• Mes lectures

    Même si je lis beaucoup de littérature jeunesse afin de choisir les titres les plus appropriés à mes élèves, je lis aussi pour mon plaisir. Des romans surtout. Mais pas seulement.

    Derrière le mot roman se profilent des textes bien différents : romans de gare, romans épistolaires, romans policiers, romans réalistes, romans d'aventures... Le roman est pluriel et il existe donc de multiples raisons de s'y engouffrer.

    Le roman séduit, émeut ; il propose l'original, l'inattendu, l'éphémère, le sensuel, le hasard d'une rencontre, la violence des sentiments... Il permet de se trouver tour à tour dans la peau d'une empoisonneuse, d'un détective, d'une amoureuse, d'un aventurier, d'un dictateur... Il nous met en contact avec la complexité de nos propres vies et de celles des autres. Il nous renvoie à nous-mêmes tout en nous donnant à sortir de nous-mêmes. Il parle à notre coeur autant qu'à notre intelligence.

    Lire un roman c'est un peu prendre rendez-vous avec soi-même.

    Je conterai donc ici mes rendez-vous. Je partagerai mes coups de coeur et mes déplaisirs. Vous verrez, je suis une éclectique.

     

     

  • Iochka, Cristian FULASAu cœur d’une vallée sauvage des Carpates, Iochka fabrique du charbon de bois. Quasi centenaire, il aime se taire, boire sec et dévaler ivre les routes sinueuses des montagnes au volant de sa vieille Trabant bleue. Mais le plus souvent, il demeure assis sur le banc cloué à l’extérieur de sa petite maison, se remémorant son existence hors norme. La guerre, les camps soviétiques, Ceausescu, puis la camaraderie du chantier quand il est affecté́ à la construction d’une voie ferrée qui ne mène nulle part. Là, loin du tumulte de l’Histoire, il expérimente l’harmonie sexuelle auprès d’Ilona, l’amour lumineux de sa vie, et partage l’amitié́ indéfectible du contremaitre, du docteur et du pope, tous trois aussi alcooliques et excentriques que lui. Avec eux, il approche le secret du temps et du bonheur. 

     

    Mon avis :

     

    Iochka, un vieil homme solitaire et taiseux, survit en vendant du charbon de bois dans un village des Carpates, en Roumanie. Il travaille, s’enivre d’eau-de-vie et pense à son passé et au monde.

    A ses côtés, on traverse l’histoire de la Roumanie de 1942 - où il a été enrôlé comme enfant de troupe et a participé à la guerre sur le Don - jusqu’à nos jours. Il raconte ceux qui ont traversé sa vie, ses meilleurs amis et Ilona, l’amour de sa vie. On rencontre une série de personnages très attachants, sincères dont la vie simple, faite de petits riens, parle à tous. Au cours de leurs discussions, querelles, réconciliations, chacun se dévoile et on découvre leurs histoires, mêlées à celle du pays. Outre la Seconde Guerre mondiale, ils abordent le communisme, la chute des Ceausescu et ses conséquences, la modernisation du pays, la naissance de nouvelles castes le temps qui passe. Assis sur son banc, Iochka se souvient. Il cherche le secret du temps et du bonheur.

     

    Cristian Fulas est Roumain et Iochka est son premier roman traduit en français par La Peuplade, maison d’édition québécoise.

    J’ai mis un peu de temps à entrer dans l’histoire faite d’un jeu de sauts en avant et de flash-backs mais l’écriture fluide et d’un réel raffinement littéraire du récit m’a entrainée dans son sillage. L’histoire de cet homme tranquille et endurant nous offre des pages magnifiques. La solitude, la nature, l’amitié, l’amour sont au cœur de ce récit. L’auteur à la prose portée par un souffle lyrique indéniable porte un regard acéré sur l’humanité.

    C’est un roman très poétique, onirique et rude parfois et profondément lucide. Une ode aux gens simples oubliés par la course du monde.

     

     

     

    Pin It

    votre commentaire
  • De bois debout, Jean-François CARONLe coup est parti. Alexandre a vu mourir son père, abattu par erreur. Alors il a couru, fonçant à travers les branches, affolé, vers la première maison, chez celui qu'on appelle Tison. La chasse à l'aube, les sandwichs de pain blanc, les bûches qu'il faut corder droit, en un instant tout s'est évanoui dans la paix de la forêt. Alexandre quitte Paris-du-Bois, marche dans la solitude, il a perdu les gens qu'il aime. Des voix ? des chœurs, des airs volatiles ? se joignent à la sienne durant ses lectures. Engoncé dans le silence de ce père sans passé, il se tourne vers l'unique refuge possible : les livres. Le père, lui, il n'aimait pas les livres.  

