• Mes lectures

    Même si je lis beaucoup de littérature jeunesse afin de choisir les titres les plus appropriés à mes élèves, je lis aussi pour mon plaisir. Des romans surtout. Mais pas seulement.

    Derrière le mot roman se profilent des textes bien différents : romans de gare, romans épistolaires, romans policiers, romans réalistes, romans d'aventures... Le roman est pluriel et il existe donc de multiples raisons de s'y engouffrer.

    Le roman séduit, émeut ; il propose l'original, l'inattendu, l'éphémère, le sensuel, le hasard d'une rencontre, la violence des sentiments... Il permet de se trouver tour à tour dans la peau d'une empoisonneuse, d'un détective, d'une amoureuse, d'un aventurier, d'un dictateur... Il nous met en contact avec la complexité de nos propres vies et de celles des autres. Il nous renvoie à nous-mêmes tout en nous donnant à sortir de nous-mêmes. Il parle à notre coeur autant qu'à notre intelligence.

    Lire un roman c'est un peu prendre rendez-vous avec soi-même.

    Je conterai donc ici mes rendez-vous. Je partagerai mes coups de coeur et mes déplaisirs. Vous verrez, je suis une éclectique.

     

     

  • L'affaire du ticket scandaleux, C. LIERON & B. DAHANSherlock Holmes et le Dr Watson sont sur la piste d’un mystérieux ticket de spectacle chinois, prétexte pour sélectionner une catégorie de spectateurs, dont les « élus » finissent enlevés plus tard dans la nuit. Tous les métiers et couche de la société semblent ciblés.

    Quel genre de complot trame le sulfureux mage ?

     

     

     

    Quel plaisir de plonger dans ce 2e tome « Dans la tête de Sherlock Holmes !

    On retrouve ce qui a fait le succès de la première partie c’est-à-dire l’originalité de la mise en page, ramifiée et spectaculaire, le fil conducteur à suivre pour comprendre les pensées du détective, ses raisonnements et la manière toute particulière qu’il a de relever des indices comme lors d’une bagarre suite à une course poursuite sur les toits de Londres. Ce second tome foisonne lui aussi de détails à rechercher et découvrir. Un vrai jeu de piste et d'observation qui ajoute au plaisir de la lecture.

    L'immense perspicacité de Sherlock est mise en lumière grâce à des procédés où le lecteur est appelé à réfléchir également devant l’exposition originale des indices. On suit réellement l’enquête au rythme de ses réflexions. Une enquête tortueuse, comme les pensées d'Holmes.

     

    Quant à la mise en page dont je vous parlais, elle est soignée, présente des astuces en transparence, une coupe de la tête du détective qui nous montre les rouages de ses pensées et, à nouveau, une couverture découpée du plus bel effet.

    Les dessins de Benoit Dahan sont toujours aussi précis, léchés et le scénario de cette histoire inédite fidèle aux écrits de Doyle. Cyril Lieron est un vrai fan.

    Une réussite totale !

     

     

     


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  • La ferme des animaux, Quentin GREBAN, G. ORWELLLorsque les animaux chassent le fermier, ils pensent que c'est le début d'une vie meilleure. Bientôt, les cochons prennent le contrôle. Un à un, les principes de la révolution sont abandonnés. "Tous les animaux sont égaux, mais certains le sont plus que d'autres."

     

    Mon avis :

     

    Parmi les adultes d’aujourd’hui, beaucoup connaissent « La ferme des animaux » d’Orwell. Cette fable impitoyable a longtemps été donnée à lire aux adolescents en secondaire avant d’être supplantée par d’autres lectures. Mais ce roman reste un incontournable et est toujours d’un criante actualité.

     

    Quentin Gréban, peintre et illustrateur belge, a choisi d’agrémenter ce récit de ses jolies aquarelles et publie chez Mijade ce superbe album.

    Après s’être révolté contre le fermier qu’ils ont chassé, les animaux ont décidé de s’organiser. Tout ce qui a deux jambes est une ennemi. Tout ce qui a quatre pattes ou des plumes est un ami. Tous sont égaux. Mais le temps passe. La belle affiche reprenant les lois est détrempée par la pluie et n’est plus très lisible. Mais il semble qu’on ait ajouté quelques mots à cette première constitution édictée par tous… « certains sont plus égaux que d’autres ».

