• Rentrée littéraire 2019 - Je rentre dedans peu à peu

    La rentrée littéraire, même si on la critique, on l’attend quand même chaque année. On espère découvrir des pépites, vibrer, retrouver de vieux amis et les écouter nous raconter leurs dernières aventures ou s’en faire de nouveaux.

    524 romans à paraître en ces trois premiers mois de la rentrée dont 188 étrangers et 82 premiers romans. Il doit bien y en avoir un pour moi, au moins, dans ce nombre.

    Chaque année, je me dis que je vais résister, vider ma PAL d’abord, et chaque année, je suis lâche et au lieu de fuir, je me laisse séduire. Cette année pourtant, cela a débuté très lentement : quelques services presse reçus, surtout en jeunesse, deux livres cadeaux et peu d’envies. Même en lisant les chroniques des copines blogueuses, je ne sentais pas vibrer la corde sensible.

     

    Il faut dire que les premières semaines ont été dures : un buzz médiatique nauséabond autour d’une biographie romancée, des déceptions de lecteurs face à des « pointures » et peu d’innovations dans les premiers sujets dévoilés. Ajoutez à ça, les mêmes têtes d’affiche que d’habitude sur lesquels comptent les éditeurs pour booster les ventes et en dehors, peu de repères pour s’y retrouver car ces auteurs font rarement la une de la rubrique culture et passent peu, voire pas, dans les émissions littéraires qui préfèrent les bancables. C’est d’ailleurs peut-être une des raisons qui fait que les ventes des livres de la rentrée sont en chute (-32% en six ans).

    On sait que la saison des prix qui s’ouvre le 4 novembre prochain boostera les ventes mais cela ne concernera, une fois encore, que les gagnants.

     

    Bref, en débutant le challenge que Sophie Hérisson nous propose chaque année, lire 1% de la rentrée, je n’étais pas enthousiaste. Et puis, comme un nageur qui trouve l’eau trop froide à son goût, je suis entrée dans le bain lentement.

    Pour l'instant, je n’ai encore lu que quatre romans. Mais je les ai tous appréciés et j’ai même eu un vrai coup de cœur pour « De pierre et d’os » de Bérengère Cournut.

    Et puis ce matin, j’ai assisté à la présentation de la rentrée par les libraires de ma librairie habituelle. Jusqu’ici, ils ont lu 60 romans de cette rentrée et nous ont présenté les trente qu’ils ont préférés. Les prochaines parutions feront l’objet d’une revue de présentation disponible à la librairie.

    Je vais tenter de vous restituer un court pitch pour les principaux :

     

    Rhapsodie des oubliés, Sofia Aouine

    Premier roman se déroulant à Paris, à Barbès exactement. Un gamin de 13 ans, Abad, raconte son quotidien rue Léon, un quotidien difficile dans une rue et un quartier pauvre, multiculturel et sans horizon. Mais il est bien décidé à s’en sortir.

     

    Cent millions d’années et un jour, Jean-Baptiste Andrea

    Un paléontologue décide de financer une expédition dans les montagnes à la recherche de ce qu’il est sûr d’être un dinosaure inconnu. Voulant aller au bout de son rêve, il ignore qu’il va vivre une quête intérieure et un retour inattendu dans son propre passé.

     

    Le ciel par-dessus les toits, Natacha Appanah

    Un récit qui met en scène trois personnes : une mère, sa fille qui a quitté la famille pour vivre seule et un fils qui un jour part retrouver sa sœur avec la voiture de sa mère alors qu’il n’a pas le permis. Un roman sur l’enfance et les blessures d’enfance.

     

    Rien n’est noir, Claire Berest

    Une histoire d’amour et de vie, celle qui exista entre Frida Kahlo et Diego Rivera. On nous parle d’accident, de souffrance, d’espoir, de vie, d’amour et d’art.

     

    Agathe, Anne-Catherine Bomann

    Un premier roman. Proche de la retraite, un psy se voit débuter une thérapie avec une mystérieuse jeune femme, Agathe, qui a perdu l’envie de vivre. Commence alors un travail sur soi et une introspection qui marquera aussi le psychanalyste.

