• On a volé la boite aux lettres de Burley Cross, Nicola BARKERQuelques jours avant Noël, la boîte aux lettres du charmant petit village de Burley Cross est fracturée. Le sergent Roger Topping est chargé de déterminer si des lettres ont pu être subtilisées. Il se met à éplucher les lettres une à une, découvrant petits travers et secrets intimes, querelles de voisinage et haines tenaces.

    Mon avis :

    Il m’arrive rarement d’interrompre un roman avant la fin mais celui-ci m’est tombé des mains. J’ai lu les trois premières lettres, me forçant de plus en plus au fil des pages. J’ai capitulé à la soixante-huitième.

    Composer un roman épistolaire à propos d’un vol de courrier et mener l’enquête à partir de ces missives pour découvrir qui pouvait bien avoir fait le coup était original. Mais très vite, les longues lettres intimes, truffées de détails m’ont lassée.

    En 68 pages, on apprend que le brigadier Everill, qui a trouvé le sac de lettres volées, refile l’enquête à l’agent Roger Topping via un mail interne. Il en profite au passage, pour s’en moquer et le rabaisser (Roger étant le premier mari de sa femme). Ensuite on découvre les mesquineries qui peuplent le quotidien des habitants du village, les rumeurs et les petits complots qui animent une vie somme toute banale et ennuyeuse.
    Un membre du conseil municipal résume une réunion de celui-ci et détaille tous les soucis du village. Celui qui visiblement préoccupe sa destinataire concerne des déjections canines laissées par les propriétaires de toutous sur la lande et notamment un certain TP (discrétion oblige) ce qui embarrasse le directeur de la fourrière, Trévor Horsmith. Au long de cette longue lettre pas moins de 99 notes explicatives renvoient à la fin de celle-ci !
    Une mère s’empresse d’écrire à son fils habitant Birmingham pour lui apprendre qu’une de ses connaissances s’est trouvé un amoureux et qu’une autre s’est convertie au bouddhisme après un voyage au Tibet. Elle en profite pour relater par le menu toutes les prises de bec superficielles et les potins qui égayent sa vie loin de lui.

    Après seulement trois lettres, on a déjà entendu parler d’une vingtaine d’habitants du village et on commence à s’y perdre. De plus, les auteurs passent du coq à l’âne et se laissent emporter par des digressions qui allongent inutilement le récit initial. Cela donne une impression de fouillis indescriptible.

    La quatrième de couverture m’avait donné l’impression que ce serait drôle, je n’ai pas eu ce sentiment. Ou alors je ne goûte pas l’humour anglais un brin absurde. J’ai trouvé le texte farfelu, le style sans grand intérêt et assez uniforme (les habitants du village écrivent tous de la même façon) et les détails aussi multiples que superflus m’ont agacée.

    Bref, je n’ai pas aimé.

    On a volé la boite aux lettres de Burley Cross, Nicola BARKER

     

     

     

     

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  • Le tilleul du soir, Jean ANGLADELa vieille Mathilde met de l'ordre dans ses affaires : elle vend son cheptel, range sa maison.
    C'est le grand départ... le grand arrachement, aussi... Dernière habitante du Peyroux, village abandonné d'Auvergne, elle doit quitter des lieux dont elle était la gardienne.
    Entraygues, le "Doux Repos", ultime séjour... prélude au repos éternel ?
    Un accueil chaleureux, un personnel pour vous servir et tant d'amis à qui parler.
    Avec toute sa naïve et généreuse bonhomie, Mathilde découvre, jour après jour, les secrets de chaque pensionnaire : le vieux Berthomieux et son journal ; Lulu avec son passé douteux et ses revenus louches.
    Mais la méchanceté, les regrets amers, la tristesse ne sont pas absents dans cette retraite hantée par le spectre de la mort.

    Mon avis :

    Elle vit paisiblement Mathilde, dans sa maison de pierre, entre son potager, ses chèvres, ses poules et son oie. Une vie bien rôdée, simple et solitaire car cette vaillante octogénaire a perdu très tôt son mari à la guerre, dans la Somme, et son fils unique, parti vivre sur la Côte d’Azur ne donne plus de nouvelles depuis longtemps.
    Quand son médecin, craignant pour sa santé dans cette ferme isolée, l’invite fermement à entrer dans une maison de repos, il sait qu’il l’oblige à renoncer à ses derniers plaisirs : ses bêtes et son tilleul du soir.

