• Mes lectures

    Même si je lis beaucoup de littérature jeunesse afin de choisir les titres les plus appropriés à mes élèves, je lis aussi pour mon plaisir. Des romans surtout. Mais pas seulement.

    Derrière le mot roman se profilent des textes bien différents : romans de gare, romans épistolaires, romans policiers, romans réalistes, romans d'aventures... Le roman est pluriel et il existe donc de multiples raisons de s'y engouffrer.

    Le roman séduit, émeut ; il propose l'original, l'inattendu, l'éphémère, le sensuel, le hasard d'une rencontre, la violence des sentiments... Il permet de se trouver tour à tour dans la peau d'une empoisonneuse, d'un détective, d'une amoureuse, d'un aventurier, d'un dictateur... Il nous met en contact avec la complexité de nos propres vies et de celles des autres. Il nous renvoie à nous-mêmes tout en nous donnant à sortir de nous-mêmes. Il parle à notre coeur autant qu'à notre intelligence.

    Lire un roman c'est un peu prendre rendez-vous avec soi-même.

    Je conterai donc ici mes rendez-vous. Je partagerai mes coups de coeur et mes déplaisirs. Vous verrez, je suis une éclectique.

     

     

  • Hillbilly Elégie, J.D VANCEDans ce récit à la fois personnel et politique, J.D. Vance raconte son enfance chaotique dans les Appalaches, cette immense région des États-Unis qui a vu l’industrie du charbon et de la métallurgie péricliter. 

    Il décrit avec humanité et bienveillance la rude vie de ces « petits Blancs » du Midwest que l’on dit xénophobes et qui ont voté pour Donald Trump. Roman autobiographique, roman d’un transfuge, Hillbilly Élégie nous fait entendre la voix d’une classe désillusionnée et pose des questions essentielles. Comment peut-on ne pas manger à sa faim dans le pays le plus riche du monde ? Comment l’Amérique démocrate, ouvrière et digne est-elle devenue républicaine, pauvre et pleine de rancune ?

     

    Mon avis :

     

    Cette « ode aux péquenots » que nous propose J.D Vance est d’abord une déclaration de tendresse à sa famille et à son Midwest natal, lové au cœur des Appalaches. A travers son histoire et celle de sa famille, il dresse le portrait d’une région dévastée. Jadis pourvoyeuse d’emplois, elle a vu se détériorer le paysage économique peu à peu et ses habitants n’ont pas pu rebondir. Dépités, ils acceptent leur sort et vivent dans la pauvreté de génération en génération, résignés voire apathiques. Elle est aussi un regard sur le chemin parcouru depuis cette petite ville de la Rust Belt et sur ce sentiment d’appartenance, trahi par l’obtention de son diplôme d’avocat.

    Cette élégie (poème plaintif qui décrit une situation de désespoir provoquée par un chagrin d’amour ou une séparation) évoque à la fois la vie chaotique de JD Vance et la réalité sociale des Appalaches. Ayant grandi au sein d’une famille allumée, avec une mère hystérique, capable d’entrer dans des rages folles et de jeter sa voiture sur un poteau parce que son fils l’a contrariée, il va vivre chez ses grands-parents au début de l’adolescence. -Grands-parents exemplaires bien que Mamaw, comme il l’appelle, a quand même aspergé son mari d’essence et menacé de le brûler vif s’il n’arrêtait pas de boire et de courir les filles.- Ce sera sa chance. Ils croient en lui et le poussent à vivre autre chose. Après quatre ans passés dans les Marines, il intègre la faculté de droit de Yale. Premier universitaire de sa famille, il sort de sa condition sans pour autant oublier d’où il vient et ce qu’il doit à sa terre, cette région, ces gens qui sont avant tout des voisins et des amis.

