• Mes lectures

    Même si je lis beaucoup de littérature jeunesse afin de choisir les titres les plus appropriés à mes élèves, je lis aussi pour mon plaisir. Des romans surtout. Mais pas seulement.

    Derrière le mot roman se profilent des textes bien différents : romans de gare, romans épistolaires, romans policiers, romans réalistes, romans d'aventures... Le roman est pluriel et il existe donc de multiples raisons de s'y engouffrer.

    Le roman séduit, émeut ; il propose l'original, l'inattendu, l'éphémère, le sensuel, le hasard d'une rencontre, la violence des sentiments... Il permet de se trouver tour à tour dans la peau d'une empoisonneuse, d'un détective, d'une amoureuse, d'un aventurier, d'un dictateur... Il nous met en contact avec la complexité de nos propres vies et de celles des autres. Il nous renvoie à nous-mêmes tout en nous donnant à sortir de nous-mêmes. Il parle à notre coeur autant qu'à notre intelligence.

    Lire un roman c'est un peu prendre rendez-vous avec soi-même.

    Je conterai donc ici mes rendez-vous. Je partagerai mes coups de coeur et mes déplaisirs. Vous verrez, je suis une éclectique.

     

     

  • Kilissa, Marie-Bernadette MARSAu palais de Mycènes, Clytemnestre côtoie tous les jours Kilissa, une esclave qui vit dans l'ombre. Leurs voix, leurs yeux, leurs regards se croisent et se répondent. Entre les deux femmes qui vivent dans un contexte de guerre, de séparation, d'injustice et de désespoir, la reconnaissance des sentiments et la compréhension se faufilent. Au-delà des personnages antiques, les interrogations, les douleurs, les joies et la recherche de justice ont des accents intemporels.

     

    Mon avis :

     

    Même sans avoir fait d’études classiques, tout le monde a entendu parler de la guerre de Troie et de son fameux cheval. Mais sait-on encore ce qui l’a déclenchée et qui étaient les protagonistes ?

    Marie-Bernadette Mars réécrit ici cette histoire en s’intéressant avant tout aux femmes. Les grands faits antiques sont toujours racontés par des hommes et du point de vue des hommes. Dans ces récits, les femmes sont soit détestées, soit ignorées. Ainsi Clytemnestre apparait-elle comme une femme cruelle (N’a-t-elle pas tué son mari ? N’a-t-elle pas un amant alors que son époux guerroie ?) mais qui cherche à comprendre les raisons de son geste ?

     

    Dans ce roman deux femmes sont mises à l’honneur : Clytemnestre le « je » et Kilissa le « elle ». Kilissa est une esclave, une femme de l’ombre. Dans l’Antiquité, les esclaves n’avaient pas de nom. On les déterminait selon leur origine, ils perdaient toute identité. Kilissa signifie la Cilicienne. Dans la maison de Clytemnestre, c’est l’accoucheuse. Elle développe donc une relation particulière aux enfants qu’elle a mis au monde et dont elle a pris soin. C’est ce lien particulier entre Kilissa et les enfants de la famille des Atrides que l’auteure met en évidence dans ce récit. Quand, trompées par Agamemnon, les deux femmes vont assister impuissantes à la mort d’Iphigénie, leur existence va en être bouleversée à jamais.

    Entre Kilissa et Clytemnestre va se nouer une relation autre. Sans jamais sortir de son rôle, Kilissa va soutenir et aider Clytemnestre à survivre à son deuil. Discrète, elle va prendre soin d’Electre et d’Oreste dont sa maîtresse n’arrive plus s’occuper.

     

    Ce roman poignant rend à ces deux femmes un rôle fort et clair qui permet de comprendre ce qui s’est passé à Mycène, à l’époque d’une société patriarcale où défendre son honneur était primordiale, quitte à s’en prendre à sa propre famille pour le rétablir. Un récit d’une modernité incroyable qui fait écho à certains faits de notre époque.

