• Le bouclier d'Alexandre, Agnès VERLET

    Le bouclier d'Alexandre, Agnès VERLETUne enfant parle. Un mystère la hante que la guerre obscurcit. Pourquoi, dans sa famille nombreuse, sa sœur aînée qui était la cinquième est-elle subitement devenue la sixième ? Elle ne sait pas parce qu’elle n’a jamais demandé. Et ce silence, ce non-dit, ouvre la voie à la fiction.
    Comme l’archéologue qui tente de recomposer l’image du bouclier d’Alexandre à travers les fragments dispersés devant lui, Agnès Verlet ressuscite un passé, déchiffre l’histoire en faisant ressurgir les images qui vont combler la béance créée par l’irruption de ce frère venu d’ailleurs.

    Mon avis :

    Un livre complexe que ce « Bouclier d’Alexandre », relevant à la fois du roman et de l’autobiographie. Divisé en trois parties, il retrace la vie d’une famille de dix enfants à travers les souvenirs fragmentaires de l’une d’entre eux, la Neuvième. Une famille dont les silences et les non-dits ont façonné une fratrie peu unie, où cette Neuvième tente désespérément de trouver sa place et de comprendre ce qu’elle a toujours su, pressenti sans qu’on le lui ait jamais dit.

    La première partie a failli avoir raison de ma lecture. Encore une fois, une enfant raconte, dans un langage enfantin constitué de phrases kilométriques où s’additionnent subordonnées et relatives. La narration en spirale revient dix fois sur les mêmes faits, les mêmes descriptions avant de repartir vers un souvenir neuf, une anecdote qui semble ressurgir brusquement. J’ai dû me forcer pour avancer dans le récit.

    Puis arrive la deuxième partie où l’adulte reprend la narration à son compte, prenant de la distance avec ses souvenirs, les mettant en perspective. Et enfin, la troisième où elle nous raconte sa découverte de l’histoire de Paul, ce frère importé dont elle ne sait rien. Ces deux dernières parties, bien qu’écrites dans un style haché, où la narratrice semble parfois manquer de souffle dans cette plongée en elle-même, sont particulièrement évocateurs et ont suscité en moi toute une gamme d’émotions.

    C’est donc l’histoire d’une famille ou plus exactement, celle d’une quête, essentielle pour la narratrice. Et chaque ombre, chaque événement qui l’éloigne des réponses qu’elle recherche désespérément, met en péril son équilibre, sa propre existence. Une recherche absolue de la vérité dont elle sait qu’elle a besoin pour mener à bien sa vie. Les fragments épars dont elle a souvenir vont lui permettre de reconstruire un passé familial qui plonge dans la guerre, au moment de la rafle du Ved’hiv. Mais ce passé n’est pas le sien – elle n’était pas encore née – mais celui d’un frère mystérieusement apparu et à peine cinq mois plus vieux que sa sœur ainée, la Cinquième qui est donc devenue la Sixième. Bizarrement, cette arrivée qui ne fut pas expliquée aux aînés, cet acte de résistance, fut aussi tu aux enfants nés après la guerre. De ce silence inexplicable et de l’éducation rigoriste qu’elle a reçue va surgir une série de suppositions incroyables dans la tête de cette enfant, qui ne peut se construire sans la vérité. Cette quête identitaire prend ainsi un caractère grave, autant par l’époque dramatique où elle plonge que par la tension qu’elle provoque chez la narratrice tout au long de sa vie.

    Construit comme une mosaïque, ce roman exigeant à l’écriture particulière est éclatant. Du secret, du silence, nait une incroyable ode à la vie.

    Merci aux éditions La Différence et à Masse Critique de Babelio pour ce bel envoi.

     

     

     

     

     

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