Par argali
Soixante-six ans après sa disparition, Hitler se réveille dans un terrain vague de Berlin. Et il n'est pas content : comment, plus personne ne fait le salut nazi ? L'Allemagne ne rayonne plus sur l'Europe ? Depuis quand tous ces Turcs ont-ils pignon sur rue ? Et, surtout, c'est une FEMME qui dirige le pays ?
Il est temps d'agir. Le Führer est de retour et va remettre le pays dans le droit chemin. Et pour cela, il lui faut une tribune. Ça tombe bien, une équipe de télé, par l'odeur du bon client alléchée, est toute prête à lui en fournir une.
La machine médiatique s'emballe, et bientôt le pays ne parle plus que de ça. Pensez-vous, cet homme ne dit pas que des âneries ! En voilà un au moins qui ne mâche pas ses mots. Et ça fait du bien, en ces temps de crise...
Hitler est ravi, qui n'en demandait pas tant. Il le sent, le pays est prêt. Reste à porter l'estocade qui lui permettra d'achever enfin ce qu'il avait commencé...
Mon avis
Lors de la dernière opération Masse critique, ce roman m’a de suite attirée. Par sa couverture d’abord, qui est, reconnaissons-le, très réussie ; par sa quatrième ensuite, qui annonce une satire désopilante. Une question m’a alors traversé l’esprit : peut-on rire avec Hitler ? Certes, Chaplin l’avait fait avec « Le dictateur » mais en ces temps troublés où les idées d’extrême droite refont surface, c’était un incroyable pari.
Il m’a fallu plusieurs dizaines de pages pour entrer dans le livre. Je sortais d’un récit de guerre et passer d’un récit historique à une satire sur le même sujet ne fut pas chose aisée. Mais l’auteur est bien documenté sur le passé et sur le présent. J’ai pris un certain plaisir coupable à cette lecture qui m’a laissé un goût amer.
L’histoire se passe en 2011. Mystérieusement ressuscité, Hitler revient à Berlin et raconte à la 1e personne cette incroyable aventure. Bizarrement, si tout le monde est frappé par la ressemblance, personne n’est choqué par son uniforme SS ni par son discours. On le prend pour un acteur, un sosie particulièrement bien imprégné de son personnage. Un producteur lui propose même quelques minutes d’antenne dans son émission et ce sera un véritable succès. Acclamé, Hitler envisagera alors d’aller plus loin en écrivant un livre et pourquoi pas, en se lançant en politique.
La confrontation d’Hitler à la société du XXIe siècle ne peut que faire sourire comme son premier contact avec la presse : un folder MédiaMarkt qu’il pense codé car il n’en comprend pas la moitié des mots. Mais au-delà du comique de situation, cette critique moqueuse pose quelques (bonnes) questions et met dans la bouche d’Hitler des interrogations et des constats qui sont appelés à nous faire réfléchir.
Mais si le monde des médias en prend ici pour son grade, je suis plutôt circonspecte sur le pouvoir de réflexion de ce roman. Vrai phénomène en Allemagne, j’attends de voir si le succès sera le même en France et en Belgique, cet Hitler charismatique ayant de quoi inquiéter.
Au final, un roman que j’ai trouvé à la fois amusant (au 3e degré) et dérangeant par la banalisation du personnage. C’est aussi un produit marketing remarquable de la couverture au prix (19,33 euros).
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