• Mes lectures

    Même si je lis beaucoup de littérature jeunesse afin de choisir les titres les plus appropriés à mes élèves, je lis aussi pour mon plaisir. Des romans surtout. Mais pas seulement.

    Derrière le mot roman se profilent des textes bien différents : romans de gare, romans épistolaires, romans policiers, romans réalistes, romans d'aventures... Le roman est pluriel et il existe donc de multiples raisons de s'y engouffrer.

    Le roman séduit, émeut ; il propose l'original, l'inattendu, l'éphémère, le sensuel, le hasard d'une rencontre, la violence des sentiments... Il permet de se trouver tour à tour dans la peau d'une empoisonneuse, d'un détective, d'une amoureuse, d'un aventurier, d'un dictateur... Il nous met en contact avec la complexité de nos propres vies et de celles des autres. Il nous renvoie à nous-mêmes tout en nous donnant à sortir de nous-mêmes. Il parle à notre coeur autant qu'à notre intelligence.

    Lire un roman c'est un peu prendre rendez-vous avec soi-même.

    Je conterai donc ici mes rendez-vous. Je partagerai mes coups de coeur et mes déplaisirs. Vous verrez, je suis une éclectique.

     

     

  • Votre commande a bien été expédiée, Nathalie PEYREBONNECommander une cocotte en fonte rouge sur Internet, l'attendre, adresser une réclamation au service clientèle en regardant d'un œil Senior Story, la nouvelle et déroutante émission de téléréalité, lire, s'inventer une existence, inviter Lucia au Pays basque pour fêter l'arrivée de la cocotte : ainsi va, paisiblement, la vie d'Eugène. Puis surviennent les premiers incidents. Et le monde entier semble pris de hoquet.

    Mon avis :

    Comptable au Pays basque, Eugène mène une vie solitaire que seuls animent la télévision et les réseaux sociaux qu’il lit mais sur lesquels il ne poste jamais rien. Et puis, un jour de janvier, il commande une cocotte en fonte, rouge, sur le site internet d’Irone. En avril, il n’a toujours aucune nouvelle de sa cocotte et adresse un mail au service clientèle. Une réponse préenregistrée lui est faite. Eugène sent monter la colère et réagit par retour du courrier avec une ironie caustique assez jubilatoire. Elise Dubois lui répond et se noue alors un échange entre ce célibataire endurci et cette maman divorcée habitant dans le Nord.

    Parallèlement, une nouvelle émission de téléréalité fait la une. Il s’agit d’enfermer douze séniors dans une belle demeure et de les regarder vivre, en en éliminant un par semaine. Mais très vite, l’émission échappe à la production : les papys se rebellent.

    Un vent de fraicheur souffle sur ce roman sympathique. J’ai été ravie de le recevoir en avant-première grâce à Babelio et Albin Michel car je ne suis pas sûre que sa couverture me l’ait fait acheter. Même si c’est une lecture facile et légère, j’ai trouvé l’histoire agréable. De courts chapitres rythment la lecture, l’écriture est poétique et drôle et la réflexion qui la sous-tend est intéressante. La touche de fantaisie finale m’a cependant prise au dépourvu et ne m’a pas entièrement convaincue.

    Ce conte de fées moderne nous renvoie cependant à notre mode de vie et pose des questions pertinentes : ce qui nous semble essentiel l’est-il vraiment ? Les choix que nous croyons poser sont-ils réellement les nôtres ? L’auteure aborde aussi divers thèmes comme la solitude, les médias, l’écologie.

    Cette lecture feel-good qui paraitra fin mai est à glisser dans vos bagages cet été pour quelques heures de lecture-détente, sans prise de tête.

     

     

     

     

     

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  • Un thé dans la Toundra / Nipishapui nete mushuat, Joséphine BACONAprès Bâtons à message, Joséphine Bacon nous fait découvrir son territoire de manière plus marquée : la toundra. Cest une expédition où nous sommes guidés à vivre les moindres émotions que procure la toundra. La poésie nous permet dentrer, de respirer la terre et de fouler ces espaces qui entrent en nous comme une grande prière. Par ce livre de poésie (innu & français), Joséphine Bacon confirme son talent de passeuse de la culture innue. Et cet imaginaire qui sapprend à lécoute des aînés et au miroir de la route.