    Voici un court roman tendre, caustique et cruel sur le temps qui passe, la vieillesse et la solitude qu’elle engendre. Sans atermoiement et sans langue de bois, Jean Anglade nous parle de la fin de vie de ces personnes que l’on conduit dans un home « pour leur bien », mais surtout par facilité. On (se) rassure : elles ne seront pas seules, entourées d’infirmières, d’auxiliaires de soin, de personnel administratif... Cela dédouane de devoir trop souvent leur rendre visite. Pourtant, on ne peut s’empêcher de ressentir une immense solitude voire une détresse morale chez ses mères et pères qui ont, leur vie durant, tout donné à leurs enfants. Une carte postale à Noël, une promesse de visite « quand on aura le temps », une réponse évasive à l’inévitable question : « Ne pourrais-je pas venir vivre chez toi ? »... ces petits riens les maintiennent en vie dans l’espérance d’une venue.

    Je ne connaissais ni l’auteur ni ce livre classé en « roman régional » mais j’ai beaucoup apprécié son écriture, son style, sa manière de décrire tout un univers en quelques phrases à peine. L’histoire se lit d’une traite, une boule au fond de la gorge et le sourire aux lèvres. J’ai trouvé ce mouroir d’une infinie tristesse mais malgré la solitude écrasante des pensionnaires, l’auteur parvient à décrire des situations extrêmement drôles, comme la découverte de la télévision, les manigances de Lulu pour se faire un peu d’argent, les disputes entre pensionnaires... Jean Anglade nous raconte avec beaucoup de justesse la vie dans ce « Doux Repos » et nous propose de belles réflexions sur la vieillesse, la mort et la solitude.

    Un très bon moment de lecture.

     

     

     

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  • Votre commande a bien été expédiée, Nathalie PEYREBONNECommander une cocotte en fonte rouge sur Internet, l'attendre, adresser une réclamation au service clientèle en regardant d'un œil Senior Story, la nouvelle et déroutante émission de téléréalité, lire, s'inventer une existence, inviter Lucia au Pays basque pour fêter l'arrivée de la cocotte : ainsi va, paisiblement, la vie d'Eugène. Puis surviennent les premiers incidents. Et le monde entier semble pris de hoquet.

    Mon avis :

    Comptable au Pays basque, Eugène mène une vie solitaire que seuls animent la télévision et les réseaux sociaux qu’il lit mais sur lesquels il ne poste jamais rien. Et puis, un jour de janvier, il commande une cocotte en fonte, rouge, sur le site internet d’Irone. En avril, il n’a toujours aucune nouvelle de sa cocotte et adresse un mail au service clientèle. Une réponse préenregistrée lui est faite. Eugène sent monter la colère et réagit par retour du courrier avec une ironie caustique assez jubilatoire. Elise Dubois lui répond et se noue alors un échange entre ce célibataire endurci et cette maman divorcée habitant dans le Nord.

    Parallèlement, une nouvelle émission de téléréalité fait la une. Il s’agit d’enfermer douze séniors dans une belle demeure et de les regarder vivre, en en éliminant un par semaine. Mais très vite, l’émission échappe à la production : les papys se rebellent.

    Un vent de fraicheur souffle sur ce roman sympathique. J’ai été ravie de le recevoir en avant-première grâce à Babelio et Albin Michel car je ne suis pas sûre que sa couverture me l’ait fait acheter. Même si c’est une lecture facile et légère, j’ai trouvé l’histoire agréable. De courts chapitres rythment la lecture, l’écriture est poétique et drôle et la réflexion qui la sous-tend est intéressante. La touche de fantaisie finale m’a cependant prise au dépourvu et ne m’a pas entièrement convaincue.

    Ce conte de fées moderne nous renvoie cependant à notre mode de vie et pose des questions pertinentes : ce qui nous semble essentiel l’est-il vraiment ? Les choix que nous croyons poser sont-ils réellement les nôtres ? L’auteure aborde aussi divers thèmes comme la solitude, les médias, l’écologie.

    Cette lecture feel-good qui paraitra fin mai est à glisser dans vos bagages cet été pour quelques heures de lecture-détente, sans prise de tête.

     

     

     

     

     

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  • Un thé dans la Toundra / Nipishapui nete mushuat, Joséphine BACONAprès Bâtons à message, Joséphine Bacon nous fait découvrir son territoire de manière plus marquée : la toundra. Cest une expédition où nous sommes guidés à vivre les moindres émotions que procure la toundra. La poésie nous permet dentrer, de respirer la terre et de fouler ces espaces qui entrent en nous comme une grande prière. Par ce livre de poésie (innu & français), Joséphine Bacon confirme son talent de passeuse de la culture innue. Et cet imaginaire qui sapprend à lécoute des aînés et au miroir de la route.

