• Jeu de piste à Volubilis, Max DUCOSUn jour qu’elle peine à apprendre une poésie, une fillette découvre une mystérieuse clé cachée dans son bureau. C’est le premier indice d’un palpitant jeu de piste, qui la conduira à découvrir le secret de sa grande maison moderne, la villa Volubilis.

     

    Mon avis :

     

    Quel enfant n’a pas rêvé de découvrir un passage secret dans sa maison ou un trésor caché ? C’est ce qui va arriver à l’héroïne dans ce très bel album à la structure narrative soignée. Se plongeant dans ses souvenirs d’enfance, la narratrice revit sa dixième année. Elle habitait dans une maison étrange, très moderne selon son père, fier qu’elle soit unique. Un jour, elle va mener une enquête mystérieuse et suivre un vrai jeu de piste à travers sa maison, trouver des indices et résoudre des énigmes.

    L’aspect jeu de piste permet de passer d’un espace à l’autre et d’admirer l’architecture de cette maison, qui fait penser à celles de Le Corbusier. A travers ce parcours initiatique, la fillette découvrira sa maison, ses secrets et ses richesses architecturales : tableaux de Picasso, Mondrian, Miro ou Warhol… Elle sera amenée aussi à désobéir aux règles paternelles, premier passage de l’enfance à l’adolescence.

    Dans cet album, la villa est donc un personnage à part entière et la toile de fond est l’architecture contemporaine. Il regorge de références culturelles, notamment Alice et son miroir et le Tunnel d’Anthony Browne. De toutes les pièces de la maison, la plus fabuleuse, selon moi, est la bibliothèque. Quel bonheur de disposer d’une telle pièce.  

    J’ai aimé l’ambiance créée par le texte et les illustrations de qualité. Ils sont l’œuvre de Max Ducos, diplômé des Arts déco de Paris. Paru en 2006, son succès fut tel qu’il encouragea l’auteur à poursuivre dans cette voie. Le garçon du phare est son dernier album paru.

     

    Ce livre est idéal pour aborder l’art avec les enfants, chercher des indices ou créer un jeu de piste à la manière de l’auteur. 

    Jeu de piste à Volubilis, Max DUCOS

     


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  • Silent Boy, Gaël Aymon  -  Comme un homme, Florence Hinckel

    Le 3 septembre prochain, les éditions Nathan sortiront une nouvelle collection appelée "Court toujours". Comme son nom l’indique, elle propose des récits courts destinés aux adolescents et aux jeunes adultes. Six sortent à la rentrée, d’autres sont attendus.

     

    Mon coup de cœur va à « Silent Boy » de Gaël Aymon. C’est l’histoire d’Anton, un ado sportif qui fait partie de l’équipe de rugby de son école. Sa classe est, selon les profs, la pire du lycée car les clivages y sont nombreux ainsi que les critiques verbales et les intimidations. Anton n’est pas comme les autres l’imaginent, bourrin. Il est sensible et vit mal les attitudes sexistes ou les blagues idiotes de ses coéquipiers. Mais comment le dire sans en devenir la cible lui aussi ?

    Ce récit de 64 pages va à l’essentiel et propose une réflexion pertinente sur la situation de nombreux ados. Ils sont très souvent tiraillés entre l’être et le paraître et n’osent pas se montrer tels qu’ils sont, excepté les grandes gueules et les caïds sans cervelle. Mais ils ne sont pas si nombreux qu’on le pense.

    Le texte est fort, empreint d’émotions vraies et dit les choses sans faux semblants. Il sera ajouté aux lectures de cette année sans aucun doute.

     

    Dans un tout autre registre, « Comme un homme » de Florence Hinckel, donne la parole à un adolescent de famille monoparentale, livré à lui-même. Seul durant les vacances d’hiver, il part au chalet que sa mère possède dans les montagnes et où ils vont chaque été en vacances. Alors que l’hiver est doux en ville, il veut vivre un hiver de neige et de froid. Seul au chalet, à une période inhabituelle, certaines choses vont l’intriguer et lui faire se poser des questions. Que cache sa mère en fait ? Pourquoi ne viennent-ils jamais là l’hiver alors qu’il y a des buches prêtes à l’emploi ?

    Cette histoire nous parle de secret de famille, de prise de conscience, d’éveil à l’âge adulte et de résilience. La chronologie non linéaire et les non-dits peuvent permettre de travailler des aspect intéressants de la narratologie.