    Mon avis :

    Après la lecture du roman d’Isabelle Bary, j’avais envie de prolonger un peu cette rencontre avec la culture innue. Je me suis donc plongée dans le recueil de Joséphine Bacon, acheté à la FLB. Poétesse amérindienne, née en 1947, elle fut arrachée à sa famille de nomades à l’âge de cinq ans, comme tant d’autres, pour être scolarisée en pensionnat. Enfant de la toundra, elle ne l’appréhendera réellement que près de 50 ans plus tard.
    Une quarantaine de poèmes nous sont offerts en français et en innu-aimun, la langue maternelle de l’auteure. J’ai aimé avoir la possibilité de la lire même si je ne la comprends pas. J’ai trouvé sa sonorité et ses allitérations musicales et entrainantes.

    Nipimuteti                                 J’ai marché
    Nikapatati                                 J’ai portagé
    Nipimishkati                              J’ai pagayé
    Tshetshi natshishkatan                Pour te rencontrer

    Ces courts textes reflètent toute la beauté de la nature et le respect de l’auteure pour cette Terre ancestrale. Par ce voyage réalisé en 1995, lors du premier rassemblement des ainés de toutes les communautés innues, elle rencontre la Toundra pour la première fois. Faisant connaissance avec le nomadisme, elle part à la chasse au caribou et contemple la ferveur des anciens, leur respect de la nature, des traditions et leur amour de cette horizon sauvage, brut, suspendu dans le temps et dans l’espace. Elle apprend à voir, à regarder, à toucher et à aimer.

    Enfant de la Toundra
    Résonne mon cœur
    Ta musique, la rivière
    Ta lumière, les étoiles
    Ton tapis, le vert tendre du lichen
    Je ne sais pas voler mais tu me portes
    Ta vision dépasse le temps
    Ce soir je n’ai plus mal
    La ville ne m’enivre plus

    Elle rend ici un bel hommage à ses origines, tentant de nous initier aux valeurs des siens, à leurs mythes et à la beauté de leur environnement. Nous retournons à l’essentiel à travers ses mots si lumineux et pourtant d’une grande simplicité. Comme une prière montante vers les Esprits des lieux.

    Ce retour aux sources se matérialise dans les textes par un dialogue entre l’auteure et quelqu’un (tu) que je n’ai pas franchement identifié. Le chasseur qui l’initie, Ishkuateu-Shushep ? Un ancêtre ? Ou la petite fille qu’elle était ? Dans certains poèmes cela semble clair. Dans d’autres non.

    Si vous goûtez la poésie, je ne peux que vous inviter à découvrir ce beau recueil ; cette marche dans la Toundra, sur les traces du passé.

    Superbe.


    Un thé dans la Toundra / Nipishapui nete mushuat, Joséphine BACON

     

     

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  • Ce qu'elle ne m'a pas dit, Isabelle BARYQuel est le point commun entre une quadragénaire moderne, belge et blonde du 21e siècle et un trappeur amérindien né dans les années ’20 ? Le sang !
    Marie a quarante-sept ans. Avec Alex, son mari, et Nola, leur fille de seize ans, ils forment une famille bourgeoise contemporaine : un boulot accaparant, une indispensable vie sociale, un chien à poil long, des engueulades et des fous rires, des sushis le samedi, des impertinences d
    ’ado avec un peu d’herbe fumée en cachette et, bien sûr, toujours trop d’Internet. Rien d’extraordinaire, en somme.
    Mais ça, c
    ’était avant. Avant que Marie ne découvre le secret bien gardé du passé passionné et violent qui est le sien.
    Tantôt cruelle et tantôt drôle, émouvante et parfois désespérée, la révélation de ce secret tisse peu à peu une histoire qui rapprochera Marie de sa fille.
    Avec ce roman, l
    ’auteure pose les questions qui nous taraudent : Faut-il révéler les secrets de famille ? La vérité est-elle toujours bonne à dire ? Comment et quand la dévoiler ?
    Parce que nous avons tous de vieux secrets, petits ou grands, Isabelle Bary célèbre, dans son neuvième livre, l
    ’imagination, la mémoire, l’amour, l’humour et la joie de vivre comme alternatives au silence.