     

    C’est un récit sur la violence, l’absence de justice, l’honneur et l’amour maternel. C’est aussi deux beaux portraits de femmes, des femmes de l’ombre auxquelles on donne enfin la parole. Le tout servi par une écriture maîtrisée, à la fois belle, forte et mélodieuse. Toutes ces raisons me l’ont fait beaucoup aimer et je ne peux que vous le recommander chaleureusement.

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  • Les guerres intérieures, Valérie TONG CUONG« Pourra-t-il vivre avec ce secret, l’enfouir dans un recoin de son âme dont il verrouillerait l’accès, ne plus jamais y penser, ne plus jamais y revenir ? Pourra-t-il soutenir le regard de cette femme qu’il aime tant ? Pourra-t-il mentir jour après jour sans jamais rien laisser paraître ? Oui, le voilà le vertige : la protéger, c’est la trahir. »

     

    Mon avis :

     

    Pax est un comédien frustré. Attendant le rôle de sa vie depuis des décennies, il travaille dans une société de coaching par le théâtre, Théa & Cie. Un appel inespéré de son agent l’enjoint à se rendre à l’hôtel Lutécia où un célèbre réalisateur veut le rencontrer. Alors qu’il est en train de se changer, il entend du bruit à l’étage. Mais pris par le stress de ce rendez-vous, il n’y prête guère attention. Le lendemain, il apprendra qu’un jeune garçon s’est fait violemment agresser chez lui et est dans un état grave.

    Emi est responsable qualité et sécurité dans une entreprise. A la suite d’un remaniement de la société par la DRH, un employé mis sous pression est mort dans un accident de la route. Accident ou suicide ? Emi aurait-elle pu déceler des signes avant-coureurs ?

     

    Hantée par la lâcheté ordinaire et les conséquences qu’elle peut avoir, Valérie Tong Cuong nous offre un roman qui pousse immanquablement à l’introspection. Pax et Emi ont chacun fait preuve d’un moment de lâcheté. Cela aurait pu n’avoir aucune incidence mais cela a, au contraire, entrainer deux drames. Devant vivre avec ce poids sur la conscience, comment l’un et l’autre y feront-ils face ?

    Par le choix d’un narrateur omniscient, l’auteure crée d’emblée une complicité avec le lecteur ce qui permet de mesurer à quel point l’étau de la culpabilité qui les enserre est puissant. Elle nous entraine dans une réflexion sur notre époque où l’instinct de préservation prime avant tout, amplifié par l’incertitude du lendemain dans laquelle nous baignons au quotidien. Face à cette culpabilité qui les ronge, quel choix chacun doit-il faire ? En parler à son entourage ? Se taire pour le préserver ? Mentir pour lui éviter la souffrance ? Mais mentir est-ce protéger ou trahir ? Ce dilemme sera présent tout au long du roman et le lecteur se demandera sans cesse si le courage, ce n’est pas finalement d’affronter l’incertitude.

     

    Sans porter de jugement, ouvrant des questions auxquelles elle n’apporte pas de réponse toute faite, Valérie Tong Cuong nous amène à réfléchir sur les valeurs qui sont les nôtres et sur les choix que nous posons quelquefois sans vraiment en tenir compte. Avons-nous conscience que nos réactions ont toujours un effet, une incidence sur les autres ? Selon elle, sans sentiment de culpabilité, l’humanité s’effondrerait. Ce sont nos systèmes de valeurs qui tiennent la société débout. En effet, après une mauvaise action, consciemment ou non, la culpabilité va nous amener à nous transcender. Un moment de lâcheté est toujours suivi par un moment de générosité et c’est cela qui fait progresser, l’être humain comme la société dans laquelle il vit.

    Malgré le sujet grave, ce roman est optimiste et tant à nous montrer qu’il y a toujours une lumière au bout du tunnel. L’auteure cherche plus à nous convaincre qu’après la chute il y a un relèvement possible qu’à nous enfermer dans nos manquements car on puise alors en soi des ressources insoupçonnées.

