• Mes lectures

    Même si je lis beaucoup de littérature jeunesse afin de choisir les titres les plus appropriés à mes élèves, je lis aussi pour mon plaisir. Des romans surtout. Mais pas seulement.

    Derrière le mot roman se profilent des textes bien différents : romans de gare, romans épistolaires, romans policiers, romans réalistes, romans d'aventures... Le roman est pluriel et il existe donc de multiples raisons de s'y engouffrer.

    Le roman séduit, émeut ; il propose l'original, l'inattendu, l'éphémère, le sensuel, le hasard d'une rencontre, la violence des sentiments... Il permet de se trouver tour à tour dans la peau d'une empoisonneuse, d'un détective, d'une amoureuse, d'un aventurier, d'un dictateur... Il nous met en contact avec la complexité de nos propres vies et de celles des autres. Il nous renvoie à nous-mêmes tout en nous donnant à sortir de nous-mêmes. Il parle à notre coeur autant qu'à notre intelligence.

    Lire un roman c'est un peu prendre rendez-vous avec soi-même.

    Je conterai donc ici mes rendez-vous. Je partagerai mes coups de coeur et mes déplaisirs. Vous verrez, je suis une éclectique.

     

     

  • Fenêtres sur courtPour fêter son quatre-centième titre, la collection Espace Nord fait la part belle au genre de la nouvelle. D’Adeline Dieudonné à Thomas Gunzig, de Kenan Görgun à Paul Colize, de Caroline Lamarche à Aïko Solovkine, ce volume met à l’honneur une vingtaine d’auteurs et autrices belges de premier plan.

    Les textes courts de fiction rassemblés célèbrent aussi un autre anniversaire : celui des trente ans de La Fureur de lire.

     

    Mon avis :

     

    La nouvelle est un genre que j’apprécie de plus en plus et pour lequel j’éprouve une certaine admiration. Rien de plus difficile en effet que de raconter une histoire en peu de pages ou d’imaginer une chute originale à un court récit. On n’a pas la possibilité de s’appesantir, de développer personnages ou sentiments, on doit aller droit au but tout en ne révélant pas tout. L’implicite a une grande place dans la nouvelle.

     

    Ce recueil reflète la diversité du genre tant par les types de nouvelles proposés que par les thèmes abordés. On peut classer ces 22 nouvelles en quatre groupes : celles qui développent les relations familiales avec leurs bons et leurs moins bons côtés, celles qui abordent le monde animal, celles qui mêlent rêves et réalité et enfin celles qui présentent des personnages, des milieux que tout oppose.

     

    Le coureur des collines de Françoise Lison-Leroy évoque l’enfance et la nature dans le pays que l’auteure adore, celui des Collines. C’est tendre et poétique, touchant.

    Amateur de Jean Ray, Jean-Baptiste Baronian en fait en quelque sorte son héros dans la nouvelle Le Chopin. Un dimanche, aux puces de la place du Jeu de balle, un homme trouve le premier ouvrage de Jean Ray, un livre que d’autres cherchent assidument depuis des années.

    Dans Limite période dépassée de Kenan Görgun, un jeune homme emprunte une moto à un ami. Mais il est victime d’un accident et l’ami lui réclame le prix qu’elle a coûté. Il a trois jours pour trouver 3500 euros.

    Ce sont trois des nouvelles qui composent cette anthologie et que j’ai aimées. Je vous laisse le plaisir de découvrir les autres, toutes originales.

    Belle découverte à vous.

    Et merci aux éditions Espace Nord pour cet envoi.

     

     

     


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  • Le complexe du gastéropode, Catherine DESCHEPPERIls sont quatre. Quatre auteurs débutants sélectionnés pour une résidence d’écriture au château du comte Gédéon de Ducart d’Olise. Quatre auteurs qui espèrent entrer par la grande porte dans le carré VIP de la littérature. 

    Ils sont quatre et comme toujours, dans ces cas-là, il n’en restera qu’un…

    Alors au cœur de la résidence, les prétentions des uns se heurtent aux incompréhensions des autres, les malentendus font osciller l’histoire entre huis-clos et farce burlesque.

     

    Mon avis :

     

    Quatre auteurs en résidence ont trois semaines pour écrire, ou fortement avancer, leur deuxième ouvrage. Quand un premier récit, un premier recueil a connu un certain succès, tout le monde attend l’auteur au tournant, lecteurs comme éditeurs et critiques. La pression est plus grande que pour un premier roman. Catherine Deschepper dont c’est le deuxième roman le sait mieux que quiconque.

