• Mes lectures

    Même si je lis beaucoup de littérature jeunesse afin de choisir les titres les plus appropriés à mes élèves, je lis aussi pour mon plaisir. Des romans surtout. Mais pas seulement.

    Derrière le mot roman se profilent des textes bien différents : romans de gare, romans épistolaires, romans policiers, romans réalistes, romans d'aventures... Le roman est pluriel et il existe donc de multiples raisons de s'y engouffrer.

    Le roman séduit, émeut ; il propose l'original, l'inattendu, l'éphémère, le sensuel, le hasard d'une rencontre, la violence des sentiments... Il permet de se trouver tour à tour dans la peau d'une empoisonneuse, d'un détective, d'une amoureuse, d'un aventurier, d'un dictateur... Il nous met en contact avec la complexité de nos propres vies et de celles des autres. Il nous renvoie à nous-mêmes tout en nous donnant à sortir de nous-mêmes. Il parle à notre coeur autant qu'à notre intelligence.

    Lire un roman c'est un peu prendre rendez-vous avec soi-même.

    Je conterai donc ici mes rendez-vous. Je partagerai mes coups de coeur et mes déplaisirs. Vous verrez, je suis une éclectique.

     

     

  • Louis veut partir, David FORTEMSPascal, ouvrier dans une petite ville des Ardennes françaises, a toujours été fier de son fils Louis, un garçon calme et bon élève qui passe son temps dans les livres. Une passion presque obsessionnelle pour la littérature qui surprend dans leur entourage modeste. Tous deux mènent une vie tranquille, faite de silences complices. C'est du moins ce que pense Pascal jusqu'à ce que Louis soit retrouvé mort à la confluence de la Meuse et de la Semoy, où il a décidé de mettre fin à ses jours. Pourquoi un tel geste ? Que s'est-il passé ? Abasourdi et accablé, Pascal va peu à peu découvrir la vérité.

     

    Mon avis :

     

    Voici mon premier coup de cœur de la rentrée.

    Ce premier roman est d’une justesse et d’une tendresse infinies. Dès les premières pages, on sait que Louis n’est plus. Et on suit ce père dévasté dans sa quête pour découvrir qui était ce fils qu’il aimait mais mal, sans jamais avoir pu le lui dire, sans jamais avoir réussi à établir une réelle communication.

    Si l’histoire n’est pas très originale, elle a le mérite d’être bien racontée. La langue de David Fortems, jeune auteur de 24 ans, est belle, vive et le propos sincère. Rien n’est épargné à ce père qui découvre la vie secrète de son fils, ses rêves, ses attentes, ses espoirs, ses amours. Le ton est parfois émouvant, parfois cru, toujours en phase avec les personnages rencontrés.

    Chaque chapitre relate la rencontre de Pascal avec les amis et connaissances de Louis. Une suite de révélations qui offrent à ce père de découvrir une facette de son fils qu’il ignorait. Calme, renfermé, solitaire à la maison, Louis était solaire, drôle, passionné, amoureux, sincère… en dehors.

    J’ai lu que certains comparaient ce roman avec celui d’Edouard Louis. Mais s’ils parlent tous les deux d’un adolescent homosexuel, la comparaison s’arrête là. Louis ne s’exprime pas, l’auteur ne lui donne pas la parole. Le personnage principal c’est finalement le père qui dessine au fil des pages le portrait de ce fils qui lui a échappé, qu’il a mal compris, n’a pas aimé comme il l’aurait voulu.

    J’ai aimé ce personnage de père imaginé par l’auteur. Cet homme blessé par le suicide de son fils, qui se culpabilise, remet en cause son rôle de père et veut comprendre à tout prix. Sa quête lui fera découvrir un jeune homme très différent du fils qu’il connaissait, un être complexe, multiple, entier dont il peut être fier… mais qu’il n’aura pas eu la chance de connaître.

