• La perspective Luigi, HAUTIERE & CUVILLIERAlors qu’ils cherchent à fuir la zone occupée par l’armée allemande, quatre orphelins français et une jeune refugiée belge montent dans le mauvais train et arrivent à Berlin, capitale du Reich. Pour survivre dans une ville étrangère meurtrie par la famine, ils partagent le quotidien d’une bande de gosses des rues, tout en cachant leur véritable nationalité. Au cœur du territoire ennemi, ils manquent à chaque instant d’être capturés par la police ou pris dans les affrontements avec d’autres bandes !

    Mon avis :

    Alors que le tome 5 de « La Guerre des Lulus » laissait des zones d’ombre dans la vie des jeunes entre 1916 et 1917, « La perspective Luigi » vient apporter des réponses.

    Nous sommes en 1936 à Amiens. Luigi devenu artisan-commerçant est contacté par un homme qui dit vouloir écrire un recueil de témoignages de Français ayant été déportés en Allemagne durant la guerre. Luigi raconte alors comment, en se trompant de train, ses amis et lui sont arrivés à Berlin et non en Suisse.

    Alors que la guerre entame sa troisième année, Berlin semble vivre comme si rien ne se passait. Pas de soldats en arme dans les rues, fêtes foraines, balades au parc… les Berlinois aisés ne se refusent rien. Nos amis, eux, se retrouvent malgré eux entrainés dans un repère d’enfants des rues. Orphelins eux aussi et livrés à eux-mêmes, leur vie est un combat quotidien pour trouver à manger et survivre. Malgré la barrière de la langue, ils vont sympathiser, laissant croire à leurs hôtes qu’ils sont Suisses et non Français.

    On retrouve avec plaisir ces cinq enfants téméraires, surmontant leur déception et leur peur de ne pas être en Suisse. Malgré les conditions de vie difficiles dans cette capitale à deux vitesses, le récit garde le ton humoristique que j’appréciais. Hardoc, le dessinateur, a laissé la place à Damien Cuvillier qui parvient à garder la fraicheur et l’esprit de la série. Les retrouvailles avec ces jeunes héros sont réussies et l’évolution du personnage de Luigi, devenu adulte, l’est aussi. Je trouve intéressant aussi de changer d’univers graphique en changeant de narrateur. Une bonne idée de Régis Hautière.

    J’ai craint en terminant le tome 5 que ce diptyque soit « l’album de trop » mais je m’aperçois qu’il apporte un complément d’information intéressant par rapport à l’histoire précédente et un point de vue plus personnel. Découvrir Berlin pendant cette période est aussi une excellente idée et le passage d’une série à l’autre se fait harmonieusement.

    Je ne peux donc que vous conseiller cette lecture des aventures des Lulus si vous avez aimé les premiers tomes.

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  • Un cœur à l'abri, Nora ROBERTSPar un soir d'été dans un centre commercial de la banlieue de Portland, un jeune étudiant, Reed, profite de sa pause pour tenter de séduire une jolie serveuse. Au même moment, Simone, Mi et Tish, amies depuis l'enfance, entrent dans une des salles de cinéma. Alors que Simone vient d'être quittée par son petit ami, celui-ci débarque avec une nouvelle fille... Simone court en pleurs s'enfermer aux toilettes. C'est là qu'elle entend les premiers coups de feu. Terrifiée, elle appelle immédiatement la police. Grâce à son intervention, les secours arrivent. Les tireurs sont abattus et le massacre prend fin.

    Trois ans plus tard, tandis que les survivants tentent de se reconstruire, Reed, devenu policier, constate que ceux qui ont échappé à la fusillade meurent les uns après les autres, tués ou apparemment victimes d'accident. En réalité, le cerveau de l'opération a survécu et compte bien, dans l'ombre, achever son œuvre.

    Mon avis :

    Voilà le livre idéal pour les vacances, à lire à l’ombre sous les frondaisons.

    Le roman de Nora Roberts allie suspens, aventure, drame et romance. Facile à lire sans être simpliste, il nous propose un suspens bien mené. Collant à l’actualité, il démarre par un acte terroriste, hélas, banal et cruel. Tirant au hasard dans le but de faire le plus de victimes possible, trois jeunes vont perpétrer un massacre au milieu d’une foule d’anonymes et bouleverser à jamais des centaines de familles. Dans cette foule, une dizaine de personnes sont mises en lumière par l’auteure. D’emblée, nous nous attachons à elles et suivons leur vie au fil du temps qui passe. Au-delà du roman dramatique mâtiné de romance, l’auteure livre un témoignage sur la reconstruction des survivants d’une tuerie de masse. Nous constatons leurs fêlures, leurs peurs, le déni ou les mises en danger auxquelles elles se livrent consciemment ou non. Chacun a une manière personnelle de continuer sa vie.

