Par argali
Ces derniers jours, je me suis posé la question de savoir si on pouvait tout écrire et si la liberté d’expression était prépondérante à la turpitude, l’illégalité, l’amoralité. Et de réfléchir au bien fondé de certains ouvrages.
En cette période de prix littéraires, même si en Belgique, cela n’a pas fait la une, cela n’a pas échappé aux blogueurs que Gabriel Matzneff avait reçu le Renaudot essai pour son livre « Séraphin, c’est la fin ! ». Délivré en même temps que le Renaudot à Yann Moix et le Goncourt à Lemaitre, il aurait pu passer inaperçu. Mais voilà, Matzneff n’est pas n’importe qui. C’est un provocateur, pédophile notoire, qui, à 76 ans, a une longue bibliographie derrière lui. Nombre de ses ouvrages s’inspirent de sa vie amoureuse. Mais il a aussi écrit des ouvrages politiques intéressants comme « Le carnet arabe » réédité plusieurs fois.
Il y a quelques jours, ayant dit ce que je pensais de cette récompense sur Facebook, je me suis fait incendier par un quidam qui me reprochait l’amalgame. Et de me dire qu’on peut aimer l’écriture de Céline et pas ses propos ou adorer « Lolita » de Nabokov sans être pédophile. Soit. Si je ne conteste pas les qualités littéraires de cet homme, je m’interroge sur l’opportunité de couronner CE livre.
Je trouve cela assez déprimant et révélateur de notre société. Pour diverses mauvaises raisons, nous défendons des valeurs à géométrie variable. Et ceux qui applaudissent ce prix aujourd’hui auraient très bien pu, hier, requérir la peine de mort pour Dutroux ou Fourniret. Il y a le mal absolu, celui que l’on a vite fait d’identifier, et puis le reste, qui, au nom de l’art, échappe à toute critique. Est-on au-dessus des lois dès qu’on a un tant soit peu de talent ?
Un enfant reste un enfant et nous, adultes, nous devons de le protéger, génie artistique ou pas. Et, comme le disait Denise Bombardier dans une émission de Bernard Pivot où était invité Matzneff, « la littérature ne doit pas servir d’alibi » On ne peut pas traiter de pervers un vieux monsieur qui attire un enfant avec des bonbons et juste de sulfureux un "artiste" qui l’attire avec sa réputation !
Ce milieu intellectuel parisien qui s’auto-félicite, se congratule, et légitime le pire sous prétexte du génie n’a-t-il jamais honte ? Ces cultureux et ces « intellectuels » qui se croient d’essence supérieure en acceptant l’innommable.
Que Matzneff fasse de la pédophilie un idéal de vie est déjà choquant en soi mais que d’autres l’élèvent au rang d’idéologie ou d’art est abominable.
Gabriel Matzneff se qualifie lui-même d’amant des enfants, païen imprégné d’orthodoxie et esprit libre qui n’irriterait que les sots. Et bien, c’est pour moi un honneur d’être sot.
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