     

    Mon avis :

     

    Après le drame, Alexandre fuit et frappe à la première porte venue. Entre lui et Tison, défiguré par un incendie et qui vit en reclus, une complicité forte se noue grâce à la littérature. Il le connait à peine mais découvre chez lui un havre de paix et fait des livres son refuge. Son père, homme taiseux, lui interdisait les livres, jugés inutiles. Peu à peu, cet ado orphelin va changer, grâce au pouvoir de l’imaginaire que la lecture va développer, et se prendre en main.

    Au fil des pages, la vie du père d’Alexandre se dévoile peu à peu et on comprend mieux la relation filiale qui les unissait.

     

    J’ai mis longtemps à lire ce roman qui est dans ma bibliothèque depuis deux ans. Pourquoi ? Je l’ignore mais je suis heureuse de l’avoir enfin ouvert.

    Si la narration est déstabilisante au départ, j’ai vraiment apprécié l’atmosphère de ce récit et l’écriture fine et précise de Jean-François Caron. Terriblement bien écrit, dans une langue savoureuse qui chante à mes oreilles, ce roman nous décrit des paysages à couper le souffle comme seul le Québec en possède. Au cœur de ces forêts splendides, la vie des hommes n’est pourtant pas simple. Euphémisme certain, tant l’isolement et la pauvreté rendent la vie rude et austère. Cela rend les émotions d’autant plus exacerbées.

    Ce roman initiatique est un hymne à l’amour filial, à ce qu’il y a de beau dans l’humain et au pouvoir de la littérature. Le tout au cœur d’une nature sauvage et âpre.

     

    « L’héritage le plus fort du père : son silence. C’est lui qui m’accompagne chaque jour de ma vie, sur lui que je marche, en lui que je lis. C’est une marque profonde : entre guillemets, des points de suspension. » 

     

     

    Pin It

    2 commentaires
  • La femme qui fuit, Anaïs BARBEAU-LAVALETTEElle s'appelait Suzanne Meloche et était née en 1926 à Ottawa. Un jour, elle décida, d'une manière radicale, de suivre sa propre voie, abandonnant ses enfants. Afin de remonter le cours l'existence de cette grand-mère qu'elle n'a pas connue, Anaïs Barbeau-Lavalette a engagé une détective privée et écrit à partir des indices dégagés.
    Elle nous confie, à travers le portrait d'une femme explosive, restée en marge de l'histoire, une réflexion d'une intensité rare sur la liberté, la filiation et la création. Un texte en forme d'adresse, directe et sans fard, à celle qui blessa sa mère à jamais.
     

     

    Mon avis :

     

    Dois-je encore présenter Anaïs Barbeau-Lavalette ? Ma première lecture de cette auteure fut « Je voudrais qu’on m’efface », un récit glaçant dont je suis sortie bouleversée. Depuis, je la lis de temps à autre. J’ai un peu traîné à lire celui-ci qui est dans ma PAL depuis quelques années. Peut-être parce qu’il raconte l’histoire de sa grand-mère, plus sûrement parce qu’il a été encensé par les critiques et que je voulais les oublier pour me faire ma propre idée.

     

    Au nom de la liberté, une femme peut-elle abandonner ses enfants et suivre sa voie ? C’est la question qui sous-tend le récit de la vie de Suzanne, artiste, peintre, poétesse et insoumise.

    Anaïs Barbeau-Lavalette questionne sa grand-mère, Suzanne Meloche, dans une longue lettre qu’elle lui adresse, elle qui a abandonné sa mère, blessée pour toujours. L’histoire familiale se mêle à celle du Québec, au courant contestataire de l’époque dans le milieu artistique « Refus Global ». Cette femme à la recherche d’elle-même et de sa voie semble toujours insatisfaite. Sans doute est-elle née trop tôt, dans une société stricte faite de carcans et d’interdits, de mise à l’index et de d’exclusion.

     

    Cette histoire triste et émouvante est celle de l’auteure, de sa mère et de sa grand-mère. C’est aussi le fruit d’une enquête minutieuse pour découvrir la femme derrière l’artiste et combler les vides de l’absence. Une vie d’exception mais tellement d’égoïsme et d’indifférence que j’ai eu du mal à entrer en empathie avec elle. Mais peut-on vraiment se mettre à la place d’autrui un siècle plus tard ?