     

    Le cœur de l’Angleterre, Jonathan Coe

    On retrouve ici les membres d’une famille chère à l’auteur, les Trotter. Ils nous racontent les années 2010 à 2018, les rebellions de 2011, les Jeux Olympiques, le Brexit à travers les différents points de vue des membres de la famille et nous confient leurs réflexions sur l’identité nationale, notamment. Humour et cynisme savoureux.

     

    Une bête au paradis, Cécile Coulon

    Elevés par leur grand-mère à la ferme du Paradis, Blanche et son frère voit arriver dans leur vie un jeune garçon battu par son père que leur aïeule adopte et quelques années plus tard, le beau et mystérieux Alexandre.

     

    De pierre et d’os, Bérengère Cournut

    Une histoire de femme forte, une Inuit, luttant pour survivre et pour vivre comme elle le souhaite dans un monde rude et âpre. Voir ma chronique complète.

     

    Mur Méditerranée, Louis-Philippe Dalembert

    2014, naufrage d’un bateau au large de Lampedusa. Trois femmes rescapées racontent leur parcours et leur histoire, elles qui sont nées sur la mauvaise rive.

     

    L’île du dernier homme, Bruno De Cessole

    Grand roman populaire. Un journaliste d’investigation écrit des articles sur les jeunes qui rejoignent Daesh. Il décide d’aller à Alep pour mieux comprendre le phénomène et l’attirance du Jihad sur ces jeunes. L’Etat le soupçonne de mener un double jeu et la DGSE met sur ses traces une espionne pour tirer l’affaire au clair.

     

    Assassins ! Jean-Paul Delfino

    Une biographie de Zola qui jette un éclairage nouveau sur l’auteur des Rougon Macquart. Alors que Zola se remémore sa vie, les anti-dreyfusards marchent dans les rues.


    La télégraphiste de Chopin, Eric Faille

    Voir mon avis ici.
     

    La vie en chantier, Pete Fromm

    Une histoire d’amour et de souffrance. Un père livré à lui-même à la mort de son épouse doit s’occuper d’un nouveau-né. Une plongée dans le monde de la paternité en plein Montana.

     

    Un monde sans rivage, Hélène Gaudy

    Groenland 1897. Une expédition en ballon atterrit en catastrophe sur la banquise. L’équipage disparaît. Trente ans plus tard, à la faveur de la fonte des glaces, les vestiges réapparaissent, dont des photos, des journaux… A partir des négatifs retrouvés, l’auteur imagine l’aventure.

     

    Dévorer le ciel, Paolo Giordano

    Les Pouiles. Teresa est en vacances chez sa grand-mère quand trois jeunes garçons font irruption dans la propriété pour prendre un bain dans la piscine. Elle les observe depuis sa chambre et décide ensuite de les retrouver et faire connaissance. Une histoire d’amour naît avec l’un d’entre eux. L’été finit, elle rentre à Milan terminer ses études mais revient quelques années plus tard retrouver ce jeune homme qu’elle n’a jamais oublié.

     

    Murène, Valentine Goby

    1956. Un jeune homme de 22 ans a un grave accident qui le verra amputé des deux bras. Commence un lent et long chemin pour apprendre à vivre autrement, se réinventer.

     

    Louvre, Josselin Guillois

    Trois femmes, à travers leur journal intime, nous raconte Jean Jaujard, directeur du musée du Louvre qui a caché et sauvé les œuvres d’art du musée durant la Seconde guerre mondiale. Chacune a joué un rôle dans le sauvetage de ses œuvres inestimables qui ont ainsi échappé aux Allemands.

     

    Où bat le cœur du monde, Philippe Hayat

    Tunis, années 30. Un jeune garçon, Darius, perd son père. Sous le choc, il en devient muet. Sa mère l’élève de son mieux le destinant aux plus hautes études. Mais sa route va croiser celle d’un musicien et il n’aura de cesse de devenir le meilleur clarinettiste du monde. Une belle fresque rythmée par le jazz.

     

    Rose désert, Violaine Huysman

    Suite à une rupture, Violaine décide de rejoindre le copain de sa mère. Pour cela elle doit traverser le désert. Commence alors une quête intérieure. Ecriture très travaillée pour une réalité très brute.

     

    Le bal des folles, Victoria Mas

    Le neurologue Charcot crée à Paris au 19e siècle un asile pour les folles ou prétendues tel. Parmi elles, trois jeunes filles dont l’auteur nous brosse le portrait et nous retrace le parcours. Un livre sur la condition de la femme au 19e siècle.

     

    Un livre de martyrs américains, JC Oates

    Ce livre nous raconte plusieurs histoires de personnes ayant connu, vécu ou pratiqué un avortement. On suit un assassin investit par une mission divine, la victime, un médecin ayant pratiqué des avortements et les familles. Chacun se raconte tour à tour et Oates met à jour les mécanismes qui ont mené à ce meurtre. Eblouissant.

     

    Les Altruistes, Andrew Ridker

    Un père veuf, prof d’université raté, rassemble sa famille éclatée le temps d’un week-end. Cette famille dysfonctionnelle où chacun a pris une route divergente suivant ses idéaux et ses projets va transformer ce we en pugilat. Humour, satire féroce entre candides et cyniques.

     

    Conversations entre amis, Sally Rooney

    Dublin. Amies, monde du spectacle, rencontre avec un couple. Ensemble ils refont le monde et naît une amitié et… Portrait attachant de jeunes gens d'aujourd’hui. Ecriture contemporaine faite de mail, SMS, lettre…

     

    Eden, Monica Sabolo

    Une jeune fille est retrouvée nue et violentée au pied d’un arbre. La police semble mener une enquête en dilettante. Ce n’est pas la première victime retrouvée dans cette forêt. Des jeunes gens en colère décident de mener leur enquête pour comprendre.

     

    La petite conformiste, Ingrid Seyman

    Une jeune fille naît dans une famille aux idées d’extrême gauche. Sa mère l’inscrit dans une école privée huppée. Elle va dès lors découvrir un monde opposé en tout au sien. Tragi-comédie drôle et jubilatoire jusqu’à ce que…

     

    Le cœur battant du monde, Sébastien Spitzer

    Londres 1860. Freddy né des amours de Karl Marx et de sa bonne est confié par le médecin à une jeune fille qui vient de perdre son bébé. Par amour pour cet enfant, elle fera tout pour survivre, même se prostituer. Une plongée dans une époque, des idées et une vie de famille atypique.

     

    Torrentius, Colin Thibert

    Peintre flamand du 17e, apprécié de Charles 1er d’Angleterre. Homme noceur, libertin, provocateur et irrévérencieux, il travaille quand bon lui chante et réalise des dessins osés par goûts et pour vivre. Roman historique mettant en scène un peintre flamboyant dont ne subsiste aujourd’hui qu’une seule œuvre.

    Les guerres intérieures, Valérie Tong Cuong

    Comédien frustré, Pax est contacté par un grand cinéaste pour un entretien. Alors qu'il se prépare fébrilement, il entend du bruit à l'étage. Il ne connait pas ses voisins, il est pressé, il ne réagit pas. Le lendemain, il apprend qu'un jeune garçon de 19 ans a été agressé chez lui. Comment va-t-il vivre avec ce poids sur la conscience ? Un roman sur nos petites lâchetés ordinaires.

     

    La clé USB, Jean-Philippe Toussaint

    Lors d’un colloque, un intervenant de la Commission européenne travaillant dans le service des nouvelles technologies et de la cybersécurité trouve une clé USB. Il l’emmène et l’ouvre. Mais il n’aurait pas dû découvrir ce qu’elle contenait. Un récit qui fait froid dans le dos par ce qu’il nous révèle de la surveillance électronique, des enjeux… Un roman déstabilisant.

     

    Grand merci à Julie, Anne et Pierre de L’Oiseau-Lire pour cette brillante présentation.

     

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     Coups de cœur et bilan 2018

     

    Il est temps de dresser le bilan annuel que j’ai pris l’habitude de faire chaque mois de décembre. Après huit ans, force est de constater que le blog se porte bien, alimenté de chroniques mais aussi d’articles de réflexion et de comptes-rendus de rencontres ou de conférences.

