• En voiture Simone ! Aurélie VALOGNEPour une comédie familiale irrésistible, il vous faut :
    - Un père, despotique et égocentrique, Jacques.
    - Une mère, en rébellion après 40 ans de mariage, Martine.
    - Leurs fils : Matthieu éternel adolescent mais bientôt papa de 3 enfants. Nicolas, chef cuisinier le jour et castrateur tout le temps. Alexandre, rêveur mou du genou.
    - Et surtout3 belles-filles !

    Stéphanie, mère poule angoissée. Laura, végétarienne angoissante. Jeanne, nouvelle pièce rapportée, féministe et déboussolée, dont l’arrivée va déstabiliser l’équilibre de la tribu.
    Mettez tout le monde dans une grande maison en Bretagne. Ajoutez-y Antoinette, une
    grand-mère d’une sagesse (bien à elle) à faire pâlir le Dalai Lama, et un chien qui s’invite dans la famille et dont personne ne veut.

    Mon avis :

    L’intérêt de ce roman d’Aurélie Valogne est sa simplicité et le fait que cette famille peut être n’importe laquelle d’entre les nôtres. Chacun y reconnaitra quelqu’un ou revivra en le lisant une situation connue. Le ton est léger, le roman rythmé et la narration vive. Pas de temps mort, il se passe toujours quelque chose dans cette famille.

    Le plus irritant, c’est Jacques. Un vrai casse-bonbon. Mais si son entourage était plus pugnace peut-être aurait-il moins souvent l’occasion de se montrer despotique. Finalement, cela semble arranger l’un ou l’autre qu’il énonce quelque vérité ; ce que personne d’autres n’oserait.

    Les tensions présentes entre les membres de la famille, les compromis qui finissent par lasser et les décisions extrêmes mettent en évidence la personnalité de chacun et les relations entre les personnages. Cela aurait pu être plus poussé si le récit avait été plus long. Sa brièveté empêche de développer davantage le caractère de chacun même si on en a déjà une esquisse.

    Cela se lit vite, c’est sympa mais l’histoire ne restera pas dans les annales. Certains m’ont dit avoir adoré. J’avoue que cela m’a passablement agacée. Peut-être parce que trop proche de certaines situations vécues.

    A lire en vacances sauf si, évidemment, on cherche à fuir sa famille quelques jours.

     

     

     

     

     

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  • Je m'appelle Lucy Barton, Elizabeth STROUTHospitalisée à la suite d’une opération, Lucy Barton reçoit la visite impromptue de sa mère avec laquelle elle avait perdu tout contact. Tandis que celle-ci se perd en commérages, convoquant les fantômes du passé, Lucy se trouve plongée dans les souvenirs de son enfance dans une petite ville de l’Illinois -la pauvreté extrême, honteuse, la rudesse de son père, et pour finir son départ pour New York, qui la définitivement isolée des siens. Peu à peu, Lucy est amenée à évoquer son propre mariage, ses deux filles, et ses débuts de romancière dans le New York des années 1980. Une vie entière se déploie à travers son récit lucide et pétri dhumanité, tout en éclairant la relation entre une mère et sa fille faite dincompréhension, dincommunicabilité, mais aussi dune entente muette et profonde.

    Mon avis :

    Retenue à l’hôpital par une complication postopératoire, Lucy voit arriver à son chevet, sa mère qu’elle n’avait plus vue depuis ses études à la fac. En tête à tête pendant cinq jours et cinq nuits, elles vont se remémorer des personnes connues autrefois et se réapprivoiser peu à peu. Pour Lucy, cette présence est aussi un douloureux retour dans une enfance qui fut loin d’être heureuse. Ces échanges, sorte de catalyseur pour la narratrice, lui permettront de mettre des mots sur les souffrances passées et la convaincront que l’envie d’écrire qu’elle avait en elle depuis toute petite n’est pas un rêve vain.

    Quelques années plus tard, devenue écrivain, Lucy raconte ces cinq jours qui ont vu toute une vie se déployer entre les murs d’une chambre d’hôpital. Constamment en équilibre entre amertume et espoir, ressentiment et amour, elle retrace le chemin qui l’a menée à New York, loin de sa petite ville natale, où ne poussait que le maïs à perte de vue. Point de départ de son récit de vie, cette période d’introspection sera aussi le déclencheur d’une série de choix qui façonneront sa vie, ses relations aux autres et sa détermination impitoyable à atteindre ses objectifs.

