• Mes lectures

    Même si je lis beaucoup de littérature jeunesse afin de choisir les titres les plus appropriés à mes élèves, je lis aussi pour mon plaisir. Des romans surtout. Mais pas seulement.

    Derrière le mot roman se profilent des textes bien différents : romans de gare, romans épistolaires, romans policiers, romans réalistes, romans d'aventures... Le roman est pluriel et il existe donc de multiples raisons de s'y engouffrer.

    Le roman séduit, émeut ; il propose l'original, l'inattendu, l'éphémère, le sensuel, le hasard d'une rencontre, la violence des sentiments... Il permet de se trouver tour à tour dans la peau d'une empoisonneuse, d'un détective, d'une amoureuse, d'un aventurier, d'un dictateur... Il nous met en contact avec la complexité de nos propres vies et de celles des autres. Il nous renvoie à nous-mêmes tout en nous donnant à sortir de nous-mêmes. Il parle à notre coeur autant qu'à notre intelligence.

    Lire un roman c'est un peu prendre rendez-vous avec soi-même.

    Je conterai donc ici mes rendez-vous. Je partagerai mes coups de coeur et mes déplaisirs. Vous verrez, je suis une éclectique.

     

     

  • Des traversées et des mots - RecueilCes voix racontent les traversées – de pays, de mers, de frontières ou d’enfers – qui, presque toujours, aboutissent à l’exil. Ces voix sont celles d’hommes et de femmes qui ont vécu, subi ou accompagné les fuites, les cheminements, les tortures et les rêves, brisés parfois. Et qui les écrivent. Ces voix sont celles d’écrivains (d’Irak, de Syrie, du Nigeria, du Congo, d’Espagne, de Belgique ou d’ailleurs) qui disent, de toute la force de leurs mots écorchés, la puissance de l’espoir. Et l’irréductible besoin de fraternité.

     

    Mon avis :

     

    Ce recueil paru aux éditions Mardaga a été réalisé dans le cadre du projet « Ecritures migrantes » de la Foire du Livre de Bruxelles. Il donne une voix aux auteurs muselés par les circonstances de la vie qui se retrouvent chez nous, en Belgique.

    Il rassemble des nouvelles, des poèmes, des témoignages… d’auteurs d’ici et de là-bas. La préface est signée par Victor Del Arbol, auteur espagnol bien connu et Geneviève Damas, Xavier Deutsch ou Françoise Lalande signent un texte comme d’autres auteurs réfugiés.

     

    « Je n’ai qu’une seule nationalité. C’est l’Humanité » écrit Ali Talib, auteur irakien qui pensent que l’avenir ne peut se construire que sur le partage et les échanges. Telle est la philosophie de ce recueil.

    Ces textes sont empreints d’émotion, de force et d’espérance à l’image de leurs auteurs. Ces hommes et ces femmes que la vie a malmenés, déchirés, transformés en voyageurs malgré eux. Ils nous donnent à entendre le récit de traversées parfois insensées ; de voyages dangereux dans le but de simplement survivre. Pour que la vie gagne toujours.

     

    Un recueil que je vous conseille, notamment si vous êtes enseignants. Les bénéfices de la vente seront reversés à « Médecins du Monde » pour ses programmes destinés aux personnes migrantes en Belgique.

     

     

     

     

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  • Onnuzel, Thierry ROBBERECHTOnnuzel, c’est un gamin de huit ans. Il vit dans le Molenbeek des golden sixties avec sa mère et sa petite sœur. Onnuzel ne comprend rien au monde, mais il se pose beaucoup de questions, du genre : où est mon père ? pourquoi est-il parti ?

     

    Mon avis :

     

    Drôle de titre me direz-vous. Effectivement.

    N’étant pas Bruxelloise, je n’avais jamais entendu ce mot avant de recevoir le livre choisi sur Masse Critique.

     

    « L’onnuzel, ignore tout, ne comprend rien, mais il est obstiné... ; » nous dit l’auteur. Onnuzel, c’est une expression bruxelloise très proche de « fada », qui vient du flamand et signifie « imbécile ».

