• Mes lectures

    Même si je lis beaucoup de littérature jeunesse afin de choisir les titres les plus appropriés à mes élèves, je lis aussi pour mon plaisir. Des romans surtout. Mais pas seulement.

    Derrière le mot roman se profilent des textes bien différents : romans de gare, romans épistolaires, romans policiers, romans réalistes, romans d'aventures... Le roman est pluriel et il existe donc de multiples raisons de s'y engouffrer.

    Le roman séduit, émeut ; il propose l'original, l'inattendu, l'éphémère, le sensuel, le hasard d'une rencontre, la violence des sentiments... Il permet de se trouver tour à tour dans la peau d'une empoisonneuse, d'un détective, d'une amoureuse, d'un aventurier, d'un dictateur... Il nous met en contact avec la complexité de nos propres vies et de celles des autres. Il nous renvoie à nous-mêmes tout en nous donnant à sortir de nous-mêmes. Il parle à notre coeur autant qu'à notre intelligence.

    Lire un roman c'est un peu prendre rendez-vous avec soi-même.

    Je conterai donc ici mes rendez-vous. Je partagerai mes coups de coeur et mes déplaisirs. Vous verrez, je suis une éclectique.

     

     

  • BEATRICE, Joris MERTENSBÉATRICE prend chaque jour le train pour se rendre au travail. Dans la cohue de la gare, un sac à main rouge attire son attention. Jour après jour, à chaque passage dans la gare, il semble l’attendre. Succombant à sa curiosité dévorante, Béatrice, en emportant l’objet chez elle, ouvre les portes d’un monde nouveau...

     

    Mon avis :

     

    De planche en planche, on repère facilement Béatrice dans la foule parisienne qui se presse du métro au travail et du travail au métro. Son beau manteau rouge attire l’œil lorsqu’elle arpente les grands boulevards. Anonyme dans le flot permanent des travailleurs pressés, Béatrice aperçoit un matin un sac rouge abandonné sur un quai. Après une harassante journée de travail aux Galeries La Brouette, elle reprend son train et aperçoit le même sac rouge au même endroit. Ce n’est que le lendemain soir qu’elle osera céder à la tentation de l’emporter.

     

    L’album est composé de cinq parties. La première nous présente l’univers de Béatrice, le train-train quotidien, son travail au rayon des gants, la succession de clientes, le cercle infernal métro-boulot-dodo. On sent à travers les images la cohue, la pression du métier, la vie morne de la jeune femme., le Paris des années 70 ses enseignes lumineuses criardes qui défigurent la ville… Puis vient le jour où elle emporte le sac et découvre à l’intérieur un vieil album de photos en noir et blanc.

     

    Cet album de Joris Mertens, scénariste et graphiste belge dont c'est le premier album, est non seulement magnifique au niveau des dessins, du rendu de l’atmosphère de la capitale, du travail dans un grand magasin… mais il a aussi l’originalité d’être sans texte. De page en page, on découvre une histoire sans paroles, tout en nuances qui nous plonge dans le quotidien d’une jeune vendeuse. Morne, banal. Jusqu’au jour où elle découvre ce petit album photos au fond d’un sac. 

     

    J’ai A-D-O-R-E ce roman graphique. C’est une vraie réussite à tout point de vue. L'auteur maîtrise à la perfection l'art de la suggestion. Différentes atmosphères se succèdent, les plans de Paris sont un émerveillement, l’histoire en elle-même est tendre et touchante, empreinte de nostalgie. Malgré l’absence de paroles, ces 110 pages sont d’une richesse narrative extraordinaire.

     

    Je compte l’étudier en classe car, tant du point de vue narratif et de l’implicite que de l’étude des cadrages, découpages, mises en perspective… il y a mille choses à dire, à faire découvrir.

    Je ne peux que vous exhorter à « lire » ce bel album poétique et nostalgique qui rend un bel hommage à l’art.

