• Dans le bleu de ses silences, Marie CELENTIN

    Dans le bleu de ses silences, Marie CELENTINBérénice, fille du roi Ptolémée Philadelphe, a vécu au IIIe siècle avant notre ère. On lui donna le surnom de Phernèphoros, « celle qui apporte la dot », en raison du trésor inestimable quelle reçut de sa famille lors de son mariage avec le roi de Syrie. Cinquante ans plus tôt, Alexandre le Grand était mort prématurément, en léguant un monde nouveau à ses compagnons darmes et aux milliers daventuriers qui lavaient suivi dans sa flamboyante conquête de lOrient. Nous sommes au début de laventure de lÉgypte des Ptolémées. Nous sommes à lorée dune nouvelle ère. Lhistoire dAlexandrie ne fait que commencer. Pour tous ceux qui y vivent, elle est déjà une légende. À la manière de Bérénice, Titus, Ptolémée, Zénon, Nathanyah, Diounout et tous les autres, nous aussi, nous sommes tous, alourdis par le poids des traditions et des souvenirs qui nous ont été transmis, modelés par notre temps et notre histoire familiale, nous sommes en quête de bonheur et parfois capables, au détour dune rencontre, à la faveur dune coïncidence, de sublimer notre destinée et de conquérir notre liberté.

    Mon avis :

    D’emblée, je voudrais adresser mes plus vifs remerciements aux Editions Luce Wilquin et à leur attachée de presse pour m’avoir envoyé ce roman. J’avoue humblement que je ne l’aurais peut-être pas lu s’il ne m’avait été offert. En effet, la longueur et le poids de l’ouvrage m’auraient probablement freinée. Et c’eut été bien sot.

    Le récit qui nous est conté comprend trois parties et s’étend sur une trentaine d’années. Tout commence à Alexandrie au printemps 274 ACN dans la capitale hellénistique de l’Egypte. Ptolémée II règne alors, en digne successeur pense-t-il, d’Alexandre le Grand. Les Ptolémaia sont célébrées en grande pompe afin de rassembler en une même ferveur patriotique les cultures grecque et égyptienne. Au même moment arrivent à Alexandrie deux ambassadeurs romains, chargés de nouer des liens commerciaux et de sceller des alliances politiques entre les deux puissances méditerranéennes. En ces jours de libation, un jeune homme, Callias, rentrant de mission pour le roi est sauvagement assassiné dans une ruelle de la ville. Ce crime sauvage et odieux va pousser Péisiclès à diligenter une enquête personnelle et discrète sur cet assassinat.

    Cette première partie, principalement tournée vers l’intrigue policière, est l’occasion pour l’auteure de mettre en place ses nombreux personnages dans un décor soigneusement détaillé tant géographiquement que socialement. Dès les premières pages, le cadre est donné. On découvre la ville d’Alexandrie, son architecture novatrice, ses mythes et ses légendes, les intrigues, les dessous du pouvoir, la vie quotidienne du peuple et des nantis et surtout Ptolémée II. Ce roi malgré lui aurait-on envie de dire, qui aime la bonne chair, les plaisirs de la vie, la poésie, la culture, la philosophie mais n’est certes pas un chef de guerre. Bref un jouisseur qui exalte la joie et la beauté. « Il voulait que chaque instant de sa vie, à défaut d’être une fête, fût une œuvre d’art. » «  La délectation dans tous les domaines était son empreinte, sa création, l’unique réalisation de son règne qu’on ne pourrait attribuer qu’à lui seul. »

    D’essence divine – son père n’était-il pas un dieu vivant – il se sait porteur d’un devoir, d’une mission et de responsabilités qui parfois le dépassent. Mais toujours, il cherchera à créer l’harmonie et notamment par le rapprochement des civilisations grecque et égyptienne, cette union dit-il « de l’ordre et du chaos, de la sauvagerie et de la civilisation, du plaisir et de la contrainte, de la vie et de la mort, indissociables pour comprendre la place de l’homme dans l’univers. »
    Marié deux fois, à deux jeunes femmes portant le prénom d’Arsinoé (deux opposés, la glace et le feu) il aura trois enfants de sa première épouse dont une fille, Bérénice, une jeune femme « enfermée en elle-même ». Ce qui n’empêchera pas son père de la marier de force à son ennemi Antiochos afin de faire cesser la rivalité entre les deux royaumes.

