• Terminus, Nathalie LAGACE

    Terminus, Nathalie LAGACEAssise derrière mon volant, j’affronte un défilé d’indifférence journalière. Je m’écrase devant l’arrogance qui me pique de la pointe d’un menton, je sursaute devant la violence démesurée d’un simple geste, je transpire sous la haine qui me respire à grands coups de poumons, je disparais lorsqu’on m’ignore derrière un texto. Je vois la perversité dans un sourire sans sagesse, j’entends la folie d’une discussion sans amis; la drogue explose dans des corps saccadés, l’ivresse coule sous la mollesse de peaux traînées…

    Mon avis :

    Ayant passé sept années au volant d’un bus, Nathalie Lagacé est légitimement la personne idéale pour raconter le quotidien d’Anne, son héroïne. Tout comme elle, elle a fait des études et travaillé comme designer avant de bifurquer, contrainte et forcée, vers le métier de conductrice d’autobus. Outre les anecdotes réelles qu’elle raconte dans Terminus, elle a très certainement partagé en partie les états d’âme de l’héroïne.

    Je n’ai jamais aimé les transports en commun. Cette plongée dans les entrailles d’un bus aux côtés des usagers ordinaires ne me réconcilie en aucun cas avec eux. La promiscuité, les odeurs corporelles, la mauvaise éducation, les commentaires désagréables ou l’agressivité, rien n’est épargné à Anne. Plus d’une fois, elle devra serrer les dents pour éviter de répondre ou garder son sang froid face à des individus mal élevés pour qui elle n’est qu’une « pas grand-chose », un réceptacle à leur mauvaise humeur et leur frustration.

    Peu à peu, Anne en vient à perdre toute estime d’elle-même et son assurance déjà flageolante ne fera que fondre jusqu’à empoisonner également sa vie de couple. Son mal être au travail lui donnera l’impression de ne plus intéresser personne, que ce soit ses amis ou son compagnon et elle se repliera sur elle-même.

    Au fil de courts chapitres, construits comme des nouvelles, Nathalie Lagacé nous décrit la chute en avant de son héroïne qui sombre insidieusement dans la dépression.
    En quelques traits précis et bien sentis, elle nous dépeint une faune digne des pires séries policières américaines (moi qui n’ai jamais rencontré que des Québécois charmants, avenants et éduqués, je tombe de haut) et pourtant, elle existe, là-bas comme ici. Ce roman au sujet original ne peut que rendre hommage à ces travailleurs de l’ombre que l’on croise presque sans les voir. Il dévoile les coulisses d’un métier souvent décrié et nous fait prendre conscience de ce qu’ils endurent à longueur de temps. Je pense qu’à l’avenir, je ne verrai plus les conducteurs de bus du même œil.

    Un premier roman oppressant, dans le huis clos d’un bus, servi par une écriture précise, au style journalistique donnant du rythme au récit. Une auteure à suivre indéniablement.

     

     

     

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  • Commentaires

    1
    Samedi 18 Mars à 20:39

    Encore un livre et un auteur inconnus ! 

    Bon dimanche. 

    2
    georges
    Mardi 21 Mars à 22:39

    Un récit original qui me tente beaucoup. Merci de nous le proposer et de sortir ainsi des sentiers battus et des noms que l'on retrouve partout.

    Belle critique.

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