qu’il avait tenté de donner corps au concept de jurisprudence. Les avocats brugeois erraient donc dans les couloirs comme des âmes en peine avant de plaider la prescription de leur affaire. »

    Au fil du récit, on sent également l’amour qu’il porte à sa ville natale et il n’hésite pas à mettre dans la bouche de son personnage ce qu’il déplore lui-même : que le centre ville se soit vidé de ses habitants en raison du coût de l’immobilier et de l’afflux massif de touristes. Comparant à plusieurs reprises la ville de son enfance et celle qu’elle est au moment de la rédaction, on perçoit sa nostalgie d’une époque où les relations de voisinage étaient plus spontanées et la vie plus simple même si elle n’en était pas moins dure.

    Bref, la découverte de cet auteur ne m’a pas déçue et son roman aux multiples rebondissements m’a fait passer un bon moment. Je pense que je poursuivrai mon incursion dans son univers ne serait-ce que pour apprendre ce que deviennent ses personnages.

     

    La quatrième forme de Satan, Pieter ASPE

     

     

     

     

    Yahoo! Blogmarks

    6 commentaires
  • Trois jours et une vie, Pierre LEMAITREÀ la fin de décembre 1999, une surprenante série d'événements tragiques s'abattit sur Beauval, au premier rang desquels, bien sûr, la disparition du petit Rémi Desmedt.
    Dans cette région couverte de forêts, soumise à des rythmes lents, la disparition soudaine de cet enfant provoqua la stupeur et fut même considérée, par bien des habitants, comme le signe annonciateur des catastrophes à venir.
    Pour Antoine, qui fut au centre de ce drame, tout commença par la mort du chien...

    Mon avis :

    Deux ans et demi après « Au revoir, là-haut », Pierre Lemaitre nous revient avec un thriller psychologique. Différents de ses premiers romans, « Trois jours et une vie » met en scène un jeune garçon, Antoine, sa mère et l’ensemble de sa commune où tout le monde se côtoie, se connait et se critique. On pourrait presque se croire dans un récit d’Armel Job ou de Simenon.

    Elevé par une mère divorcée qui galère pour nouer les deux bouts, Antoine, douze ans, est un jeune à fleur de peau, sensible à l’injustice et à la médiocrité de sa vie. Sa vie, elle va basculer un beau jour de décembre, suite à la mort du chien du voisin, son ami, son confident. Ce fait divers tellement insupportable va le mettre dans une colère dont il ne se serait pas cru capable. Plus rien ne sera plus jamais comme avant.

    Pierre Lemaitre parvient, à partir d’une banale histoire, à tenir l’intérêt du lecteur par une succession de situations qui sèment le trouble et conduisent à un mensonge dont il devient de plus en plus difficile de s’extraire. Il nous invite dans l’univers de Beauval, une commune rurale comme tant d’autres, avec son maire, son usine en difficulté qui fait vivre toute la région, ses querelles de voisinage, ses inimitiés et ses petites bassesses mais aussi une solidarité spontanée qui nait dès que le drame survient. Cet univers clos permet à l’auteur de décrire l’atmosphère de manière très aboutie et de nous plonger dans la psychologie de ses personnages qu’ils soient adultes ou enfants. Cette ambiance particulière va perdurer à travers les trois époques décrites jusqu’au dénouement final. Ce sont les points forts du livre.

    D’une écriture simple et limpide et dans son style personnel, Pierre Lemaitre nous offre un récit addictif qui se dévore d’une traite malgré le sentiment de malaise que l’on éprouve d’un bout à l’autre. On suit presque minute par minute, le jeune Antoine, ses angoisses et ses cauchemars. Sans description glauque, sans hémoglobine, ce roman parle de la vie, la vraie vie, qui peut virer au drame en quelques secondes.

    J’ai apprécié cette lecture même si elle n’a pas la force de « Robe de marié » ou de « Cadres noirs ». Le sujet est simple mais son traitement est maîtrisé. On retrouve le phrasé de l’auteur, son talent de conteur et c’est un vrai plaisir.

     

     

     

     

     

    Yahoo! Blogmarks

    4 commentaires
  • Régis Mille, l'éventreur, René BELLETTORégis Mille est un tueur de femmes qui a programmé une série d'assassinats à Lyon. Michel Rey, un jeune inspecteur de police peu conforme, guitariste et luthier, va tenter d'arrêter le mécanisme fatal, basé sur un système numérique complexe. Entre Michel Rey et Régis Mille se joue une histoire de grâce et de damnation...

    Mon avis :

    Parmi les romans ramenés des Quais du Polar, trois sont écrits par des auteurs lyonnais. J’aime beaucoup cette ville et j’apprécie la manière dont les écrivains du cru en parlent, surtout les auteurs de polar.
    Je ne connaissais de René Belletto que « Sur la terre comme au ciel » le roman dont on a tiré « Péril en la demeure » avec les excellents Nicole Garcia et Christophe Mallavoy. Je l’ai lu il y a plus de vingt ans et je n’avais plus rien lu de l’auteur depuis.