     

    Son deuxième roman ne ressemble en rien au premier. Elle a délibérément choisi une histoire plus rocambolesque, un ton à l’humour caustique pour nous parler des écrivains en devenir et en recherche de notoriété. D’une plume acérée, elle nous brosse le portrait de quatre candidats au succès. Certains vivent difficilement la sortie de l’anonymat suite à leur premier livre, d’autres ne rêvent que de gloire et sont prêts à tout pour y parvenir, d’autres encore sont déçus du petit monde de la littérature et se sentent incompris ou bafoués. Un tableau plus vrai que nature, finement observé, où la personnalité de chacun est exacerbée par le huis-clos de la résidence. Et la nature humaine est, on le sait, complexe et décevante.

     

    Je ne vous en dirai pas beaucoup plus car ce roman mérite d’être découvert sans être trop défloré. Il est original et empli de rebondissements à la façon d'un vaudeville et l’humour caustique y est présent jusque dans les exergues des chapitres. Mais le fond est criant de vérité et l’écriture de l’auteure alerte, vive et maîtrisée est un vrai plaisir. Ce fut pour moi un très bon moment de lecture. Et je ne peux que vous exhorter à le découvrir rapidement.

    Merci aux éditions Weyrich pour cet envoi.

     

     

     


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  • Premier sang, Amélie NOTHOMB« Il ne faut pas sous-estimer la rage de survivre. »

     

    Mon avis :

     

    Dans son 30e roman, Amélie Nothomb rend hommage à son père, Patrick Nothomb, décédé en mars 2020, en pleine pandémie. Comme dans chacun de ses romans autobiographiques, elle excelle à recréer une ambiance, une atmosphère et à faire vivre ses personnages. Elle n’a pas vécu les 28 premières années de la vie de son père mais se met parfaitement à sa place ici. Elle fait de son père le narrateur de son histoire, basée sur des souvenirs de famille et sur le livre qu’il a écrit en 1993 « Dans Stanleyville ».

     

    J’ai retrouvé dans ce livre, les impressions que j’avais sur cet homme intègre et cultivé, que j’ai eu l’occasion d’écouter en conférence il y a une quinzaine d’années. Et j’ai découvert sa vie de famille qui m’était inconnue jusqu’ici. Je le savais parent de Charles-Ferdinand Nothomb mais j’ignorais le lien exact qui les unissait. Je savais qu’il était orphelin de père mais je ne soupçonnais pas les rapports familiaux vécus dans sa petite enfance. L’auteure raconte avec précision et délectation l’enfance et ses jeux cruels, sa sauvagerie et ses élans du cœur.

     

    Dans ce récit d’admiration et d’amour filial, Amélie Nothomb rend un vibrant hommage à son père sans toutefois verser dans la dévotion béate. De même lorsqu’elle conte la triste enfance de son père c’est sans aucune exagération ou voyeurisme. Elle présente même son père comme un enfant meurtri, certes, et réservé mais heureux de vivre et capable de jouir de joies simples comme il sera ensuite un consul mu par une envie de vivre d’une force incroyable.

     

    Bref, un 30e roman très réussi, beau et émouvant, qui lève un peu le voile sur l’homme au-delà de sa fonction de consul et d’ambassadeur et sur les racines familiales.

      

     


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  • Ces enfants-là, Virginie JORTAYCe récit-mémoire est celui d’une enfance : un non-lieu. Dans « ces années-là », les adultes étaient libérés. De contrit à sans tabou, le sexe était au cœur de tout. Joyeux, bardés de musiques et d’électroménager, les parents laissaient leurs petits avec des paquets de surgelés pour partir à l’étranger. Et cette insouciance qui faisait ambiance… Les hommes en verve avec, dans leur sillage, les épouses, leurs regards posés, leurs gestes prétendus soignants, l’indicible : les corps d’enfants photographiés, chosifiés et – au passage - abîmés. Cela se passe dans un clos : une sorte de ghetto qu’il faut fuir, fuir – et oublier.

    Quarante ans plus tard, la narratrice revient vers le lieu délaissé ; et retrouve, quasi en l’état, les émotions qui l’avaient habitée. Elle cingle ses personnages, assemble les épisodes. Vient enfin une image, et sortent les non-dits. Dire, aujourd’hui, sans pudeur, ce que leur liberté a coûté à… ces enfants-là.

     

    Mon avis :

     

    La narratrice nous raconte ses années d’enfance et d’adolescence dans une famille des années 60-70, vivant la libération sexuelle de manière décomplexée. Entourée de familles tout aussi émancipées, elle va grandir dans une ambiance trouble et malsaine qu’elle perçoit sans pouvoir le formaliser par des mots. Elle se rend compte que sa famille ne ressemble pas à celles de ses copines d’école mais les gens qu’elle voit, que ses parents fréquentent, ont l’air heureux, épanouis, insouciants. Où est la norme ? Où est la normalité ? Chez elle où tous les rapports entre les personnes sont sexualisés, les jugements physiques quotidiens, les fêtes régulières et les absences de ses parents récurrentes ou chez son amie Gaëlle où tout est calme, feutré, bienveillant, où chaque soir la famille se rassemble pour un repas partagé durant lequel on se parle, on rit, on s’intéresse les uns aux autres ?

