• La cravate, Milena Michiko FLASAR

    La cravate, Milena Michiko FLASARJour après jour, Taguchi Hiro et Ohara Tetsu se retrouvent sur un banc. Taguchi vient de sortir de la chambre où il vit cloitré depuis deux ans. Ohara a été licencié et est incapable de l’avouer à sa femme. Ils se regardent, s’apprivoisent et se livrent : la disparition d’un poète, le suicide d’une amie, la vie professionnelle brisée, l’amour d’une épouse, les rêves et les renoncements.

    Mon avis :

    Ce roman nous raconte la rencontre improbable d’un salaryman et d’un hikikomori. Deux personnages issus de deux mondes différents qui n’auraient jamais dû se croiser. Chacun a son univers, son langage, ses codes. Ce qui les rapproche au départ, c’est la solitude et la honte. Leur rencontre se fait dans des conditions difficiles (il pleut en plus) et on sent que c’est très dur pour chacun d’être vu par l’autre dans cet état. Puis au fil des jours, la lumière revient lentement dans leur vie parce qu’ils ont appris à lancer des ponts l’un vers l’autre à se dévoiler sans rien épargner à l’autre. On se rend compte alors que leur vie ordinaire a basculé suite à l’explosion d’une violence aussi forte que brève. Cette violence s’annonçait mais ils n’en ont pas vu (ou pas voulu voir) les prémices. Et l’éclatement a été d’autant plus terrible.

    Taguchi vient de passer deux ans cloitré dans sa chambre. Cet ermite moderne s’est enfermé suite à la perte d’un ami. Ce phénomène méconnu en Europe touche un million de jeunes Japonais, des adolescents de 14-15 ans. L’école, la famille, les attentes trop lourdes de leur entourage, un mental fragile et ils se referment sur eux-mêmes, s’isolent au sein même de leur domicile. Et c’est toute la famille qui vit cloitrée, subit ce malaise et la honte. Cet enfermement dans sa chambre est un refus de grandir, de s’adapter à ce que la société japonaise attend de ses membres : fonctionner et performer.

    Le récit se passe au Japon mais ce banc, témoin de leur rencontre, pourrait être transposé partout ailleurs. Il traite en effet d’un sujet universel : la perte de confiance en soi, l’échec, la douleur qui semble alors insurmontable. C’est la parole qui les libérera l’un et l’autre et leur permettra de s’accepter.

    L’écriture de Milena Michiko Flasar est particulière car située entre deux mondes. On y retrouve à la fois une écriture japonisante où mêmes les silences sont exprimés et où les non dits sont aussi importants que les confidences, et un côté plus terrestre, ai-je envie de dire, qui montre de l’optimisme, de l’espoir après être allée au fond de la noirceur. C’est un roman singulier et très attachant qui vient de remporter le prix Eurégio des lycéens. Ces derniers ont bien perçu les qualités du texte, la langue musicale, ciselée et de l’histoire d’où se dégagent force et douceur. Je vous le conseille vraiment.

    Milena Michiko Flasar est née en Autriche de parents japonais. Elle a suivi des études de littérature comparée et de philologie germanophone et romane. Citons aussi son traducteur qui a fait un travail remarquable, Olivier Mannoni, directeur  de l'école de traduction du CNL à Paris.

     

     

     
     

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  • Commentaires

    1
    Dimanche 29 Mars 2015 à 10:52
    Anne (Desmotsetdesno

    Je ne connaissais pas ce fait de société japonais. La couverture est... glaçante.

    2
    Jacqueline
    Dimanche 29 Mars 2015 à 11:06

    Oh, voilà un roman qui m'intrigue .....Ton billet me donne vraiment envie de le découvrir .... Je note ....:-)

    3
    Dimanche 29 Mars 2015 à 12:09

    La couverture ne me plais pas mais bon, ça, ça ne veut rien dire.

    D'après ce que tu en dis, je ne pense pas que ce livre me plairait...

    Bon dimanche...sous la pluie. 

    4
    Dimanche 29 Mars 2015 à 17:19

    La couverture n'est pas très réussie, je ne l'aime pas non plus. D'autant qu'il n'y a pas de lien avec l'histoire. La cravate, c'est le surnom que Taguchi donne à Ohara Tetsu.
    Un bon roman, n'hésitez pas.

     

    5
    Lundi 30 Mars 2015 à 20:49
    krol

    Voilà un livre qui m'intrigue !

    6
    Mardi 31 Mars 2015 à 10:49
    Alex mot a mots

    La couverture n'est pas top, mais tu m'as convaincu de tenter la lecture.

    7
    Olivier Mannoni
    Samedi 25 Avril 2015 à 09:35

    Merci pour ce bel article! La couverture de l'édition d'origine, aux éditions de l'Olivier, avait je pense plus de pertinence, pour ceux qui ont envie de lire le livre sous une autre couverture.

    Merci aussi d'avoir mentionné le traducteur - juste un petit détail: je ne suis pas directeur du CNL, mais de l'Ecole de Traduction (ETL) du CNL, qui fonctionne désormais en partenariat avec l'Asfored.

     

    Bonnes lectures à tous!

     

    Olivier Mannoni

    8
    Samedi 25 Avril 2015 à 10:40

    Merci beaucoup d'avoir laissé un commentaire. Je corrige de suite mon erreur dans l'article. Au plaisir de vous revoir à Visé.

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