     


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  • Les jours brûlants, Laurence PEYRINÀ 37 ans, Joanne mène une vie sereine à Modesto, jolie ville de Californie, en cette fin des années 1970. Elle a deux enfants, un mari attentionné, et veille sur eux avec affection.
    Et puis… alors qu’elle rentre de la bibliothèque, Joanne est agressée. Un homme surgit, la fait tomber, l’insulte, la frappe pour lui voler son sac. Joanne s’en tire avec des contusions, mais à l’intérieur d’elle-même, tout a volé en éclats. Elle n’arrive pas à reprendre le cours de sa vie. Son mari, ses enfants, ne la reconnaissent plus. Du fond de son désarroi, Joanne comprend qu’elle leur fait peur.

    Alors elle s’en va. Laissant tout derrière elle, elle monte dans sa Ford Pinto beige et prend la Golden State Highway. Direction Las Vegas.

     

    Mon avis :

     

    Je découvre Laurence Peyrin et sa plume avec ce roman. D’emblée, j’ai été entrainée dans ce récit raconté à la 3e personne comme on parle d’une amie à une autre.

    Alors qu’elle a tout pour être heureuse et l’est, Joanne est agressée et volée. Premier nuage à son bonheur depuis près de 20 ans, elle ne l’accepte pas et sombre dans la dépression, minée par cet acte gratuitement méchant. Elle qui n’est que douceur et naïveté, gentillesse et altruisme, « sublime mère modèle » et "reine des  cocktails" qu’a-t-elle fait pour mériter ça ?

    Cette femme au foyer des années 70, heureuse de sa situation d’épouse et mère va disjoncter d’abord, dérobant des caddies de clientes dans les supermarchés comme si elle s’achetait une nouvelle vie pour effacer sa vie d’avant, son insouciance et finalement, tout plaquer. Direction Las Vegas.

     

    Tout au long de ce road trip, Joanne se cherche, s’interroge sur sa vie, tente de se reconstruire. Deux minutes ont fait basculer sa vie. Ce voyage est une quête. Et même s’il se passe dans les années 70 avec ses codes, ses luttes féministes, les soupers mondains de sa bourgeoisie… il pourrait très bien se dérouler aujourd’hui. Jusqu’au bout on s’interroge sur la chute. Comment va-t-elle revenir en arrière ? Va-t-elle revenir en arrière ? Et moi, jusqu’où pourrais-je aller à sa place ?

     

    J’ai aimé l’histoire, les chapitres courts, le style de l’auteure… J’ai apprécié cette plongée dans les années 70 que j’ai bien connues et des situations ont fait écho en moi. Et en tant que femme, cette remise en question de soi, cette envie d’autres options de vie, vivre pour soi… je le comprends et l’ai parfois appréhendé.

    J’ai vraiment apprécié la manière dont Laurence Peyrin traite son sujet : le moment où la vie bascule, où tout change. Et la solution que va choisir son héroïne qui est dans l’incapacité de gérer cet échec.

    Brillant !

    Merci aux éditions Calmann Levy pour cet envoi.

     

     

     


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  • Délivrez-nous du Bien ! Natacha POLONY & J-M QUATREPOINTL'atmosphère est lourde. Les phrases, les situations qui semblaient autrefois anodines deviennent des crimes. Nous sommes tous coupables, et les inquisiteurs nous guettent. Coupables d'avoir bu un verre, d'avoir blagué sur les femmes, de manger de la viande, d'avoir offensé une minorité quelconque. Coupables d'avoir été du côté des «dominants». Chaque jour, un citoyen qui se croyait, non pas un héros, mais un type à peu près bien, se retrouve cloué au pilori, sommé d'expier ses crimes et de faire repentance. Derrière cette traque aux dérapages et ces entreprises de rééducation, un mécanisme ? la tyrannie de minorités qui instrumentalisent des combats essentiels, pour les transformer en croisade contre une supposée majorité, contre les « dominants ».  

     

    Mon avis :

     

    Publié il y a deux ans, ce livre est d’une incroyable actualité car la situation n’a fait qu’empirer depuis. Une partie de cet ouvrage critique les néologismes imaginés pour ne pas choquer : les « concierges », les « personnes handicapées », les « femmes de ménage »… n’ont plus bonne presse et rendent suspects ceux qui emploient encore ces termes anciens. Au non du bien, on nous impose une autocensure linguistique.