    Le Midwest c’est une région rurale où l’inculture est grande. C’est l’Amérique profonde, patriote, blanche et souvent raciste. C’est l’Amérique qui a voté pour Trump, en a marre des élites et de leurs privilèges et ne fait confiance qu’à ceux qu’ils connaissent et leur ressemblent. L’auteur nous emmène donc au cœur de ses racines familiales, de sa région dont il nous conte l’histoire, la géographie, l’économie et les liens que le tout a tissé entre ses habitants.

    Hillbilly Elégie donne une voix aux sans voix ayant perdu toute illusion. Il décrit de l’intérieur une communauté qui a complètement muté en deux générations passant d’une société démocrate et ouvrière à une société républicaine et pauvre. Il pose aussi des questions essentielles : comment le pays le plus riche du monde, peut-il laisser une région entière se paupériser à ce point ? Comment des ouvriers appliqués et fiers sont-ils devenus des assistés permanents ?

    Un récit fort qui nous permet de mieux comprendre qui sont ces laissés pour compte ayant perdu confiance dans le système, les hommes politiques, les médias et comment ils en sont arrivés là. Un style souple et une écriture fluide qui font de ce récit un vrai page turner.

     

     Hillbilly Elégie, J.D VANCE8e

     

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  • Sucre noir, Miguel BONNEFOYDans un village des Caraïbes, la légende d’un trésor disparu vient bouleverser l’existence de la famille Otero. À la recherche du butin du capitaine Henry Morgan, dont le navire aurait échoué dans les environs trois cents ans plus tôt, les explorateurs se succèdent. Tous, dont l’ambitieux Severo Bracamonte, vont croiser le chemin de Serena Otero, l’héritière de la plantation de cannes à sucre qui rêve à d’autres horizons.
    Au fil des ans, tandis que la propriété familiale prospère, et qu’elle distille alors à profusion le meilleur rhum de la région, chacun cherche le trésor qui donnera un sens à sa vie. Mais, sur cette terre sauvage, étouffante, la fatalité aux couleurs tropicales se plaît à détourner les ambitions et les désirs qui les consument.

     

    Mon avis :

     

    Franco-vénézuélien, Miguel Bonnefoy a certainement puisé son imaginaire au fond d’un bon verre de rhum. En est née une histoire de famille ancrée dans la terre de ses ancêtres, où les femmes ont une importance capitale. Réinventant la fin des aventures du pirate Henry Morgan, il nous offre un premier chapitre fantasque et superbe à la fois, qui s’inspire très certainement de divers récits de naufrages et de piraterie.
    Une légende, un trésor, une famille, des rêves, une jolie héritière, un miracle, une femme forte et indépendante, un pays magnifique sont les principaux ingrédients de l’histoire qu’il nous conte.

    A travers l’histoire d’une famille de planteurs de canne à sucre et de producteurs de rhum durant trois générations, Miguel Bonnefoy nous fait découvrir un pays magique, rude, exigeant, fier et beau où évoluent des personnages haut en couleurs, mus par leur rêve. La bonne ou la mauvaise fortune les amènera à les abandonner ou à la mettre en veille. On assistera à l’évolution du domaine qui en cinquante ans se développera prodigieusement jusqu’à la chute. On ne peut qu’y voir une métaphore de la société vénézuélienne tant il mêle habilement imaginaire et réalité quotidienne.

    Chaque personnage à lui seul mériterait une histoire à part. Serena Otero rêve à l’amour qu’elle magnifie et soupire telle Emma Bovary de s’ennuyer dans la vie ; Severo Bracamonte, ambitieux chercheur d’or prêt à tout pour atteindre son but, finira par mettre son rêve entre parenthèse par amour ; Eva Fuego se révèle rebelle et indépendante, mélange de Mary Read et de Sayyida al Hurra.

    Ce roman au réalisme magique nous offre de belles pages descriptives à la langue fluide, tour à tour concrète et onirique. La nature y joue un rôle prépondérant, à la fois généreuse et vengeresse. Miguel Bonnefoy lui rend un hommage appuyé, seule véritable richesse du Venezuela, ressource primordiale dont il faut prendre soin.