     

    Ce qui se voulait alors une satyre féroce du régime soviétique dictatorial de Staline peut s’appliquer à bien d’autres situations aujourd’hui.

    L’illustration de cette fable donnera, à n’en pas douter, de nouveaux lecteurs à cette histoire. Les aquarelles de Quentin Gréban sont magnifiques. Certaines pourraient être, par leur précision du détails et leur lumière, comparées à des tableaux de maîtres flamands. Le pinceau de l’auteur rend presque vivants ces animaux de ferme bien ordinaires dont il parvient à faire passer la personnalité dans leur regard. Il sublime également des lieux aussi rustiques qu’une grange ou aussi simples qu’une basse-cour.

    Bref, vous l’aurez compris, je suis tombée en admiration devant ce très bel album auquel je ne trouve que des qualités. Une valeur sûre pour vos cadeaux à venir. A glisser sous le sapin !

    La ferme des animaux, Quentin GREBAN, G. ORWELL  La ferme des animaux, Quentin GREBAN, G. ORWELL

    Merci aux éditions Mijade à à la campagne "Lisez-vous le belge ?" pour cet envoi.


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  • Radiale, Valérie FORGUESLe cœur branle. Il tient à un fil, va tomber ou être arraché. Valse-hésitation entre état de crise et métamorphose, entre aimer et se défenestrer, c’est un livre comme un rite de passage, des flammes salvatrices, un accident. Une histoire à laquelle il faut croire pour rester en vie. 

     

    Mon avis :

     

    J’avais beaucoup aimé « Janvier tous les jours » de la même auteure. Son écriture poétique et mélancolique m’avait plu. J’ai donc lu avec curiosité et intérêt le recueil de poèmes qu’elle vient de publier au Lézard amoureux.

    Beaucoup d’implicite dans ce recueil où l’auteure se cache derrière des chapitres intitulés sobrement « Le feu », « Archipel », « L’accident » et « Dent de lait ». Elle y dissèque les épreuves de la vie. Histoire d’amour, de passion, de femme bafouée, de colère et de blessures… l’écriture vive et lumineuse de l’auteure aborde tout cela dans des poèmes qui parlent de rites de passages et d’apprentissage.

    J’ai été séduite par les mots de Valérie Forgues même si j’avoue que je ne suis pas sûre d’avoir perçu toutes les métaphores de ses poèmes. Mais l’ensemble m’a laissé un sentiment de plénitude et de cohésion.  Je me suis laissé transpercer par ces mots comme des flèches, des ondes de choc qui décrivent de petites et de grandes collisions. Violentes, intenses, passionnées, les collisions du quotidien décrite dans l’urgence et donnant une impression de parte de contrôle. C’est fort, beau, intense.

    A lire par les amoureux de la poésie.

     

    « A pleine pognées je collectionne

    les fragments froids de bombes

    les abeilles prises dans les cheveux

    la stupeur me serre au collet

    soulève les débris

    le cri du moteur

    Tu te tiens juste derrière

    Tu es toujours là. »

     

     Radiale, Valérie FORGUES


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  • Mãn, Kim THUYOrient-Occident. Saïgon-Montréal. C’est le parcours de Mãn, une jeune femme que sa mère a voulu protéger en la mariant à un restaurateur vietnamien exilé au Québec. Mãn a appris à grandir sans rêver, à vivre transparente. Mais en cuisine, lorsqu’elle réinterprète les recettes toutes simples de son enfance, les émotions se déploient. Un bouillon à la tomate rappelle les déchirements d’un peuple, un dessert rapproche deux cultures, et l’art d’émincer le piment en dit long sur celui de la séduction…

     

    Mon avis :

     

    Mãn, qui signifie « parfaitement comblée », est avant tout une histoire de femmes. Celle d’un bébé abandonné par sa trop jeune mère, recueillie par une moniale et élevée par une enseignante. Celle de Julie, son amie, sa sœur, qui va lui offrir une nouvelle vie après avoir découvert ses talents culinaires et celle des femmes vietnamiennes éduquées dans les traditions, la pureté et l’abnégation qui doivent « guider l’âme vietnamienne ».

