• Du domaine des Murmures, Carole MARTINEZ

    En 1187, le jour de son mariage, devant la noce scandalisée, la jeune Esclarmonde refuse de dire «oui» : elle veut faire respecter son vœu de s'offrir à Dieu, contre la décision de son père, le châtelain régnant sur le domaine des Murmures. La jeune femme est emmurée dans une cellule attenante à la chapelle du château, avec pour seule ouverture sur le monde une fenestrelle pourvue de barreaux. Mais elle ne se doute pas de ce qui est entré avec elle dans sa tombe... Loin de gagner la solitude à laquelle elle aspirait, Esclarmonde se retrouve au carrefour des vivants et des morts. Depuis son réduit, elle soufflera sa volonté sur le fief de son père et ce souffle l'entraînera jusqu'en Terre sainte. 

     

    Mon avis :

     

    Ayant refusé de lire les critiques et commentaires sur ce roman, avant de le lire, j’avoue avoir été décontenancée en débutant ma lecture. En effet, je ne m’attendais pas du tout à cette histoire. Je ne sais d’ailleurs pas à quoi je m’attendais, mais sûrement pas à un récit mettant en scène une emmurée au Moyen Age.

    Peu à peu, cependant, je suis entrée dans le récit et ai savouré, sans bouder mon plaisir, la langue si joliment mise en œuvre par Carole Martinez, ses descriptions fortes qui nous embarquent dans son monde où réalité et fiction se mêlent avec bonheur. La plume fraîche et rythmée de l’auteur donne la parole à une recluse de 15 ans, Esclarmonde, qui a choisi d’être emmurée vivante pour aimer et servir Dieu plutôt que d’être offerte en mariage à Lothaire, un rustre dont elle ne veut. Depuis la cellule qu’elle s’est choisie, et où elle pensait vivre solitaire, elle recevra la visite quotidienne de pèlerins venus lui confier leurs prières, leurs péchés et leurs demandes d’intercession. Son immobilité lui donnera accès à un riche chemin intérieur et devinant les âmes, elle leur servira de révélateur voire de psychanalyste.

    Mais le choix que l’on fait à 15 ans, pure et naïve, ignorante de la vie, peut-il déterminer une vie entière ? La foi, l’amour et l’abnégation peuvent-ils combler à jamais ?

     

    Ce conte, terrible à bien des égards, est loin des récits à la mode aujourd’hui. Mais malgré l’époque et le thème, il est d’une modernité étonnante. Loin de l’amour courtois, il nous donne à voir la violence des mœurs et la condition des femmes au Moyen Age ; emmurée, Esclarmonde est plus vivante et libre que beaucoup de ses contemporaines ; solitaire, elle est pourtant toute entière liée à sa famille et au monde…

    Les personnages secondaires sont aussi attachants et vrais, tel un Lothaire repenti et voué à un amour platonique et déchirant, ou une Bérengère, assumant pleinement ses atours et sa condition de servante. Ils portent l’intrigue et font avancer le récit.

     

    Carole Martinez signe ici une ode à la vie, à la sensualité, à l’amour (divin et humain) qui est aussi une merveilleuse parabole qui nous donne à réfléchir sur notre propre vie. C’est aussi une belle réflexion sur la puissance de la foi et les doutes qu’elle suscite.

    On ne sort pas indemne de cette lecture. Il faut prendre le temps de la digérer, de l’apprécier, voire y revenir. Carole Martinez est décidément une formidable conteuse.

     

    Au moment où j’achevais cette lecture, « Du domaine des Murmures » recevait le Goncourt des lycéens. Prestigieux prix non galvaudé.

      

    Découvrez ici l'avis de Anne (des mots et des notes) et de Clara  Miss Alfie

      

      

      

      

      Du domaine des Murmures, Carole MARTINEZ

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  • Commentaires

    1
    Dimanche 13 Novembre 2011 à 13:48

    Beaucoup de billets élogieux, c'est vrai. Et en plus: Goncourt des lycéens. Tout cela devient très très tentant...

    2
    Dimanche 13 Novembre 2011 à 21:55

    Joli billet, j'ai bientôt terminé ma lecture de mon côté !

    3
    Lundi 14 Novembre 2011 à 14:09
    Alex-Mot-à-Mots

    Je n'avais pas réussi à me laisser emporter par son premier roman. Peut-être avec celui-ci...

    4
    Jacqueline H
    Lundi 14 Novembre 2011 à 16:50

    Un beau billet..... qui me donne envie de découvrir ce roman !:-)

    5
    Mercredi 21 Décembre 2011 à 13:19

    Wow, ... Il faut absolument que je le lise. Le résumé meplait beaucoup et ce que tu en dis ne fait que renforcer mon envie. Et comme toi, j'aime bcp "Le Prix des Lycéens" que je trouve... "honnête", ce qui n'est pas le cas des autres.

    Biz

    6
    Dimanche 9 Février 2014 à 20:42

    Je viens de terminer ce roman et, c'est vrai, que j'en suis tout retourné. C'est un roman qu'on n'oublie certainement pas, qui reste longtemps en mémoire.

    Je n'avais pas aimé "Le coeur cousu". J'avais donc laissé "Du domaine des murmures" patienter dans ma bibliothèque. Je ne l'aurais pas sorti de sitôt s'il n'y avait pas eu mon challenge.

    Une heureuse surprise donc.

    Bonne semaine. 

    7
    Dimanche 9 Février 2014 à 20:56

    Je suis contente que tu ais apprécié, c'est un roman qui m'a laissé un bon souvenir.

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