    Comme à son habitude, Valérie Tong Cuong touche à notre humanité à travers des personnages cabossés par la vie. Soutenu par une écriture agréable et fluide, ce roman au propos d’une grande intensité nous fait passer par diverses émotions même après la chute.

     

    Les guerres intérieures, Valérie TONG CUONG 

     

     

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  • Faut pas prendre les cons pour des gens, E. REUZE & N. ROUHAUDTous les sujets de société sont abordés : les SDF, l’écologie, l’enseignement, l’industrie du tabac, les caisses automatiques, l’hôpital public, l’immigration, le racisme ordinaire, bien-pensance, la surpopulation carcérale, les quotas policiers, les maisons connectées…
    De quoi faire bouillir la débilité ambiante dans ses contradictions au grand bonheur des amateurs d’humour absurde !

     

    Mon avis :

     

    Cette BD irrévérencieuse croque avec une ironie caustique notre monde de plus en plus absurde. Les auteurs se basent sur l’actualité qui, il faut le dire, regorge chaque jour d’exemples truculents où la bêtise humaine atteint des proportions inégalées et accumule les clichés liés au racisme ordinaire, à l’immigration, à la politique…

    Emmanuel Reuzé et Nicolas Rouhaud dénoncent par l’absurde et avec un humour assez noir une société où la bêtise le dispute au cynisme et à la violence. Comme l’histoire du kamikaze qui se suicide faute d’emploi. Ils jouent avec finesse et excellent dans l’humour au 2e degré. Cela déstabilise parfois et fait grincer des dents tant on y reconnait notre société.

     

    Le graphisme est également empli de non-sens avec ses pages découpées en six cases et ses cases identiques où seuls changent les dialogues. Les gags en une page se succèdent entrainant le lecteur dans des chutes improbables et donc savoureuses. Les dessins inspirés de photos sont très réalistes.

     

    La bêtise n’a pas de limite et quand on croit avoir touché le fond, les auteurs trouvent pire à raconter. Mais ces situations sont-elles au fond, si absurdes que ça ?

     

    Pertinent, féroce, subtil, cet album plaira aux amateurs de Fluide glacial. Les autres risquent de passer à côté.

     

     

     

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  • La librairie de la place aux Herbes, Eric de KERMELLa librairie de la place aux Herbes à Uzès est à vendre ! Nathalie saisit l'occasion de changer de vie pour réaliser son rêve. Devenue passeuse de livres, elle se fait tour à tour confidente, guide, médiatrice... De Cloé, la jeune fille qui prend son envol, à Bastien, parti à la recherche de son père, en passant par Tarik, le soldat rescapé que la guerre a meurtri, et tant d'autres encore, tous vont trouver des réponses à leurs questions. Laissez-vous emporter par ce voyage initiatique au pays des livres. 

     

    Mon avis :

     

    J’ai manqué ce roman à sa sortie et suis bien contente qu’il soit sorti en poche. Quel récit rafraichissant, intéressant et agréable à lire !

    L’auteur, journaliste et éditeur de magazines de nature, a beaucoup voyagé avant de s’installer du côté d’Uzès. C’est donc tout naturellement qu’il mêle à son récit, des souvenirs de voyages, des rencontres intemporelles et de jolies descriptions de la région où se déroule l’histoire.

     

    En réalisant son rêve, ouvrir une librairie dans le Gard, Nathalie ne se doute pas qu’elle va rencontrer plusieurs individus qui deviendront plus que des clients. Ces personnages attachants, parfois un peu cabossés par la vie, laisseront des traces dans sa propre existence, qu’ils soient clients fidèles ou occasionnels.

