• Bibliothèque noire, Cyrille MARTINEZQue se passe-t-il dans les bibliothèques la nuit, derrière les portes closes et les banques de prêt désertes ? Les lecteurs choisissent-ils leurs livres, ou est-ce plutôt l'inverse ? Vient-on en bibliothèque pour travailler, voyager, ouvrir ses mails ou avoir chaud ? Et si la bibliophilie était un sport de combat ? Partant de l'univers policé de la Grande Bibliothèque et retraçant l'histoire de la lecture publique, ce roman nous mène jusqu'aux forêts urbaines où s'échafaude l'utopie d'une bibliothèque noire, sauvage, avec la liberté de lire et d'écrire pour unique mot d'ordre.

    Mon avis :

    Ce livre qui nous donne l’illusion d’être un roman fantastique est en fait un essai sur la Bibliothèque nationale et de la lecture publique. A travers l’histoire d’un lecteur, d’un livre puis d’une bibliothécaire, on découvre l’histoire d’un lieu, d’un métier et de leur évolution. De la bibliothèque privée (librairie) réservée aux riches instruits, à la bibliothèque informatisée, le lecteur nous raconte la grande et la petite histoire de la Grande Bibliothèque de Paris, de sa création au 16e siècle à nos jours, égratignant au passage un Président et des manières de faire despotiques sous couvert de culture.

    Le livre nous conte l’histoire de l’intérieur : la rivalité supposée entre classiques et jeunes livres qui finiront probablement dans les oubliettes des réserves, les livres nobles et les autres. Il nous confie aussi son agacement des écrans qui éloignent des livres et des pseudos lecteurs qui viennent travailler sur leur portable dans la salle de lecture sans jamais ouvrir un ouvrage.

    La bibliothécaire donne enfin sa version des faits en professionnelle. Et ses collègues goûteront probablement mieux son intervention que le lecteur lambda même s’il en comprendra tout l’enjeu. Bibliothécaire et écrivain, Cyrille Martinez s’inspire visiblement de son expérience.

    J’ai bien aimé ce livre précisément documenté, au ton ironique et mordant qui se lit comme un roman. Il nous parle de livres (quel bonheur) et de lecture : son importance, ses richesses, ses enjeux, les dangers qui la guettent… comme celui de consommer les livres comme n’importe quel autre produit. Que reste-il de nos lectures quand le livre est fermé et oublié sur une étagère ? Qu’en avons-nous retiré ?

    Un ouvrage déroutant mais agréable à lire et qui fait l’éloge de la lecture.

     

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  • Le Démo La vraie vie, Adeline DIEUDONNEest un lotissement comme les autres. Ou presque.
    Chez eux, il y a quatre chambres. Celle de Gilles son frère, la sienne, celle des parents, et celle des cadavres. Le père est chasseur de gros gibier. Sa mère est transparente, amibe craintive, soumise aux humeurs de son mari. Les enfants passent leur samedi à jouer dans les carcasses de voiture de la décharge. Jusqu’au jour où un violent accident vient faire bégayer le présent.
    Dès lors, Gilles ne rit plus. Elle voudrait tout annuler, revenir en arrière. Retrouver son petit-frère, celui qui enchantait le monde. Cette vie lui apparaît comme le brouillon de l’autre. La vraie.
    Alors, en guerrière des temps modernes, elle retrousse ses manches et plonge tête la première dans le cru de l’existence. Elle fait diversion, passe entre les coups, se découvre femme et conserve l’espoir fou que tout s’arrange un jour.

    Mon avis :

    Il y a longtemps qu’un récit ne m’a pas aimantée de cette façon. Happée dès la première phrase, j’ai lu ce roman d’une traite pour le terminer en apnée à l’aube. Fulgurant.

    Non seulement Adeline Dieudonné a une plume acérée et précise, maniant avec bonheur et sans aucune lourdeur les métaphores tout comme les mots justes et précis. Mais elle raconte admirablement les histoires dosant avec minutie le suspens, les fausses pistes et l’émotion qui nous étreint quand on ne s’y attend pas. Pas de larme mais un goût amer qui s’insinue peu à peu au fil de la lecture jusqu’au dégoût. La force de ce roman est que rien n’est décrit de manière outrancière ou trash, tout est subtil et exprimé par les mots d’une fillette d’une lucidité implacable et d’une énergie peu commune.

