Par argali
Alors que je me préparais à partir ce matin, le journal parlé s’interrompt à la radio, un communiqué annonce l’indicible. Encore une fois.
Tout au long du trajet qui me mène au travail, une émission spéciale relate, encore au conditionnel, l’horreur la plus violente. J’oscille entre incrédulité et révolte.
J’arrive à l’école et je suis assiégée par mes élèves. Connectés en permanence, ils ont appris. Ils savent. Je cherche des mots apaisants, rassurants, alors qu’une colère sourde monte en moi. Dans trois jours ce sont les vacances. Certains vont partir. Ils auraient pu être parmi les victimes. Un autre attend ses parents qui doivent revenir demain d’Afrique. Entre fatalisme et peur, ils parlent. J’écoute. Ce sera ainsi toute la matinée.
Quinze heures. Je suis rentrée, j’ouvre la télévision. Les images sont terribles. Encore...
Mon fils rentre de l’école et me questionne à son tour. Même peur, mêmes interrogations, même fatalisme. Quel monde leur avons-nous préparé ?
Trois jours de deuil national ont été décrétés. Trois jours pendant lesquels le blog sera fermé. Pour tous ces voyages annulés, ces rêves brisés, ces routes interrompues brusquement.
Mais avant, je veux terminer sur une note positive. Parce qu’au-delà de la terreur, de la violence, de la haine, il y a des notes d’espoir, d’humanité, de solidarité.
Ce sont les taxis qui ont travaillé gratuitement aujourd’hui à Bruxelles pour véhiculer les personnes coincées à l’aéroport, dans les gares ; les hôtels qui ont porté serviettes et draps pour les premiers secours ou offert des chambres à ceux qui attendent une solution de départ ; les médecins qui se sont précipités dans le métro pour donner les premiers soins ; les inconnus qui sont venus proposer d’héberger les victimes étrangères ; les anonymes qui ont apporté de la nourriture et des boissons ; les migrants du centre Fédasil de Florennes qui ont manifesté leur soutien aux victimes ; les hommes et les femmes qui se sont spontanément rassemblés à la Bourse pour dessiner sur le sol, se recueillir, se réconforter l’un l’autre...
Tous ces gestes infimes qui me permettent de croire encore en l’homme... malgré tout.
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