    Mon avis :

    Après la lecture du roman d’Isabelle Bary, j’avais envie de prolonger un peu cette rencontre avec la culture innue. Je me suis donc plongée dans le recueil de Joséphine Bacon, acheté à la FLB. Poétesse amérindienne, née en 1947, elle fut arrachée à sa famille de nomades à l’âge de cinq ans, comme tant d’autres, pour être scolarisée en pensionnat. Enfant de la toundra, elle ne l’appréhendera réellement que près de 50 ans plus tard.
    Une quarantaine de poèmes nous sont offerts en français et en innu-aimun, la langue maternelle de l’auteure. J’ai aimé avoir la possibilité de la lire même si je ne la comprends pas. J’ai trouvé sa sonorité et ses allitérations musicales et entrainantes.

    Nipimuteti                                 J’ai marché
    Nikapatati                                 J’ai portagé
    Nipimishkati                              J’ai pagayé
    Tshetshi natshishkatan                Pour te rencontrer

    Ces courts textes reflètent toute la beauté de la nature et le respect de l’auteure pour cette Terre ancestrale. Par ce voyage réalisé en 1995, lors du premier rassemblement des ainés de toutes les communautés innues, elle rencontre la Toundra pour la première fois. Faisant connaissance avec le nomadisme, elle part à la chasse au caribou et contemple la ferveur des anciens, leur respect de la nature, des traditions et leur amour de cette horizon sauvage, brut, suspendu dans le temps et dans l’espace. Elle apprend à voir, à regarder, à toucher et à aimer.

    Enfant de la Toundra
    Résonne mon cœur
    Ta musique, la rivière
    Ta lumière, les étoiles
    Ton tapis, le vert tendre du lichen
    Je ne sais pas voler mais tu me portes
    Ta vision dépasse le temps
    Ce soir je n’ai plus mal
    La ville ne m’enivre plus

    Elle rend ici un bel hommage à ses origines, tentant de nous initier aux valeurs des siens, à leurs mythes et à la beauté de leur environnement. Nous retournons à l’essentiel à travers ses mots si lumineux et pourtant d’une grande simplicité. Comme une prière montante vers les Esprits des lieux.

    Ce retour aux sources se matérialise dans les textes par un dialogue entre l’auteure et quelqu’un (tu) que je n’ai pas franchement identifié. Le chasseur qui l’initie, Ishkuateu-Shushep ? Un ancêtre ? Ou la petite fille qu’elle était ? Dans certains poèmes cela semble clair. Dans d’autres non.

    Si vous goûtez la poésie, je ne peux que vous inviter à découvrir ce beau recueil ; cette marche dans la Toundra, sur les traces du passé.

    Superbe.


    Un thé dans la Toundra / Nipishapui nete mushuat, Joséphine BACON

     

     

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  • Ce qu'elle ne m'a pas dit, Isabelle BARYQuel est le point commun entre une quadragénaire moderne, belge et blonde du 21e siècle et un trappeur amérindien né dans les années ’20 ? Le sang !
    Marie a quarante-sept ans. Avec Alex, son mari, et Nola, leur fille de seize ans, ils forment une famille bourgeoise contemporaine : un boulot accaparant, une indispensable vie sociale, un chien à poil long, des engueulades et des fous rires, des sushis le samedi, des impertinences d
    ’ado avec un peu d’herbe fumée en cachette et, bien sûr, toujours trop d’Internet. Rien d’extraordinaire, en somme.
    Mais ça, c
    ’était avant. Avant que Marie ne découvre le secret bien gardé du passé passionné et violent qui est le sien.
    Tantôt cruelle et tantôt drôle, émouvante et parfois désespérée, la révélation de ce secret tisse peu à peu une histoire qui rapprochera Marie de sa fille.
    Avec ce roman, l
    ’auteure pose les questions qui nous taraudent : Faut-il révéler les secrets de famille ? La vérité est-elle toujours bonne à dire ? Comment et quand la dévoiler ?
    Parce que nous avons tous de vieux secrets, petits ou grands, Isabelle Bary célèbre, dans son neuvième livre, l
    ’imagination, la mémoire, l’amour, l’humour et la joie de vivre comme alternatives au silence.

    Mon avis :

    C’est avec beaucoup de plaisir que je me suis glissée dans cette histoire. Dès le départ, j’ai été happée par le non-dit, la tension qu’il faisait peser sur la famille et je n’ai eu de cesse de découvrir la vérité.