    Une phrase pourrait résumer ce conte philosophique que j’ai beaucoup aimé : « Là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur. »

     

    Sucre noir, Miguel BONNEFOY7e

     

     

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  • Le pèlerinage d'Eloïse, Yves BARBARINÉloïse, que les avatars de la vie ont fait dériver dans la prostitution, se trouve inscrite, par hasard, dans un pèlerinage en Terre sainte. Elle part avec un groupe de jeunes qu'accompagne un diacre, Xavier, lui-même en pleine interrogation sur son avenir.
    Tout est pour elle source de découvertes et de surprises : la vie de Jésus, la Bible, le clergé, mais plus encore les catholiques avec qui elle a des échanges difficiles. Elle rentre déstabilisée par ce voyage, bien résolue à continuer son métier. Mais elle va bientôt connaître le plus grand bouleversement de sa vie…

     

    Mon avis :

     

    En cette rentrée littéraire, j’ai choisi de sortir des sentiers battus et de risquer des titres moins courus. J’ai donc accepté avec plaisir ce titre proposé par Masse critique de Babelio.

    Basé sur des faits réels, ce récit romancé relate avec franchise, émotion et humour la rencontre improbable entre un jeune diacre, Xavier, issu d’une famille chrétienne aisée et une jeune prolétaire ayant grandi dans un foyer « où on cassait du curé ».
    Quand elle rejoint le groupe de « jeunes professionnels » pour un voyage en Terre Sainte, elle se rend vite compte qu’elle ne maîtrise pas les codes de la vie en société, n’a pas la retenue verbale nécessaire lors de discussions où des avis divergent et manque de culture pour aborder ce voyage historique. Déterminée et frondeuse, elle décide de se présenter en toute franchise à Xavier en lui disant ce qu’elle fait dans la vie. Sa réponse bienveillante lui affirmant qu’elle doit se sentir libre de suivre ou non le groupe et de vivre ce qui lui semblera le mieux pour elle va la déstabiliser. Elle aurait aimé en découdre et se retrouve seule face à ses propres choix. Elle décide alors de profiter de chaque instant de cette parenthèse inattendue.

    Ce premier roman d’Yves Barbarin m’a plu par la sincérité de ses personnages, leur langage franc et l’absence de prosélytisme ou de ton moralisateur. Il nous dépeint une rencontre entre jeunes adultes que tout oppose et qui, pour communiquer et se comprendre, vont devoir composer avec leur tempérament, leur histoire et leurs certitudes, conscients que cela les met en déséquilibre total.
    Outre de très beaux passages décrivant les Lieux Saints et les remettant dans leur contexte, Yves Barbarin nous propose une actualisation intéressante de certains textes d’évangile. Interrogeant l’image de Dieu que renvoient certains croyants, il met en lumière l’amour inconditionnel de Dieu pour l’homme et le respect qu’il a de la liberté individuelle, ne s’imposant jamais et ne jugeant pas l’être humain.

    D’une écriture alerte et abordable pour tous, ce récit de vie est une parenthèse positive et optimiste que chacun devrait pouvoir lire. Certains passages parleront peut-être davantage aux croyants mais chacun peut y puiser sa part d’humanité.

     

     Le pèlerinage d'Eloïse, Yves BARBARIN

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  • Frappe-toi le coeur, Amélie NOTHOMB« Frappe-toi le cœur, c’est là qu’est le génie » Alfred de Musset

     

    Mon avis :

     

    Il arrive parfois qu’un roman vous renvoie à une situation vécue. Celui-ci est arrivé comme une claque après une discussion en classe sur ce sujet. Je venais d’avoir un partage très émouvant avec un jeune à propos de sa famille, de l’estime de soi et des sentiments non partagés quand je me suis plongée dans le dernier Nothomb pour me changer les idées. Très vite, son visage s’est superposé à celui de Marie. Glaçant.