    Au nom du bien et du politiquement correct, on impose aussi de ne pas afficher son appartenance religieuse, de ne pas accepter que Carmen soit assassinée par son amant, elle est devenue le symbole de la violence faite aux femmes…, de ne pas sortir du cadre imposé par la rue la plupart du temps. De nouvelles croisades ont remplacé les anciennes et par là-même de nouveaux inquisiteurs sont nés.

    Sans que l’on s’en soit rendu compte, notre mode de vie a été cadenassé, nos actes et paroles muselés, l’Histoire réécrite. On nous assomme d’interdits, de hashtags dénonciateurs… On nous agonit d’injures si on ne pense pas avec la meute, si on ose un avis personnel, un esprit critique sur un engouement populaire de masse. On en devient raciste, soumis, boomer, assassin, pécheur, pervers, esclavagiste…

     

    J’ai apprécié cette lecture car elle démontre la pensée binaire et manichéenne dans laquelle nous glissons lentement. Et depuis cette publication, d’autres sujets ont fait surface qui auraient trouvé leur place dans ce livre. Je pense comme les auteurs que la vie en démocratie c’est la recherche de la juste mesure, du consensus. Or, la logique de notre époque est minoritaire mais empêche tout débat serein, tout compromis démocratique. Persuadés de lutter pour le « Bien », de nombreux mouvements et leurs membres deviennent inquisiteurs. Puisqu’ils luttent contre le mal, leur point de vue est qu’on ne transige pas avec le mal mais qu’on l’élimine.

    Ces dernières années, que l’on parle d’égalité des sexes, de violence, de harcèlement, de véganisme, d’écologie, de racisme… on finit toujours par tomber dans l’autoritarisme forcené. Plus de présomption d’innocence, plus de circonstances atténuantes, parfois même plus besoin de faits pour étayer une accusation. On est coupable. Et ces missionnaires des temps modernes vont nous mettre sur le droit chemin.

    Le mieux, finalement, devient alors l’ennemi du bien.

     

    Un essai pertinent, à l’ironie mordante et à contre-courant de la pensée unique contemporaine. Une dénonciation de la mondialisation des idées alors que les Etats peinent à régler les problèmes qui les ont engendrées.

     


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  • L'homme qui dépeuplait les collines, Alain LALLEMANDCe jour-là, au siège de Mediapart, dans une impasse du XIIe arrondissement de Paris, c’est l’effervescence : soixante millions de documents confidentiels viennent de fuiter. Un leak à l’échelle mondiale. Pour l’essentiel, des données bancaires, dans toutes les langues, mettent au jour la corruption de l’Afrique. Anciennes nations coloniales, la Belgique et la France sont directement concernées. Une seule obsession pour l’équipe : vérifier les infos, puis publier.

    Au même moment, dans le maquis de Kipupu, à l’est de la République démocratique du Congo, un gamin laisse derrière lui la mine de Kadumwa et court, le cœur battant, vers un camp de combattants rebelles. Dans sa poche, un diamant. Une autre bombe à retardement.

     

    Mon avis :

     

    Après « Ma plus belle déclaration de guerre » puis « Et dans la jungle, Dieu dansait », j’ai dévoré le dernier roman d’Alain Lallemand.

    Une fois encore, il puise dans son expérience professionnelle pour nous raconter un récit plus vrai que nature qui colle au plus près de l’actualité. Grand reporter et journaliste au journal Le Soir, il nous plonge au cœur du Congo et des transactions internationales opaques qui règlent – et dérèglent – la vie de la population.

     

    Pour goûter ce récit dans ses moindres détails, prenez quelques heures au calme pour le lire d’une traite. Ce récit d’aventure picaresque fourmille de personnages et joue sur une alternance de situations simultanées et de rencontres assez denses qui demandent une lecture non hachée. De courts chapitres nous mènent d’un point du globe à un autre et le suspens tient en deux interrogations qui traversent le roman : l’authenticité d’une pierre précieuse et celle de documents arrivés entre les mains de journalistes de Médiapart. De là, nous rencontrons de jeunes orphelins chercheurs d’or au Sud-Kivu, des combattants rebelles à peine plus vieux que ces gamins, un jeune ingénieur-géologue idéaliste œuvrant pour une société minière canadienne, une travailleuse d’une ONG congolaise, un hacker serbe, des mafieux russes et des chefs d’Etat et banquiers d’affaires pas très clean. L’intrigue est très bien ficelée et se base très librement sur des faits vécus par le journaliste d’investigation. Cela reste cependant un roman et le côté romanesque emportera l’adhésion des lecteurs moins sensibles à la politique fiction.