    L’action de Régis Mille, l’éventreur se passe donc aussi à Lyon et comme dans le précédent, la musique y a une place prépondérante. Michel Rey, l’inspecteur, est un mélomane averti, guitariste besogneux. Sa sœur est pianiste et l’assassin est lui-même sensible à certaines mélodies comme « la danse de la bergère » de Halffter ou les chansons de Nathalie Rhode.
    La comparaison s’arrête ici car si je garde un souvenir assez fort de « Sur la terre comme au ciel », j’ai été moins emballée par ce roman-ci.

    L’histoire se déroule sur quatre jours. Un quadragénaire, bien de sa personne mais très perturbé, poignarde des jeunes femmes selon un code compliqué, mu par une raison que l’on ignore. Tout a été soigneusement programmé, méticuleusement préparé. Il a étudié ses victimes avant de commencer sa tâche, connait leurs habitudes et sait que ce sont des femmes seules. Il n’y a aucun lien entre elles, ce qui ne facilitera pas la tâche des enquêteurs. Entre psychopathe et solitaire meurtri, Régis Mille a quelque chose d’attachant. On a envie de le plaindre alors que ses actes sont impardonnables.
    Belletto nous présente aussi toute une brochette de personnages qui ont leur importance. Chacun à deux facettes, portant en lui le mal et le bien de manière innée, naturelle. Ils fonctionnent également en duo, par certains traits de caractère, comme si chacun avait son miroir : Rey et Mille, Nadia et Robert, Mille et Robert, Nadia et Michel... Un jeu complexe de similitudes et de contraires auquel s’ajoute une construction mathématique que j’ai perçue sans bien la comprendre. Ainsi le nom de l’assassin Mille, les victimes au nombre de six, la septième épitre de St Paul, le code 26241 qui est la clé de l’énigme (l’explication m’a échappé)... Edité chez POL à l’origine, ce roman a un côté expérimental, oulipien que je n’ai pu appréhender.

    L’étude des personnages est intéressante et on aurait pu en tirer davantage parti. De même on se laisse prendre par l’atmosphère lourde du récit, l’énigme tient en haleine une bonne partie de l’histoire, aidée par de courts chapitres qui donnent du rythme et l’envie d’en savoir plus. Puis les coïncidences se succèdent de manière un peu trop fortuite.
    Enfin, les nombreuses références à la technique audio-visuelle et informatique ne sont pas, à mes yeux, intéressantes, d’autant qu’elles ont mal vieilli, le roman datant de 1996.

    Au final, un avis mitigé car je pense être passée à côté de certains éléments. Ce qui m’a plu ce sont les références musicales, les références lyonnaises -que je connaissais presque toutes- et le rythme du récit qui m’a fait passer une bonne soirée de détente.

     

     

     

    Yahoo! Blogmarks

    votre commentaire
  • Quand j'étais Théodore Seaborn, Martin MICHAUDThéodore Seaborn, un jeune publicitaire de Montréal, se remet d'un épuisement professionnel après avoir été récemment congédié. Marié et père d'une petite fille, il passe ses journées à regarder des enregistrements de la commission Charbonneau et à manger des Coffee Crisp. Le jour où ses réserves de barres chocolatées s'épuisent, il sort enfin de chez lui et croise un homme qui lui ressemble de façon troublante.
    L'entêtement de Théodore à retracer cet inconnu et, plus tard, à croire qu'il appartient à une cellule terroriste vire bientôt à l'obsession. Mais par quel revers de fortune va-t-il se retrouver dans le fief de l'État islamique, en Syrie?
    De Montréal à Racca, Théodore affrontera tous les dangers, mais le voyage le plus risqué et le plus insensé de tous est celui qui le mènera au bout de lui-même. Qu'est-ce qui se cache de l'autre côté de soi-même?

    Mon avis :

    Martin Michaud délaisse pour un temps Victor Lessard et nous propose un thriller géopolitique mettant en scène la DGSE, des terroristes de l’EI et un publicitaire de Montréal. Par un enchaînement de choix en apparence anodins, ce dernier sera confronté à sa vraie nature, le jour où il croisera par hasard son «sosie».
    Nous sommes bien loin du Québec ou de la course à l’investiture aux USA. Une part importante de l’intrigue se déroulant à Racca, la capitale de l’Etat Islamique. En ancrant son roman dans un contexte particulièrement instable et lointain, Martin Michaud a pris des risques. L’actualité lui a, hélas, donné un coup de pouce, rendant tangibles les faits sortis de son imagination. L’action riche en rebondissements et la tension constante ajoutent à l’intérêt du récit.

    Volontairement déstructurée temporellement, la narration mêle différents protagonistes, différentes histoires qui semblent n’avoir aucun point commun. Ce n’est qu’au fil des pages que l’on tisse l’écheveau des trajectoires des uns et des autres, convergeant à divers moments. Rencontres qui vont parfois bouleverser le cours de leur vie. Il faudra arriver aux dernières pages pour avoir enfin une vue d’ensemble de la situation et comprendre les tenants et les aboutissants de tout cela.

