• La petite danseuse de 14 ans, Camille LAURENS

    La petite danseuse de 14 ans, Camille LAURENS« Elle est célèbre dans le monde entier mais combien connaissent son nom ? On peut admirer sa silhouette à Washington, Paris, Londres, New York, Dresde ou Copenhague, mais où est sa tombe ? On ne sait que son âge, quatorze ans, et le travail qu’elle faisait, car c’était déjà un travail, à cet âge où nos enfants vont à l’école. Dans les années 1880, elle dansait comme petit rat à l’Opéra de Paris, et ce qui fait souvent rêver nos petites filles n’était pas un rêve pour elle, pas l’âge heureux de notre jeunesse. Elle a été renvoyée après quelques années de labeur, le directeur en a eu assez de ses absences à répétition. C’est qu’elle avait un autre métier, et même deux, parce que les quelques sous gagnés à l’Opéra ne suffisaient pas à la nourrir, elle ni sa famille. Elle était modèle, elle posait pour des peintres ou des sculpteurs. Parmi eux il y avait Edgar Degas. » 

    Mon avis :

    Ce récit historique, cet essai, de Camille Laurens nous raconte l’histoire de Marie Geneviève Van Goethem, jeune fille qui posa pour Edgar Degas en 1879 et dont la statue défraya la chronique en 1881. Degas la fit porter au Salon des Indépendants, fondé par les Impressionnistes, quatorze jours après son inauguration. Les rumeurs allaient bon train sur ce qu’il présenterait mais personne ne s’attendait à voir cette petite danseuse en cire, vêtue de vrais vêtements. Le jeune modèle ne correspondait pas aux canons de l’époque et fut beaucoup moqué. Les uns trouvaient que ce n’était pas de l’art, d’autres que le modèle ressemblait à un singe, un avorton. Qui jugeaient-ils de la statuette ou de la fillette ? Vers qui allait leur mépris ? N’oublions pas qu’alors, la phrénologie vivait son heure de gloire.
    La petite danseuse était donc doublement exposée : au regard des visiteurs d’abord, au dégoût moral ensuite. Lui avait-on demandé son avis à cette pauvre enfant avant de l’exposer ainsi à l’humiliation ? Nina de Villard fut une des rares critiques de l’époque à être positive, déclarant qu’elle avait éprouvé devant cette statue « une des plus violentes impressions artistiques de sa vie. »
    A la fin du Salon, Degas remporta la statuette et ne la montra plus à personne. Elle continua cependant à faire parler d’elle et alimenta nombre de conversations, devenant par là même un mythe.
    Ce n’est qu’après la mort de l’artiste en 1917 que ses proches décidèrent de la confier à une fonderie pour en faire des moulages et la réaliser en bronze. Elle est exposée au Musée d’Orsay alors que l’original en cire a été acheté par un amateur d’art américain et se trouve toujours aux USA.

    A l’occasion du centenaire de la mort de Degas, Camille Laurens, par l’histoire de cette statuette, nous plonge simultanément dans le monde de la danse et de la sculpture de la fin du 19e siècle ; deux mondes aussi exigeants l’un que l’autre, où l’on savait ce que « faire des sacrifices » voulait dire.
    Ce récit qui se base sur une documentation abondante et les recherches rigoureuses de l’auteur, tente de nous faire comprendre les circonstances de la création de cette œuvre, la vie du jeune modèle et l’atmosphère de la capitale, dans un des quartiers les plus pauvres de Paris, à une époque où la majorité sexuelle n’était que de 13 ans !

    Ce court récit n’est pas un roman mais se lit avec aisance et plaisir pour qui aime l’Art et l’Histoire. Il est très documenté et de nombreuses références sont faites à la littérature de l’époque. De plus, cette sculpture de Degas m’a toujours interpellée par la position du corps de la danseuse et ce regard fermé. J’ai aimé la manière dont Camille Laurens lui donne vie et c’est avec émotion que j’ai lu certains passages. Que de jeunes vies gâchées par la misère, la nécessité et les sacrifices, souvent vains, concédés dans l’espoir d’une vie meilleure. J’ai découvert le monde impitoyable de l’Opéra bien loin du glamour et de la respectabilité dont il se pare d’aujourd’hui.
    La troisième partie m'a cependant parue longue et les parallèles avec la famille de l'auteure incongrues. Cela n'apporte rien au récit.

    Cette lecture fut aussi agréable qu’instructive et je remercie les éditions Stock et NetGalley de m’avoir donné l’opportunité de l’apprécier.

     

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  • Commentaires

    1
    pascal d
    Mardi 29 Août à 20:15

    Un récit qui m'attire beaucoup. J'ai lu dans La Libre qu'on en disait du bien. Je vais tenter. Merci pour cette belle chronique.

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