     

    J’étais déjà admirative devant le travail des journalistes qui cherchent la vérité plus loin que dans les apparences, ceux qui se mettent en danger pour la faire éclater ; je le suis plus encore après avoir lu ce livre. Oser défier ceux qui tirent les ficelles du pouvoir, les grands argentiers, les mafieux en col blanc…, ne compter que sur soi, c’est couillu. Vraiment. Et risqué.

     

    A une époque où la désinformation règne en maître, cette plongée sans concession au cœur du journalisme d’investigation est salutaire et donne à voir autre chose que le lénifiant discours de certains médias. Quant à la localisation au cœur du Congo, elle ne pouvait être plus en phase avec l’actualité récente.

     

    Une pépite à ne pas laisser passer.

     

     Dessin : Marcel GROMAIRE, 6 études de têtes, exposition actuellement à la Piscine, Roubaix


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  • Cahiers Dyscool, 6e, math et françaisCahiers Dyscool, 6e, math et français

    La collection « Dyscool » de chez Nathan s’enrichit de deux manuels pour les 6e. L’un en français, l’autre en maths.

    Destinés aux enfants dys ainsi qu’à tout autre enfant en difficulté d’apprentissage, ces deux manuels ont pour objectifs de revoir les bases non acquises et d’entrainer les enfants à des exercices sur mesure. Quand on sait que 11% des enfants de 6e sont suivis par un professionnel pour des troubles des apprentissages, cette collection peut être utile.

     

    En math, plus d'une trentaine de notions essentielles sont abordées de manière progressive, donnant des consignes claires et simples aux enfants. Les exercices demandent des actions précises comme cocher, surligner, relier ou encore écrire et des pictogrammes explicites sont là pour que l’enfant comprenne rapidement ce qu’on attend de lui.

    Au centre du cahier, un carnet détachable propose les corrigés des exercices et un conseil aux parents pour chacun.

     

    En français, 41 notions sont abordées : sur la page de gauche, on trouve la théorie, ce qu’il faut retenir et sur la page de droite des exercices d’entrainement. Chaque page se termine par un défi à relever pour se dépasser.

     

    Dans les deux cas, la mise en page est aérée et offre un confort de lecture qui permet une bonne concentration de l’enfant. Il lui est aussi possible grâce à ça, de noter dans la marge, de réaliser des dessins qui l’aideront et de garder les trucs qu’il aurait préalablement acquis. La police, Arial 15, et l’interligne facilitent indubitablement la lecture. Comme dans les manuels que je vous ai précédemment présentés, un code couleur permet à l’enfant de travailler seul grâce à ces repères : départ au vert, arrêt au rouge, pas de dépassement au ciel en bleu ni sous la terre en brun.

     

    Ce sont d’excellents cahiers pour l’été, permettant de réviser un grand nombre de concepts.

     


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  • La petite fille qui aimait trop les allumettes, Gaétan SOUCYDeux enfants se retrouvent livrés à eux-mêmes après le suicide de leur père. La Loi paternelle disparue, les jumeaux se lancent à la découverte du monde. Mais cette liberté nouvelle est aussi une épreuve, pas toujours facile à négocier.

     

    Mon avis

     

    Etrange histoire que celle-ci. Est-ce un conte ? Une fable ? Un roman ? Deux enfants (des jumeaux) ayant grandi loin de la civilisation, élevés par un père pasteur stricte et austère, le découvrent pendu un beau matin. Leur monde s’écroule, leurs repères n’existent plus. Ils doivent prendre des décisions alors qu’ils n’ont jamais été amenés à le faire. La moindre chose devient une montagne à surmonter.

