• Mes lectures

    Même si je lis beaucoup de littérature jeunesse afin de choisir les titres les plus appropriés à mes élèves, je lis aussi pour mon plaisir. Des romans surtout. Mais pas seulement.

    Derrière le mot roman se profilent des textes bien différents : romans de gare, romans épistolaires, romans policiers, romans réalistes, romans d'aventures... Le roman est pluriel et il existe donc de multiples raisons de s'y engouffrer.

    Le roman séduit, émeut ; il propose l'original, l'inattendu, l'éphémère, le sensuel, le hasard d'une rencontre, la violence des sentiments... Il permet de se trouver tour à tour dans la peau d'une empoisonneuse, d'un détective, d'une amoureuse, d'un aventurier, d'un dictateur... Il nous met en contact avec la complexité de nos propres vies et de celles des autres. Il nous renvoie à nous-mêmes tout en nous donnant à sortir de nous-mêmes. Il parle à notre coeur autant qu'à notre intelligence.

    Lire un roman c'est un peu prendre rendez-vous avec soi-même.

    Je conterai donc ici mes rendez-vous. Je partagerai mes coups de coeur et mes déplaisirs. Vous verrez, je suis une éclectique.

     

     

  • Le deuxième mari, Larry TREMBLAYSamuel ne sait rien de la femme qu’il va épouser. Depuis des années, son père n’a ménagé aucun effort pour rendre son fils attirant, pour l’engraisser comme une volaille en vue du grand jour. La famille se réjouit, Madame est riche et les problèmes financiers se régleront bientôt. Samuel doit simplement se donner du temps pour l’aimer.

    Sur l’île où habite Samuel, l’homme obéit à sa femme. Gare à celui qui tente de s’émanciper, car des vigiles armés surveillent les rues. Marié, il devra satisfaire les désirs de Madame et se taire. Que peut un homme facilement remplaçable dans un monde où les femmes dominent toutes les sphères de la société?

     

    Mon avis :

     

    Je sors de ce roman avec un sentiment de malaise. J’ai aimé la plume de Larry Tremblay et pourtant le récit m’a ébranlée. Samuel est encore un ado innocent et naïf qui a dû abandonner l’école, quand il apprend qu’il va se marier. Toute sa famille se réjouit de ce mariage car sa future épouse est riche. Samuel, lui, rêve d’une princesse, jeune, douce, tendre… Il est bien loin d’imaginer ce qui l’attend.

    Dans ce roman, Larry Tremblay dénonce les préjugés de notre société en nous mettant face à nos acceptations muettes et nos aveuglements volontaires. A travers un miroir déformant, il nous fait spectateur de la domination des sexes. Et cela grince, percute, dérange. On se dit que la situation décrite n’est pas normale, est glauque et inadmissible. Et on réfléchit à ce qui se passe dans le monde ; ce qui s’est toujours passé. Pourquoi l’a-t-on accepté ? Pourquoi s’y est-on habitué ?

    Cette fable romanesque intemporelle qui inverse les rôles se déroule dans un pays imaginaire afin d’éviter les habituels clichés. Et cela fonctionne. Cette région, cela pourrait être ici. Ou là. L’accent est simplement mis sur la domination d’un sexe sur l’autre et sur le pouvoir tout simplement. Celui qu’on a parfois sur les autres, celui qu’on aime avoir dans certaines circonstances, celui qui asservit certains et rend puissants d’autres.

    Samuel passe, au fil des années, par diverses phases : désespoir, révolte, déni, acceptation, remise en cause, soumission... Avec finesse, Larry Tremblay brosse l’évolution de la psychologie de son héros et les insidieuses répercussions que sa situation anxiogène aura sur son mental.

    D’un bout à l’autre, je me suis sentie inconfortable dans cette lecture qui nous rend voyeur et complice à la fois. L’atmosphère y est lourde et même si l’auteur, par le choix de la fable, tente à nous mettre à distance, on ne peut s’empêcher de se sentir concerné.