    Ce roman nous présente deux portraits de femmes, particulièrement intéressants. D’un côté, il y a la mère, fière d’être descendante des colons qui ont fait de l’Illinois une riche terre de culture et qui garde la tête haute malgré la misère, le regard des autres et les difficultés de la vie. Droite, dure, déterminée, elle ne s’apitoie pas sur elle-même ; besogneuse, elle fait de son mieux pour élever ses trois enfants dans les valeurs et convictions qui sont les siennes. Il n’y a pas de place pour les déclarations d’amour ou les marques d’affection, l’important, c’est la survie quotidienne. De l’autre, il y a la fille, enfant solitaire, mise à l’écart à cause de la pauvreté de la famille et qui reste tard à l’école pour faire ses devoirs car il y fait chauffé, quand chez elle on meurt de froid. Consciente que la réussite de ses études l’aidera à mieux vivre, amoureuse des livres qui lui donnent envie d’écrire à son tour, elle trace son chemin avec la même ténacité que sa mère, pour s’éloigner le plus possible de cette vie de labeur et de souffrance.

    L’hôpital est lui aussi un personnage de l’histoire. La chambre d’abord, confessionnal où mère et fille se confient, séparées par le rideau qui isole la malade et permet à chacune d’oublier la pudeur et la retenue que leur éducation a toujours imposées entre elles. Sa fenêtre donne sur le Chrysler Building, tout illuminé de nuit, sorte de balise et d’espoir pour Lucy. Cité sept fois dans l’histoire, sa description ponctue les moments cruciaux de leurs échanges. Le médecin ensuite, dont la visite quotidienne interrompt rituellement le tête-à-tête mère-fille. Sa présence et son regard qui en dit long réconfortent Lucy chaque soir un peu plus. Si sa mère est un lien vers son passé, le médecin la relie à l’avenir qui s’ouvre à elle.

    Les deux tiers du livre racontent ce huis-clos à l’hôpital. Cela pourrait sembler long mais la plume alerte et précise de l’auteure nous entraine au fil des pages. Il est, de plus, un passage obligé dans la recherche d’identité à laquelle se livre Lucy. La femme qu’elle est trouve ses racines dans son enfance et elle ne pouvait simplement l’esquisser. Lucy a besoin de savoir d’où elle vient pour décider ce qu’elle deviendra.

    Premier de la rentrée que je lis, ce roman est une très belle découverte. Non seulement pour l’histoire servie par une belle écriture mais aussi pour l’auteure que je ne connaissais pas et qui maitrise parfaitement son sujet. Une belle histoire de femmes !

    Merci aux éditions Fayard et à Netgalley pour ce moment.

     

    Je m'appelle Lucy Barton, Elizabeth STROUT

     

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  • Sous la vague, Anne PERCINDécidément, rien ne sera épargné à Bertrand Berger-Laffite, héritier d’une prestigieuse propriétaire de Cognac, en ce printemps 2011.
    Alors que la catastrophe nucléaire au japon entraine l’effondrement du cours des spiritueux sur les bourses mondiales, sa fille tombe enceinte, son ex-femme le trahit et le voilà menacé de licenciement...
    Tandis que son monde s’écroule, lui, préfère s’évader loin des réalités, en compagnie d’un faon ou véhiculé mollement par son chauffeur, Eddy. Ce flegmatique trentenaire est le seul auquel Bertrand, à tort ou à raison, fait encore confiance.

    Mon avis :

    Anne Percin nous a habitués à des récits agréables teintés d’humour. Celui-ci ne déroge pas à la règle.

     Bertrand Berger-Laffite, héritier d’une grande maison de Cognac, tente, contre tous, de diriger l’entreprise familiale à l’ancienne, comme elle l’a toujours été. La réputation de la marque s’est faite non seulement sur la qualité du breuvage mais aussi sur les traditions séculaires et le climat familial entretenus dans l’entreprise. Du patron à l’ouvrier d’embouteillage, chacun a succédé à son père et son grand-père. Mais dans le monde des affaires où tout est basé sur le bénéfice, le chiffre d’affaires et la diversité de la clientèle, les actionnaires ne l’entendent plus de cette oreille. Alors que le Japon subit un violent tsunami, un autre s’annonce dans la vie de Bertrand.

     Amoureux des estampes japonaises qu’il collectionne depuis toujours, Bertrand s’évade de ces soucis dans leur contemplation et dans un monde onirique. Rêves et cauchemars ouvrent d’ailleurs chaque chapitre.

