Par argali
Quand j’interroge mes élèves de 4e sur la façon dont ils meublent leurs loisirs, lire arrive loin derrière la musique, l'utilisation de l'ordinateur et le cinéma.
Pourtant Stephenie Meyers est aussi connue d’eux que ne le sont Will Smiths ou Soprano. Et la fantasy est un genre très prisé des garçons. Sans parler des mangas. L'immense popularité de Stephenie Meyers ou JK Rowlings met au jour un paradoxe : la lecture n'est peut-être pas l'activité favorite des jeunes, mais ils lisent. Les ouvrages populaires sans doute plus que les autres. Et les filles plus que les garçons.
Mais lire peut-il devenir naturel et plaisant ?
Chaque livre lu en classe est accompagné d’une présentation. Le contexte de l’œuvre est expliqué avant la lecture et le livre à posteriori. Je suis convaincue que c’est en démontant sa mécanique qu’on amène l’élève à en saisir la portée. L’école est donc un maillon important de la découverte et de la compréhension de la lecture.
Malgré tout, 55% de mes élèves disent ne jamais acheter de livre. Normal, puisqu’ils n’aiment pas lire. Je me demande donc si l’école peut arriver à créer des lecteurs.
Chaque rencontre avec un livre est singulière. Le texte littéraire apparaît comme un lieu où le lecteur se construit en apprenant à penser. De plus dans la littérature de jeunesse, la présence d'une trame narrative structurante permet à l'élève d'établir des liens avec son expérience personnelle, en même temps qu'elle favorise l'échange. Lire est donc fondamental et formateur.
Mais l’école est-elle le lieu idéal pour donner le goût de lire ?
Un jeune en difficulté n'a pas envie d'introspection, il développe donc des stratégies d'évitement pour ne pas avoir à faire un retour sur lui-même. Il fuit ainsi l'angoisse que cela lui procurerait.
Pour l'aider à se confronter à ses craintes, il faut lui permettre de s'extérioriser, d'échanger suite à ses lectures. Mais cela lui donnera-t-il le goût de la lecture ?
Pour qu’un adolescent devienne lecteur, la lecture doit être un acte quotidien. Les lectures en classe, les cercles de lecture, les animations… font lire quelquefois des non lecteurs mais ne suffisent pas à établir durablement un comportement de lecteur. Le goût doit en avoir été donné en famille. Une histoire racontée avant de s’endormir, un conte lu sur les genoux d’une maman… créent des souvenirs inconscients de bonheur, de plaisir liés à la lecture. Le cadre scolaire, lui, n'inscrit pas la lecture dans le plaisir, mais dans l'apprentissage. Il reste alors lié à la scolarité. Si le livre ne fait pas partie de l’histoire du jeune, il ne sera pas associé au plaisir.
Si l’école peut faire gagner des compétences en lecture, même apporter aux jeunes les moyens d’une meilleure compréhension, elle ne peut pas forcément, selon moi, leur en communiquer le goût.
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