    Pour pallier les manques de sa famille dysfonctionnelle, la narratrice tente d’égayer la vie de son petit frère en faisant diversion. Elle l’emmène en cachette dans une casse de voitures où ils leur parlent pour qu’elles n’aient plus peur ou chez Monica, vieille dame excentrique qui raconte si bien les histoires. Et le soir, quand il se glisse dans son lit, elle le rassure et chasse ses peurs. Tout ce qu’elle veut, c’est entendre son rire, clair et innocent qui l’emmène alors à mille lieues de chez elle.

    Toute l’histoire est tenue à bout de bras par cette gamine, magnifique personnage qui se construit sous nos yeux au fil du temps. Courageuse, lucide, intelligente, sensuelle, elle veut mordre la vie à pleine dent refusant d’être une proie. D’une force mentale indubitable, elle trace sa route avec un objectif : rendre le sourire à son petit frère après un terrible drame qui l’a enfermé en lui.

    Adeline Dieudonné nous décrit également une batterie de personnages secondaires finement observés et dont elle dresse un portrait d’une grande justesse. Gravitant autour de l’héroïne, ils la mettent en lumière tout au long d’un récit féroce, ironique et percutant dont je suis sortie KO.

    L'auteure ose briser les codes et si l'argument est classique, elle met en place une histoire vénéneuse que l'on n'attend pas de prime abord. C'est la force du livre, selon moi. Ce regard d'enfant mature et lucide dans la noirceur du quotidien et qui pourtant se réfugie dans le rêve, l'utopie, le merveilleux pour sortir de cette noirceur.

    Je vous le recommande très chaudement ; je suis sûre qu’on parlera beaucoup de ce premier roman.

     

    La vraie vie, Adeline DIEUDONNE



     
    3e

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  • Ma place dans le circuit, Sabine DORMONDC’est sans doute l’une des angoisses lancinantes de notre époque. Ou peut-être de tous les temps.
    Trouver sa place dans le monde professionnel, quand la tendance est au dégraissage et à la déshumanisation des rapports. Quitte à écraser l’autre.
    Se profiler face à la concurrence, évincer ses rivaux.
    Trouver sa place dans une société de plus en plus clivée.
    Trouver sa place quand on porte comme une tare la culpabilité d’un autre.
    Ou sur ses épaules le poids de la vérité.
    Trouver sa place auprès de l’autre, jusqu’à se l’accaparer.
    Trouver sa place quand la vie s’obstine à nous refuser le rôle convoité.
    Et la foi, a-t-elle encore sa place dans un monde fanatiquement laïc ?
    … si tout l’enjeu se résumait à ça ?

    Mon avis :

    Je découvre l’auteure avec ce recueil et le moins qu’on puisse dire c’est qu’elle excelle dans ce genre. Chacune des nouvelles de ce recueil est un instantané pris sur le vif de la vie d’inconnus confrontés à l’exclusion. Soit parce qu’ils ont perdu leur travail, ou leurs repères, soit parce qu’ils se sont vus évincer pour un(e) autre. Ces exclusions réelles ou perçues sont toutes différentes mais leur point commun est qu’elles mettent en scène des gens ordinaires. Les « héros » bien malgré eux de ces histoires pourraient être chacun de nous. Broyés par la vie, par la société, ces êtres sont dépeints par Sabine Dormond avec une réelle tendresse.

    Parfois criantes de vérités, parfois caricaturales, ces nouvelles mettent en évidence l’individualisme qui grignote chaque jour un peu plus notre société et la solitude qui tôt ou tard en découle. Est-ce cela que nous voulons ? Est-ce ce monde dont nous rêvons pour les générations futures ? Sommes-nous à ce point conditionnés pour trouver tout cela inévitable ?

    J’ai aimé le style concis, sans fioriture de l’auteure qui captive dès les premières lignes.

