• Mes lectures

    Même si je lis beaucoup de littérature jeunesse afin de choisir les titres les plus appropriés à mes élèves, je lis aussi pour mon plaisir. Des romans surtout. Mais pas seulement.

    Derrière le mot roman se profilent des textes bien différents : romans de gare, romans épistolaires, romans policiers, romans réalistes, romans d'aventures... Le roman est pluriel et il existe donc de multiples raisons de s'y engouffrer.

    Le roman séduit, émeut ; il propose l'original, l'inattendu, l'éphémère, le sensuel, le hasard d'une rencontre, la violence des sentiments... Il permet de se trouver tour à tour dans la peau d'une empoisonneuse, d'un détective, d'une amoureuse, d'un aventurier, d'un dictateur... Il nous met en contact avec la complexité de nos propres vies et de celles des autres. Il nous renvoie à nous-mêmes tout en nous donnant à sortir de nous-mêmes. Il parle à notre coeur autant qu'à notre intelligence.

    Lire un roman c'est un peu prendre rendez-vous avec soi-même.

    Je conterai donc ici mes rendez-vous. Je partagerai mes coups de coeur et mes déplaisirs. Vous verrez, je suis une éclectique.

     

     

  • Monsieur Coucou, J. SAFIEDDINE & K. PARKAllan est émigré en France. Il a fait sa vie avec Prune, sa compagne, et tous deux veillent sur Thésée, la mère de Prune, en fin de vie. Alors qu’il est heureux dans cette famille entre ces deux femmes et les deux sœurs de Prune, il refuse d’accepter les appels de sa sœur et de son frère, restés au pays, qui téléphonent tous les jours…

    Mon avis :

    Beaucoup d’implicites dans cette BD et de non-dits dans la vie Allan-Abel. Au fur et à mesure que le récit avance, on comprend par bribes ce qu’il en est.

    Exilé en France où il a fait sa vie, il a tiré un trait sur son passé et changé de nom. Un jour, sa belle-mère étant au plus mal, il décide de retourner chez lui, sur cette terre dont il s’est senti banni afin de lui trouver un remède qui la soulagerait un peu. Mais, malgré les décennies d’absence, les souvenirs douloureux sont encore bien ancrés en lui. Ecartelé entre ses origines et sa vie actuelle, Abel va tenter de recoller les morceaux de son identité.

    Il faut du temps avant de comprendre qu’Abel a quitté le Liban où il a vu mourir son père. Il ne parle plus sa langue natale, a abandonné la religion et mis de la distance avec sa famille. Le retour au pays sera initié par sa belle-mère qui, mourante, le pousse ainsi à renouer avec sa propre mère et les siens. Mais ce retour sera douloureux, fera remonter les souvenirs et mettra Abel face à un choix.

    Joseph Safieddine, le scénariste, dépeint un homme tourmenté, déchiré entre deux cultures : une qu’il a reniée, une qu’il a choisie mais n’est pas tout-à-fait la sienne. C’est un être complexe, taiseux, renfermé mais dans lequel on sent beaucoup d’affection, de force et de doutes à la fois. L’auteur, comme le dessinateur Kyungeun Park installent une atmosphère, une ambiance que le rythme lent de l’histoire favorise. Par une foule de petits détails, de situations esquissées ou d’événements plus intenses, la personnalité d’Abel et l’origine de ses blessures se construisent peu à peu expliquant ses ambiguïtés.

    J’ai aimé le dessin de Park, notamment dans les décors qu’il rend à merveille : la justesse et la précision des traits des animaux ou les paysages montagneux du Liban. Thésée dont la santé décline est également dessinée de façon émouvante : traits vieillis, fatigués, visage souffrant…
    Le tout est mis en valeur par Loïc Guyon et Céline Badaroux dans des tons ocre, orange, crème, vert qui rendent bien l’atmosphère chaude du pays.

    En ce qui concerne l’histoire, j’ai aimé la manière dont l’auteur aborde la famille, ses secrets, ses blessures et ses apaisements ou les tensions qui habitent Abel et les thèmes du déracinement et de l’identité ainsi évoqués. Délaissant le côté politique, Safieddine ancre le récit sur un drame familial pour mieux parler de ces thématiques et c’est réussi.

    Beaucoup d’émotions dans cette bande dessinée qui touche à l’intime avec justesse.

     

     

     

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  • La belle de Casa, In Koli Jean BOFANEQui a bien pu tuer Ichrak la belle, dans cette ruelle d’un quartier populaire de Casablanca ?
    Elle en agaçait plus d’un, cette effrontée aux courbes sublimes, fille sans père née d’une folle un peu sorcière, qui ne se laissait ni séduire ni importuner. Tous la convoitaient autant qu’ils la craignaient, sauf peut-être Sese, clandestin arrivé de Kinshasa depuis peu, devenu son ami et associé dans un business douteux. Escrocs de haut vol, brutes épaisses ou modestes roublards, les suspects ne manquent pas dans cette métropole du XXIe siècle gouvernée comme les autres par l’argent, le sexe et le pouvoir. Et ce n’est pas l’infatigable Chergui, vent violent venu du désert pour secouer les palmiers, abraser les murs et assécher les larmes, qui va apaiser les esprits…
     

    Mon avis :

    Tout commence par un meurtre. Qui et pourquoi a-t-on tué la jeune Ichrak en pleine rue ? Les suspects ne manquent pas. Le commissaire Daoudi qui la désirait et est justement chargé de l’enquête ? Farida Azzouz qui règne en maître sur le quartier de Derb Taliane ou Nordine, son homme de main ? Un amoureux éconduit ? Et pourquoi semble-t-on vouloir faire porter le chapeau à Sese, devenu l’ami d’Ichrak ?

    Tout le quartier est en ébullition depuis ce meurtre et le vent chaud qui souffle sur la ville aiguise encore les tensions. Que lui reprochait-on à Ichrak si ce n’est de vivre libre et de tenir tête à tous ? Elle était belle mais solitaire, flanquée d’une mère malade, perdant un peu la tête. Elle cherchait aussi désespérément à connaitre ses origines et le mystère de sa naissance, elle, la fille sans père. Était-elle trop curieuse ?

    Au cœur d’un quartier populaire de Casablanca, on plonge au cœur des jalousies et des passions, du trafic et des affaires, des luttes d’influence et de la concupiscence masculine. Sese fait office de candide dans ce panier de crabes, lui qui a échoué là par hasard, roulé par un passeur. Débrouillard, il joue le séducteur sur internet, un brouteur dans le jargon congolais, et vit de l’argent que lui envoient des femmes naïves dont il exploite, sans scrupule, la solitude.

    D’un humour cynique, ce roman dénonce avec lucidité la corruption immobilière, l’exploitation des pauvres et des migrants, les magouilles et les intimidations. Certains sont prêts à tout pour obtenir ce qu’ils convoitent même à monter les gens les uns contre les autres et mettre la ville à feu et à sang dans l’indifférence totale des autorités.

    Tout au long des deux cents pages du roman, on oscille entre tragédie et comédie. In Koli Jean Bofane a la plume acérée, féroce et brillante. En quelques traits précis, il dépeint un microcosme populeux haut en couleurs et parvient à nous faire rire des malheurs de l’Afrique. Même si parfois, ce rire est triste.

    Un récit à lire pour découvrir une population et un état de fait. Brillant.

     

    La belle de Casa, In Koli Jean BOFANE

     

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  • Les dix-sept valises, Isabelle BARYAlicia Zitouni est le genre de femme qui a tout pour aller mal. D’origine marocaine, elle est née en Belgique, mais ne se sent ni d’ici ni de là-bas. Elle sillonne une vie chahutée et marquée au fer rouge par un environnement violent, enfermant, aculturé et soumis au diktat des hommes. Pourtant Alicia rayonne. Elle transpire cet enchantement pour la vie qui permet de la traverser les bras grand ouverts, quel que soit le cadeau de naissance.

    Lorsque Mathilde Lambert, jeune femme moderne, décide d’écrire un roman inspiré par le destin étonnant d’Alicia, elle est loin d’imaginer que ce projet va bouleverser sa vie.

    En se glissant dans la peau de son héroïne, elle découvrira, au bout de sa propre plume, une manière d’appréhender l’existence aux antipodes de la sienne. Elle pénétrera les mondes invisibles des croyances et de l’imaginaire et se laissera porter par la grâce d’envisager le monde avec poésie. Elle comprendra enfin pourquoi, d’elles deux, c’est Alicia qui souriait le mieux.

    Mon avis :

    Jusqu’ici, je n’ai fait que de bons choix parmi les romans de la rentrée.

    Je termine le dernier livre d’Isabelle Bary, lu d’une traite en quelques heures. Un récit positif (enfin ) et très humain.

    Les hasards de la vie ont mis en présence Mathilde et Alicia. Une amitié sincère est née entre ces deux femmes si différentes. La première a un métier qu’elle aime, un compagnon qui l’aime et sa vie est pleine de doutes. La seconde a connu une vie cahotique et pourtant elle possède une force vitale incroyable qui lui permet de voir la poésie et le beau en toute chose. Alicia est une belle âme, elle est solaire et rayonne sur les autres. Elle apaise Mathilde par sa simple présence. Lorsqu’Alicia disparait, Mathilde décide de lui rendre hommage en racontant son incroyable parcours. Plongeant au cœur d’un art de vivre oriental où l’imaginaire et la poésie jouent un rôle primordial, elle va trouver peu à peu des réponses à ses propres questionnements.

    La technique narrative -une mise en abîme bien choisie- entrelace la vie et les pensées des deux femmes, rendant le récit dynamique. Pour évoquer les vérités enfouies, les relations familiales, l’espoir, la peur, l’amour… Isabelle Bary décline avec harmonie les notes justes d’une partition vitale mouvementée jusqu’au point d’orgue inattendu.

    J’ai été rapidement embarquée par l’écriture fluide et sensuelle de l’auteure qui nous invite dans l’intimité de ces deux femmes. C’est une belle ode à la vie, un roman intimiste qui nous parle de déracinement, d’identité, de douleur mais aussi de la force des femmes et de l’influence que chacun a sur sa propre existence. Apprendre à s’aimer soi-même, à aller à la rencontre de sa part d’ombre, c’est le premier pas vers une vie sereine. Alicia nous le laisse voir, elle dont la maxime est « Ce qui importe, ce n’est pas la vie qu’on a reçue mais la manière dont on la vit ! »

    Inspirée d’une rencontre réellement vécue par Isabelle Bary, ce roman positif nous présente de beaux portraits de femmes et nous sort de préjugés dans lesquels nous sommes trop souvent enfermés.

    Merci aux éditions Luce Wilquin pour ce bel envoi.

     

    Les dix-sept valises, Isabelle BARY5e

     

     

     

     

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  • Bibliothèque noire, Cyrille MARTINEZQue se passe-t-il dans les bibliothèques la nuit, derrière les portes closes et les banques de prêt désertes ? Les lecteurs choisissent-ils leurs livres, ou est-ce plutôt l'inverse ? Vient-on en bibliothèque pour travailler, voyager, ouvrir ses mails ou avoir chaud ? Et si la bibliophilie était un sport de combat ? Partant de l'univers policé de la Grande Bibliothèque et retraçant l'histoire de la lecture publique, ce roman nous mène jusqu'aux forêts urbaines où s'échafaude l'utopie d'une bibliothèque noire, sauvage, avec la liberté de lire et d'écrire pour unique mot d'ordre.

    Mon avis :

    Ce livre qui nous donne l’illusion d’être un roman fantastique est en fait un essai sur la Bibliothèque nationale et de la lecture publique. A travers l’histoire d’un lecteur, d’un livre puis d’une bibliothécaire, on découvre l’histoire d’un lieu, d’un métier et de leur évolution. De la bibliothèque privée (librairie) réservée aux riches instruits, à la bibliothèque informatisée, le lecteur nous raconte la grande et la petite histoire de la Grande Bibliothèque de Paris, de sa création au 16e siècle à nos jours, égratignant au passage un Président et des manières de faire despotiques sous couvert de culture.

    Le livre nous conte l’histoire de l’intérieur : la rivalité supposée entre classiques et jeunes livres qui finiront probablement dans les oubliettes des réserves, les livres nobles et les autres. Il nous confie aussi son agacement des écrans qui éloignent des livres et des pseudos lecteurs qui viennent travailler sur leur portable dans la salle de lecture sans jamais ouvrir un ouvrage.

    La bibliothécaire donne enfin sa version des faits en professionnelle. Et ses collègues goûteront probablement mieux son intervention que le lecteur lambda même s’il en comprendra tout l’enjeu. Bibliothécaire et écrivain, Cyrille Martinez s’inspire visiblement de son expérience.

    J’ai bien aimé ce livre précisément documenté, au ton ironique et mordant qui se lit comme un roman. Il nous parle de livres (quel bonheur) et de lecture : son importance, ses richesses, ses enjeux, les dangers qui la guettent… comme celui de consommer les livres comme n’importe quel autre produit. Que reste-il de nos lectures quand le livre est fermé et oublié sur une étagère ? Qu’en avons-nous retiré ?

    Un ouvrage déroutant mais agréable à lire et qui fait l’éloge de la lecture.

     

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  • Le Démo La vraie vie, Adeline DIEUDONNEest un lotissement comme les autres. Ou presque.
    Chez eux, il y a quatre chambres. Celle de Gilles son frère, la sienne, celle des parents, et celle des cadavres. Le père est chasseur de gros gibier. Sa mère est transparente, amibe craintive, soumise aux humeurs de son mari. Les enfants passent leur samedi à jouer dans les carcasses de voiture de la décharge. Jusqu’au jour où un violent accident vient faire bégayer le présent.
    Dès lors, Gilles ne rit plus. Elle voudrait tout annuler, revenir en arrière. Retrouver son petit-frère, celui qui enchantait le monde. Cette vie lui apparaît comme le brouillon de l’autre. La vraie.
    Alors, en guerrière des temps modernes, elle retrousse ses manches et plonge tête la première dans le cru de l’existence. Elle fait diversion, passe entre les coups, se découvre femme et conserve l’espoir fou que tout s’arrange un jour.

    Mon avis :

    Il y a longtemps qu’un récit ne m’a pas aimantée de cette façon. Happée dès la première phrase, j’ai lu ce roman d’une traite pour le terminer en apnée à l’aube. Fulgurant.

    Non seulement Adeline Dieudonné a une plume acérée et précise, maniant avec bonheur et sans aucune lourdeur les métaphores tout comme les mots justes et précis. Mais elle raconte admirablement les histoires dosant avec minutie le suspens, les fausses pistes et l’émotion qui nous étreint quand on ne s’y attend pas. Pas de larme mais un goût amer qui s’insinue peu à peu au fil de la lecture jusqu’au dégoût. La force de ce roman est que rien n’est décrit de manière outrancière ou trash, tout est subtil et exprimé par les mots d’une fillette d’une lucidité implacable et d’une énergie peu commune.

    Pour pallier les manques de sa famille dysfonctionnelle, la narratrice tente d’égayer la vie de son petit frère en faisant diversion. Elle l’emmène en cachette dans une casse de voitures où ils leur parlent pour qu’elles n’aient plus peur ou chez Monica, vieille dame excentrique qui raconte si bien les histoires. Et le soir, quand il se glisse dans son lit, elle le rassure et chasse ses peurs. Tout ce qu’elle veut, c’est entendre son rire, clair et innocent qui l’emmène alors à mille lieues de chez elle.

    Toute l’histoire est tenue à bout de bras par cette gamine, magnifique personnage qui se construit sous nos yeux au fil du temps. Courageuse, lucide, intelligente, sensuelle, elle veut mordre la vie à pleine dent refusant d’être une proie. D’une force mentale indubitable, elle trace sa route avec un objectif : rendre le sourire à son petit frère après un terrible drame qui l’a enfermé en lui.

    Adeline Dieudonné nous décrit également une batterie de personnages secondaires finement observés et dont elle dresse un portrait d’une grande justesse. Gravitant autour de l’héroïne, ils la mettent en lumière tout au long d’un récit féroce, ironique et percutant dont je suis sortie KO.

    Je vous le recommande très chaudement ; je suis sûre qu’on parlera beaucoup de ce premier roman.

     

    La vraie vie, Adeline DIEUDONNE



     
    3e

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  • Ma place dans le circuit, Sabine DORMONDC’est sans doute l’une des angoisses lancinantes de notre époque. Ou peut-être de tous les temps.
    Trouver sa place dans le monde professionnel, quand la tendance est au dégraissage et à la déshumanisation des rapports. Quitte à écraser l’autre.
    Se profiler face à la concurrence, évincer ses rivaux.
    Trouver sa place dans une société de plus en plus clivée.
    Trouver sa place quand on porte comme une tare la culpabilité d’un autre.
    Ou sur ses épaules le poids de la vérité.
    Trouver sa place auprès de l’autre, jusqu’à se l’accaparer.
    Trouver sa place quand la vie s’obstine à nous refuser le rôle convoité.
    Et la foi, a-t-elle encore sa place dans un monde fanatiquement laïc ?
    … si tout l’enjeu se résumait à ça ?

    Mon avis :

    Je découvre l’auteure avec ce recueil et le moins qu’on puisse dire c’est qu’elle excelle dans ce genre. Chacune des nouvelles de ce recueil est un instantané pris sur le vif de la vie d’inconnus confrontés à l’exclusion. Soit parce qu’ils ont perdu leur travail, ou leurs repères, soit parce qu’ils se sont vus évincer pour un(e) autre. Ces exclusions réelles ou perçues sont toutes différentes mais leur point commun est qu’elles mettent en scène des gens ordinaires. Les « héros » bien malgré eux de ces histoires pourraient être chacun de nous. Broyés par la vie, par la société, ces êtres sont dépeints par Sabine Dormond avec une réelle tendresse.

    Parfois criantes de vérités, parfois caricaturales, ces nouvelles mettent en évidence l’individualisme qui grignote chaque jour un peu plus notre société et la solitude qui tôt ou tard en découle. Est-ce cela que nous voulons ? Est-ce ce monde dont nous rêvons pour les générations futures ? Sommes-nous à ce point conditionnés pour trouver tout cela inévitable ?

    J’ai aimé le style concis, sans fioriture de l’auteure qui captive dès les premières lignes.

    Ces nouvelles quasiment kafkaïennes se lisent parfois avec une boule dans la gorge. On y perçoit l’exclusion mais aussi la culpabilité des protagonistes et le poids de la rentabilité, de la performance, qui broie les rapports humains. C’est parfois sombre et pessimiste mais tellement vrai. Une belle manière de nous faire réfléchir à nos valeurs et aux liens sociaux que nous souhaitons. « Il en faut des rebelles, des vrais, pour nager à contre-courant. »

     

     Ma place dans le circuit, Sabine DORMOND

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  • La petite voleuse de perles, Michèle PLOMERWang Xia, une jeune servante qui a volé le collier de perles de sa patronne, croise la route de la narratrice en voyage à Hong Kong. Au détour d’une balade dans les marchés, cette dernière a le coup de foudre pour un ravissant poisson rouge. Elle l’achète pour une poignée de riz à un jeune vendeur efflanqué, Huang. Mais Huang s’est trompé : « Poissonne » vaut en réalité une fortune pour les Chinois du fait de sa riche laitance. Du coup, l’oncle de Huang, joueur invétéré, réclame le poisson à cor et à cris.

    Mon avis :

    Michèle Plomer nous offre ici une histoire ancrée au cœur d’un pays, d’un mode de vie et d’une culture qu’elle chérit. Je la découvre avec ce roman.

    La narratrice, québécoise, a accepté une mission professionnelle à Hong Kong à la suite du suicide de son compagnon, H. Une manière de fuir les funérailles, sa famille arrivée d’Europe et la complexité de leur liaison qui ne l’a pas laissée indemne. Dans le train, une jeune chinoise en fuite, elle aussi, lui confie son parcours et lui remet une lettre qu’elle destinait à sa mère. Introuvable, elle ne peut la lui envoyer et demande à la narratrice de la lire puis disparait dans la foule. En parcourant la lettre, elle apprendra les raisons de sa fuite et les difficultés de vie des jeunes filles des campagne dans cette mégapole.

    Peu après, en déambulant dans les quartiers populaires, elle est séduite par un poisson qui semble l’appeler au secours. Elle l’adopte et le baptise « Poissonne ». Elle deviendra sa confidente.

    Cette autofiction nous décrit le fossé qui sépare parfois la pensée occidentale de la pensée chinoise et les difficultés de compréhension qui peuvent en découler. A travers l’histoire de la narratrice, Michèle Plomer nous décrit certains côtés de la vie en Chine, un bouillon polychrome aux multiples saveurs. En découvrant Canton puis Hong Kong, la narratrice retrouve le plaisir de se nourrir, de se balader libre et de vivre, simplement. En apprivoisant le pays, elle se réapprivoise. Cette façon subtile de nous présenter peu à peu l’héroïne avec ses forces et ses failles et de nous dévoiler la relation toxique qu’elle vivait avec H. est très attrayante.

    J’ai aimé la plume de l’auteure, empreinte d’une grande poésie, ses descriptions précises qui font appel à tous nos sens, son vocabulaire choisi et ses métaphores. Les courts chapitres rythment le récit et abordent presqu’à chaque fois un aspect de la vie chinoise : le logement, les transports, la nourriture, les commerces, les rapports humains… L’auteure émet quelques remarques sur la rudesse de la société sans toutefois porter de jugement. Elle expose les faits et compare parfois avec la société québécoise mais sans critiquer.

    Un roman original et sensuel qui nous rappelle que la vie est fragile, belle et précieuse, comme les perles.

     

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