    Avec une efficacité redoutable et sa plume, fine et aiguisée, il immerge le lecteur dans ce huis clos étouffant où aucun des mécanismes de la domination d’un sexe sur l’autre ne sera occulté.

    Ce roman critique éveille les consciences à un moment où, dans l’actualité, les dominés semblent enfin se révolter contre les dominants. Mais l’égalité des sexes sera-t-elle jamais totalement acquise ?

     

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    Le deuxième mari, Larry TREMBLAY8e

     

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  • Jours d'attente, Th. DESAULNIERS-BROUSSEAU & S. LECLERCPendant que s’étire la Deuxième Guerre mondiale, Jérôme Beauvais s’est réfugié en forêt et il attend. Après sa désertion des Forces canadiennes, sa mère l’a envoyé dans cet endroit où il vit reclus auprès de son taciturne grand-père, qui l’occupe avec les rénovations de sa vieille maison. Bientôt, Jérôme s’intéresse à l’histoire des lieux, ponctuée de crimes et de morts suspectes.
    À mesure que son isolement grandit, Jérôme s’abîme dans les secrets de la demeure. Un suicide, un incendie et des murmures de sorcellerie hantent ses pensées, prenant peu à peu le pas sur la réalité de la guerre et sur ses propres fantômes.

     

    Mon avis :

     

    Déserteur, Jérôme s’est réfugié en forêt auprès de son grand-père bourru. Ensemble, ils retapent une vieille maison, abandonnée suite à une succession de drames. Un suicide et un incendie s’y sont produits autrefois. D’ennui, Jérôme commence à enquêter sur ces faits dramatiques à partir de vieilleries laissées dans le grenier.

     

    J’ai apprécié la psychologie des personnages, travaillée, approfondie lors de longues scènes entre le grand-père et son petit-fils et le parallèle établit entre la reconstruction du lieu et celle des liens familiaux. Le thème de la solitude et de l’isolement est bien rendu dans une intrigue qui se construit peu à peu. La Seconde Guerre mondiale sert plus de prétexte que de moteur mais l’histoire est agréable à suivre et tient la route. Pour une première BD, Thomas Desaulniers-Brousseau s’en sort avec les honneurs.

     

    On m’avait vanté le traitement graphique de cette histoire et c’est pourquoi je l’ai empruntée. Personnellement, je n’ai pas été séduite : trop de vignettes où les personnages se découpent sur fond uni, plat, traits accentués des visages et silhouettes et surtout soit des couleurs sombres soit criardes, rouges, agressives parfois jetées sur les dessins avec des traits marqués… Le découpage est classique et souvent travaillé sur une double page. Je ne suis pas assez experte pour juger le travail de Simon Leclerc, je n’ai simplement pas aimé.

     

    Au final, je reste donc sur une impression mitigée : séduite par l’histoire, déçue par la forme. Mais n’hésitez pas à vous faire votre propre opinion. Ces deux jeunes auteurs sont à suivre.

     

     

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  • Omaha Beach. Un oratorio, Catherine MAVRIKAKISDans le cimetière américain d'une petite ville de Normandie, bien des années après le débarquement allié, une famille venue d'Amérique se rend pour la première fois sur la tombe de deux des siens morts à vingt ans avant même d'avoir foulé le sable d'Omaha Beach.

    Ici, les morts ne reposent pas en paix.

    À l'heure où les soldats américains et canadiens répondent encore à l'appel de la guerre et meurent au loin, les plages de Normandie continuent à nous hanter.

     

    Mon avis :

     

    Cet oratorio (avec solistes, chœur et ensemble) rend hommage aux soldats nord-américains tombés sous les balles lors du Débarquement et est une critique féroce de la guerre, des hommages, des faux semblants et de la vie où la fin inéluctable est la mort.

    Ce texte, à la fois dramatique et ironique, est centré sur un carré de gazon vert, du cimetière américain de Colleville-sur-Mer en Normandie, écrasé par le soleil d’août. Une famille endeuillée depuis 60 ans, suite à la perte de jumeaux de 20 ans à peine, vient se recueillir sur leurs tombes pour la première fois. Il y a là leur sœur, sa fille et son gendre et deux de ses petites-filles, adolescentes. Dans ce lieu de recueillement, où tout est net, beau, ensoleillé, le calme n’est rompu que par le bruit de la mer et les cris stridents de quelques corneilles. Eunice, la grand-mère, semble bouleversée et détachée à la fois. Phyllis, la fille, ne cesse de bavasser comme pour exorciser le malheur et la mort. La tension est palpable entre elles, elle se révélera peu à peu.

    Les deux femmes reviendront de nuit, seules, à la rencontre de leurs morts, Paul et Victor, et se retrouveront avec stupeur face à face avec leurs fantômes et ceux de leurs frères d’arme, jouant au football et batifolant entre les tombes. Un dialogue virulent et brutal se nouera entre morts et vivantes, entre passé et présent.

     

    Tragi-comique, surréaliste, ce texte met en présence des êtres en souffrance mais incapables de comprendre celle de l’autre, aux antipodes de la leur. Et la rencontre ne peut qu’être étrange et brutale, rageuse et violente.

     

    Catherine Mavrikakis que je découvre avec ce court texte - de 124 pages à peine- met en scène plusieurs thèmes comme les relations mère-fille conflictuelles, l’obsessions morbide, le devoir de mémoire et une certaine esthétisation de la mort.

     

    J’ai trouvé cette pièce à la fois forte et pesante. Certains passages sont beaux et puissants et méritent qu’on s’y attarde. D’autres sont longs et redondants. D’autres encore créent un certain malaise. D’ailleurs je me demande si cette pièce est destinée à être jouée (et si elle l’a été) où simplement à être lue.
    L'auteure semble avoir un univers bien à elle ; elle a, en tout cas, une plume forte et belle. Je découvrirais certainement d'autres de ses écrits.

     

    Omaha Beach. Un oratorio, Catherine MAVRIKAKIS2e

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  • De rivières, Vanessa BELLElle baigne aux lits des rivières. Le cœur musclé, sans jamais renoncer à rien, elle se construit une maison en dehors de sa bouche, elle devient ruisseau, lac, pluie, fleuve.

    De rivières porte ses filles à bout de bras, léguant un chant radieux et son élan décisif à un romantisme féminin qui déborde l’avenir. Nés de cette rage sublime qui agite nos corps, ses mots transportent un puissant vent de courage.

     

    Mon avis :

     

    Ce recueil de poésie parle de la femme, de la maternité et de ce que cela implique. Les poèmes sont courts et en vers libres. Parfois une phrase seule suffit pour tout dire tant ils sont riches.

    Femme et rivière se confondent, ondoient, coulent ou bouillonnent. 

     

    Il faut prendre le temps pour appréhender au mieux la puissance de ces vers riches de plusieurs lectures. Souvent les poèmes se répondent les uns aux autres racontant une histoire où les émotions ont une place prépondérante. « N’ignorez pas vos colères, elles sont vos romances » écrit l’auteure, revendiquant ainsi cette rage qui agit comme une énergie créatrice.

     

    De rivières parle de femmes fortes, de sœurs, de femmes meurtries, abusées, déchirées et de femmes aimantes. Elles les rassemblent sous le signe de l’eau, unies dans la résistance.

    La parole de Vanessa Bell est féministe, engagée. Elle nous confie un récit personnel mais qui trouvera un écho en chacune de nous sous l’un ou l’autre aspect. C’est beau, dur, fort.

      

     

    De rivières, Vanessa BELL1er

     

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  • Civilizations, Laurent BINETVers l’an mille : la fille d’Erik le Rouge met cap au sud.

    1492 : Colomb ne découvre pas l’Amérique

    1531 : les Incas envahissent l’Europe.

    À quelles conditions ce qui a été aurait-il pu ne pas être ?

    Il a manqué trois choses aux Indiens pour résister aux conquistadors. Donnez-leur le cheval, le fer, les anticorps, et toute l’histoire du monde est à refaire.