    Ce deuxième roman de l’auteur raconte avec pudeur et poésie la vie d’une jeune Vietnamienne mariée à un Vietnamien de Montréal, qui tient un petit restaurant traditionnel. Chez Kim Thuy, il y a toujours un peu d’autobiographie dans les romans qu’elle écrit. Mãn raconte un parcours de vie, une éducation dans l’Asie traditionnelle patriarcale, une vie en marge du schéma traditionnel et une volonté de choisir sa vie et son destin malgré les difficultés.

     

    La langue est musicale, sensuelle et les chapitres courts, dont les titres sont donnés dans les deux langues, donnent un rythme enlevé à la lecture. Pourtant, on s’arrête, on goûte une description, on y revient, on la relit pour en savourer les parfums et les couleurs. Kim Thuy manie à merveille les métaphores et l’inférence décrivant ainsi, avec beaucoup de pudeur, les sentiments ressentis.

     

    J’ai adoré ce récit subtile, sensible qui conte un quotidien rude, douloureux parsemés de petits bonheurs - même s’ils sont parfois amers – et questionne le déracinement et la construction de soi dans une double culture.

    Un roman paru en 2013 après le succès de « Ru » et avant « Vi ». A lire absolument.


    Mãn, Kim THUY 

     


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  • Mon mari de Maud VENTURA« Excepté mes démangeaisons inexpliquées et ma passion dévorante pour mon mari, ma vie est parfaitement normale. Rien ne déborde. Aucune incohérence. Aucune manie. »

    Elle a une vie parfaite. Une belle maison, deux enfants et l’homme idéal. Après quinze ans de vie commune, elle ne se lasse pas de dire « mon mari ». Et pourtant elle veut plus encore : il faut qu’ils s’aiment comme au premier jour.

    Alors elle note méthodiquement ses « fautes », les peines à lui infliger, les pièges à lui tendre. Elle se veut irréprochable et prépare minutieusement chacun de leur tête-à-tête. Elle est follement amoureuse de son mari.

     

    Mon avis :

     

    Pour son premier roman, Maud Ventura, 28 ans, nous conte le quotidien d’une femme amoureuse et en quête permanente d’attention et de preuves d’amour de la part de son mari. Le récit court sur une semaine et chaque jour a une couleur précise. Ce n’est pas une semaine particulière mais bien « la » semaine dont le schéma se répète au fil du temps, éternellement.

    La narratrice et son mari n’ont pas de prénom. La seule chose que l’on sait c’est qu’elle aime le prénom de son mari, celui d’un homme dont on peut tomber amoureux.

     

    Elle rêve l’amour plus qu’elle ne le vit car elle se met tellement de barrières, tellement d’interdits que rien ne semble spontané dans leur relation. Elle veut absolument tout contrôler, tout avoir en son pouvoir et le moindre mot, le moindre geste inattendu est sujet d’inquiétude voire d’angoisse pour elle. Cela en devient obsessionnel. Même au travail, son mari l’obsède. Elle propose même à ses élèves (elle enseigne l’anglais) les textes de leurs chansons préférées à analyser ou des extraits de romans d’amour.

     

    Tout au long de la lecture, la narratrice m’a profondément agacée. Sans doute la preuve que le roman de Maud Ventura fait mouche et ne laisse pas indifférent. L’auteure, rencontrée dans ma librairie, expliquait qu’elle avait souhaité rassembler en une héroïne, tous les petits travers, les petites manies observés dans son entourage ou les situations dont elle a été la confidente. Et elle a imaginé un roman d’amour fou, passionnel et conjugal.

     

    L'écriture est agréable, précise et l'histoire originale. Je m’attendais cependant à rire d’avantage. J’ai souri mais j’ai surtout été irritée par l’attitude obsessionnelle de la narratrice et sa manie de tout disséquer, absolument tout. La chute inattendue mérite d’aller jusqu’au bout et vient boucler la boucle.

    Plus qu’un récit humoristique, je dirais qu’il s’agit d’un récit grinçant et acide où l’amour n’en est finalement pas vraiment. J’y vois plutôt une réelle aliénation.

    A découvrir pour vous faire un avis personnel. Un premier roman qui en annonce très certainement d'autres.

     


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  • Fenêtres sur courtPour fêter son quatre-centième titre, la collection Espace Nord fait la part belle au genre de la nouvelle. D’Adeline Dieudonné à Thomas Gunzig, de Kenan Görgun à Paul Colize, de Caroline Lamarche à Aïko Solovkine, ce volume met à l’honneur une vingtaine d’auteurs et autrices belges de premier plan.