    Alex, Marie et Nola forment une famille aisée ordinaire. Du moins en apparence. S’il n’y avait l’opposition de la douce blondeur de Marie et de l’épaisse chevelure noire de Nola, elle passerait même inaperçue. Pourtant, derrière les apparences, se joue une lutte acharnée entre la mère et la fille. Un secret de famille pèse sur leurs relations, empêchant la tendresse et l’amour qu’elles se portent de s’exprimer librement. Marie détient la clé de ce secret et refuse de s’en servir, de savoir, alors que Nola piétine d’impatience. La fougue de sa jeunesse, son impétuosité l’empêchent de comprendre le refus de sa mère. Elle décide alors de chercher les réponses de son coté.

    Très vite, on apprend que malgré sa blondeur, Marie a du sang innu dans les veines, son père étant amérindien. Nola l’a toujours su, elle qui ne peut cacher cet héritage. Ce qu’elles ignorent, ce sont les circonstances de la disparition des parents de Marie, décédés quand elle avait trois ans. Pourtant, tout est là, entre les pages d’un dossier bleu. Pourquoi Marie refuse-t-elle de l’ouvrir ? Que craint-elle ?

    Isabelle Bary dévoile peu à peu le secret de famille tout au long de ce roman polyphonique, distillant des informations avec parcimonie au gré des interventions de Marie, Nola et Alex. Grâce à cette alternance de points de vue et aux feuillets du dossier bleu, le lecteur reconstitue peu à peu l’histoire, échafaudant des hypothèses et partageant tour à tour le ressenti de chacun.
    J’ai aimé ce choix de narration. Il permet de découvrir la vérité en même temps que les protagonistes et de se mettre à leur place. On perçoit nettement qu’Alex se sent très souvent spectateur de la joute silencieuse que mènent mère et fille ou que Nola, adolescente du 21e siècle, de l’immédiateté et des réseaux sociaux comprend difficilement les réticences de sa mère et sa volonté de postposer sans cesse cette révélation. Quant à Marie, orpheline élevée par sa grand-mère entourée d’amour et de silence, elle oscille entre l’envie et la peur. Ses repères ne risquent-ils pas de s’effondrer ? La stabilité émotionnelle qu’elle a construit vaille que vaille résistera-t-elle ?

    Dans un style vif et tendre à la fois, Isabelle Bary nous livre ce secret à la manière d’une enquête policière. Elle dose suspens et tension avec minutie reculant le plus possible le moment de la révélation sans jamais lasser le lecteur. Une fois le dossier bleu ouvert, on dévore les pages dans l’impatience de la découverte, savourant l’alternance des styles et l’élégance de la plume révélatrice et salvatrice.

    Un roman qui vous entrainera au bord du Lac St Jean, au cœur d’une réserve innu, à la découverte d’une culture, d’une histoire, d’un peuple... avec en filigrane l’amour, la liberté, la fuite du temps et la beauté des grands espaces.

    Un régal.

    Ce qu'elle ne m'a pas dit, Isabelle BARY9e

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  • Zinc, David VAN REYBROUCKDavid Van Reybrouck retrace ici l’histoire d’un infime territoire coincé entre la Belgique, les Pays-Bas et l’Allemagne, un confetti au statut unique en Europe, car déclaré neutre par les grandes puissances après la chute de Napoléon et jusqu’en 1919, faute d’un accord sur le tracé des frontières alentour. Il s’agissait à l’origine d’un banal conflit d’intérêts puisque se trouvait là un important gisement de zinc, minerai dont l’exploitation déjà ancienne connut son apogée au XIXe siècle

    Mon avis :

    Dans cet essai, David Van Reybrouck nous raconte l’histoire d’un petit village de la province de Liège à travers la vie d’Emil Rixen, né en 1903. Conçu dans une union illégitime, il naitra à Moresnet-Neutre où sa mère s’est réfugiée après avoir quitté Düsseldorf, et sera confié à l’adoption. Sans jamais quitté son village natal, il changera cinq fois de nationalité et sera enrôlé dans différentes armées.

    En effet, la neutralité de cette région persistera jusqu’en 1919 mais ensuite, au gré des conflits mondiaux, Moresnet-Neutre sera ballotée d’un pays à l’autre, avant d’être définitivement rattachée à la Belgique par le Traité de Versailles.

    Moresnet s’est construite et développée autour d’une usine de production du zinc. A l’aube de la révolution industrielle, ce graal est en effet très convoité. Non ferreux, malléable à haute température et parfait pour les alliages, il est aussi un excellent conducteur thermique et surtout il résiste à la corrosion. Le zinc, allié au cuivre, produit du laiton, allié à l’étain, du bronze. Ce métal, produit en feuille ou en plaque, servira notamment de couverture aux toits de Paris pour faciliter l’évacuation des eaux de pluie, et favorisera l’essor de l’architecture de fer. On comprend donc la convoitise que ce petit territoire a éveillée.