     

    Un roman puissant, un portrait de femme peint par une femme, lecture idéale en ce mois de mars.

     

     

     


     

     

    Pin It

    8 commentaires
  • Ca brille encore, Bénédicte LOTOKOFille unique d’un père fou et d’une mère absente, Clotilde a trouvé dans sa chambre envahie de livres un abri à ses tourments. Livrée à elle-même depuis l’enfance par son père, blanc, issu d’une riche famille belge, Clotilde cherche, à travers la littérature, à combler le vide laissé par sa mère congolaise.

    Mais en ce début d’été, un coup de foudre la surprend et son équilibre vacille. Les Fragments d’un discours amoureux accompagnent sa dérive dans les rues de sa ville natale, Bruxelles.

     

    Mon avis :

     

    Clotilde est une jeune femme en souffrance : une enfance difficile entre une mère absente et un père malade mais aimant, une vie faite d’errance au sens propre et au sens figuré… Elle mène une vie sur le fil où rien n’est vraiment stable.

    Et partout présente, Bruxelles, sa ville, son roc, son phare. La seule chose qui la tienne debout. Clotilde la parcourt de long en large et décrit le trajet qu’elle suit. Elle dépeint les lieux et s’attache à retrouver dans son passé les souvenirs qui y sont attachés.

     

    Le premier roman de Bénédicte Lokoto est percutant et désenchanté. L’écriture de l’auteure est ciselée et directe. Son récit n’évacue aucune souffrance de son héroïne, de ses questionnements ou de ses insécurités. Abandonnée par sa mère retournée au Congo, elle est confrontée quotidiennement au passé colonial de la Belgique et l’envie de trouver ses racines. La littérature l’aide à trouver son équilibre.

    Clotilde est une femme d’aujourd’hui, parfois excessive, passant de l’énergie folle à la déprime profonde. Une jeune femme en recherche d’elle-même.
    Un premier roman prometteur.

     

     

    Pin It

    4 commentaires
  • Seul le mensonge est vrai, Malik SAML’histoire commence dans le camp de Choucha en Tunisie. Nour y arrive un jour, seule. Observatrice, perpétuellement aux aguets, silencieuse, elle se méfie de tous. Dans le camp, cohabitent des migrants, venus de pays divers, des passeurs qui promettent monts et merveilles pour de l’argent ; des hommes qui font régner la terreur par la violence, la brutalité, les viols ; des soldats du HCR, mal payés, corrompus parfois ; un médecin de MSF, revenu de tout…

    Nour est originaire du Bénin. Elle rencontre assez tôt Loubna, une Syrienne, qui la tire d’un mauvais pas et l’aide à s’adapter. Loubna est rebelle, volontaire et dangereuse car elle prend des risques inconsidérés. Nour et Loubna c'est l'union du feu et de la glace.

    Tous ces êtres humains ne pensent qu’à fuir la guerre, la misère, la famine. Ils se retrouvent entasser dans des camps, sans confort, sans hygiène, sans nourriture parfois. Lampedusa est leur El Dorado. S’ils savaient…

     

    C’est un récit dur et édifiant que celui de Malik Sam. Un premier roman qui parle vrai, ne s’encombre pas de fioritures et nous raconte la vie de ces personnes telle qu’elle est. On comprendra le parcours de Nour de chapitre en chapitre, par petites touches révélant les informations sur son passé avec parcimonie. Elle veut fuir le rejet, la honte, l’humiliation. Elle veut pouvoir marcher la tête haute, ne plus subir et être qui elle est. On découvrira la réalité des camps, des affres du voyage vers la liberté… ou la mort et l’indifférence du monde pour ce qui se joue là-bas au loin. La vie de ces migrants n’est que violence, haine et épreuves et n'intéresse personne.

     

    J’ai aimé le style de l’auteur, ses phrases courtes, dures, tranchantes lorsqu’il raconte la rudesse des rapports humains et les scènes de violence. Ses métaphores, ses rondeurs quand il décrit un ciel étoilé ou la mer qui ondoie au soleil. Un style au service d’une histoire forte qui se lit en apnée et dont on est heureux de sortir vivant.

    Une lecture indispensable.