    Un ami me disait récemment que je ne lisais pas des romans très drôles ni très légers. J’avoue que je ne choisis pas mes lectures dans les romans feel good, à la mode en ce moment. J’aime qu’un roman me raconte d’abord une histoire, qu’elle soit bien construite et me donne envie d’en connaitre la fin. Ensuite, il faut qu’il soit instructif, m’emmène dans des lieux que je méconnais, à des époques que je n’ai pas vécues ou s’inscrive dans une réalité sociale précise et soit porteur d’un discours critique.

     

    Si je regarde ma liste de coups de cœur 2018, j’y retrouve à chaque fois tout ou partie de ces critères de choix.

    Ainsi, parmi les 83 ouvrages lus cette année, je retiendrai :

     

     

    Mes lectures :

     

    Le voyage d’Octavio, Miguel Bonnefoy

    For intérieur, Thierry Werts

    Belgiques, Luc Baba

    La vraie vie, Adeline Dieudonné

    Maman veut partir, Jonathan Bécotte

    Manikanetish, Naomi Fontaine
     

    Romans jeunesse 

     

    Virginia Wolf, Maclear et Arsenault

    54 minutes, Maireke Nijkamp

    Les Lucioles, Jan Thirion

    Jusqu’ici tout va bien, Gary D.Schmidt

    Le goût amer de l’abîme, Neal Shusterman

     

    Romans policiers

     

    Anna, ici et là, Luc Dupont

    Sauf, Hervé Commère

    Little bird, Craig Johnson

    Les spectres de la terre brûlée, S. Craig Zahler
    Le sang des prairies, Jacques Côté

     

    Et vous ? Quels sont vos coups de coeur ?

     


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  • Boekenbeurs, Anvers

    J’ai déjà visité plusieurs salons et foires littéraires mais c’est la première fois que je me rendais à Anvers pour Boekenbeurs, le salon du livre flamand.

    J’ai été impressionnée par le lieu qui, même s’il s’agit aussi d’un grand espace de style hangar, est plus chaleureux de par ses dimensions et son aménagement intérieur : plafond moins haut, température agréable, meilleure acoustique, recherche dans les aménagements des stands et surtout, de nombreux endroits pour se poser un moment. Qu’ils s’agissent de coin lecture pour les petits, de bancs dans les allées, de tables pour manger et traîner un peu ou de coins détente, tout est prévu pour rendre la visite agréable.

     

    Boekenbeurs, AnversBoekenbeurs, AnversBoekenbeurs, AnversBoekenbeurs, Anvers

     

    Quatre halls accueillent les exposants durant douze jours. Oui vous avez bien lu. Ce salon est accessible du 28 octobre au 4 novembre puis du 8 au 11 novembre inclus. Douze jours dédiés à la littérature !

    Un public clairsemé en ce premier jour. De nombreux auteurs attendaient les lecteurs derrière des tables vides. Même Tom Lanoye (seul auteur néerlandophone que je connaissais). Puis, au détour d’une allée, une file impressionnante. « Un B. V. » pensais-je en me pressant avec curiosité. Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir une jeune femme, Sandra Bekkari, présentant son 5e ouvrage sur… les régimes et la nutrition. Ce fut sans conteste l’auteur qui a remporté le plus de succès en ce dimanche.

    Boekenbeurs, AnversBoekenbeurs, Anvers

     

    Quelques sources d’étonnement aussi, au fil de mes déambulations, et au-delà du prix d'entrée de 10 euros, quelque peu excessif. Ce salon ne présente pas seulement des livres. B.Post est présent avec ses collections de timbres et ses abonnements, de très nombreux produits dérivés à l’effigie de héros littéraires sont proposés au public (Pop !, vaisselle, cartes postales, porte-clés, peluches, sacs…) et les loisirs créatifs y ont une place impressionnante. Quant aux publications, on trouve une pléthore de publications pour enfants et jeunes, beaucoup d’ouvrages politiques, des biographies de sportifs (Tom Boonen, Franck Vandenbroucke…) et plusieurs ouvrages sur la Seconde Guerre mondiale qui montrent que la Flandre n’en a pas fini avec cette période et ses conséquences. Mais ma plus grande surprise fut de trouver là, de manière tout à fait naturelle et banale, le stand de la Scientologie proposant les ouvrages de Ron Hubbard.  Je trouve cela extrêmement choquant.

