Par argali
Désirée se rend régulièrement sur la tombe de son mari, qui a eu le mauvais goût de mourir trop jeune. Bibliothécaire et citadine, elle vit dans un appartement tout blanc, très tendance, rempli de livres. Au cimetière, elle croise souvent le mec de la tombe d'à côté, dont l'apparence l'agace autant que le tape-à-l'œil de la stèle qu'il fleurit assidûment. Depuis le décès de sa mère, Benny vit seul à la ferme familiale avec ses vingt-quatre vaches laitières. Il s'en sort comme il peut, avec son bon sens paysan et une sacrée dose d'autodérision. Chaque fois qu'il la rencontre, il est exaspéré par sa voisine de cimetière, son bonnet de feutre et son petit carnet de poésie. Un jour pourtant, un sourire éclate simultanément sur leurs lèvres et ils en restent tous deux éblouis... C'est le début d'une passion dévorante. C'est avec un romantisme ébouriffant et un humour décapant que ce roman d'amour tendre et débridé pose la très sérieuse question du choc des cultures.
Mon avis :
En débutant ce roman qui a eu un énorme succès à sa sortie, en 2006, je ne savais trop à quoi m’attendre. On entre lentement dans l’histoire, passant des pensées de Désirée à celles de Benny. Volontairement caricaturaux (une bibliothécaire carriériste, cultivée et organisée, et un fermier prosaïque débordé par la gestion de ses terres) les personnages n’ont rien en commun si ce n’est leur solitude. Se fiant à l’apparence de l’autre, ils laissent libre cours à leurs préjugés en imaginant à quoi ressemble sa vie et le déteste cordialement. Jusqu’au jour où ils échangent un sourire qui va bouleverser l’ordre des choses.
Je me suis rapidement attachée à ces deux personnages. J’ai apprécié l’alternance des chapitres qui leur donnent la parole à tour de rôle et permet au lecteur de découvrir le point de vue de l’un et de l’autre, leur questionnement, leurs émotions... Radicalement différents, dans leurs idées comme dans leurs réactions, ils sont entiers et ne trichent pas, conscients que leur histoire, si elle dure, ne sera pas simple. Maladroits, émotifs, sincères, ils cherchent un langage commun à une relation dont ils n’ont pas les codes.
On dit que les contraires s’attirent. Ce roman pose la question de la différence sur le long terme et des concessions que l’on est prêt à faire, ou non, pour rejoindre l’autre dans son univers. La passion peut-elle déboucher sur une relation stable et durable quand l’on doit renoncer à ce qui fait notre vie ?
Avec humour et légèreté, l’auteure traite d’un sujet sérieux. Le style est fluide et rythmé, les dialogues impertinents et subtils, les réflexions justes. Il y a beaucoup de tendresse dans ce roman et j’ai passé un bon moment, entre rire et émotion, à le lire.
Une bonne surprise que ce roman frais et délassant.
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