     

    Je ne vais pas tous vous les présenter mais comme vous le voyez, ces récits initiatiques nous parlent de moments clés de la vie d’un ado ; moment où sa vie prend une tournure différente, où un événement vient changer le jeune pour toujours, le faire mûrir, quitter peut-être son innocence. Ils sont particulièrement bien adaptés aux 14 ans et plus selon moi et les sujets traités sont tous percutants.

     

    Ces courts récits me semblent un peu chers (8 euros c’est plus que certains poches) mais, en scannant une page intérieure, on a accès à la version audio du livre, parfois lue par l’auteur et également à sa version numérique. Deux bonus qui aideront les faibles lecteurs à découvrir le roman et aux jeunes à découvrir le livre sur leur Iphone. Deux avantages non négligeables.

     

    Une collection à suivre sans aucun doute, notamment pour les enseignants.

     

     


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  • Le secret de Mona, Patrick BARDPendant des mois, Mona s’est efforcée d’être invisible aux yeux de tous, de s’effacer. Mais le jour où son petit frère a été pris d’une forte fièvre, elle a dû le conduire en urgence à l’hôpital. Sans cela, cette histoire aurait pu ne jamais commencer. Mona n’aurait pas grillé ce stop, les gendarmes ne l’auraient pas arrêtée. Quand ils ont découvert une fille un peu trop jeune au volant, ils ne savaient rien encore du secret de Mona.

     

    Mon avis :

     

    Ce roman de Patrick Bard est un récit-coup de poing. Il ne laisse pas indifférent.

    Construit en court chapitres, donnant tour à tour la parole à tous les protagonistes, comme autant de témoignages, d’interrogatoires, de devoirs d’enquête… c’est un vrai puzzle qui forme lentement sous nos yeux « l’affaire Mona ».

     

    (Attention spoiler) Mona est presque majeure quand elle perd sa maman. Pour ne pas être séparée de son petit frère, Justin, elle va continuer à remplir les documents administratifs, payer les factures, tenir la maison en état et se faire discrète à tout prix. Soutenue par Solène, rencontrée par hasard, elle va tenter de vivre le plus normalement possible.

     

    J’ai vraiment beaucoup aimé ce roman qui se construit sur des mensonges, des faux semblants et aiguise notre curiosité jusqu’au bout. Mona est, malheureusement, semblable à beaucoup de jeunes (filles) vivant dans la précarité et tentant de le cacher. Elle a des responsabilités qui ne sont pas de son âge, doit prendre des décisions sans être conseillée ni protégée par un adulte. On lui a volé son innocence. Pourtant, elle reste stoïque et mène sa vie avec une incroyable maturité.

    Sans juger personne, l’auteur raconte, la précarité, la pauvreté, la déscolarisation, la honte, les services sociaux… et les traces que tout cela laisse… à vie.

     

    L’histoire relève à la fois du polar, de récit de vie et du drame psychologique ce qui le rend dynamique comme sa construction faite de flashbacks et de changements de point de vue.

    Un livre à faire lire aux adolescents ; les uns pour qu’ils se rendent compte de ce que vivent certains, les autres pour qu’ils sachent qu’ils ne sont pas seuls.

    Si vous scannez la couverture, vous avez accès à Syros Live ; vous y trouverez notamment une interview de l'auteur, un présentation du roman et le premier chapitre offert. 

    Merci aux éditions Syros pour cette découverte.

     

     


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  • Serial Tattoo, Sylvie ALLOUCHEPourquoi la commissaire Clara Di Lazio remarque-t-elle cette femme nigériane qui se tient dans la salle d’accueil du commissariat ? Sans doute parce que la détresse d’Ayo Madaki est immense. Sa fille Shaïna a été piégée par un homme qui lui a proposé beaucoup d’argent. Le pire serait qu’elle ait été embarquée par un réseau de trafic de jeunes femmes. Pour la retrouver, Clara Di Lazio va suivre son instinct. Et impliquer son équipe corps et âme. 

     

    Mon avis :

     

    Encore un tout bon roman de Sylvie Allouche qui sort pour cette rentrée 2020.

    Troisième opus mettant en scène la commissaire Clara Di Lazio dont les précédentes enquêtes ont été multi primées par des jury d’adultes et d’adolescents (Stabat Murder et Snap Killer).

     

    Cette fois, Clara et son équipe sont à la recherche d’une jeune Nigériane, Shaïna. Pour aider sa famille émigrée à Paris et vivant dans des conditions précaires, elle accepte de se vendre à un Nigérian qui lui promet un travail grassement payé. Elle reçoit d’ailleurs un acompte de 30 000 euros. Elle s’est imaginé les pires choses qui pouvaient lui arriver mais elle ne s’attendait pas à ce qui l’attend.