    Autour du roi et de sa famille gravitent une série de personnages que l’on suit tout au long du roman : Apollonios, directeur de la bibliothèque d’Alexandrie, Callicratès, amiral et conseiller du roi, Titus jeune romain devenu mercenaire du roi, Callimaque, Zénon, Nathanyah... et tant d’autres dont les histoires forment la trame romanesque de l’ouvrage. En suivant ses personnages, leurs amitiés, leurs amours, leur travail quotidien, Marie Celentin en profite pour glisser de belles réflexions sur l’éducation des enfants et l’enseignement, la liberté et le devoir, la littérature, les cultes ou la gastronomie. Dans la deuxième partie du livre, elle nous offre une analyse magistrale d’Iphigénie à Aulis (d’après une traduction de Marie Delcourt s’il vous plaît) et l’on ne peut que créer un lien entre la destinée de Bérénice et celle de cette jeune Iphigénie, toutes deux sacrifiées au nom du devoir d’Etat.

    A travers ces histoires où se mêlent réalité et fiction, l’auteure nous montre que le pouvoir n’est pas un don gratuit et que la plus grande force de l’homme est sans doute de pouvoir assumer ses faiblesses. Elle prouve aussi que tout être humain, quelle que soit sa condition, peut faire des choix en toute liberté et sublimer, ne serait-ce qu’une fois dans sa vie, sa destinée.

    Marie Celentin nous offre ici un ouvrage remarquable qui ravira les amoureux de l’Antiquité, de l’Histoire et des beaux récits joliment contés. Un livre exigeant aussi qu’il faudra apprivoiser lentement pour bien savourer toute sa richesse et sans doute un dictionnaire à la main, tant le vocabulaire est riche et pointu. Sa plume alerte nourrie des légendes et de l’histoire helléniques rend ce long récit tragique passionnant d’un bout à l’autre. Je ne peux que vous encourager vivement à le découvrir.

    Marie Celentin, professeur de langues anciennes à Liège, nous offre ici son tout premier roman.

     

     

     

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  • Commentaires

    1
    Jacqueline
    Dimanche 8 Février 2015 à 16:59

    Un beau billet pour un roman qui me tente ....... ce sera pour plus tard car ma pal est trop importante à mon goût ....:-)

    2
    pascald
    Dimanche 8 Février 2015 à 18:29

    Tentant. Le vocabulaire est si pointu que ça ?
    En tout cas, ton billet est superbe.

    3
    Dimanche 8 Février 2015 à 18:55

    Oui, c'est un beau roman. Pour le vocabulaire, à moins que tu ne connaisses ou te souviennes de l'oecumène, les synapses, des chitons, un épirote, un théore, un rhyton, l'étésien... c'est quand même du lourd. J'ai de bons souvenirs de mes études mais quand même, le dico ne m'a pas quittée. smile

    4
    somaja
    Dimanche 8 Février 2015 à 19:58
    somaja

    Le côté tès pointu du lexique me rebuter un peu mais ton avis enthousiasteme fait noter quand même pour un ami qui va probablement adorer. Ca tombe bien, je cherchais une idée de cadeau ! smile

    5
    Dimanche 8 Février 2015 à 19:59

    Tu parles vraiment bien de ce roman. Je le note sur ma liste de cadeaux ^^.
    Saga familiale, roman historique, enquête policière, récit mythique... il semble foisonnant.

    6
    Dimanche 8 Février 2015 à 20:46

    Les pavés me font parfois peur aussi. 

    Je n'aime pas devoir utiliser sans cesse le dictionnaire en lisant un roman. Je ne suis pas sûr que j'accrocherais à celui-ci.

    Bonne dernière semaine. 

    7
    amarilliS
    Lundi 9 Février 2015 à 15:55

    Je n'ai jamais entendu parler de ce roman mais vous en parlez si bien que je suis allé l'acheter chez Pax. Les cinquante premières pages lues me plaisent beaucoup. Seul bémol, qu'il est lourd ! ^^

    8
    Mercredi 11 Février 2015 à 18:20
    Alex-Mot-à-Mots

    Le poids de l'ouvrage ? Il est si gros ?

    9
    Mercredi 11 Février 2015 à 19:40

    880 pages et presqu'un kilo wink2

    10
    Machou
    Vendredi 13 Février 2015 à 17:30

    Merci pour cette critique : je vais le lire ces vacances !


    Avis aux amateurs/trices : Marie Célentin sera l'invitée de la librairie Agora le jeudi 5 mars à 18h.


    Soutenons nombreux/breuses une auteure belge ET liégeoise ! 


     


     

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