• Le livre d'Amray, Yahia BELASKRI

    Le livre d'Amray, Yahia BELASKRI« On m'a dit que je naissais au monde, que les montagnes reculeraient devant mes aspirations, que les plaines donneraient plus de blé qu'elles n'en ont jamais produit et que les matins s'offriraient à mes pas juvéniles. Que ne m'a-t-on dit pour me laisser croire que j'étais un homme libre ? »

    Amray est né avec la guerre, entre le souffle du chergui, le vent chaud du Sahara, et les neiges des Hauts Plateaux, fils préféré d'une mère qui n'avait jamais appris les mots d'amour, et d'un père qui a fait plus de guerres qu'il n'en faut pour un homme. Mais bientôt son monde vacille et les amis d'enfance, Shlomo, Paco, Octavia - celle qu'il nomme ma joie - quittent le pays. Resté là comme en exil, Amray, fils du vent, fils de fières et nobles figures de résistance, Augustin, la Kahina ou Abd el-Kader, avec la rage puisée dans les livres et les mots des passeurs, part chercher plus loin ses horizons, et la liberté d'être poète.

    Mon avis : 

    Amray nait dans un foyer sans amour. Sa mère a 13 ans quand elle est mariée à son père qui en a 36. Comme les femmes de son époque, elle n’a rien à dire, n’a aucun droit. On lui demande seulement de procréer et de servir. Quand il nait, au cœur d’une famille nombreuse, son père a 60 ans et a passé la majeure partie de sa vie à combattre : deux guerres mondiales sous le drapeau français et puis la guerre sur son sol. Sa mère, sans instruction, simple et d’une grande sagesse, l’aimera comme elle n’a pu aimer ses autres enfants.

    « Le livre d’Amray » nous plonge dans l’histoire d’un pays jamais nommé mais dont on comprend très vite qu’il s’agit de l’Algérie. A travers les tourments de l’Histoire, Yahia Belaskri nous raconte la vie d’Amray – dont le nom signifie l’amoureux en berbère. Très jeune, le narrateur a la fraîcheur de l’innocence, la candeur de l’enfance. Il nous décrit avec force détails son quotidien, ce monde qui change, ses amis qui disparaissent de l’école et de sa vie, les regards qui se font fuyants ou au contraire appuyés… Son histoire se confond avec celle de son pays, faite d’espoir et de rêves au cœur des années 60 et 70 puis d’illusions perdues et de trahison. Solitaire, il vole des livres – avec la bienveillance du libraire - car il ne peut les acheter. Il s’instruit, se construit, grandit et devient à son tour mari et père. Mais un autre danger guète et la violence refait surface au cœur de son pays et de sa famille.

    A travers Amray, c’est l’histoire de l’Algérie qui se dessine et de la lutte incessante qu’elle a menée pour sa liberté, lutte marquée par des figures héroïques comme Saint Augustin, la Kahina ou Abd-el-Kader. Tous trois berbères, ils sont les piliers de ce roman, et les fondements de l’identité algérienne.

    D’une grande puissance poétique, ce récit de violence et de guerre, retrace l’histoire d’Amray mais est aussi un réquisitoire contre l’autoritarisme, l’intégrisme, la dictature qui enferment l’homme. Jamais nommée, l’Algérie est pourtant bien présence à chaque page, dans chaque mot célébrant avec mélancolie cette terre natale de l’auteur. C’est un chant d’amour à un pays dur, fier, meurtri dont l’auteur espère encore le renouveau, la renaissance. C’est une fresque onirique, celle d’un pays souffrant, écartelé entre mythes, souvenirs heureux et tragédies.

     

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  • Commentaires

    1
    Jess D
    Mardi 17 Juillet à 18:24

    Tu en parles si bien que je le note aussi sur ma liste.

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