• Que sont les Premières Nations devenues ?

    Que sont les Premières Nations devenues ?

    Pour débuter le cycle des conférences de la FLB, j’ai assisté à une passionnante rencontre sur le thème des Premières Nations. Lapons, Innus, Cris... Ils étaient là depuis toujours. Quel sort leur a été réservé ?
    Etaient présents Olivier Truc pour son roman « Le détroit du loup », Natasha Kanapé Fontaine, poèté innue, auteur de « N’entre pas dans mon âme avec tes chaussures », Virginia Pésémapéo Bordeleau qui a écrit notamment « Le rouge et le blanc » et Emmanuelle Walter pour « Les sœurs volées ».

    Que sont les Premières Nations devenues ? 

    Le roman d’Olivier Truc nous raconte le combat des éleveurs de rennes samis de l’extrême nord de la Laponie, sur les bords de la mer de Barents qui luttent avec leurs moyens dérisoires contre les compagnies pétrolières norvégiennes et américaines. Ces dernières ont tout pouvoir sur cette terre constructible où paissent les rennes l’été et cherchent à les en déloger. Combat du pot de terre contre le pot de fer, des samis qui défendent la terre de leurs ancêtres et des valeurs écologiques contre des spéculateurs. 

    Ce thème est aussi d’actualité chez les Premières Nations car le gouvernement canadien sous la houlette de Stephen Harper tente de criminaliser les écologistes et ceux qui s’opposent à l’exploitation du pétrole en Alberta.

    N.K.F : la grande différence entre nous, les Innus, et la société occidentale est la vision d’avenir. Nous pensons nos actes et nos prises de décision jusqu’à la 7e génération qui nous suivra alors que les occidentaux vivent dans l’immédiateté. Nous pensons avenir de nos terres, de la planète, ils pensent production, rendement...

    E.W : Mon livre ne parle pas de l’écologie, mais vivant au Canada depuis 4 ans au sein de diverses réserves, je peux confirmer tout cela. Dans mon roman j’aborde la disparition des femmes autochtones. Depuis 1980, près de 1200 Amérindiennes canadiennes ont été assassinées ou ont disparu dans l’indifférence la plus totale. Proportionnellement, cela équivaut à 7000 Québécoises. Cette surmortalité est passée sous silence depuis des années. Elle commence seulement à s’exposer depuis la dernière affaire de meurtre à Rivière Rouge. Ce fait m’a profondément choquée car il ne cadre pas avec le côté égalitaire de la société canadienne. « Les sœurs volées » raconte l’histoire de deux adolescentes autochtones disparues depuis 2008.
    Ces meurtres portent directement atteinte à la population amérindienne car les femmes transmettent la vie, elles sont l’avenir. Mais elles sont aussi la mémoire de ces peuples. Elles sont conteuses, écrivaines et ces meurtres touchent la population autochtone en plein cœur...

    V.P.B : C’est en effet un sujet préoccupant que je vis de l’intérieur, en tant que femme et Cri. Ecrivain mais aussi peintre, je prépare d’ailleurs une exposition de dessins sur le thème de l’assassinat de ces femmes, « de rouge et de blanc ». Savoir qu’on est menacé constamment, sans savoir par qui, est angoissant pour toutes les femmes autochtones.

    O. T : Il y a quelques jours, un auteur de polars québécois m’a appelé pour me dire combien il avait aimé mon livre et me proposer d’écrire sur ce sujet. J’ai découvert là une actualité dont je n’étais pas conscient. Je m’intéresse beaucoup à ce qui se passe au Canada, à la politique d’Harper... car il y a un parallèle évident avec ce qui se vit en Laponie. Mais les Innus sont plus partie prenante que les Lapons à propos de ce qui se passe sur leurs terres. Les pays nordiques européens sont aussi plus respectueux de leurs peuples autochtones mais ces derniers se sentent plus dépossédés de leur terre et de leurs droits.

    E. W : On m’avait dressé un portrait noir des peuples autochtones, quand je suis arrivée il y a quatre ans. Et pas du tout. Les femmes autochtones sont fortes et se font entendre. Elles lèvent la tête. Elles militent et je leur donne ici un écho. Mon livre s’adresse aux autres, à ceux qui ne savent pas ce qu’elles vivent réellement et sont convaincus de savoir. Il faut avoir visité une réserve, un village autochtone pour se rendre compte de la précarité. Certains sont de vrais bidonvilles, abandonnés par le gouvernement. L’aide sociale est inadéquate et l’apathie médiatique renforce leur fragilité.
    Ce qui m’a le plus étonnée, c’est de découvrir que dans les manuels scolaires, il n’y a rien sur l’histoire de ces nations. J’ai juste trouvé une fois un petit encadré qui citait en exemple les pensionnats autochtones. Mais sait-on que ces enfants étaient enlevés à leur famille, à leurs racines pour être éduquer ? Pour devenir de parfaits petits Canadiens intégrés loin de leurs parents et de leur histoire indienne ? Pour faire évoluer la situation, le Canada doit regarder son passé en face et accepter la grande misère de ces peuples et l’apport nouveau de la jeunesse autochtone qui n’est pas celle des générations précédentes.