     

     

     

    Pin It

    1 commentaire
  • Forrest Gump, Winston GROOM« Etre idiot, c’est pas un cadeau, vous pouvez me croire » dit Forrest Gump. Peut-être, mais cela ne l’empêche pas de devenir successivement star d’une équipe de football universitaire, héros de la guerre du Vietnam, fantastique joueur d’harmonica ou encore champion de ping-pong, et même astronaute pour la NASA. Tout au long de ces extraordinaires aventures, Forrest accumule les gaffes les plus retentissantes, observant la folie du monde avec l’ingénuité d’un enfant et une résilience hors du commun.

     

    Mon avis :

     

    « La vie c’est comme une boite de chocolat. On ne sait jamais sur quoi on va tomber. »

    Tout le monde connait cette phrase mythique tirée du film « Forrest Gump ».

    Avant d’être un film à succès, que tout le monde a vu une fois dans sa vie, « Forrest Gump » est un roman écrit par Winston Groom et publié en 1986 racontant la vie de son personnage éponyme qui traverse le XXe siècle en vivant tous les grands événements de celui-ci.

    Offert il y a quelques mois, j’ai eu envie de le sortir de ma PAL pour les congés de Noël. J’avais envie de bienveillance et de douceur.

     

    Il n’est pas aisé de plonger dans un roman après avoir vu le film (plusieurs fois) surtout quand on a adoré celui-ci. Il commence par l’enfance de Forrest au cœur de l’Alabama, ses années d’école, sa relation naissante avec Jenny et son incroyable rapidité à la course.

    Je ne vais pas vous en faire tout le résumé. Vous connaissez l’histoire comme moi.

     

    Ce que vous ignorez peut-être c’est que le film est cent fois meilleur que le livre. Oui, c’est rare. C’est souvent l’inverse qui se passe.

    L’histoire est émouvante et la vision du monde à travers les yeux d’un simple d’esprit est touchante et candide. Sur ce point, roman et film se rejoignent. Cependant, les personnages ont des caractères différents et les (més)aventures de Forrest ne sont pas les mêmes. De plus, plusieurs petites choses m’ont agacée : les tournures de langage répétitives, des longueurs (lors de la guerre du Vietnam notamment), des exagérations… qui font que j’ai trouvé par moment Forrest hyper agaçant. Je ne l’aurais jamais cru.

     

    Je suis contente d’avoir découvert le roman mais je vous assure, regardez le film, il est supérieur au livre. Zemeckis en a fait un petit chef d’œuvre, ne gardant que le meilleur et Tom Hanks a donné une âme à ce héros ingénu et hors normes.

     

    C’est tout ce que j’ai à dire avec ça.

    Pin It

    1 commentaire
  • Astérix, L'iris blanc, FABCARO & D.CONRADLe Père Noël a eu la bonne idée de glisser ce dernier album d’Astérix sous le sapin. Rédigé par Fabcaro et dessiné par Didier Conrad, il est le quarantième de la série.

    Dans la lignée de Goscinny et Uderzo, il met en scène les valeureux Gaulois au prise avec des Romains démotivés, que César et ses généraux n’arrivent plus à envoyer au combat. Vicévertus arrive providentiellement et se fait fort de transmettre sa technique aux troupes pour les remotiver. Il s’agit de la méthode de « L’iris blanc » basée sur la pensée positive. Voir le bon côté des choses, rester calme et imperméable à la colère est la base de cette technique.

    Vicévertus a les traits de Bernard-Henry Lévy et sa philosophie est parfois tout aussi obscure. Très ancré, malgré l’époque romaine, dans le 21e siècle, l’humour est drôle à l’image de Fabcaro et les poncifs contemporains bien présents. Ainsi Lutèce est polluée, embouteillée et les habitants s’y ennuient, revenus de tout, alors que les provinciaux les envient pour la culture que l’on peut y trouver. Notamment au musée de Kébranlix qui expose Banskix, Botanskix Malevix et Andiouaros.

     

    J’ai beaucoup aimé cet album, tant pour le dessin de Didier Conrad qui a la virtuosité d’Uderzo que pour le scénario de Fabcaro qui reprend un principe de Goscinny : inviter un intrus qui vient perturber le quotidien du village gaulois.

    Un pastiche très réussi qui ne dénature pas l’œuvre originale et y intègre à merveille les calembours et les anachronismes ou encore les phénomènes de société, comme le faisait Goscinny.

    Un de meilleurs albums de ces dernières années.

     

     

     

     

    Pin It

    4 commentaires


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique