Par argali
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Difficile de parler de ce roman dans tout ce battage médiatique. Heureusement, je l’ai lu avant que tout n’arrive et j’en suis heureuse.
J’entends parler de ce roman depuis sa sortie aux éditions Boréal car mon amie québécoise l’a lu et me l’a conseillé plusieurs fois. D’autres copains du Québec m’ont fait la même suggestion au fil des mois et j’ai profité de ma visite à Nancy pour me l’offrir avec une belle dédicace.
Jonas Dorleon, professeur d’histoire et de géographie à Haiti, voit sa vie basculer. Après le tremblement de terre de 2021, des gangs font régner la terreur. La population vit dans le dénuement le plus total et dans l’insécurité, confrontée à des agressions, vols, viols… Muni d’un seul sac en plastique avec un slip, une photo et un recueil de poésie, il part pour le Canada. Son chemin sera parsemé d’embuches, de peur, de violence et il frôlera la mort plus d’une fois.
Ce récit m’a touchée dès le départ. Il aurait pu être pesant mais Thélyson Orélien nous fait parfaitement ressentir l’exil et la peur. J’ai eu l’impression de cheminer à ses côtés dans ce périple, cette fuite qui l’éloigne de la mort mais aussi de ses racines, de son métier, de ses amis…
L’histoire est celle d’un migrant mais ce sont tous les migrants que l’on devine sous ses traits. Ceux qui ne sont qu’un reportage de deux minutes à la télé quand un drame survient et dont tout le monde se fiche le reste du temps. Ce roman a le mérite de nous faire réfléchir et de nous questionner sur notre vision de la migration. Et en ça, c’est un très bon roman. J’épinglerai, parmi d’autres, une scène marquante pour moi, celle du bus arrêté par des rebelles. Tous les hommes sont amenés à en descendre et le chef, un gamin, leur ordonne de le faire rire pour sauver leur peau. Hallucinant d’inhumanité.
« Un migrant qui passe une frontière, c’est comme un serpent qui se glisse sous un tapis. Ça rampe, ça tremble, ça prie, ça ment, et à la fin soit il ressort vivant, soit il reste écrasé sous la semelle du monde. »
J’ai aussi beaucoup aimé sa langue, ses métaphores, ses aphorismes. J’ai apprécié la recherche du mot juste même si parfois suranné et le rythme de ses phrases : lent et haché lorsqu’il fuit, plus fluide quand il arrive au Canada. Finalement, tout ce qui fait qu’on l’attaque aujourd’hui. Doit-on tous écrire de la même façon pour être adoubé ? Doit-on avoir la prose d’une Angot pour être apprécié ?
Pour moi, ce texte est indispensable pour arrêter de fermer les yeux sur ce qui se déroule réellement en mer et ailleurs. Je vous invite à le lire.
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