    Au-delà de l’intrigue politico scientifique, Martin Michaud nous interroge sur notre humanité, notre rapport au monde et nos relations aux autres. Le fil conducteur de cette intrigue repose, en effet, en grande partie, sur la relation qui se noue entre Théodore et Samir. Aucun point commun ne semble les réunir et tout devrait les opposer. Cependant un événement inattendu va brouiller la donne. Cela nous offre de belles pages d’échanges entre hommes, laissant espérer que tout changement est encore possible dans notre société.
    J’ai beaucoup aimé le personnage de Théodore. Malgré ses failles, sa dépression et son passé, il se montre capable de résilience même dans une situation extrême. L’auteur a particulièrement travaillé la psychologie de son héros et c’est un personnage solide, crédible et attachant qu’il nous propose, nous ferrant ainsi d’un bout à l’autre des quatre cents pages de ce roman addictif.

    Martin Michaud marche sans cesse sur un fil ténu. Il n’est pas facile de donner la parole à des djihadistes sans tomber dans les clichés ou la propagande. Il tire avec maitrise son épingle du jeu, révélant en chacun non seulement l’idéologie dominante mais également un zeste d’humanité.

    Je soulignerai cependant un petit bémol, un petit truc auquel je n’ai pas cru un instant : la confession finale en vidéo (je ne tiens pas à en dire trop). La fin m’aurait plu davantage sans ces révélations too much, laissant alors planer des zones d’ombres bien compréhensibles vu la situation.

    Ceci excepté, nous sommes ici face à un très bon thriller et à un récit qui tient la route d’un bout à l’autre. « Quand j’étais Théodore Seaborn » est certainement le roman le plus humain de Martin Michaud. Preuve, s’il le fallait, que la palette de ses écrits est vaste et nous réserve encore quelques belles surprises.

     

     

     

     

     

    Yahoo! Blogmarks

    3 commentaires
  • Bruxelles noir, Michel DUFRANNE«Non à Bruxelles !», «La faute de Bruxelles ?», «Les dernières décisions de Bruxelles»...
    Tant d’expressions galvaudées par les politiciens, les éditorialistes et la presse. Mais de quelle Bruxelles parle-t-on ? Qui connaît les multiples visages de ce millefeuille surréaliste où se croisent au quotidien des dizaines de cultures ? Assurément les treize auteurs de ce recueil. Stars du polar ou jeunes plumes prometteuses, scénaristes de bande dessinée ou journalistes, tous ont Bruxelles dans le cœur et vous entraîneront de kabberdouch en stamcafés dans les rues et quartiers où ils vivent.
    Bienvenue dans les méandres du Palais de justice ou dans les serres du Palais royal.
    Welkom dans les Marolles et rue d
    ’Aerschot.
    Willkommen parvis de Saint-Gilles et boule
    vard Reyers.

    Mon avis :

    Ce recueil rassemble 13 nouvelles rédigées par 13 auteurs de polars, belges ou vivant à Bruxelles. Chacun a choisi de situer le cœur de son récit dans un quartier bruxellois, lui donnant, ou pas, un rôle à part entière. Il suffit de se laisser guider à travers les rues de la capitale, les moins connues, les moins arpentées par les touristes, mais les plus vraies. Ces nouvelles originales dans le fond et la forme nous offrent une diversité de regards sur Bruxelles qui ne peuvent que nous la faire aimer.

    Certaines histoires sont assez noires, inspirées de notre passé douloureux et tragique. (Comme Dédales de Katia Lanero Zamora ou L’ombre de la tour d’Emilie de Béco) D’autres mêlent réalité et fiction ou nous font découvrir un quartier populaire au parlé savoureux. Chacune porte la marque de son auteur, de sa plume si particulière mais aussi de l’autodérision et du surréalisme dont seuls sont capables les Belges. Et cela rend le recueil particulièrement riche et intéressant.

    Sous la houlette de Michel Dufranne, critique littéraire bien connu et scénariste de bande dessinée, les treize auteurs abordent des thèmes variés et d’actualité comme l’immigration, les OGM, la drogue ou encore l’affaire Dutroux ou celle des Tueurs du Brabant.

    De Paul Colize à Jean-Luc Cornette, ce recueil nous entraine en eaux troubles pour notre plus grand plaisir. Je suis heureuse d’avoir lu Katia Lanero Zamora dans un autre genre et je peux dire que le polar lui va bien et d’avoir découvert de nouveaux auteurs comme Sara Doke ou Kenan Gorgün. J’ai quasiment tout aimé mais je ferai une mention spéciale pour « L’apiculteur » qui clôture ce recueil. Une nouvelle irrésistible de Cornette mêlant famille royale et peuple de manière étonnante. Un humour décalé comme on l’aime chez nous.

    Citons encore Barbara Abel, Nadine Monfils, Patrick Delperdange, Ayerdhal, Bob van Laerhoven, Alfredo Noriega et Edgar Kosma qui rivalisent eux aussi de talent pour notre plus grand plaisir.

     

    Bruxelles noir, Michel DUFRANNE

     

     

     

    Yahoo! Blogmarks

    4 commentaires


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique