• Mes lectures

    Même si je lis beaucoup de littérature jeunesse afin de choisir les titres les plus appropriés à mes élèves, je lis aussi pour mon plaisir. Des romans surtout. Mais pas seulement.

    Derrière le mot roman se profilent des textes bien différents : romans de gare, romans épistolaires, romans policiers, romans réalistes, romans d'aventures... Le roman est pluriel et il existe donc de multiples raisons de s'y engouffrer.

    Le roman séduit, émeut ; il propose l'original, l'inattendu, l'éphémère, le sensuel, le hasard d'une rencontre, la violence des sentiments... Il permet de se trouver tour à tour dans la peau d'une empoisonneuse, d'un détective, d'une amoureuse, d'un aventurier, d'un dictateur... Il nous met en contact avec la complexité de nos propres vies et de celles des autres. Il nous renvoie à nous-mêmes tout en nous donnant à sortir de nous-mêmes. Il parle à notre coeur autant qu'à notre intelligence.

    Lire un roman c'est un peu prendre rendez-vous avec soi-même.

    Je conterai donc ici mes rendez-vous. Je partagerai mes coups de coeur et mes déplaisirs. Vous verrez, je suis une éclectique.

     

     

  • La probabilité mathématique du bonheur, Maxence FIRMINEÀ trente-neuf ans et des poussières, Noah, éternel adolescent, a de plus en plus le sentiment d'un vide essentiel qui le fait passer à côté de sa vie telle qu'il l'avait rêvée enfant. Alors un soir, il décide de poser son mal-être pour trouver la clef du bonheur. D'expérience en découverte, Noah traque le bonheur dans chaque aspect de sa vie, guidé par cette seule question : y a-t-il une recette, une formule pour y parvenir ? Une rencontre va changer la donne au-delà de toutes ses espérances...

     

    Mon avis :

     

    J’avais beaucoup aimé la poésie et la profondeur de « La petite marchande de rêves » et de « La fée des glaces ». J’avais hâte de retrouver Maxence Fermine avec ce roman pour adultes dans lequel il s’interroge sur notre quête du bonheur et le sens de la liberté. Je remercie d’ailleurs les éditions Michel Lafon pour cet envoi qui m’a permis la découverte.

     

    A l’approche de la quarantaine, Noah fait le point sur sa vie, titillé par une remarque de sa collègue et amie Elsa. Le constat est clair, malgré son métier, sa maison, ses amis… il n’est pas heureux. Il va donc tenter de s’écouter davantage et réaliser de nouvelles expériences.

    A travers Noah, son questionnement et ses tentatives d’accomplissement, l’auteur nous propose une réflexion sur le bonheur. Sport, rencontres, recentrage sur soi, expérience sensorielle… Noah fera des essais, suivra les conseils de son entourage, pensant avoir la solution qui lui faut. Mais le bonheur se trouve-t-il dans une activité divertissante ? Dans une manière de vivre épanouissante ou dans des relations d’échanges ? Devons-nous tous emprunter le même chemin vers le bonheur ?

     

    L’idée est intéressante et j’attendais beaucoup de ce roman. Mais les tentatives de Noah prêtes à sourire tant elles sont naïves. Et bien qu’on ait envie de savoir ce qui va lui arriver, ce conte de développement personnel ne décolle jamais vraiment. J’avais tant aimé le style de Maxence Firmine et son écriture envoûtante dans « La petite marchande de rêve » que je m’attendais à autre chose. Je n’ai pas été séduite par le style et le début est une longue suite de propositions pour se sentir mieux, une liste énumérant les expériences à vivre. C'est consensuel, dans l'air du temps et sans réelle surprise. L'histoire ne devient intéressante que lorsqu’il rencontre Tao et que l’on est dans le récit d’une rencontre, d‘un dialogue entre deux vies dysfonctionnant et non dans une recherche égoïste d’un mieux-être. Et même si j’avais vu arriver la fin, j’ai apprécié cette partie.

     

    Je suis déçue de n’avoir pas été enthousiaste mais je suis contente de l’avoir lu. Je me demande cependant si ce roman n’est pas une commande, une publicité déguisée car certaines références sont interpellantes et le style de ce récit est très différent des précédents de l'auteur.

    Mais je m’en voudrais de briser votre envie de le lire ; faites-vous votre propre avis. Le plaisir de lecture, comme le bonheur, est tellement personnel.

     

    La probabilité mathématique du bonheur, Maxence FIRMINE10e

     

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  • L'angoisse du poisson rouge, Mélissa VERREAULTManue aime se faire croire que son existence, « digne d’un scénario hollywoodien », est catastrophique. Fabio, jeune Italien immigrant, ne se sent chez lui nulle part, car « lorsqu’on a choisi de quitter sa maison, elle nous devient à jamais interdite ». Leurs chemins se croisent alors que Manue recherche son poisson rouge mystérieusement disparu. Le récit de leur relation s’entremêle avec celui de Sergio, soldat de la Seconde Guerre mondiale, homme mort cent fois. Tous trois s’embarqueront dans une épopée improbable où les méduses détiennent la réponse aux questions existentielles, où les messages sont livrés par pigeon voyageur et où il est parfois nécessaire d’entrer par effraction dans sa propre demeure.

     

    Mon avis :

     

    Ce roman choral met en présence trois personnages excentriques. Manue, jeune graphiste sans boulot, désœuvrée, traine son mal-être dans une vie vide. Un jour où elle cherche son poisson rouge disparu, elle rencontre Fabio, très proche de son grand-père Sergio qui a combattu durant la Seconde Guerre mondiale et survécu aux goulags. La seconde partie du roman nous transporte d’ailleurs à cette époque. Enfin, la dernière nous emmène en Italie où Sergio vient de mourir. Fabio se rend à son enterrement et reçoit de sa grand-mère une mystérieuse boite qu’il ne veut ouvrir qu’en présence de Manue.

     

    Inspirée par le grand-père de son compagnon, Mélissa Verreault a imaginé le personnage de Sergio qui donne tout son sens au roman. Après tout ce qu’il a vécu, il a surmonté ses souvenirs d’atrocités, s’est marié et a eu une vie bien remplie. En découvrant cette vie, Manue se rend compte que si Sergio a pu survivre à toutes les horreurs qu’il a connues, elle peut aussi surmonter ses peines de cœur, la perte de sa sœur, le départ de son père…

     

    Sur un ton badin voire burlesque, l’auteure nous raconte des histoires familiales parfois légères, souvent pesantes sur l’angoisse de vivre. Il arrive qu’on trouve le récit décousu mais il reste profond et traversé de sensations fortes. Et pour désamorcer l’aspect dramatique du récit, Mélissa Verreault emploie un ton pétillant et fantaisiste soutenu par une écriture juste et cela fonctionne à merveille.

     

    J’ai trouvé ce roman, qui parle de la vie, de son sens et l’interroge, profondément humain. A la fois drôle, bouleversant, hors normes, ce roman fait du bien et remet les choses à leur juste place.

    A découvrir absolument, si ce n’est déjà fait.

     

    L'angoisse du poisson rouge, Mélissa VERREAULT 8e

     

     

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  • Le deuxième mari, Larry TREMBLAYSamuel ne sait rien de la femme qu’il va épouser. Depuis des années, son père n’a ménagé aucun effort pour rendre son fils attirant, pour l’engraisser comme une volaille en vue du grand jour. La famille se réjouit, Madame est riche et les problèmes financiers se régleront bientôt. Samuel doit simplement se donner du temps pour l’aimer.

    Sur l’île où habite Samuel, l’homme obéit à sa femme. Gare à celui qui tente de s’émanciper, car des vigiles armés surveillent les rues. Marié, il devra satisfaire les désirs de Madame et se taire. Que peut un homme facilement remplaçable dans un monde où les femmes dominent toutes les sphères de la société?

     

    Mon avis :

     

    Je sors de ce roman avec un sentiment de malaise. J’ai aimé la plume de Larry Tremblay et pourtant le récit m’a ébranlée. Samuel est encore un ado innocent et naïf qui a dû abandonner l’école, quand il apprend qu’il va se marier. Toute sa famille se réjouit de ce mariage car sa future épouse est riche. Samuel, lui, rêve d’une princesse, jeune, douce, tendre… Il est bien loin d’imaginer ce qui l’attend.

    Dans ce roman, Larry Tremblay dénonce les préjugés de notre société en nous mettant face à nos acceptations muettes et nos aveuglements volontaires. A travers un miroir déformant, il nous fait spectateur de la domination des sexes. Et cela grince, percute, dérange. On se dit que la situation décrite n’est pas normale, est glauque et inadmissible. Et on réfléchit à ce qui se passe dans le monde ; ce qui s’est toujours passé. Pourquoi l’a-t-on accepté ? Pourquoi s’y est-on habitué ?

    Cette fable romanesque intemporelle qui inverse les rôles se déroule dans un pays imaginaire afin d’éviter les habituels clichés. Et cela fonctionne. Cette région, cela pourrait être ici. Ou là. L’accent est simplement mis sur la domination d’un sexe sur l’autre et sur le pouvoir tout simplement. Celui qu’on a parfois sur les autres, celui qu’on aime avoir dans certaines circonstances, celui qui asservit certains et rend puissants d’autres.

    Samuel passe, au fil des années, par diverses phases : désespoir, révolte, déni, acceptation, remise en cause, soumission... Avec finesse, Larry Tremblay brosse l’évolution de la psychologie de son héros et les insidieuses répercussions que sa situation anxiogène aura sur son mental.

    D’un bout à l’autre, je me suis sentie inconfortable dans cette lecture qui nous rend voyeur et complice à la fois. L’atmosphère y est lourde et même si l’auteur, par le choix de la fable, tente à nous mettre à distance, on ne peut s’empêcher de se sentir concerné.

    Avec une efficacité redoutable et sa plume, fine et aiguisée, il immerge le lecteur dans ce huis clos étouffant où aucun des mécanismes de la domination d’un sexe sur l’autre ne sera occulté.

    Ce roman critique éveille les consciences à un moment où, dans l’actualité, les dominés semblent enfin se révolter contre les dominants. Mais l’égalité des sexes sera-t-elle jamais totalement acquise ?

     

    Le deuxième mari, Larry TREMBLAY6e 

    Le deuxième mari, Larry TREMBLAY9e

     

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  • Jours d'attente, Th. DESAULNIERS-BROUSSEAU & S. LECLERCPendant que s’étire la Deuxième Guerre mondiale, Jérôme Beauvais s’est réfugié en forêt et il attend. Après sa désertion des Forces canadiennes, sa mère l’a envoyé dans cet endroit où il vit reclus auprès de son taciturne grand-père, qui l’occupe avec les rénovations de sa vieille maison. Bientôt, Jérôme s’intéresse à l’histoire des lieux, ponctuée de crimes et de morts suspectes.
    À mesure que son isolement grandit, Jérôme s’abîme dans les secrets de la demeure. Un suicide, un incendie et des murmures de sorcellerie hantent ses pensées, prenant peu à peu le pas sur la réalité de la guerre et sur ses propres fantômes.

     

    Mon avis :

     

    Déserteur, Jérôme s’est réfugié en forêt auprès de son grand-père bourru. Ensemble, ils retapent une vieille maison, abandonnée suite à une succession de drames. Un suicide et un incendie s’y sont produits autrefois. D’ennui, Jérôme commence à enquêter sur ces faits dramatiques à partir de vieilleries laissées dans le grenier.

     

    J’ai apprécié la psychologie des personnages, travaillée, approfondie lors de longues scènes entre le grand-père et son petit-fils et le parallèle établit entre la reconstruction du lieu et celle des liens familiaux. Le thème de la solitude et de l’isolement est bien rendu dans une intrigue qui se construit peu à peu. La Seconde Guerre mondiale sert plus de prétexte que de moteur mais l’histoire est agréable à suivre et tient la route. Pour une première BD, Thomas Desaulniers-Brousseau s’en sort avec les honneurs.

     

    On m’avait vanté le traitement graphique de cette histoire et c’est pourquoi je l’ai empruntée. Personnellement, je n’ai pas été séduite : trop de vignettes où les personnages se découpent sur fond uni, plat, traits accentués des visages et silhouettes et surtout soit des couleurs sombres soit criardes, rouges, agressives parfois jetées sur les dessins avec des traits marqués… Le découpage est classique et souvent travaillé sur une double page. Je ne suis pas assez experte pour juger le travail de Simon Leclerc, je n’ai simplement pas aimé.

