Par argali
L'atmosphère est lourde. Les phrases, les situations qui semblaient autrefois anodines deviennent des crimes. Nous sommes tous coupables, et les inquisiteurs nous guettent. Coupables d'avoir bu un verre, d'avoir blagué sur les femmes, de manger de la viande, d'avoir offensé une minorité quelconque. Coupables d'avoir été du côté des «dominants». Chaque jour, un citoyen qui se croyait, non pas un héros, mais un type à peu près bien, se retrouve cloué au pilori, sommé d'expier ses crimes et de faire repentance. Derrière cette traque aux dérapages et ces entreprises de rééducation, un mécanisme ? la tyrannie de minorités qui instrumentalisent des combats essentiels, pour les transformer en croisade contre une supposée majorité, contre les « dominants ».
Mon avis :
Publié il y a deux ans, ce livre est d’une incroyable actualité car la situation n’a fait qu’empirer depuis. Une partie de cet ouvrage critique les néologismes imaginés pour ne pas choquer : les « concierges », les « personnes handicapées », les « femmes de ménage »… n’ont plus bonne presse et rendent suspects ceux qui emploient encore ces termes anciens. Au non du bien, on nous impose une autocensure linguistique.
Au nom du bien et du politiquement correct, on impose aussi de ne pas afficher son appartenance religieuse, de ne pas accepter que Carmen soit assassinée par son amant, elle est devenue le symbole de la violence faite aux femmes…, de ne pas sortir du cadre imposé par la rue la plupart du temps. De nouvelles croisades ont remplacé les anciennes et par là-même de nouveaux inquisiteurs sont nés.
Sans que l’on s’en soit rendu compte, notre mode de vie a été cadenassé, nos actes et paroles muselés, l’Histoire réécrite. On nous assomme d’interdits, de hashtags dénonciateurs… On nous agonit d’injures si on ne pense pas avec la meute, si on ose un avis personnel, un esprit critique sur un engouement populaire de masse. On en devient raciste, soumis, boomer, assassin, pécheur, pervers, esclavagiste…
J’ai apprécié cette lecture car elle démontre la pensée binaire et manichéenne dans laquelle nous glissons lentement. Et depuis cette publication, d’autres sujets ont fait surface qui auraient trouvé leur place dans ce livre. Je pense comme les auteurs que la vie en démocratie c’est la recherche de la juste mesure, du consensus. Or, la logique de notre époque est minoritaire mais empêche tout débat serein, tout compromis démocratique. Persuadés de lutter pour le « Bien », de nombreux mouvements et leurs membres deviennent inquisiteurs. Puisqu’ils luttent contre le mal, leur point de vue est qu’on ne transige pas avec le mal mais qu’on l’élimine.
Ces dernières années, que l’on parle d’égalité des sexes, de violence, de harcèlement, de véganisme, d’écologie, de racisme… on finit toujours par tomber dans l’autoritarisme forcené. Plus de présomption d’innocence, plus de circonstances atténuantes, parfois même plus besoin de faits pour étayer une accusation. On est coupable. Et ces missionnaires des temps modernes vont nous mettre sur le droit chemin.
Le mieux, finalement, devient alors l’ennemi du bien.
Un essai pertinent, à l’ironie mordante et à contre-courant de la pensée unique contemporaine. Une dénonciation de la mondialisation des idées alors que les Etats peinent à régler les problèmes qui les ont engendrées.
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