    Peu à peu la narratrice grandit, s’interroge, se rend compte qu’elle ne veut pas être assimilée à cette vie-là et va, lentement, s’émanciper de sa famille au prix de sacrifices, souffrances et violences. Il faudra un événement précis pour que tous ses souvenirs remontent à la surface et qu’elle choisisse l’écriture pour expliquer le mécanisme de vie qui fut celui où elle a grandi et permettre à d’autres ayant vécu des choses similaires de, peut-être, par ses mots à elle, trouver les leurs pour se raconter à leur tour.

     

    Ayant l’âge et la nationalité de l’auteure, je me suis retrouvée dans le cadre spatio-temporel de son récit : les émissions télé qu’on regardait en famille (Visa pour le monde, Le jardin extraordinaire…) les bonbons Quality Street que ma grand-mère adorait ou encore le 33 Tours fétiche de sa Mamy « Elvira Madigan » que j’avais aussi. Par contre, j’ai eu une famille ressemblant davantage à celle de Gaëlle.

    La lecture de ce roman m’a bouleversée. En mots simples, percutants et sincères, Virginie Jortay décrit un univers à mille lieues de celui où j’ai grandi. Mais j’y reconnais l’ambiance, l’insouciance et la liberté née de Mai 68. C’était l’époque des films et photos de David Hamilton que chaque fillette punaisait innocemment sur les murs de sa chambre sans soupçonner alors ce qui se cachait derrière cette œuvre.

    Ici la narratrice a peu à peu trouvé la force de réagir et de refuser ce modèle de vie dans lequel elle se sentait instrumentalisée. Elle dénonce cette structure de vie qui la dérangeait et à laquelle elle s’est opposée mais combien d’enfants n’ont pas eu cette force ?

    Un récit brutal, sans faux semblant, qui dit crument mais avec sincérité le vécu d’une jeune fille. Une écriture ciselée et précise, une plume féroce pour une histoire bouleversante et édifiante à lire absolument. Un premier roman qui fera parler de lui.

     

    Merci aux éditions Les Impressions Nouvelles pour cet envoi.

     

     


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  • La théorie du parapluie, Ralph VENDOMELa théorie du parapluie est un recueil de nouvelles qui explore les similitudes entre deux âges singuliers. Dans le mélange des générations, il a saisi des profils d'enfants et de personnes âgées, des lumières naissantes et d'autres sur le déclin. Entre aube et crépuscule, une boucle se clôt mais un cycle de questions demeure.

     

    Mon avis :

     

    Ralph Vendôme est un écrivain belge d’origine Libanaise. Il vit à Bruxelles depuis trente ans et aime parcourir ses quartiers populaires, ses brocantes, ses cafés et marchés.

    Il est sensible aux gens, aux atmosphères et cela se ressent dans chacune des nouvelles de ce recueil qui font la part belle à l’enfance et à la vieillesse. L’alpha et l’oméga de la vie qui recèlent plus de points communs qu’on ne pense. En observateur au regard affûté, il dépeint les relations humaines, familiales, en mots choisis et qui font mouche à chaque fois. Pas de fioritures, d’abus de figures de style ; l’écriture est toute en sobriété et cela touche au cœur à chaque fois.

     

    Ralph Vendôme nous parle d’amour, de rencontres, de partage et d’illusions. C’est beau, tendre comme un rayon de soleil dans le brouillard de juillet. Un plaisir de lecture que je vous recommande.

    J’ai particulièrement apprécié l’émotion dégagée par « L’éclipse de Charles » et la tendresse de la rencontre entre une jeune fille et un ambassadeur à la retraite dans « L’ambassadeur ». Mais toutes méritent d’être lues et goûtées.

     

    Publié aux éditions Le Scalde, ce recueil est disponible dans toutes les librairies.

     

     


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  • Kayak, compost et rock'n roll, François FILLEULUn représentant en lingerie fine qui termine dans une armoire à glace, un jeune punk amoureux échoué au fond de la Meuse, l’avènement d’un despote dans un potager urbain, une jeune fille qui empoigne le micro comme d’autres balancent un cocktail Molotov… 

    « Le monde va mal. Faut te faire soigner. » Voilà la conclusion à laquelle les personnages croisés dans ces nouvelles aigres-douces arriveront sans doute un jour. Neuf voix. Neuf histoires presque ordinaires et dérangeantes qui se referment comme une porte qui claque. On se débat, on chante, on rit. Parce que l’humour est le dernier espoir que l’on perd. Jaune. Noir. Rouge aussi parfois.