    Amélie Nothomb aime les récits courts dans lesquels elle va droit au but. Cette forme concise lui convient à merveille. Dès le début, on semble entrer dans un conte comme l’était « Riquet à la houppe ». Une petite fille, Diane, éprouve un amour fou pour « la déesse indifférente » comme elle l’appelle, qui ne semble s’apercevoir de son existence que le matin et le soir. Un jour, elle découvre qu’il s’agit de sa mère. A partir de là, on quitte le conte pour entrer dans un récit réaliste. Amélie Nothomb nous décrit avec finesse et précision les mécanismes comportementaux de Marie, et de Diane qui tente à tout prix de se protéger de ce manque d’amour.

    Un médecin à l’écoute sauvera Diane et l’amènera à trouver sa voie : elle sera cardiologue. Commence alors la seconde partie du récit qui voit Diane, devenue adulte, poursuivre ses études universitaires et nouer une relation amicale avec une enseignante de la faculté qui lui ouvrira les yeux sans le vouloir.

    J’ai aimé ce roman dur et parfois cruel mais tellement juste. C’est un roman de femmes qui met en exergue la jalousie, l’envie, le mépris, la rivalité mais aussi la douceur, la beauté et la bonté. L’amour est malgré tout omniprésent, par ses excès, ses manquements et ses dérives. L’auteure dépeint des relations humaines complexes, teintées de violence et de manipulation dont on ne sort pas indemne.

    Un très très bon Nothomb.

     

     Frappe-toi le coeur, Amélie NOTHOMB5e

     

     

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  • La disparition de Josef Mengele, Olivier GUEZ1949  : Josef Mengele arrive en Argentine.
    Caché derrière divers pseudonymes, l’ancien médecin tortionnaire à Auschwitz  croit pouvoir s’inventer une nouvelle vie à Buenos Aires. L’Argentine de Peron est bienveillante, le monde entier veut oublier les crimes nazis. Mais la traque reprend et le médecin SS doit s’enfuir au Paraguay puis au Brésil. Son errance de planque en planque, déguisé et rongé par l’angoisse, ne connaîtra plus de répit… jusqu’à sa mort mystérieuse sur une plage en 1979.
    Comment le médecin SS a-t-il pu passer entre les mailles du filet, trente ans durant  ?
     
     

    Mon avis : 

    Ce récit est identifié comme roman mais c’est, malgré quelques ajouts, un vrai récit historique qui se dévoile sous nos yeux. Olivier Guez s’est attaché à raconter la vie de Josef Mengele après la guerre et sa fuite en Argentine, où il s’invente une nouvelle vie sous le nom d’Helmut Gregor. Il espère vivre tranquillement en profitant de l’argent de la prospère entreprise agricole familiale. Incroyablement bien documenté, il trace à grands traits le rôle de Mengele pendant la guerre puis entre dans l’Histoire de l’Argentine des années 50, décrit la vie des Argentins, l’arrivée au pouvoir des Peron et leur rôle dans l’accueil des ex nazis. Une belle époque où Mengele rencontrera le boucher de Riga, Roschmann, le maitre d’œuvre de la solution finale, Eichmann, l’as de l’aviation Rudel et tant d’autres. Ces hommes vivent dans la nostalgie d’une époque et d’un pouvoir qu’ils s’appliquent à faire revivre depuis leur exil. Une décennie qui permit à nombre de tortionnaires de se refaire une identité et d’échapper à la justice en changement simplement de nom. Jusqu’à ce que toutes les horreurs de la guerre ne soient reconnues et leurs auteurs recherchés dans les années 60, par le Mossad et Simon Wiesenthal.

    Dans ce récit qui se lit comme une enquête, Olivier Guez nous emmène de Günzburg ville natale de Mengele à Serra Negra au Brésil, en passant par Buenos Aires, Bariloche et le Paraguay. Il nous décrit la beauté des paysages, la douceur de la vie en exil -malgré la crainte d’être découverts, les nazis vivent confortablement- et l’indécence de cette vie dorée après les horreurs commises en temps de guerre.

    Ensuite viendront la fuite, l’errance, les planques successives et finalement la mort.

    Olivier Guez, journaliste au journal Le Point, tente, après dix ans de recherches, de reconstituer le parcours de Mengele, ce savant fou, sans aucune empathie, qui a torturé des milliers de personnes sous prétexte de recherches scientifiques les plus folles. Il nous dépeint un homme traqué, ne comprenant pas l’acharnement et la détestation que l’on a de lui et de « son œuvre ». Il assiste à sa chute sans jamais juger et nous la raconte de manière captivante.

    J’ai vraiment beaucoup aimé ce livre captivant. Il aurait pu être un coup de cœur si l’écriture m'avait séduite.


    La disparition de Josef Mengele, Olivier GUEZ

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  • La petite danseuse de 14 ans, Camille LAURENS« Elle est célèbre dans le monde entier mais combien connaissent son nom ? On peut admirer sa silhouette à Washington, Paris, Londres, New York, Dresde ou Copenhague, mais où est sa tombe ? On ne sait que son âge, quatorze ans, et le travail qu’elle faisait, car c’était déjà un travail, à cet âge où nos enfants vont à l’école. Dans les années 1880, elle dansait comme petit rat à l’Opéra de Paris, et ce qui fait souvent rêver nos petites filles n’était pas un rêve pour elle, pas l’âge heureux de notre jeunesse. Elle a été renvoyée après quelques années de labeur, le directeur en a eu assez de ses absences à répétition. C’est qu’elle avait un autre métier, et même deux, parce que les quelques sous gagnés à l’Opéra ne suffisaient pas à la nourrir, elle ni sa famille. Elle était modèle, elle posait pour des peintres ou des sculpteurs. Parmi eux il y avait Edgar Degas. » 

    Mon avis :

    Ce récit historique, cet essai, de Camille Laurens nous raconte l’histoire de Marie Geneviève Van Goethem, jeune fille qui posa pour Edgar Degas en 1879 et dont la statue défraya la chronique en 1881. Degas la fit porter au Salon des Indépendants, fondé par les Impressionnistes, quatorze jours après son inauguration. Les rumeurs allaient bon train sur ce qu’il présenterait mais personne ne s’attendait à voir cette petite danseuse en cire, vêtue de vrais vêtements. Le jeune modèle ne correspondait pas aux canons de l’époque et fut beaucoup moqué. Les uns trouvaient que ce n’était pas de l’art, d’autres que le modèle ressemblait à un singe, un avorton. Qui jugeaient-ils de la statuette ou de la fillette ? Vers qui allait leur mépris ? N’oublions pas qu’alors, la phrénologie vivait son heure de gloire.
    La petite danseuse était donc doublement exposée : au regard des visiteurs d’abord, au dégoût moral ensuite. Lui avait-on demandé son avis à cette pauvre enfant avant de l’exposer ainsi à l’humiliation ? Nina de Villard fut une des rares critiques de l’époque à être positive, déclarant qu’elle avait éprouvé devant cette statue « une des plus violentes impressions artistiques de sa vie. »
    A la fin du Salon, Degas remporta la statuette et ne la montra plus à personne. Elle continua cependant à faire parler d’elle et alimenta nombre de conversations, devenant par là même un mythe.
    Ce n’est qu’après la mort de l’artiste en 1917 que ses proches décidèrent de la confier à une fonderie pour en faire des moulages et la réaliser en bronze. Elle est exposée au Musée d’Orsay alors que l’original en cire a été acheté par un amateur d’art américain et se trouve toujours aux USA.

    A l’occasion du centenaire de la mort de Degas, Camille Laurens, par l’histoire de cette statuette, nous plonge simultanément dans le monde de la danse et de la sculpture de la fin du 19e siècle ; deux mondes aussi exigeants l’un que l’autre, où l’on savait ce que « faire des sacrifices » voulait dire.
    Ce récit qui se base sur une documentation abondante et les recherches rigoureuses de l’auteur, tente de nous faire comprendre les circonstances de la création de cette œuvre, la vie du jeune modèle et l’atmosphère de la capitale, dans un des quartiers les plus pauvres de Paris, à une époque où la majorité sexuelle n’était que de 13 ans !

    Ce court récit n’est pas un roman mais se lit avec aisance et plaisir pour qui aime l’Art et l’Histoire. Il est très documenté et de nombreuses références sont faites à la littérature de l’époque. De plus, cette sculpture de Degas m’a toujours interpellée par la position du corps de la danseuse et ce regard fermé. J’ai aimé la manière dont Camille Laurens lui donne vie et c’est avec émotion que j’ai lu certains passages. Que de jeunes vies gâchées par la misère, la nécessité et les sacrifices, souvent vains, concédés dans l’espoir d’une vie meilleure. J’ai découvert le monde impitoyable de l’Opéra bien loin du glamour et de la respectabilité dont il se pare d’aujourd’hui.
    La troisième partie m'a cependant parue longue et les parallèles avec la famille de l'auteure incongrues. Cela n'apporte rien au récit.

    Cette lecture fut aussi agréable qu’instructive et je remercie les éditions Stock et NetGalley de m’avoir donné l’opportunité de l’apprécier.

     

     La petite danseuse de 14 ans, Camille LAURENS3e

     

     

     

     

     

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  • Le cauchemar du président, Denis RALET2022. Une bombe explose en Antarctique
    Né en 1963, Charles Chabrolles est élu Président de la République française en 2022. Une explosion nucléaire en Antarctique place les hommes politiques et les consommateurs devant leurs responsabilités.
    Le Président Chabrolles est confronté à des troubles climatiques, sécuritaires et économiques. En 2027, l’Elysée est brièvement pris d’assaut.
    Depuis sa retraite à Banon dans les Alpes de Haute-Provence, le Président Chabrolles observe la vie de ses contemporains de 2027 à 2046 : politique, éducation, transports, loisirs, violence, migrants… Sous sa plume alerte, parfois cynique ou désabusée, le Président Chabrolles décrit les dérives d’un monde en quête d’équilibre.
    Ses dernières paroles, en 2047, furent « Honte à ma génération ».

    Notre avis :

    J’ai reçu ce roman de Nath du Coin lecture de Nath. Mon mari et moi avions hésité à l’acheter à la FLB, nous l’avons donc lu tous les deux et avons mis nos impressions en commun pour cette chronique que j’ai laissé mon mari rédiger.

    Dans ce roman, donc une fiction, Denis Ralet nous fait vivre des événements qui risque bien de se produire un jour. Le réchauffement climatique, déjà présent, voit ses effets amplifiés après une explosion en Antarctique. Nous vivons alors les diverses conséquences et réactions en chaine que cela entraine. L’auteur n’exagère pas, il anticipe simplement, avec lucidité.

    C’est Charles Chabrolles qui nous raconte l’histoire, un président idéaliste, muselé par les contraintes du pouvoir et un conseiller qui détient réellement les commandes. Celui-ci a en effet beaucoup à perdre si le président pousse trop loin ses investigations pour comprendre le dessous des choses.

    L’auteur nous propose une vision personnelle et sans concession de notre futur. Il souligne avec justesse l’effet qu’une telle catastrophe aurait sur les mentalités et les comportements, d’autant qu’elle entrainerait inévitablement des restrictions drastiques.

    Pour chacun de nous, le début de la lecture fut laborieux. L’entrée dans le récit ne fut pas aisée. L’explosion a réellement été le déclencheur du plaisir de lire.

    Un roman visionnaire et cynique qui m’a passionné et qui a plu à Argali. Il nous fait comprendre que notre avenir pourrait être bien sombre si rien ne change dans nos comportements, à tous les niveaux. Surconsommation, gaspillage, destruction de la nature, éducation... mais aussi lobbying, spéculation... autant de défis qui s’imposent à tous. L’auteur nous interpelle afin que chacun en prenne conscience et agisse pour que cette histoire ne devienne pas la nôtre.

    Merci à Nath et à l’auteur pour cette intéressante lecture.

     

     

     

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