     

    Boekenbeurs, AnversBoekenbeurs, AnversBoekenbeurs, Anvers

    Parmi la centaine, un unique stand francophone trône sous le « Boek-ô-Drome », celui de la Foire du Livre de Bruxelles. C’est d’ailleurs pour lui seul (et par curiosité, je l’avoue) que nous nous y sommes rendus ce dimanche. En effet, Adeline Dieudonné y dédicaçait son roman et rencontrait ses lecteurs, ou futurs lecteurs. L’occasion de les rencontrer dans des conditions plus détendues et de prendre le temps de discuter un peu vu qu’elle n’était pas pressée par la foule. Une conversation bien agréable avec cette auteure d’une grande simplicité qui échange avec plaisir avec ses lecteurs.

    Et une bonne après-midi sous le soleil d’Anvers.

     

    Boekenbeurs, Anvers Boekenbeurs, AnversBoekenbeurs, Anvers


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  • Le blog fête ses 8 ans !

    Ce week-end, mon blog fête ses 8 ans !

    Je pense qu’il a atteint sa vitesse de croisière avec une moyenne d’un livre lu par semaine et trois challenges que je prends plaisir à réaliser sur l’année.

    La vie, le travail, la famille m’éloignent parfois du blog mais la lecture fera toujours partie intégrante de moi. J’ai toujours un livre dans mon sac et je ne reste jamais une journée sans lire une page.

    Et puis, d’année en année, le blog et la lecture me font rencontrer des personnes formidables, riches, amicales, sensibles, érudites… et je m’en réjouis.

    Merci aux lectrices, aux libraires, aux chroniqueurs ET aux auteurs qui croisent ma route. Merci pour leur amitié ; ils me sont source d’inspiration.

     

     


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  • La rentrée littéraire nous fait voyager

    Envie d'ailleurs ?

    La rentrée littéraire nous permet de bouger aux quatre coins du monde pour découvrir des villes, des pays et des modes de vie différents. 
    Petit tour non exhaustif des contrées (lointaines) où elle nous invite…

     

    Belgique : Les 17 valises d’Isabelle Bary

    Paris : Janet de Michèle Fitoussi

    Paris : La toile du monde d’Antonin Varenne

    Paris : Les exilés meurent aussi d’amour d’Abnousse Shalmani

    Roissy : Roissy de Tiffany Tavernier

    Lorraine : Leurs enfants après eux de Nicolas Mathieu

    Corse : Simple de Julie Estève

    Afghanistan : Une prière à la mer de Khaled Hosseini

    Angleterre : La révolte de Clara Dupont-Monot

    Irlande : Les fureurs invisibles du cœur de John Boyle

    Islande : Asta de Jon Kalman Stefansson

    Venise : Carnaval noir de Metin Arditi

    Guadeloupe : Là où les chiens aboient par la queue d’Estelle-Sarah Bulle

    Liban : L’âge d’or de Diane Mazloum

    Malaisie : Shih-Li Kow

    Maroc : La belle de Casa de In Koli Jean Bofane

    USA : Balles perdues de Jennifer Clément

    USA : Fracking de François Roux

    USA : Les spectres de la terre brûlée de Craig Zahler

    USA : Mars club de Marcel Kushner

    USA : Miss Jane de Brad Watson

     

     


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  • Le Grand Procès du Festival International de Liège : l'affaire Landru

    Du 26 au 29 avril, a lieu à Liège, le 12e Festival International du Film Policier. Huit films en compétitions sont présentés au public et soumis à un jury de professionnels : Véronique Genest, Eva Darlan, François Troukens, Kamel Belghazi, Gwendoline Hamon, Christine Citti, Sarah Lelouch et Philippe Bas devront juger quel film mérite le trophée 2018.

    Cette année, l’invité d’honneur est Robert Hossein et trois séances permettront de revoir les classiques que sont « Du Rififi chez les Hommes », « La Menace » et « Le Professionnel »

    D’autres compétitions ont lieu également en parallèle : documentaires, courts métrages et critique. Un prix du jury jeune est également décerné. C’est l’occasion de découvrir bon nombre de courts et longs métrages en avant-première.