    Civilizations est le roman de cette hypothèse : Atahualpa débarque dans l’Europe de Charles Quint. Pour y trouver quoi ?

      

    Mon avis :

     

    Débuté fin septembre, j’ai abandonné ce roman avant la fin, me disant que j’y reviendrai peut-être mais je n’en ai pas ressenti l’envie. J’avais rédigé un premier billet, rapidement interrompu. Je pensais ne pas le publier. C’est l’avis d’une blogueuse qui m’a donné envie de revenir à mes notes pour le finaliser.

     

    « Civilizations » est le nom d’un jeu vidéo. Je l’ignorais jusqu’à ce que mon fils m’en informe. Il consiste à développer une civilisation et à être meilleur que les concurrents. Laurent Binet indique donc dès le début que tout cela n’est qu’un jeu.

    Ce roman est divisé en quatre parties. La première évoque la fille du pirate Erik le Rouge, (j’ai eu du mal à entrer dans cette saga nordique et à comprendre son intérêt jusqu’à ce qu’on parle du fer) la deuxième est une parodie de journal de bord de Christophe Colomb, suivie d’une chronique sur l’arrivée des Incas en Europe alors que la guerre de religion fait rage, probablement la plus dynamique mais j’y ai perdu pied, je n’ai plus suivi l’auteur.

     

    Ce roman se veut une uchronie, c’est-à-dire un récit de fiction basé sur des faits historiques mais dont une donnée aurait changé. Ici, Binet imagine que Christophe Colomb n’a pas découvert l’Amérique et ne rentre pas en Espagne et qu’au contraire ce sont les Incas qui vont envahir l’Europe où leur religion remplace le catholicisme. C’est amusant un temps (pour autant qu’on ait des connaissances historiques sur l’époque), les chapitres sont brefs et permettent une progression assez rapide et puis… pfff.

     

    Cela aurait dû me plaire, j’aime les romans historiques, l’uchronie, Binet… Mais le mélange des genres m’a semblé d’une grande maladresse. Laurent Binet écrit bien, son récit tient la route mais c’est un tel étalage de savoirs, d’allusions littéraires, de parodies, de références de toutes sortes… qu’on arrive à saturation. L’uchronie devient un exposé historique (à l’envers) et didactique sans émotion. Et on ne sait plus s’il s’adresse aux amateurs de SF en cherchant à les instruire (pensant ainsi qu’ils ne le sont pas) ou s’il tente d’attirer son public vers un genre qui ne lui est pas familier, surfant ainsi sur la vague à la mode. « Moi aussi, je peux écrire de l’uchronie, mais en mieux ».

     

    Déception donc et abandon, ce qui est assez rare chez moi mais j’ai trouvé le récit par trop inégal.

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  • Rien n'est noir, Claire BERESTÀ force de vouloir m’abriter en toi, j’ai perdu de vue que c’était toi, l’orage. Que c’est de toi que j’aurais dû vouloir m’abriter. Mais qui a envie de vivre abrité des orages ? Et tout ça n’est pas triste, mi amor, parce que rien n’est noir, absolument rien.
    Frida parle haut et fort, avec son corps fracassé par un accident de bus et ses manières excessives d’inviter la muerte et la vida dans chacun de ses gestes. Elle jure comme un charretier, boit des trempées de tequila, et elle ne voit pas où est le problème. 

     

    Mon avis :

     

    Claire Berest nous raconte dix ans de la vie de Frida Kahlo dans ce roman de la rentrée. Elle revient sur l’accident qui a failli la tuer et l’a laissée percluse de douleurs toute sa vie. Elle relate ensuite sa rencontre avec Diego Rivera et la passion qui les lia tous les deux.

     

    Le récit, divisé en quatre parties : bleu, rouge, jaune, noir, peint le portrait d’une femme hors normes, libre, passionnée, excessive… Une femme forte qui a une revanche à prendre sur la vie. Il parle aussi de peinture, de politique, d’amour, de colère… de vie, tout simplement. Tout ce qui fit le couple Kahlo-Rivera.