    Ces nouvelles quasiment kafkaïennes se lisent parfois avec une boule dans la gorge. On y perçoit l’exclusion mais aussi la culpabilité des protagonistes et le poids de la rentabilité, de la performance, qui broie les rapports humains. C’est parfois sombre et pessimiste mais tellement vrai. Une belle manière de nous faire réfléchir à nos valeurs et aux liens sociaux que nous souhaitons. « Il en faut des rebelles, des vrais, pour nager à contre-courant. »

     

     Ma place dans le circuit, Sabine DORMOND

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  • La petite voleuse de perles, Michèle PLOMERWang Xia, une jeune servante qui a volé le collier de perles de sa patronne, croise la route de la narratrice en voyage à Hong Kong. Au détour d’une balade dans les marchés, cette dernière a le coup de foudre pour un ravissant poisson rouge. Elle l’achète pour une poignée de riz à un jeune vendeur efflanqué, Huang. Mais Huang s’est trompé : « Poissonne » vaut en réalité une fortune pour les Chinois du fait de sa riche laitance. Du coup, l’oncle de Huang, joueur invétéré, réclame le poisson à cor et à cris.

    Mon avis :

    Michèle Plomer nous offre ici une histoire ancrée au cœur d’un pays, d’un mode de vie et d’une culture qu’elle chérit. Je la découvre avec ce roman.

    La narratrice, québécoise, a accepté une mission professionnelle à Hong Kong à la suite du suicide de son compagnon, H. Une manière de fuir les funérailles, sa famille arrivée d’Europe et la complexité de leur liaison qui ne l’a pas laissée indemne. Dans le train, une jeune chinoise en fuite, elle aussi, lui confie son parcours et lui remet une lettre qu’elle destinait à sa mère. Introuvable, elle ne peut la lui envoyer et demande à la narratrice de la lire puis disparait dans la foule. En parcourant la lettre, elle apprendra les raisons de sa fuite et les difficultés de vie des jeunes filles des campagne dans cette mégapole.

    Peu après, en déambulant dans les quartiers populaires, elle est séduite par un poisson qui semble l’appeler au secours. Elle l’adopte et le baptise « Poissonne ». Elle deviendra sa confidente.

    Cette autofiction nous décrit le fossé qui sépare parfois la pensée occidentale de la pensée chinoise et les difficultés de compréhension qui peuvent en découler. A travers l’histoire de la narratrice, Michèle Plomer nous décrit certains côtés de la vie en Chine, un bouillon polychrome aux multiples saveurs. En découvrant Canton puis Hong Kong, la narratrice retrouve le plaisir de se nourrir, de se balader libre et de vivre, simplement. En apprivoisant le pays, elle se réapprivoise. Cette façon subtile de nous présenter peu à peu l’héroïne avec ses forces et ses failles et de nous dévoiler la relation toxique qu’elle vivait avec H. est très attrayante.

    J’ai aimé la plume de l’auteure, empreinte d’une grande poésie, ses descriptions précises qui font appel à tous nos sens, son vocabulaire choisi et ses métaphores. Les courts chapitres rythment le récit et abordent presqu’à chaque fois un aspect de la vie chinoise : le logement, les transports, la nourriture, les commerces, les rapports humains… L’auteure émet quelques remarques sur la rudesse de la société sans toutefois porter de jugement. Elle expose les faits et compare parfois avec la société québécoise mais sans critiquer.

    Un roman original et sensuel qui nous rappelle que la vie est fragile, belle et précieuse, comme les perles.

     

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  • La perspective Luigi, HAUTIERE & CUVILLIERAlors qu’ils cherchent à fuir la zone occupée par l’armée allemande, quatre orphelins français et une jeune refugiée belge montent dans le mauvais train et arrivent à Berlin, capitale du Reich. Pour survivre dans une ville étrangère meurtrie par la famine, ils partagent le quotidien d’une bande de gosses des rues, tout en cachant leur véritable nationalité. Au cœur du territoire ennemi, ils manquent à chaque instant d’être capturés par la police ou pris dans les affrontements avec d’autres bandes !

    Mon avis :

    Alors que le tome 5 de « La Guerre des Lulus » laissait des zones d’ombre dans la vie des jeunes entre 1916 et 1917, « La perspective Luigi » vient apporter des réponses.