     

    Au final, je reste donc sur une impression mitigée : séduite par l’histoire, déçue par la forme. Mais n’hésitez pas à vous faire votre propre opinion. Ces deux jeunes auteurs sont à suivre.

     

     

     3eJours d'attente, Th. DESAULNIERS-BROUSSEAU & S. LECLERCJours d'attente, Th. DESAULNIERS-BROUSSEAU & S. LECLERC7e

     

     

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  • Omaha Beach. Un oratorio, Catherine MAVRIKAKISDans le cimetière américain d'une petite ville de Normandie, bien des années après le débarquement allié, une famille venue d'Amérique se rend pour la première fois sur la tombe de deux des siens morts à vingt ans avant même d'avoir foulé le sable d'Omaha Beach.

    Ici, les morts ne reposent pas en paix.

    À l'heure où les soldats américains et canadiens répondent encore à l'appel de la guerre et meurent au loin, les plages de Normandie continuent à nous hanter.

     

    Mon avis :

     

    Cet oratorio (avec solistes, chœur et ensemble) rend hommage aux soldats nord-américains tombés sous les balles lors du Débarquement et est une critique féroce de la guerre, des hommages, des faux semblants et de la vie où la fin inéluctable est la mort.

    Ce texte, à la fois dramatique et ironique, est centré sur un carré de gazon vert, du cimetière américain de Colleville-sur-Mer en Normandie, écrasé par le soleil d’août. Une famille endeuillée depuis 60 ans, suite à la perte de jumeaux de 20 ans à peine, vient se recueillir sur leurs tombes pour la première fois. Il y a là leur sœur, sa fille et son gendre et deux de ses petites-filles, adolescentes. Dans ce lieu de recueillement, où tout est net, beau, ensoleillé, le calme n’est rompu que par le bruit de la mer et les cris stridents de quelques corneilles. Eunice, la grand-mère, semble bouleversée et détachée à la fois. Phyllis, la fille, ne cesse de bavasser comme pour exorciser le malheur et la mort. La tension est palpable entre elles, elle se révélera peu à peu.

    Les deux femmes reviendront de nuit, seules, à la rencontre de leurs morts, Paul et Victor, et se retrouveront avec stupeur face à face avec leurs fantômes et ceux de leurs frères d’arme, jouant au football et batifolant entre les tombes. Un dialogue virulent et brutal se nouera entre morts et vivantes, entre passé et présent.

     

    Tragi-comique, surréaliste, ce texte met en présence des êtres en souffrance mais incapables de comprendre celle de l’autre, aux antipodes de la leur. Et la rencontre ne peut qu’être étrange et brutale, rageuse et violente.

     

    Catherine Mavrikakis que je découvre avec ce court texte - de 124 pages à peine- met en scène plusieurs thèmes comme les relations mère-fille conflictuelles, l’obsessions morbide, le devoir de mémoire et une certaine esthétisation de la mort.

     

    J’ai trouvé cette pièce à la fois forte et pesante. Certains passages sont beaux et puissants et méritent qu’on s’y attarde. D’autres sont longs et redondants. D’autres encore créent un certain malaise. D’ailleurs je me demande si cette pièce est destinée à être jouée (et si elle l’a été) où simplement à être lue.
    L'auteure semble avoir un univers bien à elle ; elle a, en tout cas, une plume forte et belle. Je découvrirais certainement d'autres de ses écrits.

     

    Omaha Beach. Un oratorio, Catherine MAVRIKAKIS2e

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  • De rivières, Vanessa BELLElle baigne aux lits des rivières. Le cœur musclé, sans jamais renoncer à rien, elle se construit une maison en dehors de sa bouche, elle devient ruisseau, lac, pluie, fleuve.

    De rivières porte ses filles à bout de bras, léguant un chant radieux et son élan décisif à un romantisme féminin qui déborde l’avenir. Nés de cette rage sublime qui agite nos corps, ses mots transportent un puissant vent de courage.

     

    Mon avis :

     

    Ce recueil de poésie parle de la femme, de la maternité et de ce que cela implique. Les poèmes sont courts et en vers libres. Parfois une phrase seule suffit pour tout dire tant ils sont riches.