    J’ai lu certaines critiques trouvant ce roman superficiel et vite oublié. Je ne partage pas cet avis. Sous des airs faussement légers, il raconte de belles rencontres humaines entre lecteurs et met en avant la littérature sous diverses formes. Nathalie partage volontiers sa passion des livres avec ceux qui lui demandent des conseils ou engagent la conversation à propos d’un titre désiré. Grâce à ses suggestions, elle noue le dialogue. De l’adolescente quelque peu muselée par une mère qui choisit ses lectures et refuse qu’elle sorte des classiques, au client anonyme qui envoie des livres sans jamais révéler qui il est, en passant par une jeune analphabète, un globe-trotter et bien d’autres, la libraire utilise la littérature pour calmer les craintes, soigner les bleus à l’âme et ouvrir des horizons apaisants ou exaltants. Dans ces échanges, elle trouve également un réconfort, une ouverture à l’autre qui lui permet de mettre sa propre vie en perspectives et de réfléchir au sens qu’elle veut donner à son couple, sa famille, son quotidien.

    Chaque chapitre est consacré à un client et au fil des pages on se sent devenir familier de cette librairie et du joli village qui l’abrite.

     

    J’ai aimé le style impeccable sans être artificiel, les mots choisis et les descriptions que l’auteur fait des personnages et des lieux ; le côté récit initiatique et les conseils lecture de Nathalie que l’auteur a pris soin de reporter en fin de livre. Ces conseils-lecture donnent de l’épaisseur à l’histoire et font échos en nous quelques fois sans qu’on ne s’en rende compte. Enfin, j’ai goûté à l’atmosphère particulière de ce récit lumineux, apaisant en ces jours de rentrée survoltés. Tout n’est que douceur dans ce livre.

    Pari réussi pour Eric de Kermel qui nous entraine sur des chemins de traverse littéraires.

     

    Un coup de cœur pour ce roman que je recommande à tous les amoureux des livres qui trouvent dans la lecture une échappée, un recentrage sur l’essentiel ou un apaisement. Un bel hommage à la lecture.

     

     

     

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  • « Sait-on jamais ce qu'il restera de nous ? Des vestiges écarlates, l'amour et la honte à la fois, le remords qui commence là où s'amenuise la passion. Vivre avec la simple idée qu'une fois les corps éteints, il ne subsistera peut-être rien de ce qui a tant bouleversé, quelle déconvenue. » Lorsque l'avocat Mathieu Berger reçoit la visite de Margaux Delore, il est loin de se douter qu'il ne s'agit pas d'une cliente comme les autres. La jeune femme est venue lui remettre un dernier message de sa mère, Clémence Madigan, décédée d'un cancer deux mois auparavant. Se sachant condamnée à bref délai, Clémence a profité du temps qui lui était imparti pour un dernier voyage intérieur et elle a choisi l'écriture pour laisser quelques vestiges à ceux qu'elle a aimés. 

     

    Mon avis :

     

    Aujourd’hui je vous parle d’un roman qui ressemble peu à ce que je lis d’ordinaire.

    D’abord, il s’agit d’une histoire d’amour, d’un premier amour, de ceux qui marquent toute une existence et dont on se souvient avec nostalgie, émotion et regrets. Ensuite, il s’agit d’un roman auto édité dont je ne suis pas friande en général, ayant souvent été déçue.

    Cependant, je dois reconnaître que ce roman intimiste est porteur de nombreuses qualités et a su me séduire.

    Quand Clémence, se sachant condamnée, décide d’écrire à son amour de jeunesse ce qu’elle a éprouvé pour lui durant leur liaison et après qu’il l’ait lâchement quittée sans un mot, elle se met entièrement à nu, n’omettant rien de ce qu’elle a sur le cœur. Ce n’est pas un récit revanchard qu’elle rédige mais une sincère déclaration d’amour, sans emphase, sans apitoiement, vraie tout simplement. Un retour sur les faits qui pourraient bien ébranler les certitudes de Mathieu, ce séducteur impénitent qui n’a jamais réellement aimé personne.