    Il faudra du temps à Simone pour trouver sa voie et pouvoir exprimer les émotions qui l’habitent depuis ce terrible jour. Reed, lui, déterminé, choisira d’entrer dans la police pour traquer les délinquants et protéger les plus faibles. Mais, contrairement à Simone, il ne perdra jamais ce drame de vue, gardant même un œil sur les survivants et menant une enquête officieuse dès les premiers morts. On saura très tôt qui est derrière les crimes en série car là n’est pas l’axe principal du récit, mais plutôt la manière dont le criminel s’y prendra et de quelle manière il trompera son monde.

    La construction psychologique des personnages est méticuleuse et participe au plaisir de lecture car chacun évolue au fil de la décennie que dure ce récit. L’entourage de chacun est aussi déterminant, que ce soit en raison de l’éducation donnée et reçue, que de leur réaction suite au drame qui les touche car tous ne voient pas ou ne comprennent pas le traumatisme vécu. Là aussi, le lecteur assiste à une transformation des relations familiales et à une prise de conscience qui prendra parfois du temps.

    Ce roman de Nora Roberts m’a été gentiment offert par Camille des éditions Lafon et je ne le regrette pas. On pourrait peut-être lui reprocher d’être parfois trop détaillé ou trop américain avec un happy end attendu, mais on le sait au départ, c’est du Nora Roberts. Il se veut divertissant avant tout et il l’est. Idéal pour une lecture d’été.

     

     

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  • Wittgenstein à l'aéroport, Husch JOSTENLe hasard existe-t-il ? Lorsqu’on échappe de peu à l’effondrement des Twin Towers puis à l’attentat du marathon de Boston, peut-on parler de prédestination ou de fatalité ? Frôler la mort ou tomber saisit. Dans la salle d’embarquement de l’aéroport de Heathrow, Caren tente de reprendre ses esprits. 

    Mon avis

    Nous sommes le 14 novembre 2015, à l’aéroport d’Heathrow. Journaliste, Caren se voit empêchée d’embarquer pour Paris car l’avion est cloué au sol. Sans information des autorités de l’aéroport, elle tente de comprendre en observant ce qui se passe et en communiquant avec son patron au journal. Adolescente, Caren a échappé à l’attaque du Word Trade Center en 1993 puis plus tard, à celui du 11 septembre 2001 et du marathon de Boston en 2013 auquel elle participait. A 37 ans, après son reportage sur l’attentat de Charlie Hebdo, Caren éprouve des crises d’angoisse. Pour y échapper dans le hall des départs, elle engage la conversation avec son voisin, un érudit qui goûte la philosophie et qu’elle surnomme Wittgenstein.

    Ce roman atypique mêle les événements à l’aérogare, les souvenirs de Caren, sa rencontre amoureuse et les échanges avec son voisin où pointent de nombreuses réflexions philosophiques. Il est souvent difficile de ne pas perdre le fil de leurs échanges car les pensées de Caren et ses interrogations personnelles croisent les idées philosophiques de l’homme sur les histoires, leur véracité, l’ordre, le désordre, le hasard… Pour cette raison, il laissera peut-être certains sur le bord ; moi-même je ne suis pas sûre d’avoir tout compris.

    J’ai cependant apprécié l'écriture de l'auteure et la manière dont elle traite des attentats, sans pathos, sans colère. Caren tente de rester objective et détachée face à l’horreur. Elle refuse de réagir avec passion et garde la tête froide afin de comprendre le pourquoi et le comment des faits. Elle s’interroge aussi sur l’entourage des terroristes et ce qu’il peut penser quand il découvre le nom de l’auteur d’un attentat. Mais à force de rester à distance, objectif, ne passe-t-on pas à compter de l'essentiel ?

    Comme le pense Wittgenstein, on ne comprend une histoire qu’en l’appréhendant dans son ensemble. Et en cela, la fin est surprenante et intéressante. Mais peut-être l’auteur a-t-il voulu trop en faire avec ce récit riche en suspens et rebondissements. J’ai trouvé le tout complexe et embrouillé même si je comprends bien qu’Husch Josten a voulu traiter de notre quête personnelle du bonheur malgré l’insécurité collective ambiante.