     Ce récit quelque peu saugrenu en apparence invite à la réflexion. A travers la vie de Bertrand, Anne Percin nous convie à relativiser nos petites et grandes misères et à retrouver l’essentiel de nos vies. En suivant ses pérégrinations, les trahisons de son entourage, les désillusions mais aussi les petits bonheurs de son quotidien, on ne peut s’empêcher de se demander ce qui, dans notre vie, est vraiment important. Et on se laisse emporter dans ce roman atypique et sa réflexion sur le monde qui nous entoure.

     J’ai apprécié les divers portraits esquissés par l’auteure ; en quelques traits et beaucoup de sous-entendus, elle nous présente la famille et l’entourage de Bertrand : le manipulateur, l’empathique, l’opportuniste, le fidèle, l’aimant... Une vraie comédie sociale nous est offerte, le tout avec beaucoup d’humour.

     Je vous invite à découvrir ce roman déconcertant et sans prétention qui ne manque cependant pas de mordant.

     Il s’agit certainement de ma dernière lecture pour le challenge rentrée littéraire 2016.


     

    Sous la vague, Anne PERCIN 

     

     

     

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  • On a volé la boite aux lettres de Burley Cross, Nicola BARKERQuelques jours avant Noël, la boîte aux lettres du charmant petit village de Burley Cross est fracturée. Le sergent Roger Topping est chargé de déterminer si des lettres ont pu être subtilisées. Il se met à éplucher les lettres une à une, découvrant petits travers et secrets intimes, querelles de voisinage et haines tenaces.

    Mon avis :

    Il m’arrive rarement d’interrompre un roman avant la fin mais celui-ci m’est tombé des mains. J’ai lu les trois premières lettres, me forçant de plus en plus au fil des pages. J’ai capitulé à la soixante-huitième.

    Composer un roman épistolaire à propos d’un vol de courrier et mener l’enquête à partir de ces missives pour découvrir qui pouvait bien avoir fait le coup était original. Mais très vite, les longues lettres intimes, truffées de détails m’ont lassée.

    En 68 pages, on apprend que le brigadier Everill, qui a trouvé le sac de lettres volées, refile l’enquête à l’agent Roger Topping via un mail interne. Il en profite au passage, pour s’en moquer et le rabaisser (Roger étant le premier mari de sa femme). Ensuite on découvre les mesquineries qui peuplent le quotidien des habitants du village, les rumeurs et les petits complots qui animent une vie somme toute banale et ennuyeuse.
    Un membre du conseil municipal résume une réunion de celui-ci et détaille tous les soucis du village. Celui qui visiblement préoccupe sa destinataire concerne des déjections canines laissées par les propriétaires de toutous sur la lande et notamment un certain TP (discrétion oblige) ce qui embarrasse le directeur de la fourrière, Trévor Horsmith. Au long de cette longue lettre pas moins de 99 notes explicatives renvoient à la fin de celle-ci !
    Une mère s’empresse d’écrire à son fils habitant Birmingham pour lui apprendre qu’une de ses connaissances s’est trouvé un amoureux et qu’une autre s’est convertie au bouddhisme après un voyage au Tibet. Elle en profite pour relater par le menu toutes les prises de bec superficielles et les potins qui égayent sa vie loin de lui.

    Après seulement trois lettres, on a déjà entendu parler d’une vingtaine d’habitants du village et on commence à s’y perdre. De plus, les auteurs passent du coq à l’âne et se laissent emporter par des digressions qui allongent inutilement le récit initial. Cela donne une impression de fouillis indescriptible.

    La quatrième de couverture m’avait donné l’impression que ce serait drôle, je n’ai pas eu ce sentiment. Ou alors je ne goûte pas l’humour anglais un brin absurde. J’ai trouvé le texte farfelu, le style sans grand intérêt et assez uniforme (les habitants du village écrivent tous de la même façon) et les détails aussi multiples que superflus m’ont agacée.

    Bref, je n’ai pas aimé.