    Leur insouciance, leur soif de vivre, leur exubérance cachaient en fait leurs souffrances et leurs failles personnelles. C’est la raison qui les a attirés aussi passionnément l’un vers l’autre, malgré la différence d’âge, malgré les excès et les dérives de leur amour intense et destructeur à la fois.

     

    C’est aussi l’histoire du Mexique des années trente, du communisme de l’époque, d’un monde de fêtes et de dérives où les contradictions entre les idées et les actes sont légions.

     

    Soutenu par la jolie plume de Claire Berest ce récit nous emporte dans un tourbillon de rires et de larmes, de folie et de passion. C’est un roman lumineux et vibrant. Un très bel hommage à Frida Kahlo, la femme, l’amoureuse et l’artiste.

    Un très agréable moment de lecture que je recommande aux curieux et aux amateurs d’art.

     

     Rien n'est noir, Claire BEREST5e

     

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  • Kilissa, Marie-Bernadette MARSAu palais de Mycènes, Clytemnestre côtoie tous les jours Kilissa, une esclave qui vit dans l'ombre. Leurs voix, leurs yeux, leurs regards se croisent et se répondent. Entre les deux femmes qui vivent dans un contexte de guerre, de séparation, d'injustice et de désespoir, la reconnaissance des sentiments et la compréhension se faufilent. Au-delà des personnages antiques, les interrogations, les douleurs, les joies et la recherche de justice ont des accents intemporels.

     

    Mon avis :

     

    Même sans avoir fait d’études classiques, tout le monde a entendu parler de la guerre de Troie et de son fameux cheval. Mais sait-on encore ce qui l’a déclenchée et qui étaient les protagonistes ?

    Marie-Bernadette Mars réécrit ici cette histoire en s’intéressant avant tout aux femmes. Les grands faits antiques sont toujours racontés par des hommes et du point de vue des hommes. Dans ces récits, les femmes sont soit détestées, soit ignorées. Ainsi Clytemnestre apparait-elle comme une femme cruelle (N’a-t-elle pas tué son mari ? N’a-t-elle pas un amant alors que son époux guerroie ?) mais qui cherche à comprendre les raisons de son geste ?

     

    Dans ce roman deux femmes sont mises à l’honneur : Clytemnestre le « je » et Kilissa le « elle ». Kilissa est une esclave, une femme de l’ombre. Dans l’Antiquité, les esclaves n’avaient pas de nom. On les déterminait selon leur origine, ils perdaient toute identité. Kilissa signifie la Cilicienne. Dans la maison de Clytemnestre, c’est l’accoucheuse. Elle développe donc une relation particulière aux enfants qu’elle a mis au monde et dont elle a pris soin. C’est ce lien particulier entre Kilissa et les enfants de la famille des Atrides que l’auteure met en évidence dans ce récit. Quand, trompées par Agamemnon, les deux femmes vont assister impuissantes à la mort d’Iphigénie, leur existence va en être bouleversée à jamais.

    Entre Kilissa et Clytemnestre va se nouer une relation autre. Sans jamais sortir de son rôle, Kilissa va soutenir et aider Clytemnestre à survivre à son deuil. Discrète, elle va prendre soin d’Electre et d’Oreste dont sa maîtresse n’arrive plus s’occuper.

     

    Ce roman poignant rend à ces deux femmes un rôle fort et clair qui permet de comprendre ce qui s’est passé à Mycène, à l’époque d’une société patriarcale où défendre son honneur était primordiale, quitte à s’en prendre à sa propre famille pour le rétablir. Un récit d’une modernité incroyable qui fait écho à certains faits de notre époque.

     

    C’est un récit sur la violence, l’absence de justice, l’honneur et l’amour maternel. C’est aussi deux beaux portraits de femmes, des femmes de l’ombre auxquelles on donne enfin la parole. Le tout servi par une écriture maîtrisée, à la fois belle, forte et mélodieuse. Toutes ces raisons me l’ont fait beaucoup aimer et je ne peux que vous le recommander chaleureusement.

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