Par argali
Vendredi 7 novembre.
Concarneau est désert. L'horloge lumineuse de la vieille ville, qu'on aperçoit au-dessus des remparts, marque onze heures moins cinq. C'est le plein de la marée et une tempête du sud-ouest fait s'entrechoquer les barques dans le port. Le vent dans les rues, où l'on voit parfois des bouts de papier filer à toute allure au ras du sol. Quai l'Aiguillon, il n'y a pas une lumière. Tout est fermé. Tout le monde dort.
Seules les trois fenêtres de l'Amiral, à l'angle de la place et du quai, sont encore éclairées.
Mon avis :
Paru en 1931, Le chien jaune est un des premiers Maigret que j’ai lu. C’est aussi celui dont je donne le plus d’extraits à lire à mes élèves, à commencer par les deux premières pages qui campent merveilleusement le décor, en décrivant Concarneau la nuit. Tout le génie de Simenon, toute la maîtrise de ses descriptions se retrouvent dans ces deux pages.
Ce roman nous relate les meurtres, disparition, tentative de meurtre qui viennent troubler la bonne ville de Concarneau et attirent sur place une foule de journalistes et de curieux. Le mystère plane sur ces affaires ainsi que sur un étrange chien jaune qui aurait été aperçu, errant sur les lieux de chaque meurtre. Appartiendrait-il au coupable ?
Maigret, qui est encore un jeune commissaire, a flairé dès son arrivée à Concarneau que la fille de salle de l’Hôtel de l’Amiral était bien placée pour enregistrer les allées et venues de chacun. Peu enclin à utiliser les techniques policières modernes, il se fie à son instinct et à son don d’observation. Une fois les indices réunis, il va provoquer, comme à son habitude, une confrontation générale qui mettra ainsi au grand jour une sombre affaire que chacun croyait oubliée et qui est la cause de tous ces maux.
Une fois de plus, Simenon construit son récit policier avec un point de vue réaliste qui permet au lecteur d’exercer ses talents de raisonnement sur les événements qui lui sont dévoilés. Le cadre spatio-temporel est particulièrement bien décrit et permet de situer clairement l’action dans le contexte des années trente. Concarneau, ville portuaire essuyant une tempête, va servir de toile de fond à l’action. La tempête est aussi emblématique du monde agité et peu reluisant dans lequel le commissaire va pénétrer pour mener son enquête. Il est à noter que le soleil ne fera son apparition qu’une fois l’affaire résolue.
Enfin, fidèle à lui-même, Simenon oppose deux univers sociaux caractéristiques de son époque : « les petites gens » et la bourgeoisie de province ; chaque personnage étant caractérisé en fonction de son appartenance, son discours renforce encore cet antagonisme.
Un Maigret classique, dans le pur style Simenon, à découvrir ou à redécouvrir.
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