    On a volé la boite aux lettres de Burley Cross, Nicola BARKER

     

     

     

     

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  • Le tilleul du soir, Jean ANGLADELa vieille Mathilde met de l'ordre dans ses affaires : elle vend son cheptel, range sa maison.
    C'est le grand départ... le grand arrachement, aussi... Dernière habitante du Peyroux, village abandonné d'Auvergne, elle doit quitter des lieux dont elle était la gardienne.
    Entraygues, le "Doux Repos", ultime séjour... prélude au repos éternel ?
    Un accueil chaleureux, un personnel pour vous servir et tant d'amis à qui parler.
    Avec toute sa naïve et généreuse bonhomie, Mathilde découvre, jour après jour, les secrets de chaque pensionnaire : le vieux Berthomieux et son journal ; Lulu avec son passé douteux et ses revenus louches.
    Mais la méchanceté, les regrets amers, la tristesse ne sont pas absents dans cette retraite hantée par le spectre de la mort.

    Mon avis :

    Elle vit paisiblement Mathilde, dans sa maison de pierre, entre son potager, ses chèvres, ses poules et son oie. Une vie bien rôdée, simple et solitaire car cette vaillante octogénaire a perdu très tôt son mari à la guerre, dans la Somme, et son fils unique, parti vivre sur la Côte d’Azur ne donne plus de nouvelles depuis longtemps.
    Quand son médecin, craignant pour sa santé dans cette ferme isolée, l’invite fermement à entrer dans une maison de repos, il sait qu’il l’oblige à renoncer à ses derniers plaisirs : ses bêtes et son tilleul du soir.

    Voici un court roman tendre, caustique et cruel sur le temps qui passe, la vieillesse et la solitude qu’elle engendre. Sans atermoiement et sans langue de bois, Jean Anglade nous parle de la fin de vie de ces personnes que l’on conduit dans un home « pour leur bien », mais surtout par facilité. On (se) rassure : elles ne seront pas seules, entourées d’infirmières, d’auxiliaires de soin, de personnel administratif... Cela dédouane de devoir trop souvent leur rendre visite. Pourtant, on ne peut s’empêcher de ressentir une immense solitude voire une détresse morale chez ses mères et pères qui ont, leur vie durant, tout donné à leurs enfants. Une carte postale à Noël, une promesse de visite « quand on aura le temps », une réponse évasive à l’inévitable question : « Ne pourrais-je pas venir vivre chez toi ? »... ces petits riens les maintiennent en vie dans l’espérance d’une venue.

    Je ne connaissais ni l’auteur ni ce livre classé en « roman régional » mais j’ai beaucoup apprécié son écriture, son style, sa manière de décrire tout un univers en quelques phrases à peine. L’histoire se lit d’une traite, une boule au fond de la gorge et le sourire aux lèvres. J’ai trouvé ce mouroir d’une infinie tristesse mais malgré la solitude écrasante des pensionnaires, l’auteur parvient à décrire des situations extrêmement drôles, comme la découverte de la télévision, les manigances de Lulu pour se faire un peu d’argent, les disputes entre pensionnaires... Jean Anglade nous raconte avec beaucoup de justesse la vie dans ce « Doux Repos » et nous propose de belles réflexions sur la vieillesse, la mort et la solitude.

    Un très bon moment de lecture.

     

     

     

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  • Votre commande a bien été expédiée, Nathalie PEYREBONNECommander une cocotte en fonte rouge sur Internet, l'attendre, adresser une réclamation au service clientèle en regardant d'un œil Senior Story, la nouvelle et déroutante émission de téléréalité, lire, s'inventer une existence, inviter Lucia au Pays basque pour fêter l'arrivée de la cocotte : ainsi va, paisiblement, la vie d'Eugène. Puis surviennent les premiers incidents. Et le monde entier semble pris de hoquet.

    Mon avis :

    Comptable au Pays basque, Eugène mène une vie solitaire que seuls animent la télévision et les réseaux sociaux qu’il lit mais sur lesquels il ne poste jamais rien. Et puis, un jour de janvier, il commande une cocotte en fonte, rouge, sur le site internet d’Irone. En avril, il n’a toujours aucune nouvelle de sa cocotte et adresse un mail au service clientèle. Une réponse préenregistrée lui est faite. Eugène sent monter la colère et réagit par retour du courrier avec une ironie caustique assez jubilatoire. Elise Dubois lui répond et se noue alors un échange entre ce célibataire endurci et cette maman divorcée habitant dans le Nord.

    Parallèlement, une nouvelle émission de téléréalité fait la une. Il s’agit d’enfermer douze séniors dans une belle demeure et de les regarder vivre, en en éliminant un par semaine. Mais très vite, l’émission échappe à la production : les papys se rebellent.

