• La guerre en mots et en dessins

     La guerre en mots et en dessinsLa guerre en mots et en dessins

    Une semaine après la Foire du Livre de Bruxelles, il est temps de mettre de l’ordre dans mes notes et mes souvenirs. Les rencontres-débats auxquelles j’ai assisté sur la Grande Guerre ont été riches en enseignement de toute sorte. L’article qui suit tente de rendre compte, le plus précisément possible, de l’une d’elles. 

    Dès la déclaration de guerre, de nombreuses productions littéraires ont vu le jour. Jamais une guerre n’avait alors suscité une telle quantité de littérature. Il faut dire qu’avant l’embrasement de l’Europe, de nombreux écrivains avaient alimenté le feu, en exaltant le nationalisme et le patriotisme comme Maurice Barrès par exemple. Les premières productions ont donc pris la forme de romans nationalistes et confiants. Puis vers 1917, une littérature pacifiste émergea avec Giono et Werth notamment et cela durera longtemps dans le siècle. On ne peut imaginer aujourd’hui une œuvre sur cette guerre qui ne montrerait pas son côté absurde. 


    Témoignage ou fiction ?

    Ce sont deux enjeux différents. Si les écrivains établis veulent garder leur statut, les « nouveaux » vont se servir de ce conflit pour émerger (Roland Dorgelès). Ces nouvelles plumes sensées décrire la réalité des tranchées et des combattants feront appel aux anciens combattants pour authentifier leurs propos. Sont-ils des écrivains fiables ?
    L’activité littéraire dans les tranchées est telle (le courrier étant un moyen de garder le moral et le contact avec la famille) que dès la fin de 1914 on crée un bulletin des écrivains où paraissent chaque mois des récits sensés êtres rédigés au front. Certains articles sont aussi des sortes de commandes sociales pour la presse, des reportages bidon, cette pression a fait rédiger à certains, de petits fascicules, romans ou nouvelles sur des sujets précis.
    Les auteurs qui cherchent à témoigner au début de la guerre ne deviennent pas célèbres car ces écrits ne sont pas alors considérés comme de la littérature.
    Des points de vue divergents et compliqués vont alors s’opposer, certains jugeant que la littérature de guerre doit uniquement témoigner et donc relater des faits rigoureusement exacts. (comme chez Genevoix)  D’autres affirmant qu’un écrivain peut articuler un discours littéraire en transformant ce qu’il a réellement vécu. 

    De son côté, la littérature allemande est symptomatique. Les auteurs allemands, occupés en Belgique, peuvent changer de point de vue en cours de route. Ce sera le cas de Gottfried Benn, médecin militaire qui légitime la guerre tout en en étant profondément dégoûté. Il publie des textes proposant ces deux points de vue différents. A partir de 1922, les auteurs allemands veulent surtout écrire le traumatisme. 

    Côté anglais, ce sont essentiellement les auteurs pacifistes que l’on a retenu et les poètes des tranchées comme Siegfried Sassoon et Wilfred Owen qui ont influencé la mémoire collective. Ils deviennent même des personnages de fiction à leur tour. 

    En France, les écrivains de guerre n’ont jamais été intégrés à la « grande littérature ». On les enseignait juste pour le côté patriotique. On considérait qu’il valait mieux lire Proust ou Céline. D’ailleurs leurs noms sont quasi restés dans l’oubli.

    De même en Allemagne, où la littérature pacifiste est minoritaire et n’a pas duré longtemps. Là, la littérature nationaliste et patriotique est la principale, comme celle d’Ernst Jünger.

     

    Que pensent les Anciens Combattants de cette littérature ?

    Nos Anciens Combattants ont surtout retenu les poètes et écrivains parus dans la revue « La Renaissance d’Occident », dirigée par Maurice Gauchez ou « La Revue Nationale » de Robert Merget. Ces revues avaient un souci d’intéresser le lecteur et d’être précis. On retiendra surtout « Jusqu’à l’Yser » de Max Deauville qui a « établi un tableau objectif de ce qu’un témoin des grands événements peut voir. » Tenant un carnet de route, notant les faits et décrivant les paysages et impressions, sans y ajouter de commentaires ou interprétations. 

    Chez les anglophones, les vétérans ne voyaient pas leur expérience comme racontée dans les livres, qui se limitent souvent à la vie des tranchées. Pour eux, la Guerre c’était aussi la camaraderie, la défense du pays et de la liberté, l’engagement… Valeurs souvent absentes des livres de l’époque.

     

    Qu’en est-il de la littérature contemporaine ?

    Xavier Hanotte : ma fascination, c’est le conflit. Il accélère tout ce qui est humain et inhumain dans l’homme. Le conflit est romanesque.
    Je suis également perméable au génie du lieu. J’ai été fasciné par le paysage entre Ypres et la Somme. L’organisation de l’espace, du souvenir, la vibration des lieux et des temps… cela m’a permis de rentrer dans ce conflit à reculons, par un paysage, par les hommes ensuite. Je regrette les récits cérébraux désincarnés. J’aime les émotions, les récits incarnés.
    « Derrière la colline » est un récit à la fois historique et intime. 

    Le fait d’avoir grandi dans une région martyr, le souvenir perpétué par les aïeux… incitent aussi les écrivains d’aujourd’hui à raconter le conflit. Mais on peut aussi y ajouter la proximité des hommes durant cette guerre de position qui favorisent les récits relationnels et le besoin de montrer comment ce conflit détermina la suite du 20e siècle. 

    Claude Renard : « Les anges de Mons » est un roman graphique que j’ai réalisé avec Xavier Hanotte. La Fondation Mons 2015 lui a commandé ce récit inspiré d’une légende et je l’ai illustré. Il s’inspire de la Légende des Anges apparus aux soldats anglais avant la Bataille de Mons en août 1914. Alors qu’ils étaient inférieurs en nombre face aux Allemands, des anges seraient apparus dans le ciel du 23 août 1914 les aidant à repousser l’attaque avant de battre en retraite en limitant les pertes. J’ai réinterprété ces visions des soldats anglais. L’expression « Mons Angels » est restée en anglais et signifie une aide providentiel, tombée du ciel. La ville de Mons est très importante pour les Anglais car c’est là que sont tombés le premier et le dernier soldat anglais victimes de ce conflit.

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    Ajoutons aussi la série "Fritz Haber" de D.Vandermeulen, dont je ne parle pas ici.

    De gauche à droite, Hubert Roland, Xavier Hanotte, P.Schoentjes (Univ.Gand), Philippe Beck (UCL), David Vandermeulen, Virginie Renard (UCL), Joseph Duhamel, Claude Renard.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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  • Commentaires

    1
    Lundi 3 Mars 2014 à 08:13

    Je vais justement commander un livre de Claude Renard : un recueil de nouvelles.

    Bonne semaine. 

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