     

    Mon avis :

     

    Neuf personnages sont mis en scène dans ces nouvelles de François Filleul qui, après un polar de bonne facture, nous offre ici un recueil à l’humour caustique. Des êtres paumés, miséreux, autoritaires, beaux parleurs, banals… qui évoluent parfois sur un rythme hardcore ou punk.

     

    Chaque nouvelle nous présente une scène de vie somme toute banale, un huis clos où chacun se retrouve face à ses drames et ses petitesses. Mais la manière dont l’auteur les présente et plante décor et personnages vaut le détour. C’est à la fois noir, ironique et exacerbé ; comme ce père obsédé par son souhait d’écouter le brame des cerfs en forêt et qui fait fi des envies de sa famille et des signes avant-coureurs de désastre.

    Certaines scènes, certaines atmosphères lourdes et sombres ont des accents simenonesques et nous plongent au cœur de l’intimité des protagonistes. François Filleul nous immerge avec art dans des mondes en déshérence où les défauts des uns et des autres le disputent à leur médiocrité.

     

    A travers ces neuf nouvelles, nous visitons aussi la Belgique, de Cuesmes à Anseremme en passant par St Hubert et d’autres lieux anonymes. Une Belgique entre gris clair et gris foncé, peu avenante, loin de la convivialité et de l’accueil chaleureux qu’on lui prête souvent.

     

    Peu optimiste dans l’ensemble, ce recueil de nouvelles vaut malgré tout la peine d’être découvert pour la plume alerte et acérée de l’auteur et sa maîtrise du genre. Si vous ne connaissez pas encore l’auteur, foncez.

    Merci aux éditions Académia pour cet envoi.

     

     


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  • La petite femelle, Philippe JAENADAAu mois de novembre 1953 débute le procès retentissant de Pauline Dubuisson, accusée d'avoir tué de sang-froid son amant. Mais qui est donc cette beauté ravageuse dont la France entière réclame la tête ? Une arriviste froide et calculatrice ? Un monstre de duplicité qui a couché avec les Allemands, a été tondue, avant d'assassiner par jalousie un garçon de bonne famille ? Ou n'est-elle, au contraire, qu'une jeune fille libre qui revendique avant l'heure son émancipation et questionne la place des femmes au sein de la société ? Personne n'a jamais voulu écouter ce qu'elle avait à dire, elle que les soubresauts de l'Histoire ont pourtant broyée sans pitié.  

     

    Mon avis :

     

    Ce roman de 700 pages m’a permis de découvrir l’histoire de Pauline Dubuisson que je ne connaissais pas. Moins de dix ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, elle est accusée d’un meurtre de sang-froid, celui de son amant. Belle, libre, elle catalyse toutes les rancœurs et frustrations de ceux qui ont subi les privations et les pertes dues à la guerre. On ne voit pas en elle, une jeune femme émancipée, intelligente, qui souhaite vivre comme elle l’entend sans calcul mais bien comme une traitre, une arriviste. D’ailleurs n’a-t-elle pas couché avec des Allemands et été tondue ? Cela suffit à la condamner d’avance sans même écouter ce qu’elle a à dire.

     

    Philippe Jaenada, dans une enquête méticuleuse, retrace l’histoire de Pauline et tente de lui rendre justice. Richement documenté, ce récit éclaire la personnalité et le caractère de Pauline Dubuisson d’un jour nouveau, décrivant une jeune femme instruite, moderne, bilingue et précoce qui, à 14 ans, tombe seulement amoureuse d’un beau jeune homme sans se soucier qu’il soit Allemand. Elle sera aussi une des premières étudiantes en médecine après la Libération.

    J’ai aimé découvrir cette histoire et la plume de Philippe Jaenada. Ce récit se lit facilement comme une enquête et une histoire à suspens. La lecture est intense, haletante. Et après le meurtre, c’est le procès qu’il décrit avec minutie ; un procès perdu d’avance car elle n’a pas le profil d’une repentie, cette jeune femme trop belle et trop indépendante. Que de hargne et de jalousie derrière les mots des uns et des autres, autant parmi les acteurs de la Justice que chez les journalistes.

     

    Si, comme moi vous découvrez l’auteur, sachez qu’il aime les digressions, les remarques, les anecdotes… et que cela peut parfois agacer. Mais j’ai trouvé tout cela très intéressant.

    Une belle découverte.

     

     

     


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