    L’histoire que nous raconte Zinc a un côté surréaliste ; par la situation d’abord, par les mille petits détails de la vie quotidienne ensuite. Ainsi, à Moresnet-Neutre seul le franc français a cours mais on accepte les pièces allemandes, le sou d’argent et le franc belge. Il n’y a pas de langue officielle et les habitants parlent l’allemand, le français et un dialecte local appelé Kelmeser Platt et qui mélange bas allemand et limbourgeois.

    Ce court récit, parfois technique, toujours passionnant, m’a beaucoup plu. Non seulement parce que je connais ce village et cette région et ai pris plaisir à découvrir leur histoire que je méconnaissais mais aussi parce que Van Reybrouck nous la conte merveilleusement bien à travers la vie d’un de ses habitants. Au point qu’on en vient à regretter qu’il ne soit pas plus long.
    Zinc est aussi un bel éloge de la neutralité et de l’utopie en cette période de résurgence des nationalismes.

     

    Zinc, David VAN REYBROUCK 7e

     

     

     

     

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  • Georges et les dragons, Jean-Pol HECQÀ l’été 1927, Maximilien Jelgersma débarque à Mons. Ce journaliste néerlandais prétend faire des reportages sur le Borinage, la reconstruction de l’après-guerre et la réalité sociale de la région montoise.
    Sa motivation est toutefois plus personnelle
    : il recherche Georges, un de ses cousins disparu pendant la guerre. Au cours de son enquête, Max croise notamment le cinéaste Joris Ivens, en repérage pour son film Misère au Borinage, et Stefan Zweig, le célèbre écrivain autrichien. Il reçoit l’aide d’un sous-officier véreux, côtoie un drôle de psychiatre franc-maçon et la supérieure d’un couvent. Mais, surtout, il se lie d’amitié avec un homme paisible qui prétend avoir vu de ses propres yeux saint Georges voler au secours des Britanniques au plus fort de la bataille d’août 1914…
    Qu’a réellement vu cet homme ce jour-là
    ? Et pourquoi y a-t-il tant de chevaux dans cette affaire? Ils peuplent les cauchemars de Max, tirent le Car d’Or dans la Procession de la Trinité, sont les montures de saint Georges et des hommes du 2e régiment de Chasseurs à cheval; ils forment les attelages des livreurs de bière… Peut-être sont-ils en fin de compte au cœur de l’énigme?v

    Mon avis :

    Max recherche, dans le Mons de l’après-guerre, des informations sur son cousin Georges disparu lors de la bataille de Mons en août 14. Ses investigations l’amènent à rencontrer des personnages illustres et des quidams qui, tour à tour, lui confient ce qu’ils savent ou ce qu’ils ont vécu. Max rassemble peu à peu ces bribes pour comprendre ce qui s’est passé.

    Jean-Paul Hecq a vécu vingt-cinq ans à Mons et a baigné dans les souvenirs et les légendes. Le point de départ du récit est probablement l’incendie de l’asile d’aliénés resté dans la mémoire de tous les Montois d’alors. Ne pouvant faire face à l’incendie car le personnel soignant était en sous effectif, la direction a décidé de lâcher les pensionnaires, seuls, dans la ville. Voir déambuler dans les rues enfumées, ces fantômes en robe de chambre, égarés et apeurés, a fortement marqué les esprits.

    Ce roman où se mêlent fiction et souvenirs est l’occasion pour l’auteur de parler de la Grande Guerre, du folklore et des habitudes de vie des Montois. On découvre l’origine de la fête du Doudou ; on apprend qu’Emile Verhaeren aimait accueillir en sa maison estivale du Caillou qui bique, des intellectuels comme Stefan Zweig ou Maeterlinck et Romain Rolland. Une sorte de république des lettres où se côtoyaient Belges, Français, Allemands, Autrichiens... avant la guerre.
    L’époque est aussi celle des avancées psychiatriques de Freud -les traumatismes énormes nés de la sauvagerie des combats y sont pour beaucoup. Il en sera forcément question.

    Ce roman historique nous plonge dans la grande et la petite histoire. Jean-Pol Hecq nous propose une enquête à rebondissements qui nous mène, aux côtés de son héros, dans les méandres de la ville de Mons, de ses légendes et de son vécu. Il revisite aussi la légende de la bataille de Mons et sa version a le mérite de tenir la route.
    Un premier roman agréable, une ode à une ville, à une histoire qui nous donne envie d’en savoir plus.

     

     Georges et les dragons, Jean-Pol HECQ4e

     

     

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