    Avec acuité, l’auteure nous décrit des sentiments profonds et nous offre une analyse des relations humaines d’une grande justesse. Son héroïne est attachante dans sa sensibilité et le regard sans concession qu’elle porte sur elle-même, tant dans la naïveté de sa jeunesse que dans l’espoir irrationnel qu’elle a placé dans sa relation avec Mathieu.

    Pascale Joye maitrise ses personnages et son sujet. Les différents points de vue des protagonistes s’entrecroisent et construisent peu à peu les diverses facettes d’une même histoire et son influence sur ceux qui l’ont vécue ainsi que sur leur entourage. Elle décrit avec justesse l’incidence des mots que l’on prononce, des gestes que l’on pose ou des silences que l’on prolonge sans vraiment mesurer l’impact qu’ils ont ou auront sur l’autre.

    Chaque lecteur se retrouvera à un moment ou à un autre dans ce récit. A travers Clémence, Mathieu, Margaux, Sophie ou Tom, c’est un peu de chacun de nous que l’auteure parle dans cette histoire intemporelle comme il y en a tant.

    Une belle surprise et une lecture que je vous recommande.

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  • La télégraphiste de Chopin, Eric FAYEPrague, automne 1995 : une habitante prétend " recevoir " chez elle la visite d'un compositeur illustre dont elle a le privilège de porter à l'attention du plus grand nombre les partitions qu'il lui dicte au fil de leurs rencontres. Au point de séduire une maison de disques. Sauf que le grand homme en question s'appelle Frédéric Chopin, et qu'il est mort à Paris, un siècle et demi plus tôt... Supercherie ? Mystification ? Tel est, en tout cas, le sentiment bien naturel de Ludvík Slaný, journaliste, au moment où il s'apprête à enquêter sur cette histoire pour le compte de la télévision d'un État sorti depuis peu de l'ère communiste. Commence alors une chasse au fantôme, entre matérialisme obtus et croyances en tout genre, espions reconvertis en enquêteurs privés, tenants d'un ordre ancien métamorphosés en jeunes loups du nouveau régime, où une paisible cantinière à la retraite révèle à un monde bouleversé la part d'ombre et de folie sur lequel il se réinvente.  

     

    Mon avis :

     

    Tchéquie 1995. Le mur de Berlin est tombé, la révolution de Velours a eu lieu et le communisme a vécu. Cependant, les vieilles habitudes ont la vie dure et la méfiance comme la surveillance restent de mise. Quand une sympathique et naïve veuve, Véra Foltinova, prétend recevoir des visites étranges, régulièrement, d’un musicien qui lui dicte des partitions inédites, cela semble trop beau pour être vrai. D’autant que le musicien n’est autre que Frédéric Chopin.

     

    Filip Novak, rédacteur en chef de la télévision publique tchèque, charge alors un de ses meilleurs journalistes, Ludvik Slany, d’éclaircir ce mystère et d’en tirer un documentaire. Il commence alors une enquête pour démêler le vrai du faux et rien n’est laissé au hasard : surveillance, filature, écoute téléphonique… car bien sûr, Slany ne croit pas une minute à la véracité des dires de cette dame. Pour quelle raison, Chopin aurait-il décidé de revenir du royaume des morts et pourquoi aurait-il jeté son dévolu sur cette modeste employée de cantine scolaire peu douée en musique de surcroît ? Mais cette femme défie tous les pièges qui lui sont tendus, elle porte un message, bien plus important que les œuvres inconnues de Chopin.

     

    Outre une plongée dans la Tchéquie post communiste où certains sont en manque de repères, ce roman nous parle de mystification dans l’art et pose l’intéressante question de savoir si tout peut s’expliquer par la raison ? La logique rationnelle est-elle la seule possible ? C’est sur cette interrogation que le livre d’Eric Faille repose. Croyance contre science, raison contre déraison.

     

    S’inspirant d’une histoire vraie, l’auteur nous plonge dans un polar trouble où on arpente les rues de Prague à la suite du personnage principal. Il nous mène par le bout nez jusqu’au bout et malgré l’invraisemblance de la situation, on y croit.