    Le gamin de 8 ans dont il est question ici est un peu niais, naïf et pas très futé. Mais il observe et cherche à comprendre ce qu’on lui cache. Ce que sa mère lui cache. Ce qu’il veut comprendre lui c’est pourquoi elle méprise autant les hommes. Où est son père ? Pourquoi est-il parti ? Qui était-il ? Qu’est-il arrivé quand il était petit et dont il ne se souvient pas ? Il a l’impression que s’il savait, s’il retrouvait ce père absent, sa vie changerait car ne pas savoir le bloque, le mine et occupe toutes ses pensées. Et la douleur que sa mère affiche chaque jour se dissiperait sans doute. « Il a disparu le père, mais il est partout. » Cette mère désespérée et désespérante, tellement enfermée dans ses remords et ses déceptions qu’elle élève ses enfants dans la haine du père disparu tout en donnant aux apparences celle d’une mère parfaite, se sacrifiant pour ses enfants. Pauvres petits déjà investis d’un si lourd passé qu’ils doivent porter malgré eux.

     

    Le récit se passe dans les années 60, à Molenbeek, bien loin des « Golden Sixties ». Baudouin est roi, le Congo est indépendant depuis peu et les anciens, ceux qui y ont vécu, sont d’une grande nostalgie quand ils évoquent ces années-là. Thierry Robberecht dresse le portrait triste mais juste d’une société et d’une famille sans joie, terne, vivant de souvenirs et de regrets. A l’image de la mère qui a fait un mauvais mariage et se retrouve perdue, seule dans la vie.

     

    Le roman est raconté d’un point de vue de l’enfant, exposé à la condescendance des uns et à l’hostilité des autres. Un enfant à qui les adultes ont volé l’insouciance par leur non-dit étouffants et leurs reproches incessants.

    Ce très court roman flirte avec le journal intime mais il est raconté à la 3e personne. C’est sans doute ce qui m’a gênée. Le récit lie intimement le regard naïf de l’enfant et celui de l’adulte a posteriori, le style haché, bref, d’une narration enfantine et les belles tournures, les figures de style léchées de l’adulte. C’est déstabilisant.

     

    Cependant ce roman évoquant une relation toxique d’une mère enfermée en elle-même reste émouvant et fort tant le besoin d’amour et la haine restent proches d’un bout à l’autre.

     

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  • La vérité sur "Dix petits nègres", Pierre BAYARDAucun lecteur sensé ne peut croire en la solution invraisemblable proposée à la fin du célèbre roman policier « Dix petits nègres ». En donnant la parole au véritable assassin, ce livre explique ce qui s’est réellement passé et pourquoi Agatha Christie s’est trompée.

     

    Mon avis :

     

    Pierre Bayard est professeur de littérature française à l’Université de Paris 8 et psychanalyste. Dans la première partie de cet essai, il se met dans la peau du vrai coupable et reprend le déroulement des événements du récit en les résumant. Il mène ensuite sa contre-enquête rigoureuse afin de souligner les impossibilités et les invraisemblances qui selon lui rendent ce récit irrationnel.

    Une troisième partie tente de nous expliquer ce qui a aveuglé les millions de lecteurs les empêchant d’accéder à la vérité.

    Enfin, le dénouement nous expose ce qui s’est vraiment passé sur l’île.

    J’ai lu le célèbre roman d’Agatha Christie à l’adolescence et ai été totalement bluffée par l’ingéniosité de l’auteure. Je l’ai relu deux fois ces dix dernières années pour des raisons professionnelles. Je pensais le connaitre mais Pierre Bayard parvient encore à attirer l’attention sur des détails non perçus à la lecture. Citant de nombreux extraits, il permet cependant au lecteur de suivre ses déductions sans avoir pour autant une connaissance pointue du roman. L’auteur est très fort pour recréer l’ambiance de l’île si particulière et il démonte magistralement la construction littéraire du récit. Il recrée une intrigue parallèle et parvient à garder notre attention jusqu’au bout.

    Il y a beaucoup de dérision dans cet ouvrage et une parfaite maîtrise du sujet notamment dans ses comparaisons avec des récits de Poe, Leroux ou Kafka, qui ont, eux aussi mis en évidence les îles mystérieuses et leurs imaginaires. C’est brillant et ludique.

