Par argali
Novembre est, par tradition, le mois des prix littéraires. Les plus prestigieux des 2000 prix littéraires décernés chaque année en France (moins de 10 en Belgique) sont dévoilés ces jours-ci.
Le Goncourt 2013, si vous l’ignorez encore, a été décerné à Pierre Lemaitre pour son roman « Au revoir là-haut », une fresque romanesque enlevée et captivante mettant en scène des rescapés de la Grande Guerre. Trop populaire pour les uns, il fait pourtant l’unanimité –ou presque- parmi les lecteurs et blogueurs qui l’ont lu dès sa sortie.
Quant au Renaudot, attribué à Yann Moix, pour « Naissance », je n’en parlerai pas car je n’ai pu le lire jusqu’au bout, me décourageant après une cinquantaine de pages seulement.
Me réjouissant hier de ce que le Goncourt revienne à Pierre Lemaitre, auteur que je lis depuis plusieurs années, quelle ne fut pas ma surprise de me rendre compte que certaines personnes autour de moi n’avaient jamais lu cet auteur mais n’avaient pas non plus entendu parler des sélections des différents prix de la rentrée. Si d’aucun pensent que les prix littéraires sont inutiles, désuets voire dépassés, je me dis qu’ils ont au moins le mérite de mettre en lumière des ouvrages et des auteurs, de faire parler de littérature et de faire acheter des livres ! Je ne serais pas étonnée d’entendre ces mêmes personnes, dans les semaines à venir, me dire qu’elles ont acheté « Au revoir là-haut » et même qu’elles l’ont lu !!
Bien sûr, ces prix ont manqué et manquent de transparence. Pour qui vote-on en fait ? Un auteur ? Un roman ? Un éditeur ? Michel Tournier n’a-t-il pas parlé de « corruption sentimentale » entre les jurés et les maisons d’édition ? Et même si aujourd’hui Pierre Assouline prétend que ce n’est plus le cas et que l’on vote pour une œuvre, on peut, au vu des couronnés ces dernières années, se poser la question.
Pour Sylvie Ducas, auteure de « La littérature à quel(s) prix ? » qui vient de sortir, « les prix littéraires sont le reflet de notre époque, qui tend à désacraliser l’écrivain et la littérature ». En effet, alors que le Goncourt a été crée par un écrivain qui y a consacré sa fortune afin de mettre à l’abri du besoin l’écrivain primé, choisi parmi une sélection comme étant le meilleur, on n’assiste plus aujourd’hui à une recherche de l’excellence mais «à une logique marchande et éditoriale qui rétrécit le pouvoir de l’écrivain devenu un produit marketing comme un autre. » Et donc aussi de la littérature dont la fonction sociale s’appauvrit.
Alors utiles ou pas les prix littéraires ?
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