    Le Grand Procès du Festival International de Liège : l'affaire LandruEn marge du Festival, a lieu pour la dixième année, Le Grand Procès. C’est l’occasion de revivre un des grands procès de l’histoire judiciaire à travers une reconstitution écrite par Maître Franchimont et jouée par des avocats, juges, médecin légiste et policiers du Barreau de Liège. Un jury populaire constitué de spectateurs rendra son verdict à l’issue du procès. Ce samedi, le premier juré était Philippe Du Janerand, comédien.

    Cette année, ce procès revisité est celui d’Henri Désiré Landru, le Don Juan aux 283 conquêtes, le « nouveau Barbe Bleu » comme l’ont appelé les journaux de l’époque. Il habitait à Paris, sous la fausse identité de Lucien Gillet, ingénieur.

    Il trouvait ses victimes en se faisant passer pour un homme veuf et esseulé. Il passait des petites annonces dans la presse et séduisait celles qui lui répondaient, des femmes seules, proies relativement isolées de leur entourage et leur faisait miroiter prospérité et mariage. Son objectif était de contraindre ces jeunes femmes à signer des procurations à son bénéfice, lui permettant ensuite de disposer librement des comptes de ses victimes. Profitant de la Première Guerre mondiale pour dissimuler ses crimes plus aisément, il parvint à tuer en toute impunité onze victimes, dix femmes et le fils adolescent de l’une d’elle.

    Le Grand Procès du Festival International de Liège : l'affaire Landru

    Ce qui vaut la peine d’une réflexion et d’un nouvel éclairage sur cette affaire est qu’aucune trace de sang ou de coups ne fut relevée dans la maison ni sur les outils d’Henri Landru. L’analyse des cendres de sa cuisinière mit bien à jour des objets improbables comme des épingles à chapeau, des agrafes, du coton et un kilo de petits os carbonisés d’origine humaine provenant de trois victimes féminines différentes. Trois pas onze. Et personne ne put apporter de preuve de sa culpabilité, ni arme, ni témoin.

    Alors, coupable ou innocent ?

    Le Grand Procès du Festival International de Liège : l'affaire Landru

     

    Le Grand Procès du Festival International de Liège : l'affaire Landru

     

    Le jury populaire 2018 a répondu "non" à toutes les questions. Landru a été acquitté.


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  •  Lire pour réussir - Un enjeu de sociétéLire pour réussir - Un enjeu de sociétéLire pour réussir - Un enjeu de société

    Première conférence écoutée à la Foire du Livre, cet échange sur les enjeux de la lecture aujourd’hui m’a passablement agacée. Pas seulement par les constats négatifs qu’il a véhiculés encore et encore mais par le fait que l’on a, une fois de plus, pointé du doigt les enseignants comme facteurs de ces échecs.

    Je vais ici relater le contenu de cette rencontre puis me permettre quelques réflexions personnelles sur le sujet qui s’appuient non seulement sur une expérience de trente ans mais sur de nombreuses lectures sur le sujet.

     

    Le postulat de départ était que la maîtrise de la langue est primordiale et indispensable à tout apprentissage.

    Madame Shillings, chargée de cours à l’ULG, nous a résumé les résultats d’une enquête concernant le niveau de lecture des enfants de 4e primaire. Un panel de 4623 élèves ayant été interrogés à partir de textes comptant entre 600 et 900 mots. Si l’on constate que l’apprentissage du code est assez performant en Belgique (2 ans pour l’installer et le maîtriser chez la majorité), la compréhension de l’écrit est une catastrophe. La Belgique se classe dernière des pays européens et au niveau mondial, seuls les pays moins développés nous suivent. Nos élèves en 4e ne sont pas capables de mettre en place un processus de compréhension de niveau expert, c’est-à-dire : collaborer, intégrer, évaluer, faire des liens et comprendre l’implicite.

