• Antigone à Molenbeek, Stefan HERTMANS

    Antigone à Molenbeek, Stefan HERTMANSAntigone à Molenbeek est une réécriture du célèbre mythe de cette jeune femme, fille d’Œdipe et de Jocaste, qui tenta jusqu’à la mort d’enterrer son frère, Polynice. Transposée dans l’actualité́ politique contemporaine, cette figure du dévouement s’incarne dans une sœur dont le frère a commis un attentat suicide à la bombe.

     

    Mon avis

     

    J’ai déniché, par hasard, ce petit livre de 80 pages à la FLB, publié aux éditions du Castor Astral que je ne connaissais pas. C’est le nom de l’auteur qui m’a poussée à l’acheter. Stefan Hertmans a notamment écrit « Guerre et Térébenthine » et « Le cœur converti ». Auteur flamand originaire de Gand, il est considéré comme l’un des plus importants en littérature contemporaine.

     

    Tout le monde connait l’Antigone de Sophocle et celle d’Anouilh. Celle d’Hertmans se prénomme Nouria et vit à Molenbeek, commune bruxelloise devenue tristement célèbre dans le monde, après les attentats de 2015. Etudiante en droit, elle tient à donner une sépulture digne à son frère. Parti faire la guerre en Syrie, il a trouvé la mort dans un attentat suicide et ses restes ont été rapatriés. Or, l’agent Crénom ne l’entend pas de cette oreille et refuse de les lui remettre.

     

    Monologue théâtral et poétique, cette histoire est bien évidemment tragique. Comme dans l’œuvre originale, une jeune fille est victime de la tyrannie d’un homme qui lui impose un choix qui n’est pas le sien. « Crénom », en Belgique, c’est un juron, une ellipse pour « sacré nom de dieu ». Il marque à la fois la colère et l’impatience. Ici, c’est le nom du policier qui incarne l’autorité, l’administration, un système même. Sous des airs bonhommes, semblant comprendre Nouria qu’il connait depuis toujours, il n’en reste pas moins inflexible. Il n’hésite pas non plus à lui parler de ses origines alors qu’elle est née en Belgique. Il représente un Etat, sans humanité, sans empathie, loin de ce qu’on attend de lui.

     

    L’écriture de Stefan Hertmans est noble même si le style est à la portée de tous. On la sent très réfléchie derrière une apparente simplicité. Le texte a un coté théâtral avec ce monologue intérieur entrecoupé de dialogues et l’actualisation du mythe est réussie. Nouria est une Antigone contemporaine, ancrée dans la vie d’aujourd’hui qui nous démontre comment la peur peut engendrer l’incompréhension et la déshumanisation.

    Un roman vite lu qui ouvre d’intéressantes questions et que l’on devrait donner à lire à nos élèves.

     

    Antigone à Molenbeek, Stefan HERTMANS5e

     

     

     


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  • Commentaires

    1
    Mercredi 15 Avril à 11:09
    Anne 'desmotsetdesno

    Il est dans ma PAL. J'ai écouté l'auteur en conversation avec Tom Lanoye à la Foire du livre.

      • Mercredi 15 Avril à 15:18

        J'ai loupé cette rencontre à la FB mais pas le roman.

    2
    Jeudi 16 Avril à 13:15
    Alex-Mot-à-Mots

    Pour les plus grands des élèves, car Antigone est un personnage complexe.

      • Jeudi 16 Avril à 14:23

        Oui, bien sûr.

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