    Femme et rivière se confondent, ondoient, coulent ou bouillonnent. 

     

    Il faut prendre le temps pour appréhender au mieux la puissance de ces vers riches de plusieurs lectures. Souvent les poèmes se répondent les uns aux autres racontant une histoire où les émotions ont une place prépondérante. « N’ignorez pas vos colères, elles sont vos romances » écrit l’auteure, revendiquant ainsi cette rage qui agit comme une énergie créatrice.

     

    De rivières parle de femmes fortes, de sœurs, de femmes meurtries, abusées, déchirées et de femmes aimantes. Elles les rassemblent sous le signe de l’eau, unies dans la résistance.

    La parole de Vanessa Bell est féministe, engagée. Elle nous confie un récit personnel mais qui trouvera un écho en chacune de nous sous l’un ou l’autre aspect. C’est beau, dur, fort.

      

     

    De rivières, Vanessa BELL1er

     

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  • Civilizations, Laurent BINETVers l’an mille : la fille d’Erik le Rouge met cap au sud.

    1492 : Colomb ne découvre pas l’Amérique

    1531 : les Incas envahissent l’Europe.

    À quelles conditions ce qui a été aurait-il pu ne pas être ?

    Il a manqué trois choses aux Indiens pour résister aux conquistadors. Donnez-leur le cheval, le fer, les anticorps, et toute l’histoire du monde est à refaire.

    Civilizations est le roman de cette hypothèse : Atahualpa débarque dans l’Europe de Charles Quint. Pour y trouver quoi ?

      

    Mon avis :

     

    Débuté fin septembre, j’ai abandonné ce roman avant la fin, me disant que j’y reviendrai peut-être mais je n’en ai pas ressenti l’envie. J’avais rédigé un premier billet, rapidement interrompu. Je pensais ne pas le publier. C’est l’avis d’une blogueuse qui m’a donné envie de revenir à mes notes pour le finaliser.

     

    « Civilizations » est le nom d’un jeu vidéo. Je l’ignorais jusqu’à ce que mon fils m’en informe. Il consiste à développer une civilisation et à être meilleur que les concurrents. Laurent Binet indique donc dès le début que tout cela n’est qu’un jeu.

    Ce roman est divisé en quatre parties. La première évoque la fille du pirate Erik le Rouge, (j’ai eu du mal à entrer dans cette saga nordique et à comprendre son intérêt jusqu’à ce qu’on parle du fer) la deuxième est une parodie de journal de bord de Christophe Colomb, suivie d’une chronique sur l’arrivée des Incas en Europe alors que la guerre de religion fait rage, probablement la plus dynamique mais j’y ai perdu pied, je n’ai plus suivi l’auteur.

     

    Ce roman se veut une uchronie, c’est-à-dire un récit de fiction basé sur des faits historiques mais dont une donnée aurait changé. Ici, Binet imagine que Christophe Colomb n’a pas découvert l’Amérique et ne rentre pas en Espagne et qu’au contraire ce sont les Incas qui vont envahir l’Europe où leur religion remplace le catholicisme. C’est amusant un temps (pour autant qu’on ait des connaissances historiques sur l’époque), les chapitres sont brefs et permettent une progression assez rapide et puis… pfff.

     

    Cela aurait dû me plaire, j’aime les romans historiques, l’uchronie, Binet… Mais le mélange des genres m’a semblé d’une grande maladresse. Laurent Binet écrit bien, son récit tient la route mais c’est un tel étalage de savoirs, d’allusions littéraires, de parodies, de références de toutes sortes… qu’on arrive à saturation. L’uchronie devient un exposé historique (à l’envers) et didactique sans émotion. Et on ne sait plus s’il s’adresse aux amateurs de SF en cherchant à les instruire (pensant ainsi qu’ils ne le sont pas) ou s’il tente d’attirer son public vers un genre qui ne lui est pas familier, surfant ainsi sur la vague à la mode. « Moi aussi, je peux écrire de l’uchronie, mais en mieux ».

     

    Déception donc et abandon, ce qui est assez rare chez moi mais j’ai trouvé le récit par trop inégal.

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