Par argali
Un manoir majestueux : Manderley. Un an après sa mort, le charme noir de l’ancienne propriétaire, Rebecca de Winter, hante encore le domaine et ses habitants. La nouvelle épouse, jeune et timide, de Maxim de Winter pourra-t-elle échapper à cette ombre, à son souvenir ?
Mon avis :
La narratrice, naïve jeune femme de 20 ans, est demoiselle de compagnie d’une acariâtre veuve et séjourne à l’hôtel Monte-Carlo. Elle y rencontre un lord anglais, veuf depuis peu. Agé de 42 ans, il prend la jeune femme en amitié et bientôt s’en éprend et l’épouse. Il l’emmène dans son manoir des Cornouailles, Manderley mais l’accueil y est glacial. La gouvernante, madame Danvers n’a de cesse de la mépriser lui rappelant sa condition modeste et de lui mettre des bâtons dans les roues. Très attachée à feue madame de Winter, Rebecca, elle est bien décidée à prouver que sa mort est un meurtre et empêcher la nouvelle madame de Winter d’être heureuse.
Ce roman était un des préférés de ma maman mais je ne l’avais jamais lu. Quelle découverte ! Pour un roman en 1938, il est d’une modernité, d’un ton et d’une intensité incroyable. Je croyais lire un roman d’amour, un peu à l’eau de rose, mais c’est un véritable thriller que j’ai découvert.
Daphné Du Maurier nous offre une galerie de personnages au caractère entier et puissant. Bien qu’elle soit morte quand le récit commence, l’ombre de Rebecca, idéalisée, plane sur eux d’un bout à l’autre du roman et les démons du passé hantent tant Madame Danvers que Maxim de Winter. Son souvenir obsédant détruit les relations. L’atmosphère est pesante et les manigances de la gouvernante n’y sont pas étrangères, de même que le mystère qui rôde autour de Rebecca dont Maxim parle peu à sa jeune épouse. L’angoisse prend corps au fil des pages et on se demande comment chacun s’en tirera. Timide, peu instruite et trop naïve, la narratrice qui n’a aucun code pour soutenir son rang dans l’aristocratie anglaise est le jouet de Madame Danvers. Et pour bien montrer son insignifiance, elle n’est même pas nommée par l’auteure. Mais l’amour qu’elle porte à son mari, sa loyauté et son obstination lui permettront de s’affirmer et de se révéler une alliée indispensable quand l’orage éclatera.
J’ai aimé l’écriture de Daphné Du Maurier, sa précision dans les descriptions et son talent pour camper une atmosphère. C’est brillant de faire d’une morte l’héroïne principale du roman et innovant. L’auteure rend justice aux femmes dans ce roman en en dressant des portraits forts, puissants dans des styles aux antipodes alors que les hommes sont présentés comme lâches, traitres, fats.
Un roman que je suis heureuse d’avoir enfin lu. Il ne me reste qu’à découvrir l’adaptation cinématographique qu’Hitchcock en fit en 1940.
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