    Je vous rassure de suite, aucune scène gore ou violente dans ce récit. On évoque les faits, on ne les vit pas. L’atmosphère est cependant lourde et angoissante car on sait dès le départ qu’on joue contre la montre.

     

    La maison d’édition Syros propose ce roman dès 13 ans, je serai plus prudente, le sujet étant assez dur. Sylvie Allouche nous parle ici de la précarité des familles de migrants qui, après un voyage éprouvant, vivent dans des conditions difficiles en Europe et sont la cible désignée des mafieux et criminels de toutes sortes. Ici, la crédulité des adolescents est exploitée par un réseau de traite des êtres humains et, via son roman, l’auteure cherche à prémunir les adolescents contre ces faits.

     

    Une fois encore, l’intrigue est finement ficelée et le suspense est maintenu jusqu’au bout. Sylvie Allouche nous distille juste ce qu’il faut d’informations pour construire peu à peu un raisonnement parallèle à celui des enquêteurs et garder un rythme soutenu dans cette course contre la montre. C’est accrocheur et réussi.

     

    Ce roman jeunesse rejoindra les deux précédents dans la liste de lectures que je propose à mes élèves de 15 ans. Je sais déjà que, comme les autres, il sera apprécié par eux car les sujets les touchent. Je vous le conseille vivement si vous avez des ados ou des élèves de cet âge.

    De l’auteure, je vous conseille aussi Twist Again et Brothers. Mais vous la connaissez sûrement à travers la série « Il était une fois l’homme » dont elle a rédigé les 26 volumes.

    Merci aux éditions Syros pour cet envoi.

     


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  • J'arrête quand je veux, Nicolas ANCIONThéo est fan de jeux vidéo, comme ses copains et ses copines. Il jouerait bien tout le temps, s'il n'y avait l'école et les parents. Jusqu'au jour où il découvre un jeu en ligne bien plus passionnant que tous les autres. Théo se lance alors sans retenue, au point d'en oublier ses amis, la jolie Yaëlle, l'école et tout le reste. Théo parviendra-t-il à quitter le jeu pour revenir dans notre monde ? 

     

    Mon avis :

     

    Comme tous les enfants, Théo joue sur sa console de jeux avec ses copains. Il a des connaissances pointues sur l’histoire et l’évolution des jeux vidéo car cela le passionne. Il a deux amis, Mathieu et Son et une famille séparée. Sa sœur vit avec sa maman et lui une semaine sur deux avec chacun de ses parents. Mais son père travaille beaucoup et il se sent seul. Le jour où il entend parler d’un nouveau jeu vidéo, il s’y connecte même s’il est interdit aux moins de 18 ans. Très vite, il va devenir accro et quitter peu à peu le monde réel pour se réfugier dans le monde virtuel.

     

    Ce roman paru en 2013 vient d’être réédité chez Mijade après actualisation. L’histoire qu’il raconte est une fiction imaginée par Nicolas Ancion à la demande de l’association Infor-Drogues. Comme il le fait toujours lors de commande, l’auteur a rencontré des élèves de 5e et 6e primaire et discuter avec eux de ce dont ils ne pourraient se passer, des choses auxquelles ils tenaient beaucoup. Et évidemment, les jeux vidéo en faisaient partie.

     

    Associée au roman, il existe une page (jarretequandjeveux.org) qui permet aux jeunes, enseignants et parents de s’informer sur l’utilisation excessive de ces jeux et de la dépendance qui peut en découler. Des discussions et des activités à réaliser en classe sur base des éléments de l’histoire sont aussi proposées aux enseignants.

     

    J’ai aimé l’histoire simple et efficace qui peut se lire de la 5e primaire à la 2e secondaire. J’aborde déjà ce sujet en classe car la plupart des jeunes jouent aux jeux vidéo et parfois ne parviennent pas à décrocher au point d’y passer la nuit entière. Il est inutile de diaboliser ces jeux mais il me semble important de montrer aux enfants et jeunes ados que cela ne doit pas être une activité enfermante, coupant du monde réel. Et que si cela le devient c’est sans doute parce qu’un souci donne envie de se réfugier dans un monde virtuel. Une utilisation réfléchie de ces jeux, le partage des expériences avec autrui, la possibilité d’en parler en famille… sont autant de façons d’éviter l’addiction.