    Nous sommes en 1936 à Amiens. Luigi devenu artisan-commerçant est contacté par un homme qui dit vouloir écrire un recueil de témoignages de Français ayant été déportés en Allemagne durant la guerre. Luigi raconte alors comment, en se trompant de train, ses amis et lui sont arrivés à Berlin et non en Suisse.

    Alors que la guerre entame sa troisième année, Berlin semble vivre comme si rien ne se passait. Pas de soldats en arme dans les rues, fêtes foraines, balades au parc… les Berlinois aisés ne se refusent rien. Nos amis, eux, se retrouvent malgré eux entrainés dans un repère d’enfants des rues. Orphelins eux aussi et livrés à eux-mêmes, leur vie est un combat quotidien pour trouver à manger et survivre. Malgré la barrière de la langue, ils vont sympathiser, laissant croire à leurs hôtes qu’ils sont Suisses et non Français.

    On retrouve avec plaisir ces cinq enfants téméraires, surmontant leur déception et leur peur de ne pas être en Suisse. Malgré les conditions de vie difficiles dans cette capitale à deux vitesses, le récit garde le ton humoristique que j’appréciais. Hardoc, le dessinateur, a laissé la place à Damien Cuvillier qui parvient à garder la fraicheur et l’esprit de la série. Les retrouvailles avec ces jeunes héros sont réussies et l’évolution du personnage de Luigi, devenu adulte, l’est aussi. Je trouve intéressant aussi de changer d’univers graphique en changeant de narrateur. Une bonne idée de Régis Hautière.

    J’ai craint en terminant le tome 5 que ce diptyque soit « l’album de trop » mais je m’aperçois qu’il apporte un complément d’information intéressant par rapport à l’histoire précédente et un point de vue plus personnel. Découvrir Berlin pendant cette période est aussi une excellente idée et le passage d’une série à l’autre se fait harmonieusement.

    Je ne peux donc que vous conseiller cette lecture des aventures des Lulus si vous avez aimé les premiers tomes.

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  • Un cœur à l'abri, Nora ROBERTSPar un soir d'été dans un centre commercial de la banlieue de Portland, un jeune étudiant, Reed, profite de sa pause pour tenter de séduire une jolie serveuse. Au même moment, Simone, Mi et Tish, amies depuis l'enfance, entrent dans une des salles de cinéma. Alors que Simone vient d'être quittée par son petit ami, celui-ci débarque avec une nouvelle fille... Simone court en pleurs s'enfermer aux toilettes. C'est là qu'elle entend les premiers coups de feu. Terrifiée, elle appelle immédiatement la police. Grâce à son intervention, les secours arrivent. Les tireurs sont abattus et le massacre prend fin.

    Trois ans plus tard, tandis que les survivants tentent de se reconstruire, Reed, devenu policier, constate que ceux qui ont échappé à la fusillade meurent les uns après les autres, tués ou apparemment victimes d'accident. En réalité, le cerveau de l'opération a survécu et compte bien, dans l'ombre, achever son œuvre.

    Mon avis :

    Voilà le livre idéal pour les vacances, à lire à l’ombre sous les frondaisons.

    Le roman de Nora Roberts allie suspens, aventure, drame et romance. Facile à lire sans être simpliste, il nous propose un suspens bien mené. Collant à l’actualité, il démarre par un acte terroriste, hélas, banal et cruel. Tirant au hasard dans le but de faire le plus de victimes possible, trois jeunes vont perpétrer un massacre au milieu d’une foule d’anonymes et bouleverser à jamais des centaines de familles. Dans cette foule, une dizaine de personnes sont mises en lumière par l’auteure. D’emblée, nous nous attachons à elles et suivons leur vie au fil du temps qui passe. Au-delà du roman dramatique mâtiné de romance, l’auteure livre un témoignage sur la reconstruction des survivants d’une tuerie de masse. Nous constatons leurs fêlures, leurs peurs, le déni ou les mises en danger auxquelles elles se livrent consciemment ou non. Chacun a une manière personnelle de continuer sa vie.