    David Fortems prend des risques avec ce premier roman qui aborde, outre la relation père-fils, des sujets comme l’homosexualité, la mort, la culpabilité. Ce premier roman aurait pu être mièvre, déjà vu. Je l’ai trouvé solaire et réussi. Il m’a touchée.

    Il devrait être lu par tous les parents ayant du mal à communiquer avec leur enfant. La vie, c’est maintenant. Après, il est trop tard pour avoir des regrets.

     


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  • Buveurs de vent, Franck BOUYSSElls sont quatre, nés au Gour Noir, cette vallée coupée du monde, perdue au milieu des montagnes. Ils sont quatre, frères et sœur, soudés par un indéfectible lien.

    Marc d'abord, qui ne cesse de lire en cachette.

    Matthieu, qui entend penser les arbres.

    Puis Mabel, à la beauté sauvage.

    Et Luc, l'enfant tragique, qui sait parler aux grenouilles, aux cerfs et aux oiseaux, et caresse le rêve d'être un jour l'un des leurs.

    Tous travaillent, comme leur père, leur grand-père avant eux et la ville entière, pour le propriétaire de la centrale, des carrières et du barrage, Joyce le tyran, l'animal à sang froid...

     

    Mon avis :

     

    Trois générations. Une fratrie unie. Des sentiments tus. Des torts, de la souffrance, de la rancune. Une vie difficile, de la solitude et de la peur. Et en face, la mégalomanie, le pouvoir, la jouissance de celui-ci. Et partout un manque criant d’amour et de liberté. Tous unis par et autour de « l’araignée ». C’est en bref le dernier roman de Franck Bouysse.

     

    Ce roman sombre est dans la veine des précédents de l’auteur, porté par une écriture brillante, un style fluide et une histoire accrocheuse.

    Le Gour noir pourrait être en France ou aux Etats-Unis… et l’histoire est presque intemporelle. C’est celle des faibles contre les forts, de l’individualisme indifférent face à la solidarité, du courage contre la lâcheté. Franck Bouysse y mêle le réel et la légende, les pirates aux chercheurs d’or, les poètes aux rustres et encore et toujours, la nature, forte et déterminante.

    J’ai trouvé ce récit romanesque d’une grande intensité, empreint de poésie, de suspens, de vent et de silence. Au fil des pages, on s’attache aux membres de la famille avec leurs failles et leurs fulgurances. Et notamment à Mabel, une jeune femme libre et déterminée, qui ne craint pas d’affronter les hommes, leur veulerie et leur concupiscence. Même si cette liberté a un coût. Un beau personnage de femme, une fois encore.

     

    Les buveurs de vent sont porteurs d’espoir malgré la noirceur de leur vie et ensemble, ils sont forts. Franck Bouysse nous offre ici leur histoire semblable à un conte fantastique ; une ode à l’aventure, à l’évasion, à des lendemains meilleurs. Un roman à la hauteur du succès de « Né d’aucune femme » touchant et mémorable.

     

     


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  • Une Parisienne à Bruxelles, Caroline GRAVIEREMme Van Zee, Parisienne, a épousé un ingénieur belge.

    Entre deux missions, ils s’arrêtent à Bruxelles. Devant y demeurer peu de temps, ils emménagent dans la maison familiale. Isolée et mal à l’aise entre la mère et les sœurs de son époux, elle se confie à sa mère dans une longue lettre.

     

    Mon avis :

     

    Avec beaucoup d’humour, l’auteure nous entraine au cœur d’une maison bourgeoise du 19e siècle. Jolie jeune femme aux idées en avance sur son temps, Lydie se retrouve coincée chez une veuve dont les deux filles ainées sont toujours célibataires. Incultes, jalouses et méchantes, elles passent leur temps en commérages. L’arrivée de cette jeune femme cultivée, éduquée, joviale leur fait de l’ombre et elles en deviennent désagréables et médisantes. Seul la benjamine, âgée de 16 ans et qui rêve de devenir institutrice est ravie de sa présence réconfortant. Mais dans ce milieu, travailler est inconcevable pour une femme, sauf si elle est de mauvaise réputation.

    L’arrivée d’un lointain cousin de passage à Bruxelles devient la bouffée d’air frais qu’elle n’espérait plus. Mais jeune papa, veuf et riche, il va attirer les convoitises de ces trois harpies et rendre l’atmosphère encore plus lourde que d’ordinaire.

    J’ai aimé ce récit à l’écriture soignée et finement ciselée où l’on découvre les traditions et mode de vie d’une époque révolue où l’on demandait à une femme de savoir tenir une maison, d’être discrète et bonne épouse. L’auteure met dans la bouche de son héroïne parisienne tous les griefs qu’elle éprouve envers la bonne société de son époque, toute de faux semblants et de bassesses. Elle a aussi la dent dure contre les Bruxellois qui refusent d’apprendre la langue des « paysans du nord » mais engagent du personnel de maison flamand parce que plus dur à la tâche et plus docile.

    Dans un style moderne, Caroline Gravière écrit là un récit féministe et un plaidoyer pour la liberté des femmes, à commencer par celle de s’instruire et de travailler si elle le souhaite. Être dépendante de son mari lui semble incongru et dépassé. Quand on sait que l’auteure est morte en 1878, on comprend toute la modernité du propos. Caroline Gravière a d’ailleurs milité pour les droits de la femme à l’éducation et à l’émancipation sociale.

    Une belle découverte que ce court roman que les éditions Névrosée ont republié. Cette jeune maison d’édition belge s’est d’ailleurs donnée comme mission de rééditer des femmes de lettres belges oubliées ou méconnues. Je pense que j’en lirai d’autres.

     

     


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  • Zestes mondains, Thierry BELLEFROIDQuatre nouvelles, quatre rencontres, quatre destins nourris des miettes de la célébrité. Le narrateur croit apercevoir Philippe Noiret dans un restaurant de Lourdes ; et s'il est le seul à reconnaître le grand acteur, pourquoi ne verrait-il pas aussi Bernadette Soubirous ? Lorsqu'il croise Mikhaïl Gorbatchev dans un bar de Manaus, se pourrait-il qu'il touche à l'immortalité ? La rencontre avec l'homme politique belge Paul Vanden Boeynants à Knokke-le-Zoute ferat-elle de lui l'un des artisans de la future guerre civile entre Flamands et Wallons ? Quant au dos si sensuel de la future princesse M., rencontrée dans un manège, peut-on tout faire pour le contempler, une fois encore ? Et, après ces quatre rencontres insolites, la dernière, la plus inattendue peut-être, dans Bonus track à la sensualité presque torride.

     

    Mon avis :

     

    Pour le challenge « Belgique Terre Littéraire », j’ai exhumé de ma PAL ce recueil de nouvelles des feues éditions Luce Wilquin.

    Tout d’abord un mot sur les Editions Luce Wilquin. Cette maison d’édition belge a animé mes soirées lecture pendant trente ans. Portées à bout de bras par celle qui leur donna son nom et son époux, elles ont publié plus de 500 titres avant de mettre la clé sous la porte en 2019 faute de repreneur. Arrivée à l’âge de la retraite et ayant bien mérité un peu de repos, Luce a décidé, à regret, de stopper ses activités.

    Grâce à elle, j’ai découvert et rencontré des auteurs de qualité et de merveilleuses personnes, citons notamment, parmi les Belges, Malthide Alet, Isabelle Bary, Valérie Cohen, Geneviève Damas, Aliénor Debrocq, Eric Brucher, Daniel Charneux, Michel Claise, Xavier Hanotte, Alain Lallemand… et tant d’autres. Des auteurs fidèles à l’éditrice et qui voguent maintenant sous d’autres cieux, français souvent, avec bonheur.

    Prix Rossel, Prix des cinq Continents de la Francophonie, Prix des Lycéens… combien sont venus récompenser les œuvres publiées par Luce, une dénicheuse de talent hors pair ?

     

    En Belgique, on ne présente plus Thierry Bellefroid. Journaliste, animateur culturel, chroniqueur et écrivain, il officie à la RTBF depuis 1993. Amoureux de la littérature et de ses écrivains, on lui doit l’émission littéraire « Mille Feuilles » puis « Livrés à domicile » et maintenant ‘Sous couverture ». Côté écriture, outre divers essais sur la bande dessinée (sa passion) et des scénarios d’albums BD, il est l’auteur de trois romans et d’un recueil de nouvelles, paru en 2003, celui que je vous présente aujourd’hui.

     

    Rédigées à la 1e personne, les quatre nouvelles de ce recueil évoquent des destins tragi-comiques de VIP, comme on dirait aujourd’hui.

    Dans la première, le narrateur, Thierry, en voyage familial à Lourdes, croit reconnaitre Philippe Noiret dans un restaurant. Il s’en ouvre à ses parents qui ne le croient guère. Peu après, une petite fille dans la procession lui donne la certitude que Bernadette Soubirou est là avec eux. Il en tombera amoureux avec l’innocence de l’enfance. Il se raconte, enfant, évoque ses souvenirs et les valeurs familiales qui l’ont façonné puis ses études, les petits boulots et son entrée dans la vie professionnelle, où il devint spécialiste du cinéma. Il rêva d’interviewer Philippe Noiret, dont il connaissait tous les films et chercha aussi à retrouver Bernadette… Un beau retour en nostalgie.

    La deuxième nouvelle nous parle de M. aperçue de dos, au manège où le narrateur travaille. Une beauté châtain, d’une certaine noblesse dans les traits. Un amour impossible. Alors il y aura M., une autre. De manière éphémère.

    La troisième évoque Mikhaïl Gorbatchev qu’il croise dans un bar, parle de cryogénisation, de trafic d’ADN… et la quatrième nous parle d’un homme politique haut en couleur, Paul Vanden Boeynants, de manipulations de statistiques et checkpoints installés à la frontière linguistique.

     

    Le recueil se termine ensuite sur trois courts textes érotiques rendant hommage à une femme sensuelle, blonde et désirable.

     

    J’ai aimé l’écriture sémillante de l’auteur, sa plume précise et ses mots choisis. Les nouvelles sont de genre différents, du fantastique à l’histoire d’amour romantique et on s’interroge sur la part de fiction et de réalité qu’elles contiennent. Elles sont teintées d’humour et de second degré et très agréable à lire. Elles donnent l’impression d’avoir été rédigées pour nous, comme une confidence.

    Zestes mondains est drôle, délassant et rempli de clin d’œil au passé (de Pong, le premier jeu vidéo à La bonne du Curé, en passant par les Joyeuses Entrées du roi et d’autres souvenirs d’avant les années 2000)

     

     

     


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  • BEATRICE, Joris MERTENSBÉATRICE prend chaque jour le train pour se rendre au travail. Dans la cohue de la gare, un sac à main rouge attire son attention. Jour après jour, à chaque passage dans la gare, il semble l’attendre. Succombant à sa curiosité dévorante, Béatrice, en emportant l’objet chez elle, ouvre les portes d’un monde nouveau...

     

    Mon avis :

     

    De planche en planche, on repère facilement Béatrice dans la foule parisienne qui se presse du métro au travail et du travail au métro. Son beau manteau rouge attire l’œil lorsqu’elle arpente les grands boulevards. Anonyme dans le flot permanent des travailleurs pressés, Béatrice aperçoit un matin un sac rouge abandonné sur un quai. Après une harassante journée de travail aux Galeries La Brouette, elle reprend son train et aperçoit le même sac rouge au même endroit. Ce n’est que le lendemain soir qu’elle osera céder à la tentation de l’emporter.

     

    L’album est composé de cinq parties. La première nous présente l’univers de Béatrice, le train-train quotidien, son travail au rayon des gants, la succession de clientes, le cercle infernal métro-boulot-dodo. On sent à travers les images la cohue, la pression du métier, la vie morne de la jeune femme., le Paris des années 70 ses enseignes lumineuses criardes qui défigurent la ville… Puis vient le jour où elle emporte le sac et découvre à l’intérieur un vieil album de photos en noir et blanc.

     

    Cet album de Joris Mertens, scénariste et graphiste belge dont c'est le premier album, est non seulement magnifique au niveau des dessins, du rendu de l’atmosphère de la capitale, du travail dans un grand magasin… mais il a aussi l’originalité d’être sans texte. De page en page, on découvre une histoire sans paroles, tout en nuances qui nous plonge dans le quotidien d’une jeune vendeuse. Morne, banal. Jusqu’au jour où elle découvre ce petit album photos au fond d’un sac. 

     

    J’ai A-D-O-R-E ce roman graphique. C’est une vraie réussite à tout point de vue. L'auteur maîtrise à la perfection l'art de la suggestion. Différentes atmosphères se succèdent, les plans de Paris sont un émerveillement, l’histoire en elle-même est tendre et touchante, empreinte de nostalgie. Malgré l’absence de paroles, ces 110 pages sont d’une richesse narrative extraordinaire.

     

    Je compte l’étudier en classe car, tant du point de vue narratif et de l’implicite que de l’étude des cadrages, découpages, mises en perspective… il y a mille choses à dire, à faire découvrir.

    Je ne peux que vous exhorter à « lire » ce bel album poétique et nostalgique qui rend un bel hommage à l’art.

     


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  • Les jours brûlants, Laurence PEYRINÀ 37 ans, Joanne mène une vie sereine à Modesto, jolie ville de Californie, en cette fin des années 1970. Elle a deux enfants, un mari attentionné, et veille sur eux avec affection.
    Et puis… alors qu’elle rentre de la bibliothèque, Joanne est agressée. Un homme surgit, la fait tomber, l’insulte, la frappe pour lui voler son sac. Joanne s’en tire avec des contusions, mais à l’intérieur d’elle-même, tout a volé en éclats. Elle n’arrive pas à reprendre le cours de sa vie. Son mari, ses enfants, ne la reconnaissent plus. Du fond de son désarroi, Joanne comprend qu’elle leur fait peur.

    Alors elle s’en va. Laissant tout derrière elle, elle monte dans sa Ford Pinto beige et prend la Golden State Highway. Direction Las Vegas.

     

    Mon avis :

     

    Je découvre Laurence Peyrin et sa plume avec ce roman. D’emblée, j’ai été entrainée dans ce récit raconté à la 3e personne comme on parle d’une amie à une autre.

    Alors qu’elle a tout pour être heureuse et l’est, Joanne est agressée et volée. Premier nuage à son bonheur depuis près de 20 ans, elle ne l’accepte pas et sombre dans la dépression, minée par cet acte gratuitement méchant. Elle qui n’est que douceur et naïveté, gentillesse et altruisme, « sublime mère modèle » et "reine des  cocktails" qu’a-t-elle fait pour mériter ça ?

    Cette femme au foyer des années 70, heureuse de sa situation d’épouse et mère va disjoncter d’abord, dérobant des caddies de clientes dans les supermarchés comme si elle s’achetait une nouvelle vie pour effacer sa vie d’avant, son insouciance et finalement, tout plaquer. Direction Las Vegas.

     

    Tout au long de ce road trip, Joanne se cherche, s’interroge sur sa vie, tente de se reconstruire. Deux minutes ont fait basculer sa vie. Ce voyage est une quête. Et même s’il se passe dans les années 70 avec ses codes, ses luttes féministes, les soupers mondains de sa bourgeoisie… il pourrait très bien se dérouler aujourd’hui. Jusqu’au bout on s’interroge sur la chute. Comment va-t-elle revenir en arrière ? Va-t-elle revenir en arrière ? Et moi, jusqu’où pourrais-je aller à sa place ?

     

    J’ai aimé l’histoire, les chapitres courts, le style de l’auteure… J’ai apprécié cette plongée dans les années 70 que j’ai bien connues et des situations ont fait écho en moi. Et en tant que femme, cette remise en question de soi, cette envie d’autres options de vie, vivre pour soi… je le comprends et l’ai parfois appréhendé.

    J’ai vraiment apprécié la manière dont Laurence Peyrin traite son sujet : le moment où la vie bascule, où tout change. Et la solution que va choisir son héroïne qui est dans l’incapacité de gérer cet échec.

    Brillant !

    Merci aux éditions Calmann Levy pour cet envoi.

     

     

     


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  • Délivrez-nous du Bien ! Natacha POLONY & J-M QUATREPOINTL'atmosphère est lourde. Les phrases, les situations qui semblaient autrefois anodines deviennent des crimes. Nous sommes tous coupables, et les inquisiteurs nous guettent. Coupables d'avoir bu un verre, d'avoir blagué sur les femmes, de manger de la viande, d'avoir offensé une minorité quelconque. Coupables d'avoir été du côté des «dominants». Chaque jour, un citoyen qui se croyait, non pas un héros, mais un type à peu près bien, se retrouve cloué au pilori, sommé d'expier ses crimes et de faire repentance. Derrière cette traque aux dérapages et ces entreprises de rééducation, un mécanisme ? la tyrannie de minorités qui instrumentalisent des combats essentiels, pour les transformer en croisade contre une supposée majorité, contre les « dominants ».  

     

    Mon avis :

     

    Publié il y a deux ans, ce livre est d’une incroyable actualité car la situation n’a fait qu’empirer depuis. Une partie de cet ouvrage critique les néologismes imaginés pour ne pas choquer : les « concierges », les « personnes handicapées », les « femmes de ménage »… n’ont plus bonne presse et rendent suspects ceux qui emploient encore ces termes anciens. Au non du bien, on nous impose une autocensure linguistique.

    Au nom du bien et du politiquement correct, on impose aussi de ne pas afficher son appartenance religieuse, de ne pas accepter que Carmen soit assassinée par son amant, elle est devenue le symbole de la violence faite aux femmes…, de ne pas sortir du cadre imposé par la rue la plupart du temps. De nouvelles croisades ont remplacé les anciennes et par là-même de nouveaux inquisiteurs sont nés.

    Sans que l’on s’en soit rendu compte, notre mode de vie a été cadenassé, nos actes et paroles muselés, l’Histoire réécrite. On nous assomme d’interdits, de hashtags dénonciateurs… On nous agonit d’injures si on ne pense pas avec la meute, si on ose un avis personnel, un esprit critique sur un engouement populaire de masse. On en devient raciste, soumis, boomer, assassin, pécheur, pervers, esclavagiste…

     

    J’ai apprécié cette lecture car elle démontre la pensée binaire et manichéenne dans laquelle nous glissons lentement. Et depuis cette publication, d’autres sujets ont fait surface qui auraient trouvé leur place dans ce livre. Je pense comme les auteurs que la vie en démocratie c’est la recherche de la juste mesure, du consensus. Or, la logique de notre époque est minoritaire mais empêche tout débat serein, tout compromis démocratique. Persuadés de lutter pour le « Bien », de nombreux mouvements et leurs membres deviennent inquisiteurs. Puisqu’ils luttent contre le mal, leur point de vue est qu’on ne transige pas avec le mal mais qu’on l’élimine.

    Ces dernières années, que l’on parle d’égalité des sexes, de violence, de harcèlement, de véganisme, d’écologie, de racisme… on finit toujours par tomber dans l’autoritarisme forcené. Plus de présomption d’innocence, plus de circonstances atténuantes, parfois même plus besoin de faits pour étayer une accusation. On est coupable. Et ces missionnaires des temps modernes vont nous mettre sur le droit chemin.

    Le mieux, finalement, devient alors l’ennemi du bien.

     

    Un essai pertinent, à l’ironie mordante et à contre-courant de la pensée unique contemporaine. Une dénonciation de la mondialisation des idées alors que les Etats peinent à régler les problèmes qui les ont engendrées.

     


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