    Mon avis :

    C’est avec beaucoup de plaisir que je me suis glissée dans cette histoire. Dès le départ, j’ai été happée par le non-dit, la tension qu’il faisait peser sur la famille et je n’ai eu de cesse de découvrir la vérité.

    Alex, Marie et Nola forment une famille aisée ordinaire. Du moins en apparence. S’il n’y avait l’opposition de la douce blondeur de Marie et de l’épaisse chevelure noire de Nola, elle passerait même inaperçue. Pourtant, derrière les apparences, se joue une lutte acharnée entre la mère et la fille. Un secret de famille pèse sur leurs relations, empêchant la tendresse et l’amour qu’elles se portent de s’exprimer librement. Marie détient la clé de ce secret et refuse de s’en servir, de savoir, alors que Nola piétine d’impatience. La fougue de sa jeunesse, son impétuosité l’empêchent de comprendre le refus de sa mère. Elle décide alors de chercher les réponses de son coté.

    Très vite, on apprend que malgré sa blondeur, Marie a du sang innu dans les veines, son père étant amérindien. Nola l’a toujours su, elle qui ne peut cacher cet héritage. Ce qu’elles ignorent, ce sont les circonstances de la disparition des parents de Marie, décédés quand elle avait trois ans. Pourtant, tout est là, entre les pages d’un dossier bleu. Pourquoi Marie refuse-t-elle de l’ouvrir ? Que craint-elle ?

    Isabelle Bary dévoile peu à peu le secret de famille tout au long de ce roman polyphonique, distillant des informations avec parcimonie au gré des interventions de Marie, Nola et Alex. Grâce à cette alternance de points de vue et aux feuillets du dossier bleu, le lecteur reconstitue peu à peu l’histoire, échafaudant des hypothèses et partageant tour à tour le ressenti de chacun.
    J’ai aimé ce choix de narration. Il permet de découvrir la vérité en même temps que les protagonistes et de se mettre à leur place. On perçoit nettement qu’Alex se sent très souvent spectateur de la joute silencieuse que mènent mère et fille ou que Nola, adolescente du 21e siècle, de l’immédiateté et des réseaux sociaux comprend difficilement les réticences de sa mère et sa volonté de postposer sans cesse cette révélation. Quant à Marie, orpheline élevée par sa grand-mère entourée d’amour et de silence, elle oscille entre l’envie et la peur. Ses repères ne risquent-ils pas de s’effondrer ? La stabilité émotionnelle qu’elle a construit vaille que vaille résistera-t-elle ?

    Dans un style vif et tendre à la fois, Isabelle Bary nous livre ce secret à la manière d’une enquête policière. Elle dose suspens et tension avec minutie reculant le plus possible le moment de la révélation sans jamais lasser le lecteur. Une fois le dossier bleu ouvert, on dévore les pages dans l’impatience de la découverte, savourant l’alternance des styles et l’élégance de la plume révélatrice et salvatrice.

    Un roman qui vous entrainera au bord du Lac St Jean, au cœur d’une réserve innu, à la découverte d’une culture, d’une histoire, d’un peuple... avec en filigrane l’amour, la liberté, la fuite du temps et la beauté des grands espaces.

    Un régal.

    Ce qu'elle ne m'a pas dit, Isabelle BARY9e

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  • Zinc, David VAN REYBROUCKDavid Van Reybrouck retrace ici l’histoire d’un infime territoire coincé entre la Belgique, les Pays-Bas et l’Allemagne, un confetti au statut unique en Europe, car déclaré neutre par les grandes puissances après la chute de Napoléon et jusqu’en 1919, faute d’un accord sur le tracé des frontières alentour. Il s’agissait à l’origine d’un banal conflit d’intérêts puisque se trouvait là un important gisement de zinc, minerai dont l’exploitation déjà ancienne connut son apogée au XIXe siècle

    Mon avis :

    Dans cet essai, David Van Reybrouck nous raconte l’histoire d’un petit village de la province de Liège à travers la vie d’Emil Rixen, né en 1903. Conçu dans une union illégitime, il naitra à Moresnet-Neutre où sa mère s’est réfugiée après avoir quitté Düsseldorf, et sera confié à l’adoption. Sans jamais quitté son village natal, il changera cinq fois de nationalité et sera enrôlé dans différentes armées.