    Au final, je ressors de cette lecture avec un avis mitigé.

     

     

     

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  • Niebieski veut dire bleu, M.E NIJAKIDouai, 1958 – Au cœur de son coron, Marie-Aline Niebieski joue aux billes et sautille au-dessus des flaques. Dans sa tête, une ronde de questions qui l’étourdissent. Les réponses que ce petit bout de six ans exige sont floues, au-delà de son regard. Elle s’entête. Jusqu’à sa disparition, soudaine, sans trace, sans raison.

    Paris, 1979 – Maria de Genlin, héritière d’un holding international, revient d’un interminable séjour en mer. La mort récente de son père réveille de curieux souvenirs. Elle comprend que son enfance est marquée d’inquiétantes zones d’ombres.

    Maria est têtue. Un voyage haletant se profile, une enquête incertaine sur la piste volatile de ses racines. Des houillères du Nord jusqu’à la lointaine Pologne, l’appel des origines et la volonté de construire l’avenir s’entremêlent dans un puzzle passionnant.

    Mon avis :

    Paru en 2016, ce roman est passé totalement inaperçu. Je n’en avais jamais entendu parler avant de le recevoir, il y a quelques mois. Premier roman de l’auteur franco-polonaise, il vaut pourtant la peine d’être lu.

    Ce récit est un roman même s’il se base sur quelques souvenirs de l’auteur, des faits liés à son enfance et surtout aux origines polonaises de ses parents.

    A la mort de son père, Maria, 27 ans, est à la tête d’un empire financier mais sans famille. Etienne, l’employé de son père, lui a légué une malle contenant divers objets dont trois cahiers. Des cahiers dans lesquels elle découvre l’histoire d’une petite fille. Ce pourrait-il que cette petite fille ce soit elle ? Au fil de sa lecture, des impressions se font jour, des souvenirs resurgissent. Une photo est aussi précieusement glissée dans une pochette plastique, avec un prénom : Marie-Aline. Elle a 7 ans. Et Maria est prise de vertige. Elle qui a si peu de souvenirs d’enfance, est-elle Marie-Aline ? Poussée par Damien, son fidèle ami, elle va chercher à comprendre, à savoir.

    Ce récit nous emmène de Paris à Douai et jusqu’en Pologne. Au fil des pages, les situations changent et l’atmosphère évolue. Mais partout des silences, des non-dits et des enfants qui tentent de comprendre ce qu’on leur cache. Parce que ce ne sont pas leurs affaires. Maria va déterrer des histoires anciennes, raviver au passage quelques fantômes. Mais comment pourrait-elle se construire, bâtir sa vie si elle ne sait rien de ses origines ? Et d’où lui viennent ces images floues d’une vie qui ne serait pas la sienne mais y ressemble beaucoup ?

    Dans un style simple, l’auteur nous entraine dans une quête identitaire nécessaire et bouleversante. Mêlant extraits des cahiers, présent et souvenirs, elle invite le lecteur à accompagner Maria dans ses recherches et à affronter les soubresauts du destin.

    A découvrir.

    Merci aux éditions Ker pour cet envoi.

     

     

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  • Le livre d'Amray, Yahia BELASKRI« On m'a dit que je naissais au monde, que les montagnes reculeraient devant mes aspirations, que les plaines donneraient plus de blé qu'elles n'en ont jamais produit et que les matins s'offriraient à mes pas juvéniles. Que ne m'a-t-on dit pour me laisser croire que j'étais un homme libre ? »

    Amray est né avec la guerre, entre le souffle du chergui, le vent chaud du Sahara, et les neiges des Hauts Plateaux, fils préféré d'une mère qui n'avait jamais appris les mots d'amour, et d'un père qui a fait plus de guerres qu'il n'en faut pour un homme. Mais bientôt son monde vacille et les amis d'enfance, Shlomo, Paco, Octavia - celle qu'il nomme ma joie - quittent le pays. Resté là comme en exil, Amray, fils du vent, fils de fières et nobles figures de résistance, Augustin, la Kahina ou Abd el-Kader, avec la rage puisée dans les livres et les mots des passeurs, part chercher plus loin ses horizons, et la liberté d'être poète.

    Mon avis : 

    Amray nait dans un foyer sans amour. Sa mère a 13 ans quand elle est mariée à son père qui en a 36. Comme les femmes de son époque, elle n’a rien à dire, n’a aucun droit. On lui demande seulement de procréer et de servir. Quand il nait, au cœur d’une famille nombreuse, son père a 60 ans et a passé la majeure partie de sa vie à combattre : deux guerres mondiales sous le drapeau français et puis la guerre sur son sol. Sa mère, sans instruction, simple et d’une grande sagesse, l’aimera comme elle n’a pu aimer ses autres enfants.