    Bref, un roman que je conseille vivement aux enseignants et aux parents. A mettre entre les mains de nos enfants.

     

     

     


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  • Les Amants Papillons, Benjamin LACOMBELe jour de ses quatorze ans, Naoko, une jeune Japonaise, apprend qu'elle doit quitter son petit village natal pour l'immense ville de Kyoto. Son père a prévu qu'elle y complète son éducation pour devenir une "jeune fille convenable". Mais l'art de servir le thé, de jouer du luth ou de faire danser les éventails n'intéresse pas Naoko. Naoko aime lire et écrire des poèmes. 

     

    Mon avis :

     

    J’ai aimé ce conte signé Benjamin Lacombe qui se déroule au Japon, bien qu’il soit inspiré d’une légende populaire chinoise.

     

    Benjamin Lacombe est un artiste que j’apprécie énormément pour la qualité de ses dessins et l’univers singulier qui est le sien. Cette fois encore, il nous offre un petit bijou ; une histoire romantique soutenue par de belles et délicates illustrations.

    Il nous propose ici une belle histoire d’amour, à l’intrigue bien ficelée mais jette aussi un regard un peu désenchanté sur l’univers des hommes. Par le titre et l’amour impossible, on pense à Madame Butterfly en découvrant ce conte où la mort devient la seule issue possible. Mais l’amour des deux jeunes étant réciproque et passionné, le récit s’apparente davantage à celui de Roméo et Juliette.

     

    Les dessins sont délicats, poétiques tout comme le texte. Les couleurs sont choisies avec soin et sont en harmonie avec l’histoire. Mais le noir est toujours présent. Parfois pour magnifier les couleurs et les faire éclater ; à d’autres moments car la mort et la peine rôdent. Les traits des visages sont fermés, traduisant l’hostilité du monde qui les entoure.

     

    Ce récit pourrait être travailler en classe au premier degré secondaire. Il convient parfaitement pour aborder la culture japonaise et les grandes amours contrariées comme Roméo et Juliette, Tristan et Iseult et tous ces couples mythiques qui n’ont pu être ensemble que dans la mort. Suite à la lecture, on peut également étudier l’évolution de la condition de la femme au Japon. Enfin, il pourrait aussi déboucher sur la découverte et l’étude des Haïkus que l’héroïne apprécie.

     

    Je ne peux que vous conseiller également d’écouter en le lisant le concerto pour violon « Les Amants papillons » qui est inspiré par la légende.

     

     


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  • Le prince tigre, Chen JIANG HONGDans la forêt, la tigresse pleure la mort de ses petits tués par des chasseurs. Un soir, elle attaque le village, dévore les hommes et les bêtes mais cela n'apaise en rien sa colère. Le pays est plongé dans la terreur. Le roi consulte la vieille Lao Lao qui lui explique que le seul moyen de la calmer est de lui donner son fils unique, Wen.

     

    Mon avis :

     

    Sur les conseils de ma libraire, je me suis offert ce bel album que j’espère aborder avec mes 2e l’an prochain. Très différent des précédents, il propose des dessins réalisés à l’encre et à l’aquarelle. Les illustrations assez sombres présentent de superbe façon la dense forêt chinoise, le corps puissant du félin ou les tissus luxuriants des tenues royales. Les visages sont aussi d’une grande expressivité même si le trait est parfois, à mon goût, légèrement exagéré. Conçues comme une succession de tableaux narratifs, les illustrations permettent, à elles seules, de comprendre l’histoire. C’est pour cette raison que l’album est conseillé dès 6 ans.

     

    Inspiré d’un vase en bronze du 11e siècle avant JC, ce récit raconte la relation entre un jeune enfant et une tigresse. La légende raconte que la tigresse du vase aurait recueilli et protégé le jeune Ziwen du royaume de Chu. Dans la mythologie chinoise, le tigre est un animal chanceux, protecteur des démons, catastrophes et maladies. Avec le dragon, il est l’esprit le plus puissant de l’astrologie chinoise.

    L’histoire met en avant les épreuves que les enfants surmontent pour grandir. Ce thème est cher à l’auteur.

     

    Pour les lecteurs, le texte intégré habilement aux tableaux apporte une réflexion intéressante sur les relations entre humains et animaux, sur les traditions, les mythes et légendes ainsi que sur les rites de passages.

    Je conseillerai aux enseignants de travailler aussi la mise en page et l’expression des émotions qui sont vraiment très bien rendues.

     

    Un magnifique album paru en 2005 et qui ne se démode pas.

     


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