    Il faudra du temps à Simone pour trouver sa voie et pouvoir exprimer les émotions qui l’habitent depuis ce terrible jour. Reed, lui, déterminé, choisira d’entrer dans la police pour traquer les délinquants et protéger les plus faibles. Mais, contrairement à Simone, il ne perdra jamais ce drame de vue, gardant même un œil sur les survivants et menant une enquête officieuse dès les premiers morts. On saura très tôt qui est derrière les crimes en série car là n’est pas l’axe principal du récit, mais plutôt la manière dont le criminel s’y prendra et de quelle manière il trompera son monde.

    La construction psychologique des personnages est méticuleuse et participe au plaisir de lecture car chacun évolue au fil de la décennie que dure ce récit. L’entourage de chacun est aussi déterminant, que ce soit en raison de l’éducation donnée et reçue, que de leur réaction suite au drame qui les touche car tous ne voient pas ou ne comprennent pas le traumatisme vécu. Là aussi, le lecteur assiste à une transformation des relations familiales et à une prise de conscience qui prendra parfois du temps.

    Ce roman de Nora Roberts m’a été gentiment offert par Camille des éditions Lafon et je ne le regrette pas. On pourrait peut-être lui reprocher d’être parfois trop détaillé ou trop américain avec un happy end attendu, mais on le sait au départ, c’est du Nora Roberts. Il se veut divertissant avant tout et il l’est. Idéal pour une lecture d’été.

     

     

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  • Wittgenstein à l'aéroport, Husch JOSTENLe hasard existe-t-il ? Lorsqu’on échappe de peu à l’effondrement des Twin Towers puis à l’attentat du marathon de Boston, peut-on parler de prédestination ou de fatalité ? Frôler la mort ou tomber saisit. Dans la salle d’embarquement de l’aéroport de Heathrow, Caren tente de reprendre ses esprits. 

    Mon avis

    Nous sommes le 14 novembre 2015, à l’aéroport d’Heathrow. Journaliste, Caren se voit empêchée d’embarquer pour Paris car l’avion est cloué au sol. Sans information des autorités de l’aéroport, elle tente de comprendre en observant ce qui se passe et en communiquant avec son patron au journal. Adolescente, Caren a échappé à l’attaque du Word Trade Center en 1993 puis plus tard, à celui du 11 septembre 2001 et du marathon de Boston en 2013 auquel elle participait. A 37 ans, après son reportage sur l’attentat de Charlie Hebdo, Caren éprouve des crises d’angoisse. Pour y échapper dans le hall des départs, elle engage la conversation avec son voisin, un érudit qui goûte la philosophie et qu’elle surnomme Wittgenstein.

    Ce roman atypique mêle les événements à l’aérogare, les souvenirs de Caren, sa rencontre amoureuse et les échanges avec son voisin où pointent de nombreuses réflexions philosophiques. Il est souvent difficile de ne pas perdre le fil de leurs échanges car les pensées de Caren et ses interrogations personnelles croisent les idées philosophiques de l’homme sur les histoires, leur véracité, l’ordre, le désordre, le hasard… Pour cette raison, il laissera peut-être certains sur le bord ; moi-même je ne suis pas sûre d’avoir tout compris.

    J’ai cependant apprécié l'écriture de l'auteure et la manière dont elle traite des attentats, sans pathos, sans colère. Caren tente de rester objective et détachée face à l’horreur. Elle refuse de réagir avec passion et garde la tête froide afin de comprendre le pourquoi et le comment des faits. Elle s’interroge aussi sur l’entourage des terroristes et ce qu’il peut penser quand il découvre le nom de l’auteur d’un attentat. Mais à force de rester à distance, objectif, ne passe-t-on pas à compter de l'essentiel ?

    Comme le pense Wittgenstein, on ne comprend une histoire qu’en l’appréhendant dans son ensemble. Et en cela, la fin est surprenante et intéressante. Mais peut-être l’auteur a-t-il voulu trop en faire avec ce récit riche en suspens et rebondissements. J’ai trouvé le tout complexe et embrouillé même si je comprends bien qu’Husch Josten a voulu traiter de notre quête personnelle du bonheur malgré l’insécurité collective ambiante.

    Au final, je ressors de cette lecture avec un avis mitigé.

     

     

     

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