    Mais personnellement, je ne vois pas bien l’utilité de tout ça.

     

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  • Là où les chiens aboient par la queue, Estelle-Sarah BULLEDans la famille Ezéchiel, c'est Antoine qui mène le jeu. Avec son "nom de savane", choisi pour embrouiller les mauvais esprits, les croyances baroques et son sens aigu de l'indépendance, elle est la plus indomptable de la fratrie. Ni Lucinde ni Petit Frère ne sont jamais parvenus à lui tenir tête. Mais sa mémoire est comme une mine d'or. En jaillissent mille souvenirs-pépites que la nièce, une jeune femme née en banlieue parisienne et tiraillée par son identité métisse, recueille avidement. Au fil des conversations, Antoine fait revivre pour elle l'histoire familiale qui épouse celle de la Guadeloupe depuis les années 40 : l'enfance au fin fond de la campagne, les splendeurs et les taudis de Pointe-à-Pitre, le commerce en mer des Caraïbes, l'inéluctable exil vers la Métropole.

     

    Mon avis :

     

    J’ai beaucoup aimé m’imprégner des odeurs et des paysages de Morne-Galand, ce tout petit village où Antoine est née, d’un père Guadeloupéen et d’une mère béké. Antoine, c’est son nom de savane. Son nom de baptême est Apollone. Son caractère fort, elle l’exprime dès sa naissance, elle, la métisse, et plus encore quand, à 16 ans, elle quitte sa famille en cachette pour se rendre à Pointe-à-Pitre. Acte que sa sœur et son frère ne sont pas prêts de lui pardonner.

    Des années plus tard, sa nièce, née à Créteil, cherche à connaitre et comprendre cette tante dont on lui dit sans cesse qu’elle lui ressemble. C’est elle la narratrice. Commence alors un récit polyphonique où se mêlent la voix de tous ces protagonistes. Il nous entraîne des années 30 à aujourd’hui à travers trois personnages d’une famille et autant de destins.

    J’ai aimé découvrir la Guadeloupe, les iles, les mentalités, la vie là-bas… le tout raconté dans une langue colorée, matinée de créole et de mots chantants, quand Antoine raconte ; plus acérée, plus dure quand Lucinde, sa sœur, a la parole. Quant à « Petit-frère », lui qui a fait des études, il s’exprime dans un français châtié et soutenu où on sent encore poindre le ressentiment.

    C’est aussi l’histoire d’un pays qui a façonné Antoine, l’a enchantée et déçue au point qu’elle quittera tout pour échouer dans la banlieue parisienne grise et froide, sans odeur… Déterminée, elle marchera droit devant, comme toujours, nostalgique parfois mais décidée à ne jamais regarder en arrière. L’auteure dresse le portrait de la société guadeloupéenne dans tous ses aspects, des plus positifs aux plus sombres. On découvre aussi la désastreuse gestion économique de l’ile où les Français s’enrichissent aux détriments des autochtones, jusqu’à mai 67 où les jeunes se rebellent contre cette injustice. Un an avant Paris, ils ont pris en main leur avenir et… on n’en a jamais entendu parler.

    Si ce récit nous raconte la Guadeloupe et les Antilles, il touche au cœur de tous ceux qui sont nés loin du pays d’origine de leurs parents et connaissent peu de choses de leur histoire familiale.

    Une grande tendresse émane de cette histoire, parfois triste, parfois drôle, toujours chaleureuse et vraie. Un premier roman qui mérite d’être découvert.

     

    Là où les chiens aboient par la queue, Estelle-Sarah BULLE10e

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  • La meilleure des vies, J. K. ROWLINGInvitée à prononcer le traditionnel discours lors de la cérémonie de remise des diplômes de fin d’année à l’université Harvard, J.K Rowling a transformé ce rituel convenu en un témoignage très personnel, dont nous pouvons tirer une véritable leçon de vie. Puisant directement aux sources de sa propre expérience, dont elle nous confie des épisodes méconnus, l’auteure dégage ici avec émotion, acuité et ironie des principes qui aideront toute personne à la croisée des chemins à méditer sur le sens de l’existence en général et de sa vie en particulier.

