Par argali
Samedi 11 mars, Michel Dufranne animait une rencontre avec trois auteurs québécois de polars et romans noir : Jean-Jacques Pelletier, Richard Sainte-Marie, Patrick Senécal.
La discussion était rythmée. Je retranscris ce que j’en ai capturé.
Y a-t-il selon vous une spécificité québécoise du roman noir ?
PS : Ceux qui l’écrivent la voient mal. Le langage peut-être. Sinon je ne sais pas.
RSM : Nos romans ne sont pas traduits comme le sont des romans américains, suédois ou italiens. On ne perd donc pas autant qu’avec un roman nordique, par exemple. Les détails de la vie quotidienne sont différents sinon, je ne vois pas de différence.
JJP : On ne pense pas « je vais écrire un roman noir québécois ». Ce sont les autres qui remarquent qu’il est québécois. La seule particularité que je vois, c’est que, peut-être, nos romans sont plus « oralisés ».
PS : Nous avons une efficacité qui est peut-être plus proche de la narration américaine qu’européenne. Ils sont plus rythmés, plus cinématographiques peut-être.
Nos romans européens ont été souvent contaminés par les Audiard ou le Nouveau Roman, avec une langue artificielle. Connaissez-vous ça ?
PS : C’est surtout Hollywood qui nous contamine, dans les films et les romans. Dans la littérature de genre, on n’y échappe pas non plus. Mais y’a pas juste au Québec qu’on est piégé par ça.
JJP : On insiste plus sur la scénarisation chez nous. Nos récits sont montés comme un film, avec des chapitres courts. Cela se remarque dans beaucoup de romans.
RSM : Les mots ont aussi de l’importance. Ecrire « une camionnette blanche se gara devant l’épicerie » n’est pas pareil à « un Dodge s’arrêta devant le Seven Eleven ». Cela sonne différemment.
JJP : On n’échappe pas à la publicité. Souvent on définit un objet par sa marque. Et cela se retrouve aussi dans la littérature.
PS : C’est important qu’on se reconnaisse dans ce qu’on lit, si l’auteur est de notre nationalité. C’est un plus pour le lecteur, c’est souvent ce qu’il cherche.
Le polar québécois est-il récent ?
PS : Aujourd’hui, c’est plus mainstream (à la mode) alors qu’avant c’était underground (expérimental, intimiste). Cela s’assume désormais.
Est-ce que le polar chez vous est aussi une écriture de blanc-intellectuel comme elle l’était aux USA avant de s’ouvrir aux autres civilisations ?
JJP : Je ne ressens pas de différence de ce type chez nous. Il n’y a pas de polar des villes ou de polar des champs.
RSM : Chez nous, il n’y a pas de littérature de région car il n’y a pas assez d’écrivains de polar. J’ai été frappé de voir lors des Quais du Polar qu’il y avait des polars de Marseille, de l’Aude, du Nord...
PS : Mes romans ont souvent lieu dans les petites villes. Mais il n’y a pas de cliché sur les villes comme on en trouve en France ou aux USA.
Doit-on garder des clichés pour capter le lecteur ?
JJP : Un roman doit avoir un thème précis pour garder l’intérêt : la mort, les rapports de pouvoir... ce n’est pas nouveau. Dans de grands romans, de grandes littératures, il a un souci de traiter ce qu’on n’a pas de facilité à gérer dans sa vie.
RSM : Mon flic est atypique et les critiques disent : « Ah, enfin un flic différent. Pas un alcoolique, un dépressif... » Mais les lecteurs aiment ça, retrouver les clichés du genre. Mon flic leur semble parfois trop lisse.
PS : Il ne faut pas confondre clichés et codes. Je pense à Robbe-Grillet qui voulait écrire un thriller sans mort et sans suspens. Mais alors ce n’est pas un thriller. Si tu ne veux pas ça, écris autre chose.
Chez moi, les méchants sont punis. C’est un code, pas un cliché. Mais je me refuse certaines choses : pas d’histoire d’amour dans mes romans par exemple. Je le ferais mal alors je ne le fais pas. Ca m’emmerde. Je me méfie de ce genre de clichés.
Vos romans sont-ils ancrés dans le quotidien, dans une réalité vraie ou fantasmée ?
JJP : Un roman c’est d’abord une fiction. Oui, c’est ancré dans la réalité mais c’est imagé.
PS : Il faut être réaliste dans la description pour que cela sonne juste mais ça ne doit pas primer sur l’histoire, sur l’action. Ca ne doit pas se voir.
RSM : C’est chaque fois « il était une fois ». Le lecteur doit s’installer dans la narration.
Merci. Je rappelle le titre de vos romans respectifs : Bain de sang, Jean-Jacques Pelletier, Le blues des sacrifiés, Richard Sainte-Marie, Le vide, Patrick Senécal.
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