    En effet, la neutralité de cette région persistera jusqu’en 1919 mais ensuite, au gré des conflits mondiaux, Moresnet-Neutre sera ballotée d’un pays à l’autre, avant d’être définitivement rattachée à la Belgique par le Traité de Versailles.

    Moresnet s’est construite et développée autour d’une usine de production du zinc. A l’aube de la révolution industrielle, ce graal est en effet très convoité. Non ferreux, malléable à haute température et parfait pour les alliages, il est aussi un excellent conducteur thermique et surtout il résiste à la corrosion. Le zinc, allié au cuivre, produit du laiton, allié à l’étain, du bronze. Ce métal, produit en feuille ou en plaque, servira notamment de couverture aux toits de Paris pour faciliter l’évacuation des eaux de pluie, et favorisera l’essor de l’architecture de fer. On comprend donc la convoitise que ce petit territoire a éveillée.

    L’histoire que nous raconte Zinc a un côté surréaliste ; par la situation d’abord, par les mille petits détails de la vie quotidienne ensuite. Ainsi, à Moresnet-Neutre seul le franc français a cours mais on accepte les pièces allemandes, le sou d’argent et le franc belge. Il n’y a pas de langue officielle et les habitants parlent l’allemand, le français et un dialecte local appelé Kelmeser Platt et qui mélange bas allemand et limbourgeois.

    Ce court récit, parfois technique, toujours passionnant, m’a beaucoup plu. Non seulement parce que je connais ce village et cette région et ai pris plaisir à découvrir leur histoire que je méconnaissais mais aussi parce que Van Reybrouck nous la conte merveilleusement bien à travers la vie d’un de ses habitants. Au point qu’on en vient à regretter qu’il ne soit pas plus long.
    Zinc est aussi un bel éloge de la neutralité et de l’utopie en cette période de résurgence des nationalismes.

     

    Zinc, David VAN REYBROUCK 7e

     

     

     

     

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  • Georges et les dragons, Jean-Pol HECQÀ l’été 1927, Maximilien Jelgersma débarque à Mons. Ce journaliste néerlandais prétend faire des reportages sur le Borinage, la reconstruction de l’après-guerre et la réalité sociale de la région montoise.
    Sa motivation est toutefois plus personnelle
    : il recherche Georges, un de ses cousins disparu pendant la guerre. Au cours de son enquête, Max croise notamment le cinéaste Joris Ivens, en repérage pour son film Misère au Borinage, et Stefan Zweig, le célèbre écrivain autrichien. Il reçoit l’aide d’un sous-officier véreux, côtoie un drôle de psychiatre franc-maçon et la supérieure d’un couvent. Mais, surtout, il se lie d’amitié avec un homme paisible qui prétend avoir vu de ses propres yeux saint Georges voler au secours des Britanniques au plus fort de la bataille d’août 1914…
    Qu’a réellement vu cet homme ce jour-là
    ? Et pourquoi y a-t-il tant de chevaux dans cette affaire? Ils peuplent les cauchemars de Max, tirent le Car d’Or dans la Procession de la Trinité, sont les montures de saint Georges et des hommes du 2e régiment de Chasseurs à cheval; ils forment les attelages des livreurs de bière… Peut-être sont-ils en fin de compte au cœur de l’énigme?v

    Mon avis :

    Max recherche, dans le Mons de l’après-guerre, des informations sur son cousin Georges disparu lors de la bataille de Mons en août 14. Ses investigations l’amènent à rencontrer des personnages illustres et des quidams qui, tour à tour, lui confient ce qu’ils savent ou ce qu’ils ont vécu. Max rassemble peu à peu ces bribes pour comprendre ce qui s’est passé.

