Par argali
Elles partent. Fuguent. S'enfuient. S'en vont voir ailleurs.
Elles : des femmes comme les autres. Par usure ou par hasard, un beau matin, elles quittent le domicile familial (ou conjugal), sans se retourner. En huit nouvelles, Alice Munro met en scène ces vies bouleversées.
Mon avis :
Depuis le Nobel qui m’a fait connaitre cette auteure (j’avoue, je n’en avais jamais entendu parler) j’avais envie de la lire. C’est donc avec plaisir que j’ai reçu cet ouvrage de mon amie québécoise.
Fugitives est un recueil de nouvelles et j’ai donc pris le temps de la découverte en les lisant deux par deux, chaque fois que j’avais un petit moment de lecture à m’accorder.
La première m’a surprise car j’attendais une chute à ce récit, un retournement de situation. Mais non. Alice Munroe raconte des tranches de vie, des moments de la vie de femmes. Le moment où tout a basculé, où leur quotidien a changé parce qu’elles ont fui un mari, une maison, un travail… Elles fuient leur quotidien ou se fuient elles-mêmes, se mentent. Et à chaque fois la même question sous-jacente revient : jusqu’où sont-elles prêtes à aller ? Parviendront-elles à leur fin ? Seront-elles maître de leur destin ? Après avoir suivi les réflexions de ces femmes, leurs pensées, leur histoire, il faut attendre les dernières lignes pour savoir… pour comprendre.
Alice Munroe a une écriture douce, simple qui joue avec les mots et les images ; une écriture qu’elle met au service de ses histoires. On sent qu’elle prend beaucoup de plaisir à conter de petits récits de vie comme le faisaient jadis les grands-parents à la veillée.
Elle a une écriture imagée pour décrire les êtres "C'était donc cela le chagrin. Elle a l'impression qu'un sac de ciment déversé en elle a rapidement durci." « La peau de son visage était tout entière plutôt grumeleuse, épaissie comme la surface du lait tourné. » qui évoluent dans des décors banals : des alignements de maisons, des champs à perte de vue, des villages perdus dans les bois…
J’ai aimé découvrir ces femmes, ces personnages qui nous ressemblent tant. Elles ont nos forces, nos faiblesses, nos failles et on se sent proche d’elles. On les quitte avec au cœur une douce amertume.
Je sais que beaucoup de lectrices ne sont pas entrées dans l'univers de Munro ou dans ce genre qui ne permet pas d'aller au fond des choses. J'y ai adhéré plus que je ne l'aurais cru car en quarante pages elle parvient à nous dire l'essence même d'une vie. Un beau défi.
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