    « Le livre d’Amray » nous plonge dans l’histoire d’un pays jamais nommé mais dont on comprend très vite qu’il s’agit de l’Algérie. A travers les tourments de l’Histoire, Yahia Belaskri nous raconte la vie d’Amray – dont le nom signifie l’amoureux en berbère. Très jeune, le narrateur a la fraîcheur de l’innocence, la candeur de l’enfance. Il nous décrit avec force détails son quotidien, ce monde qui change, ses amis qui disparaissent de l’école et de sa vie, les regards qui se font fuyants ou au contraire appuyés… Son histoire se confond avec celle de son pays, faite d’espoir et de rêves au cœur des années 60 et 70 puis d’illusions perdues et de trahison. Solitaire, il vole des livres – avec la bienveillance du libraire - car il ne peut les acheter. Il s’instruit, se construit, grandit et devient à son tour mari et père. Mais un autre danger guète et la violence refait surface au cœur de son pays et de sa famille.

    A travers Amray, c’est l’histoire de l’Algérie qui se dessine et de la lutte incessante qu’elle a menée pour sa liberté, lutte marquée par des figures héroïques comme Saint Augustin, la Kahina ou Abd-el-Kader. Tous trois berbères, ils sont les piliers de ce roman, et les fondements de l’identité algérienne.

    D’une grande puissance poétique, ce récit de violence et de guerre, retrace l’histoire d’Amray mais est aussi un réquisitoire contre l’autoritarisme, l’intégrisme, la dictature qui enferment l’homme. Jamais nommée, l’Algérie est pourtant bien présence à chaque page, dans chaque mot célébrant avec mélancolie cette terre natale de l’auteur. C’est un chant d’amour à un pays dur, fier, meurtri dont l’auteur espère encore le renouveau, la renaissance. C’est une fresque onirique, celle d’un pays souffrant, écartelé entre mythes, souvenirs heureux et tragédies.

     

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    A Bovenmeer, un petit village flamand, seuls trois enfants sont nés en 1988 : Laurens, Pim et Eva. Enfants, les « trois mousquetaires » sont inséparables, mais à l’adolescence leurs rapports, insidieusement, se fissurent. Un été de canicule, les deux garçons conçoivent un plan : faire se déshabiller devant eux, et plus si possible, les plus jolies filles du village. Pour cela, ils imaginent un stratagème : la candidate devra résoudre une énigme en posant des questions ; à chaque erreur, il lui faudra enlever un vêtement. Eva doit fournir l’énigme et servir d’arbitre si elle veut rester dans la bande. Elle accepte, sans savoir encore que cet « été meurtrier » la marquera à jamais.

    Treize ans plus tard, devenue adulte, Eva retourne pour la première fois dans son village natal. Cette fois, c’est elle qui a un plan…

    Mon avis :


    Dans ce roman de 420 pages, Lize Spit raconte l’histoire de trois jeunes enfants dans un petit village anversois, à la fin des années 90 et au début des années 2000. Les enfants en vacances courent les rues du village en toute liberté, jouent, refont le monde. Le reste du temps, la vie s’écoule lentement entre la famille, l’école, les sorties entre copains. Tout n’est pas rose dans leur vie, loin de là : famille dysfonctionnelle, fratrie fragile, isolement, rumeurs et commérages. Heureusement, il y a l’amitié. Quoique.

    Le roman alterne les souvenirs de l’été 2002 et le présent d’Eva, la narratrice, en 2015. On sait dès le départ que quelque chose de grave s’est passé cet été-là et qu’elle prépare une vengeance.

    Certes, l’histoire est extrêmement bien construite et rédigée avec une plume précise et réaliste. On attend la chute en sentant monter la tension et les non-dits piquent sans cesse notre curiosité. Elle dresse un portrait assez juste de cette période entre deux eaux qu’est la fin de l’enfance et le début de l’adolescence. Celle où on aimerait grandir et à la fois rester enfant car l’avenir angoisse ; celle où on est capable, dans la même journée, de cruauté et de douceur, de haine et de compassion. La jeune auteure a le sens de la narration et nous propose également une galerie de personnages d’une précision chirurgicale, dressant un portrait au vitriol de la campagne flamande et de sa bonhomie apparente. Cette peinture flamande est certainement l’objet d’une longue observation avant de pouvoir obtenir un tel rendu. Mais les adultes sont tellement dysfonctionnels dans ce village qu’on se dit parfois que c’est too much.