     

    Mon avis :

     

    Ce petit ouvrage de 82 pages, joliment illustré, reprend donc l’intégralité du discours prononcé par J.K. Rowling devant les finalistes de l’université Harvard en 2008. Intitulé « Des bienfaits insoupçonnés de l’échec et de l’importance de l’imagination », l’auteure bien connue y parle de son expérience de vie, des rêves qu’elle chérissait quand elle était à la place des étudiants vingt ans plus tôt, du dénuement dans lequel elle a vécu ensuite. Ce dénuement qui fut le moteur de sa réussite, elle ne dit pas que ce fut un bien mais que c’était pour elle moins redoutable que l’échec. Cependant l’échec permet de se dépouiller de tout ce qui n’est pas essentiel et décuple la détermination. Il doit être un moteur pour rebondir et non un frein. Cette façon de parler de l’échec m’a plu car elle est rassurante à une époque où l’échec n’est pas autorisé par notre société qui n’aime que les gagnants.
    Elle encourage également les jeunes à laisser libre court à leur imagination, à l’origine de notre capacité à ressentir de l’empathie envers les autres et à créer un monde meilleur.

    Merci à Cécile qui m’a offert ce livre lors du swap de Noël. Il est non seulement intéressant mais c’est aussi un bel objet illustré par Joël Holland et dont les bénéfices vont à l’association Lumos, fondée par J.K. Rowling pour les enfants défavorisés et à un fond qui soutient les étudiants de Harvard.

    Un moment de lecture agréable grâce à un discours percutant et humaniste.

     

     

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  • Les secrets de la Licorne, Géraldine REMYIls sont parents, aides-soignants, coiffeurs, scientifiques, patrons d'entreprise, chômeurs ou étudiants. Eux, ce sont les licornes. Leur point commun ? Une volonté d'en demander moins à la planète. Chacun à son rythme, selon ses valeurs et ses besoins. Jeune licorne et enseignante, Géraldine partage avec ses élèves ses questionnements à propos du changement climatique, des inégalités sociales, de la condition animale... Et si tout était lié ? Comment préserver notre santé sur une planète polluée ? La simplicité volontaire peut-elle rendre heureux ? Elle part alors à la rencontre d'acteurs clés du changement en Belgique et en France. Engagés, inspirants, ils ouvrent des pistes de réflexion et proposent des moyens d'agir. Elle se forme et expérimente des recettes parfois douteuses, sous l'œil sceptique de son compagnon, qui craint des bouleversements dans leur quotidien. Une quête de sens qui l'amène à reconsidérer son alimentation et ses croyances sur le bonheur, la beauté et l'argent. A travers l'histoire de Géraldine, c'est celle d'une génération qui se questionne et qui, sans complexes, avec humour, a décidé de changer les choses.

     

    Mon avis :

     

    Professeur de français en Belgique, Géraldine Remy n’a de cesse d’éveiller ses élèves à l’écologie et de les sensibiliser aux manières de respecter notre environnement. Le style Licorne, c’est un mode de vie qui consiste à réfléchir à sa surconsommation, une vie où alimentation saine, zéro déchet et permaculture sont des principes de base.

    Dans cet essai-témoignage, elle relate son cheminement dans la prise de conscience d’une nécessité de changer sa manière de vivre pour améliorer son quotidien.

    Dans la première partie de l’ouvrage, l’auteure nous parle de sa quête de sens, et d’écologie. Dans sa recherche d’une transition écologique, elle s’informe, cherche, confronte des idées et des expériences faites de réussites et d’échecs.

    Facile à lire et interpellant, cet essai est accessible aux jeunes dès 16 ans et pourrait faire l’objet d’une réflexion intéressante. On découvre des dialogues drôles avec ses élèves, la manière dont elle éveille leur esprit critique, comment elle est parfois tombée dans les excès essayant de convaincre à tout prix son entourage à devenir zéro déchet… C’est humoristique et, comme le titre le montre, semé de références littéraires.

    Dans la seconde partie, Géraldine Remy donne des conseils, raconte des anecdotes et transmet les points de vue d’acteurs du changement qu’elle a interviewés, souvent Belges et connus.