    Jean-Paul Hecq a vécu vingt-cinq ans à Mons et a baigné dans les souvenirs et les légendes. Le point de départ du récit est probablement l’incendie de l’asile d’aliénés resté dans la mémoire de tous les Montois d’alors. Ne pouvant faire face à l’incendie car le personnel soignant était en sous effectif, la direction a décidé de lâcher les pensionnaires, seuls, dans la ville. Voir déambuler dans les rues enfumées, ces fantômes en robe de chambre, égarés et apeurés, a fortement marqué les esprits.

    Ce roman où se mêlent fiction et souvenirs est l’occasion pour l’auteur de parler de la Grande Guerre, du folklore et des habitudes de vie des Montois. On découvre l’origine de la fête du Doudou ; on apprend qu’Emile Verhaeren aimait accueillir en sa maison estivale du Caillou qui bique, des intellectuels comme Stefan Zweig ou Maeterlinck et Romain Rolland. Une sorte de république des lettres où se côtoyaient Belges, Français, Allemands, Autrichiens... avant la guerre.
    L’époque est aussi celle des avancées psychiatriques de Freud -les traumatismes énormes nés de la sauvagerie des combats y sont pour beaucoup. Il en sera forcément question.

    Ce roman historique nous plonge dans la grande et la petite histoire. Jean-Pol Hecq nous propose une enquête à rebondissements qui nous mène, aux côtés de son héros, dans les méandres de la ville de Mons, de ses légendes et de son vécu. Il revisite aussi la légende de la bataille de Mons et sa version a le mérite de tenir la route.
    Un premier roman agréable, une ode à une ville, à une histoire qui nous donne envie d’en savoir plus.

     

     Georges et les dragons, Jean-Pol HECQ4e

     

     

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  • La cerise sur les mots, Recettes littéraires1987-2017... Trente ans d’aventure éditoriale indépendante. Une aventure commencée en février 1987 à Lausanne, en Suisse, et poursuivie en Belgique dans un petit village de Hesbaye. Une aventure jalonnée de rencontres humaines d’une grande richesse et de découvertes littéraires de haute tenue. Un chemin tissé de passion, de fidélité et d’amitié, parcouru en compagnie d’auteurs belges, suisses et français – pour un catalogue de 535 titres à ce jour, disponibles dans les principaux pays de langue française.
    Quoi de mieux pour marquer l’événement que ce recueil hors commerce rassemblant quatorze nouvelles inédites et les recettes de cuisine qui les ont inspirées ?
    Signées Mathilde Alet, Laurence Bertels, Michel Claise, Valérie Cohen, Dominique Costermans, Patrick Dupuis, Michelle Fourez, Jean-Pol Hecq, Françoise Houdard, Claudine Hourlet, Aurélia Jane Lee, Anne-Frédérique Rochat et Emmanuelle Sandron.

    Mon avis :

    Quel plaisir de recevoir ce recueil de nouvelles et recettes lors de la Foire du livre de Bruxelles. Une bonne idée pour fêter les trente ans de cette maison d’édition belge qui a découvert bon nombre d’auteurs belges, français, suisses...
    Et, quel meilleur moment que les vacances pour essayer une recette ?

    Cuisine et littérature ont toujours fait bon ménage ; pensez à Rabelais, Corneille, Zola, Loti ou, plus proche, les bonnes recettes de madame Maigret, les romans de Michèle Barrière ou Le voyage de cent pas de Richard C. Morais. Et chez Luce Wilquin, la couverture du dernier roman de Mathilde Alet ne présente-elle pas un gâteau aux framboises ? Et le roman de Valérie Cohen ne parle-t-il pas de cake au chocolat ?

    « La cuisine, on tient ça des mères, c’est bien connu » nous dit Dominique Costermans. Elle nous raconte l’histoire de Julek, né au Congo qui préparait des zrazys ( recette de sa mère, Anka, fille unique du consul de Pologne) quand la famille recevait des invités.

    Les nouvelles sont courtes, entre quatre et six pages, et s’articulent toutes autour d’une recette particulière. J’ai choisi de préparer celle d’Aurélia Jane Lee, une tarte aux poires croustillante, héroïne d’une nouvelle qui se déroule à Silver City, au pays des cowboys. Je vous la conseille, c’est un délice.