    Les textes courts de fiction rassemblés célèbrent aussi un autre anniversaire : celui des trente ans de La Fureur de lire.

     

    Mon avis :

     

    La nouvelle est un genre que j’apprécie de plus en plus et pour lequel j’éprouve une certaine admiration. Rien de plus difficile en effet que de raconter une histoire en peu de pages ou d’imaginer une chute originale à un court récit. On n’a pas la possibilité de s’appesantir, de développer personnages ou sentiments, on doit aller droit au but tout en ne révélant pas tout. L’implicite a une grande place dans la nouvelle.

     

    Ce recueil reflète la diversité du genre tant par les types de nouvelles proposés que par les thèmes abordés. On peut classer ces 22 nouvelles en quatre groupes : celles qui développent les relations familiales avec leurs bons et leurs moins bons côtés, celles qui abordent le monde animal, celles qui mêlent rêves et réalité et enfin celles qui présentent des personnages, des milieux que tout oppose.

     

    Le coureur des collines de Françoise Lison-Leroy évoque l’enfance et la nature dans le pays que l’auteure adore, celui des Collines. C’est tendre et poétique, touchant.

    Amateur de Jean Ray, Jean-Baptiste Baronian en fait en quelque sorte son héros dans la nouvelle Le Chopin. Un dimanche, aux puces de la place du Jeu de balle, un homme trouve le premier ouvrage de Jean Ray, un livre que d’autres cherchent assidument depuis des années.

    Dans Limite période dépassée de Kenan Görgun, un jeune homme emprunte une moto à un ami. Mais il est victime d’un accident et l’ami lui réclame le prix qu’elle a coûté. Il a trois jours pour trouver 3500 euros.

    Ce sont trois des nouvelles qui composent cette anthologie et que j’ai aimées. Je vous laisse le plaisir de découvrir les autres, toutes originales.

    Belle découverte à vous.

    Et merci aux éditions Espace Nord pour cet envoi.

     

     

     


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  • Le complexe du gastéropode, Catherine DESCHEPPERIls sont quatre. Quatre auteurs débutants sélectionnés pour une résidence d’écriture au château du comte Gédéon de Ducart d’Olise. Quatre auteurs qui espèrent entrer par la grande porte dans le carré VIP de la littérature. 

    Ils sont quatre et comme toujours, dans ces cas-là, il n’en restera qu’un…

    Alors au cœur de la résidence, les prétentions des uns se heurtent aux incompréhensions des autres, les malentendus font osciller l’histoire entre huis-clos et farce burlesque.

     

    Mon avis :

     

    Quatre auteurs en résidence ont trois semaines pour écrire, ou fortement avancer, leur deuxième ouvrage. Quand un premier récit, un premier recueil a connu un certain succès, tout le monde attend l’auteur au tournant, lecteurs comme éditeurs et critiques. La pression est plus grande que pour un premier roman. Catherine Deschepper dont c’est le deuxième roman le sait mieux que quiconque.

     

    Son deuxième roman ne ressemble en rien au premier. Elle a délibérément choisi une histoire plus rocambolesque, un ton à l’humour caustique pour nous parler des écrivains en devenir et en recherche de notoriété. D’une plume acérée, elle nous brosse le portrait de quatre candidats au succès. Certains vivent difficilement la sortie de l’anonymat suite à leur premier livre, d’autres ne rêvent que de gloire et sont prêts à tout pour y parvenir, d’autres encore sont déçus du petit monde de la littérature et se sentent incompris ou bafoués. Un tableau plus vrai que nature, finement observé, où la personnalité de chacun est exacerbée par le huis-clos de la résidence. Et la nature humaine est, on le sait, complexe et décevante.

     

    Je ne vous en dirai pas beaucoup plus car ce roman mérite d’être découvert sans être trop défloré. Il est original et empli de rebondissements à la façon d'un vaudeville et l’humour caustique y est présent jusque dans les exergues des chapitres. Mais le fond est criant de vérité et l’écriture de l’auteure alerte, vive et maîtrisée est un vrai plaisir. Ce fut pour moi un très bon moment de lecture. Et je ne peux que vous exhorter à le découvrir rapidement.

    Merci aux éditions Weyrich pour cet envoi.

     

     

     


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