    Tout au long de l’ouvrage, on sent que l’auteure est investie et passionnée. Elle est d’ailleurs disponible pour venir dans les classes et va participer à la « zérodéchétisation » d’écoles belges.

    Un ouvrage utile, humoristique et intelligent à découvrir aux éditions Ker.


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  • Louis Riel, l'insurgé, Chester BROWNLouis Riel, chef charismatique et passionné, mène, au 19e siècle, la Rébellion Métisse jusqu'à son terme. De la conciliation à la lutte armée, cette aventure politique et humaine reste une des pages les plus controversées de l'histoire canadienne. 

     

    Mon avis :

     

    Publié en 2004 chez Casterman, ce roman graphique est dans ma bibliothèque depuis et je ne l’avais jamais lu jusqu’au bout. C’est en découvrant le roman de Jacques Côté « Le sang des prairies » que j’ai eu envie de m’y plonger pour découvrir Louis Riel, figure centrale du roman de Côté.

    Pour comprendre Louis Riel, il faut se plonger dans l’Histoire du Canada. A la fin du 19e siècle, le territoire de Rivière Rouge est cédé au Canada, alors colonie de l’empire britannique. Or, les habitants sont catholiques, métis d’Indiens et de Français, et francophones. Ils n’entendent donc pas être gouvernés par la couronne d’Angleterre. Métis ayant fait ses études à Montréal, Louis Riel n’est pas prêt à se résigner.

    Ce roman graphique raconte d’une manière brillante et précise l’histoire de l’insurrection des Métis de la petite colonie de « Rivière Rouge », proche de l’actuelle ville de Winnipeg. Cette colonie, dirigée par Riel, souhaitait être consultée et pas qu’on décide pour elle ce que serait son sort et son avenir. Très vite, cette opposition va se transformer en lutte armée et en conflit communautaire (anglophones contre francophones).

    Chester Brown retrace dans cet album la vie du chef du peuple métis, Louis Riel, fondateur de la province du Manitoba. Il nous dépeint ses relations avec le gouvernement du Canada, fraichement établi et la manière dont il incita son peuple à ne pas baisser l’échine devant ceux qu’il considérait comme des envahisseurs. De 1869, date de la rébellion de la Rivière Rouge à la pendaison de Riel pour haute trahison, en 1885, nous suivons son parcours, ses amitiés, ses prises de positions et ses excès. De manière précise et sans langue de bois, Brown décrit la complexité de la personnalité de Riel, à la fois sincère, charismatique et perturbé. On sent l’homme passionné, sûr de son bon droit dans la défense de son peuple mais aussi tellement mystique que cela confère parfois à la folie (ne va-t-il pas jusqu’à se comparer à Moise ?). Au point de se voir interné à Saint-Jean-de-Dieu. Pourtant, il était clairvoyant lorsqu’il critiquait les actions du premier ministre sir Macdonald, affirmant que sous prétexte de promouvoir le chemin de fer, il avait à cœur de museler les Indiens, en les poussant à la révolte. En fait, au-delà de ça, les Anglais craignaient surtout de voir une autre province francophone croitre dans ce territoire et tout fut prétexte à s’imposer par la force.

    Plongé au cœur d’une époque complexe de l’Histoire du Canada, le lecteur lit ce roman graphique magistral d’une traite, conscient que cette aventure politique et humaine fut déterminante pour l’avenir du pays et reste une des plus controversées de l’histoire canadienne.

    D’un format classique, en noir et blanc, le style simple et épuré permet de bien entrer dans l’histoire et de percevoir les émotions des personnages tout comme les enjeux de la révolte. On ne peut qu’entrer en empathie pour ceux qui perdent tous leurs droits, pour l’injustice qui leur est faite. On aime ou pas ce style de dessin, j’ai trouvé ça audacieux.

    Une bibliographie précise, un avant-propos et des notes, à la fin de cet ouvrage très documenté, complètent les informations sur les faits et expliquent ce qu’il faut penser de cette version possible.

    Un roman graphique que je recommande à ceux qui s’intéressent à l’Histoire. Il est devenu une référence.

     

    Louis Riel, l'insurgé, Chester BROWN9e

     

     

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