    V.P.B : Je connais le problème. Mes parents n’ont pas pu trouver leur place dans la société qu’on avait créée pour eux. Ils sont devenus alcooliques ainsi que l’une de mes sœurs. Je ne sais trop comment je suis devenue celle que je suis mais mon fils à son tour a sombré dans l’alcool et en est mort. Cela m’a marquée et m’interpelle. Je lutte pour casser cette fatalité. Heureusement, je vois vivre ma fille, je la vois éduquer ma petite-fille autrement, être forte et fière et j’ai espoir que les choses changent.

    N.K.F : Pour échapper à cette histoire de violence, je suis passée par une quête identitaire vers mes 16 ans. J’ai alors pris conscience de ma nature amérindienne. Je l’avais oubliée, enfuie. Et à 16 ans, j’ai voulu connaître notre Histoire.
    Dans mes livres scolaires, il y avait aussi un petit encadré. Il expliquait que les autochtones étaient violents parce qu’un jour, un blanc avait été tué lors d’un conflit qui opposait le peuple Mohawk et des blancs. En fait, des Blancs voulaient transformer un terrain appartenant aux Indiens, en terrain de golf. Mais ce terrain était un cimetière et les Mohawks ne voulaient pas le céder, ni le voir ainsi profané. L’article accusait les Indiens d’avoir tué un des promoteurs du projet. Ce n’est que récemment qu’on a fait toute la lumière et dévoilé que l’enquête avait démontré que c’était une balle perdue qui avait tué ce Blanc et qu’elle n’avait pas été tirée par un Indien. Mais à l’époque, on avait étouffé l’affaire.
    De même, dans les années 90, on a supprimé la culture amérindienne des radios et TV. J’ai grandi sans connaître ma culture. Ce n’est qu’après avoir vu un jour, un reportage qui parlait des pensionnats évoqués tout à l’heure que j’ai tout compris. Jusque là, les manuels semblaient dire que les amérindiens avaient disparus, qu’ils s’étaient volatilisés après l’arrivée de Colomb pour laisser les Blancs construire le Canada d’aujourd’hui. Aujourd’hui, je me sens responsable de mon histoire et je dois l’enseigner aux jeunes générations pour qu’elles trouvent l’espoir.

    O.T : J’habite en Europe du Nord depuis 20 ans et cela fait environ 20 ans que je m’intéresse aux familles du Nord. Les minorités n’y sont pas respectées, on ne ‘y intéresse pas. Cela m’a intrigué quand je l’ai compris et j’ai voulu savoir qui étaient les Samis, l’un des derniers peuples aborigènes du Grand Nord. Ils sont environ soixante mille aujourd’hui. C’est un peuple féru de chasse, de pêche, d’élevage et de transhumance de rennes. Mais au fil des siècles, ils ont vu se transformer leur réalité. J’ai passé du temps avec eux et surtout les éleveurs de rennes, de même qu’avec les plongeurs du Grand Nord, sacrifiés au profit du pétrole, parce que les consortiums pétroliers ne mettent pas en place la sécurité nécessaire. Après des années de quasi silence, les Samis brisent la glace depuis vingt ans en réinvestissant leurs traditions. Aujourd’hui, ils militent pour la sauvegarde de la nature, des terres de leurs ancêtres polluées par l’activité industrielle. Ils lancent des cris d’alarme au niveau international. Je me fais leur porte parole à travers mes romans.

     

     

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  • Commentaires

    1
    Lundi 2 Mars 2015 à 20:33
    Anne (Desmotsetdesno

    Merci pour ce compte-rendu, le sujet m'intéresse très fort. J'ai commencé à lire "Soeurs volées".

    2
    Lundi 2 Mars 2015 à 20:35

    Je termine d'abord le roman de Richard Ste Marie puis, je pense m'y attaquer aussi.

    3
    Jacqueline
    Mardi 3 Mars 2015 à 20:42

    Lecture émouvante .... et très instructive pour ma part .....

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