    Selon madame Schillings, ces piètres résultats viennent du fait que les mécanismes de compréhension qui devraient être liés au décodage ne le sont pas. Pire, les stratégies de compréhension ne sont pas enseignées. Ni aux jeunes enfants, ni aux futurs enseignants. Cela a pour conséquence que 4 enfants sur 5 en Belgique francophone ne maîtrisent pas la langue.

    Que faire ?

    Elle insiste sur la nécessité de mieux former les maîtres, de rédiger des manuels qui tiennent compte des stratégies de lecture, d’enseigner aux enfants à expliciter leur compréhension, à verbaliser leurs démarches, mobiliser des processus et d’entraîner les élèves au maximum en les soutenant dans leurs activités et en les aidant à surmonter leurs difficultés.

    Elle insiste sur un dernier fait : l’Ecole ne compense pas les inégalités sociales et la lecture en est le point de départ.

     

    Je ne me permettrai pas de contester les résultats de cette enquête, même si, comme d’habitude, on ignore tout de l’origine géographique, sociale ou scolaire des enfants. Je serai cependant plus circonspecte sur les causes invoquées qui me semblent au mieux être simplifiées, au pire être fallacieuses. En effet, je ne connais pas d’enseignant du fondamental qui ne pratiquerait les prescrits évoqués ci-avant et nombre de facteurs sont négligés. (Sciemment ?)

    Mes réflexions sur la question : 

    Enseignante dans le qualifiant, je ne nie pas le fait que mes élèves du 1e degré lisent mal. Cependant, sur les quinze élèves qui composent ma 2S (élèves n’ayant pas obtenu leur CE1D) trois ont échoué à l’épreuve de français l'an dernier. Les autres ont réussi. Et les proportions sont sensiblement les mêmes chaque année. Ce qui a par contre posé problème, ce sont les épreuves de math et de langue. Certains me diront que c’est lié. Sans doute, mais pas que.

    Pour prendre les choses dans l’ordre, je rappellerai que lorsqu’un enfant s’engage dans l’apprentissage de la lecture, il devrait posséder une maîtrise signifiante de la langue orale. Or, force est de constater que ce n’est pas le cas.

    En 2005 déjà, Alain Bentolila, professeur de linguistique à l’Université de Paris V, dans une interview accordée au journal La-Croix, dénonçait le manque de vocabulaire des enfants. « Nos enfants, qu’on a cru nourrir de nos mots, utilisent un vocabulaire très restreint, réduit à environ 1 500 mots quand ils parlent entre eux – et à 600 ou 800 mots dans les cités. » Pour rappel, dans le développement du langage, on estime qu’un enfant de 3 ans comprend entre 400 et 900 mots et qu’un enfant de 6 ans devrait en maîtriser entre 2500 et 3000.

    Contrairement à ce que l’on a asséné aux instituteurs pendant trente ans, ce n’est pas le fait de déchiffrer qui est responsable d’une lecture empêchant l’accès au sens, mais c’est le déficit du vocabulaire oral qui empêche l’enfant d’y accéder.

    Divers facteurs expliquent ce déficit :

    D’abord, la non maîtrise de la langue orale courante. Nombre d’enfants arrivent à l’école avec une langue orale familiale très éloignée de celle qu’ils vont rencontrer en apprenant à lire et à écrire. Ils parlent une langue étrangère à celle sur laquelle leur apprentissage de la lecture va reposer. Premièrement, en raison de la pauvreté de leur vocabulaire, deuxièmement et surtout en raison des structures mêmes, de la syntaxe, des concordances de temps et des diverses articulations logiques de la langue. La langue familiale sur laquelle reposent les savoirs primitifs de ces enfants est souvent incompatible avec l’entrée dans le monde de la lecture et de l’écrit scolaire. L’écart entre les constructions grammaticales utilisées à l’oral par ces enfants et celles des premières phrases qu’ils vont devoir lire va exiger un effort accru de leur part, multipliant les échelons à gravir pour rejoindre le sens.

    Ensuite, on tiendra compte du peu d’occasions que certains parents prennent/ont pour parler avec leurs enfants après leur journée, réduisant les échanges au côté organisationnel du quotidien. Les échanges d’idées, les relations des événements ayant jalonné la journée, sont réduits au minimum.