    Un vent de fraicheur souffle sur ce roman sympathique. J’ai été ravie de le recevoir en avant-première grâce à Babelio et Albin Michel car je ne suis pas sûre que sa couverture me l’ait fait acheter. Même si c’est une lecture facile et légère, j’ai trouvé l’histoire agréable. De courts chapitres rythment la lecture, l’écriture est poétique et drôle et la réflexion qui la sous-tend est intéressante. La touche de fantaisie finale m’a cependant prise au dépourvu et ne m’a pas entièrement convaincue.

    Ce conte de fées moderne nous renvoie cependant à notre mode de vie et pose des questions pertinentes : ce qui nous semble essentiel l’est-il vraiment ? Les choix que nous croyons poser sont-ils réellement les nôtres ? L’auteure aborde aussi divers thèmes comme la solitude, les médias, l’écologie.

    Cette lecture feel-good qui paraitra fin mai est à glisser dans vos bagages cet été pour quelques heures de lecture-détente, sans prise de tête.

     

     

     

     

     

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  • Un thé dans la Toundra / Nipishapui nete mushuat, Joséphine BACONAprès Bâtons à message, Joséphine Bacon nous fait découvrir son territoire de manière plus marquée : la toundra. Cest une expédition où nous sommes guidés à vivre les moindres émotions que procure la toundra. La poésie nous permet dentrer, de respirer la terre et de fouler ces espaces qui entrent en nous comme une grande prière. Par ce livre de poésie (innu & français), Joséphine Bacon confirme son talent de passeuse de la culture innue. Et cet imaginaire qui sapprend à lécoute des aînés et au miroir de la route.

    Mon avis :

    Après la lecture du roman d’Isabelle Bary, j’avais envie de prolonger un peu cette rencontre avec la culture innue. Je me suis donc plongée dans le recueil de Joséphine Bacon, acheté à la FLB. Poétesse amérindienne, née en 1947, elle fut arrachée à sa famille de nomades à l’âge de cinq ans, comme tant d’autres, pour être scolarisée en pensionnat. Enfant de la toundra, elle ne l’appréhendera réellement que près de 50 ans plus tard.
    Une quarantaine de poèmes nous sont offerts en français et en innu-aimun, la langue maternelle de l’auteure. J’ai aimé avoir la possibilité de la lire même si je ne la comprends pas. J’ai trouvé sa sonorité et ses allitérations musicales et entrainantes.

    Nipimuteti                                 J’ai marché
    Nikapatati                                 J’ai portagé
    Nipimishkati                              J’ai pagayé
    Tshetshi natshishkatan                Pour te rencontrer

    Ces courts textes reflètent toute la beauté de la nature et le respect de l’auteure pour cette Terre ancestrale. Par ce voyage réalisé en 1995, lors du premier rassemblement des ainés de toutes les communautés innues, elle rencontre la Toundra pour la première fois. Faisant connaissance avec le nomadisme, elle part à la chasse au caribou et contemple la ferveur des anciens, leur respect de la nature, des traditions et leur amour de cette horizon sauvage, brut, suspendu dans le temps et dans l’espace. Elle apprend à voir, à regarder, à toucher et à aimer.

    Enfant de la Toundra
    Résonne mon cœur
    Ta musique, la rivière
    Ta lumière, les étoiles
    Ton tapis, le vert tendre du lichen
    Je ne sais pas voler mais tu me portes
    Ta vision dépasse le temps
    Ce soir je n’ai plus mal
    La ville ne m’enivre plus

    Elle rend ici un bel hommage à ses origines, tentant de nous initier aux valeurs des siens, à leurs mythes et à la beauté de leur environnement. Nous retournons à l’essentiel à travers ses mots si lumineux et pourtant d’une grande simplicité. Comme une prière montante vers les Esprits des lieux.

    Ce retour aux sources se matérialise dans les textes par un dialogue entre l’auteure et quelqu’un (tu) que je n’ai pas franchement identifié. Le chasseur qui l’initie, Ishkuateu-Shushep ? Un ancêtre ? Ou la petite fille qu’elle était ? Dans certains poèmes cela semble clair. Dans d’autres non.

    Si vous goûtez la poésie, je ne peux que vous inviter à découvrir ce beau recueil ; cette marche dans la Toundra, sur les traces du passé.

    Superbe.


    Un thé dans la Toundra / Nipishapui nete mushuat, Joséphine BACON

     

     

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