    Pour rédiger cette histoire, Eric Faye s’est inspiré de la vie de Rosemary Brown, compositrice et pianiste anglaise. Elle aussi se disait médium et entrait en communication avec des musiciens décédés comme Chopin, Brahms ou Beethoven. Ils lui auraient demandé de retranscrire des œuvres musicales qu’ils n’avaient pu achever.

     

     La télégraphiste de Chopin, Eric FAYE

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    Fake News, Michèle COTTA & Robert NAMIASPour François Berlau, le plus jeune président de la République jamais élu, la première année du quinquennat fut un quasi-sans-faute : des résultats économiques encourageants, un leadership européen revendiqué, une France qui retrouve son rang sur la scène internationale... La deuxième année, en revanche, est infernale, ponctuée par des assassinats non élucidés de personnalités politiques de premier plan, puis par un énorme scandale le visant personnellement à travers le financement de sa campagne. S'agit-il de fake news ?

     

    Mon avis :

     

    Rédigé par deux ténors du journalisme politique, bien ancrés dans les médias et leur temps, ce roman de politique fiction est un petit bijou.

    Alors qu’un jeune président dirige la France pour la deuxième année et que médias comme citoyens sont séduits par son charisme et sa manière de diriger, l’opposition renâcle. Certains n’ont pas encore digéré leur éviction du pouvoir et cet insupportable François Berlau agace. Rentrant d’un voyage aux Etats-Unis l’ayant porté aux nues, il doit faire face au meurtre du président du Sénat, Chastrié puis d’un patron de presse. Très vite l’opinion s’emballe, on parle de financement occulte de la campagne, de relations douteuses à l’étranger… et très vite il est difficile de dénouer le faux du vrai.

     

    Ce roman n’est pas une lecture facile pour la Belge que je suis. Les personnages sont nombreux et les fonctions qu’ils occupent ne me sont pas toutes familières. - La politique française n’est finalement pas plus simple à comprendre que la nôtre. - Malgré tout, ce récit est jubilatoire car tout y est crédible, probable, même si rien de tout cela n’est vrai. Derrière les personnages, on reconnait (en tout ou partie) quelques figures bien connues de la politique et du journalisme. Les auteurs sont expérimentés et maîtrisent parfaitement leur sujet. Ils ont dû bien s’amuser à rédiger ce roman politique. Le décor est réaliste, tant dans la description des lieux de pouvoir, des restaurants où se font et se défont les alliances que dans les relations des uns et des autres, qu’elles soient politiques ou politico-journalistiques. La vie politique y est décrite avec minutie, de même que les états d’âme de certains. On y voit comment des intérêts extérieurs au pays peuvent manigancer pour déstabiliser un homme qui n’aura alors de cesse de prouver son innocence tout en se rendant encore plus coupable aux yeux de ceux qui se sont laissé piéger. Le rôle de la presse n’est pas non plus joli-joli. Relayant de bonne foi de fausses informations, elle n’aura de cesse de minimiser sa faute pour ne pas perdre la face, faisant passer pour vrai ce qui n’était que fake news.

    Bien au fait du monde des médias et de la course à l’info, Robert Namias et Michèle Cotta n’éludent pas le rôle des journalistes dans les scandales et remous ni le danger pour les chaines de télé de chercher le scoop avant l’info de source sûre. La légèreté avec laquelle certains échafaudent des théories ne reposant sur rien, commentent des images dont on ignore tout ou se jettent comme des vautours sur les dépêches sans les vérifier ou les étayer est aussi mise en exergue sans faux fuyant. Quant aux réseaux sociaux, ils ne sont pas épargnés non plus, jouant un rôle de plus en plus grand dans l’opinion publique.

    Politique fiction ou prémonition ?

     

    Je vous le conseille vigoureusement.

     

     

     

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