    De plus, faute de temps ou d’envie, les moments de lecture plaisir à la maison qui permettent aux enfants d’entendre des mots nouveaux, peu usités, sont rares voire inexistants.

    Enfin, on peut ajouter à la liste, les émissions télévisées pour enfants qui ont perdu en qualité, étant donné qu’il coûte moins cher de diffuser un dessin animé japonais que de réaliser une émission intelligente dans un langage soutenu, comme l’était Bla-Bla par exemple.

    Alors, je suis d’accord que l’Ecole doit faire progresser tous les enfants, que l’école maternelle doit s’attacher à développer le stock lexical des enfants, à travailler sur le sens des mots en contexte et hors contexte mais elle ne peut pas à elle seule pallier les manques de la société.

     

    D’autre part, depuis deux décennies au moins, les programmes ont été alourdis en primaire, laissant moins de temps aux apprentissages de base, et énormément changés en secondaire, répondant en cela à des théories pédagogiques fumeuses visant à renoncer à transmettre un héritage classique. La culture étant alors envisagée comme un outil de domination bourgeoise. Ce fut l’époque de la déconstruction des savoirs, la mise en place de pédagogies alternatives qui, commençant à peine à montrer des effets, ont été abandonnées faute de moyens. Puis celle de changements à répétition concernant la terminologie de la langue et de la diminution des prescrits de lecture… jusqu’au nouveau programme du qualifiant dicté par le monde du travail et son fonctionnement. L’enseignement du français a donc été le premier à souffrir du déracinement culturel, transformant son apprentissage comme langue de communication et non plus comme langue littéraire. Cette manière de faire a accentué les difficultés en maîtrise de la langue et précipité une acculturation générale empêchant de nombreux jeunes d’entrer dans la littérature. Cela a entrainé une double réduction du champ lexical : en dehors de l’école pour les raisons mentionnées plus haut et à l’école suite à ces théories pédagogiques d’application dans l’enseignement.

    Si l’on veut accroitre le champ lexical de nos enfants, les aider à maîtriser l’orthographe et surtout la syntaxe, il faut revenir à une littérature de la fiction, de l’imaginaire. En cela, je rejoins Xavier Vanvaerenbergh, des éditions Ker, qui a dit samedi dernier « Lire de la littérature jeunesse est fondamental car on n’a jamais accès à LA Réalité ; on n’en a jamais que notre vision. La fiction permet d’aborder et d’appréhender la réalité hors des discours ambiants. » Et Virginie Tyou, philologue et auteure, d’acquiescer en ajoutant : « Le monde se renouvelle tellement vite qu’il faut pouvoir se créer une bulle permettant de revenir à nous, à nos émotions pour en débattre ensuite en classe. Il faut reprendre contact avec son imaginaire. Et se construire en classe, des références communes qui passent forcément par la langue et la lecture. Ce qui permet de se comprendre, de comprendre les autres, de s’intégrer et d’intégrer les autres. » Xavier Vanvaerenbergh a finalisé l’échange en précisant : « Il est temps, il est primordial de montrer que le livre est dans le monde et hors du monde, qu’il relie les hommes au monde, dans le temps et dans l’espace. »

    Je ne peux qu’être d’accord. Il faut rendre à la lecture de livres une place de choix. On ne peut espérer donner le goût de la lecture aux enfants, rêver les faire progresser dans la compréhension de la langue en ne leur donnant que des extraits, des schémas, des textes informatifs ou argumentatifs dont les qualités syntaxiques et orthographiques laissent très souvent à désirer.

    Durant des décennies, la littérature a été sacrifiée sur l’autel d’idéologies diverses et notamment celle qui ne voit dans la culture qu’une vision élitiste et non, comme je la conçois, un moyen d’émanciper les jeunes et surtout ceux qui n’ont pas accès à la culture dans la sphère familiale.

    Les politiciens et pseudo experts d’hier ont détricoté l’Ecole et aujourd’hui, ils accusent les enseignants de ne pas être à la hauteur. C’est trop facile. D’autant que les changements qui s’annoncent ont davantage une vision utilitariste de l’Ecole que celle d’une émancipation sociale.

    Errare humanum est. Perseverare diabolicum.

     

     


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