    Malgré ces indéniables qualités, j’ai été déçue. Sans doute attendais-je trop de ma lecture après les critiques dithyrambiques lues et le succès de ce roman.

    Il y a d’abord, à mon sens, une erreur de timing. Certains détails de cette histoire me la feraient plutôt ancrer dans les années 70 ou 80, (les mères au foyer, le fil en spirale du téléphone fixe, Aldi qui ne vend pas de produits frais...) De plus, j’ai de la peine à croire qu’au lendemain de l’affaire Dutroux qui a secoué profondément tout le pays, les enfants de ce village soient si libres et laissés à eux-mêmes.

    Ensuite, je l’ai trouvé lent, extrêmement lent, comme l’ennui qui colle à la peau d’Eva dans ce village microscopique. Et parfois trop touffu : beaucoup de détails sur la vie du village, les événements anodins du quotidien, les ragots qui l’animent m’ont paru dispensables.

    Enfin, je crois que je m’attendais à un dénouement différent. J’ai tellement lu les mots « malaise, atmosphère irrespirable, soufre, glaçant, glauque, machiavélique » que je prévoyais autre chose -d’où le fait que j’ai longtemps postposé cette lecture – même si la fin est réellement noire, cruelle, à la limite du supportable comme si l’auteure se plaisait dans le sordide et le cru.

    Je suis contente de l’avoir lu, je me suis fait ainsi un avis personnel. Très mitigé comme vous l’avez lu.

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  • 1830. Au Suriname, les Bonis, mené par leur chef, Boni Okilifu, échappent aux colons hollandais en s’installant au cœur de la jungle amazonienne et débutent une lutte déterminée pour leur liberté...
    1877. Jules Crevaux, médecin français, explore l’intérieur des terres de la Guyane. Accompagné d’un piroguier, Apatou, au fil de la navigation et au rythme de leur amitié naissante, il va découvrir l’histoire du peuple boni, ayant mené une guerre d’émancipation contre les colons français et néerlandais.

    Mon avis :

    Stéphane Blanco, passionné par la Guyane, signe le scénario de cet album. Adolescent, il a vécu à Dakar et visité l’île de Gorée, plaque tournante de la traite négrière. Ce fut un choc. Devenu enseignant, il est nommé en Guyane. Il est subjugué par les histoires que lui racontent ses élèves et ses collègues, descendants d’esclaves. Il décide d’en parler un jour.

    Avec Samuel Figuière, dessinateur et coloriste, il vient de sortir une BD qui retrace cette épopée méconnue, celle du marronnage. En Guyane, on appelait « noirs marrons » les esclaves en fuite qui trouvaient protection dans la forêt profonde, créant des communautés avec leur propre fonctionnement. N’ayant laissé aucune trace écrite, ces sociétés parallèles qui se basaient sur les codes de différentes sociétés africaines sont difficiles à comprendre et à cerner. Seuls existent de rares documents et beaucoup d’histoires transmises par la tradition orale.

    Stéphane Blanco a donc choisi de suivre les traces de Jules Crevaux, explorateur du 19e siècle qui remonta le fleuve Marron pour découvrir la Guyane profonde. L’histoire est un hommage à un explorateur qui a inspiré aussi bien Jules Verne que Claude Levi-Strauss ou Hergé et à un peuple d’esclaves qui a arraché sa liberté aux colons français et néerlandais.

    Paru chez Steinkis, une maison d’édition indépendante, l’histoire que nous raconte cet album est donc noire et violente. Les esclaves étaient traités avec une réelle sauvagerie. Un fuyard rattrapé, on le faisait rôtir vivant ! Une femme violée par un riche blanc a été mutilée par son épouse et laissée pour morte. Stéphane Blanco a choisi de mettre en images le récit de voyage de Crevaux et, par là même, la vie de ces hommes et de ces femmes. L’album raconte leur survie, les légendes et rumeurs qui ont couru sur eux et la traque infernale dont ils ont été victimes.

    Je n’ai pas été séduite par les dessins et les tons sombres de l’album mais l’histoire m’a vraiment intéressée car je ne connaissais pas le marronnage. La préface de Stéphane Blanco et de l’historien Jean Moomou ainsi que le dossier qui clôture l’album sont passionnants.

    Merci à Babelio de m’avoir permis de découvrir cet album et cette histoire méconnue.

     

     

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