    Un des enfants (une fille d’après le titre mais rien ne l’affirme) semble plus débrouillard. Il sait lire, écrire et prend les choses en main peu à peu. Mais comment gérer la liberté quand on ne sait pas ce que c’est ? Comment vivre sans une autorité paternelle qui régentait tout dans les moindres détails ?

    Unis dans l’adversité mais différents dans les réactions, les jumeaux vont devoir faire face avec ce qu’ils sont (un actif, fonceur, désorganisé ; l’autre rêveur, à l’imagination fertile mais réfléchi) et ce qu’ils ont, c’est-à-dire peu de choses puisqu’ils ignorent même jusqu’à la valeur de l’argent.

     

    Roman troublant, poétique et rude. On passe de l’émotion à la noirceur, de l’émerveillement à la douleur. C’est angoissant et inventif. Tout comme la langue de l’auteur d’ailleurs. Le narrateur a appris à lire dans les livres austères de la bibliothèque paternelle comme Saint Simon ou les récits chevaleresques et sa syntaxe est approximative tout comme son vocabulaire. (Le « secrétarien », « la dernière fois remonte à lurette » …) Il faut une fameuse maîtrise de la langue pour écrire de cette façon et Gaétan Soucy la possède. 

    Un roman déroutant et séduisant à la fois.

    Merci Billy pour ce conseil lecture. Il m’avait échappé à sa sortie en 1998.

     

    La petite fille qui aimait trop les allumettes, Gaétan SOUCY

     


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  • Deuxième génération, Michel KICHKADeuxième Génération n'est pas un règlement de comptes avec l'Histoire. C'est un récit autobiographique à travers lequel Michel Kichka retrace les instantanés décisifs d'une enfance, d'une jeunesse et d'une vie passées dans l'ombre de la Shoah, du plat pays à la terre promise, entre cauchemars, souvenirs drôles, moments joyeux et actes de délivrance.

     

    Mon avis :

     

    En hommage à Henri Kichka décédé ce week-end du Covid 19 à l’âge de 94 ans, j’ai ressorti cet album lu en 2013 dont je n’avais pas parlé sur mon blog.

    Henri Kichka, unique rescapé de sa famille des camps de concentration, a passé de nombreuses années de sa vie à témoigner dans les classes et guider des jeunes en visite à Auschwitz pour que l’Histoire ne s’oublie pas.

    Son fils Michel, auteur et caricaturiste, est aussi très actif dans la lutte pour la paix au Proche orient. Le passé de son père a tant pesé sur la vie de famille que ses quatre enfants ont cherché à s’en émanciper. C’est ce que raconte ce roman graphique.

     

    Ce père parlait peu, que ce soit de sa détention ou des sentiments qui l’animaient au quotidien. Habité par ses fantômes, il lisait, par contre, beaucoup d’ouvrages sur la guerre, les camps et ses enfants craignaient de les ouvrir et d’y découvrir des photos de leur père ou leurs grands-parents. Enfant, Michel surnommé Mitchi imagine donc ce que son père a vécu au point d’en faire des cauchemars. Ce n’est qu’à la mort d’un de ses fils que, par bribes, Henri se mettra à raconter. Et fera de ses souvenirs, un récit autobiographique puis un combat quotidien auprès des jeunes.

    « Mon père est passé du statut de victime – ce que j’ai connu pendant toute mon enfances – à celui de héros de la Shoah. » Fuyant ce lourd passé, Michel s’installera à Jérusalem pour s’émanciper de cette histoire familiale et finira par la coucher sur papier en 2012.

     

    Entre témoignage personnel et fresque historique, cet excellent album est empli d’émotion, d’humour et d’espoir. Les dessins sont riches et les personnages détaillés. Michel livre avec justesse tout un pan de son histoire familial où les enfants ont grandi à l’ombre oppressante de la Shoah. D’anecdote en anecdote, il tresse les fils de sa vie et du passé pour un faire un tableau intelligent, fort, nostalgique. Un très bon album, à tout point de vue.

     

    Deuxième génération, Michel KICHKA10e

     

     

     

     

     


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