    Allez, j’y retourne, après cette succulente lecture, d’autres recettes m’attendent.

    Bon appétit.

     

    La cerise sur les mots, Recettes littéraires2e

     

     

     

     

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  • Si c'est un homme, Primo LEVI"On est volontiers persuadé d'avoir lu beaucoup de choses à propos de l'holocauste, on est convaincu d'en savoir au moins autant. Et, convenons-en avec une sincérité égale au sentiment de la honte, quelquefois, devant l'accumulation, on a envie de crier grâce.
    C'est que l'on n'a pas encore entendu Levi analyser la nature complexe de l'état du malheur.
    Peu l'ont prouvé aussi bien que Levi, qui a l'air de nous retenir par les basques au bord du menaçant oubli : si la littérature n'est pas écrite pour rappeler les morts aux vivants, elle n'est que futilité."
    Angelo Rinaldi

    Mon avis :

    Primo Levi raconte ici les treize mois qu’il a passés dans le camp d’Auschwitz III, à 24 ans, après son arrestation par la milice fasciste. Comme il le précise dans la préface écrite en 1947, ce sont des souvenirs, parfois désordonnés, qui caractérisent la vie au camp et l’état d’esprit qui y régnait. Ce témoignage poignant est un des premiers à avoir décrit l’horreur. Depuis, nous sommes bien sûr au courant de tout cela, mais jamais nous ne pourrons appréhender dans notre chair ce que ces hommes et ces femmes ont vécu.
    Primo Lévi évoque le long voyage dans les wagons de marchandise, la faim, la fatigue, l’arrivée au camp et le hasard qui fait que certains prennent la « bonne » file et d’autres non. Il décrit ensuite la structure du camp et ses règles qui séparent les prisonniers selon leur origine et leur religion. Puis viennent les conditions de vie dans les baraquements et le travail éreintant, l’infirmerie où il reste vingt jours et où il prendra conscience que seuls ceux qui sont aptes au travail seront gardés.
    Au-delà des descriptions, il nous livre ses réflexions sur la manière dont certains se blindent pour résister à l’horreur ou au contraire deviennent des loups. Et puis il y a, parfois, les combines, les petits riens qui rendent un peu d’espoir dans cette noirceur permanente.

    Sur les nonante-six juifs italiens arrivés avec lui, il n’en reste que 21 à l’hiver 44. Les autres sont morts dont huit envoyés à la chambre à gaz. Noël arrive, la nervosité se fait sentir de part et d’autre, une mutinerie est déjouée, les punitions tombent. Primo Lévi attrape la scarlatine, ce qui lui sauvera probablement la vie ; les Russes approchent, le camp va être évacué. Et puis le 18 janvier 45, les Russes pénètrent dans le camp...

    Ce texte percutant a mis près de quarante ans à trouver son public. Paru en 1947 chez un petit éditeur, il était sans doute trop précoce. Les gens voulaient oublier pas savoir. Les Alliés avaient commandé à Primo Lévi un rapport technique sur le fonctionnement du camp d’Auschwitz. Il s’en est ensuite servi comme base à son livre, y adjoignant les notes qu’il avait rédigées au camp. Aujourd’hui, ce récit est traduit en une quarantaine de langues et est devenu un best-seller.

    Ce qui m’a frappée, c’est le ton neutre employé par l’auteur. Il raconte l’inhumanité de l’univers concentrationnaire de manière détachée, sans émotion. Alors que certains récits évoquent des moments d’entraide ou de furtifs instants de joie, Primo Lévi ne confie que noirceur, ruse et bestialité. Lui-même a compris comment s’adapter pour survivre et ne tente rien pour résister. Il est docile et compose avec le système, lâchement comme il le dit lui-même.

    Ce témoignage d’une grande puissance évocatrice est primordial, pour ne pas oublier l’indicible horreur. Primo Lévi s’est acquitté de ce devoir de mémoire mais son suicide en 1987 démontre sans doute qu’il n’avait pas réussi à vivre avec les fantômes du passé.

    A nous d’être des passeurs de mémoire pour que cela ne se reproduise jamais.

     

     Si c'est un homme, Primo LEVI

     

     

     

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