• Ma place dans le circuit, Sabine DORMONDC’est sans doute l’une des angoisses lancinantes de notre époque. Ou peut-être de tous les temps.
    Trouver sa place dans le monde professionnel, quand la tendance est au dégraissage et à la déshumanisation des rapports. Quitte à écraser l’autre.
    Se profiler face à la concurrence, évincer ses rivaux.
    Trouver sa place dans une société de plus en plus clivée.
    Trouver sa place quand on porte comme une tare la culpabilité d’un autre.
    Ou sur ses épaules le poids de la vérité.
    Trouver sa place auprès de l’autre, jusqu’à se l’accaparer.
    Trouver sa place quand la vie s’obstine à nous refuser le rôle convoité.
    Et la foi, a-t-elle encore sa place dans un monde fanatiquement laïc ?
    … si tout l’enjeu se résumait à ça ?

    Mon avis :

    Je découvre l’auteure avec ce recueil et le moins qu’on puisse dire c’est qu’elle excelle dans ce genre. Chacune des nouvelles de ce recueil est un instantané pris sur le vif de la vie d’inconnus confrontés à l’exclusion. Soit parce qu’ils ont perdu leur travail, ou leurs repères, soit parce qu’ils se sont vus évincer pour un(e) autre. Ces exclusions réelles ou perçues sont toutes différentes mais leur point commun est qu’elles mettent en scène des gens ordinaires. Les « héros » bien malgré eux de ces histoires pourraient être chacun de nous. Broyés par la vie, par la société, ces êtres sont dépeints par Sabine Dormond avec une réelle tendresse.

    Parfois criantes de vérités, parfois caricaturales, ces nouvelles mettent en évidence l’individualisme qui grignote chaque jour un peu plus notre société et la solitude qui tôt ou tard en découle. Est-ce cela que nous voulons ? Est-ce ce monde dont nous rêvons pour les générations futures ? Sommes-nous à ce point conditionnés pour trouver tout cela inévitable ?

    J’ai aimé le style concis, sans fioriture de l’auteure qui captive dès les premières lignes.

    Ces nouvelles quasiment kafkaïennes se lisent parfois avec une boule dans la gorge. On y perçoit l’exclusion mais aussi la culpabilité des protagonistes et le poids de la rentabilité, de la performance, qui broie les rapports humains. C’est parfois sombre et pessimiste mais tellement vrai. Une belle manière de nous faire réfléchir à nos valeurs et aux liens sociaux que nous souhaitons. « Il en faut des rebelles, des vrais, pour nager à contre-courant. »

     

     Ma place dans le circuit, Sabine DORMOND

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  • Challenge 1% de la rentrée littéraire 2018

    Pour la 8e année consécutive, je participe au challenge de Sophie Hérisson « 1% de la rentrée littéraire ».

    567 livres sortent cette année, soit 14 de moins qu’en 2017, mais avec 94 premiers romans. Je pense me diriger vers ces nouveaux auteurs pour changer un peu.

    L’an dernier, j’ai lu dix romans de la rentrée. Dix romans qui m’ont plu à des degrés divers mais aucun ne m’a déplu. J’espère avoir autant de chance cette année.

    A très bientôt pour les premiers avis de lecture.

     

     

    Jeunesse


    Adultes



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  • La nuit des poupées, Guy TRISTANQuels rôles peuvent bien jouer deux poupées de chiffon dans le tumulte meurtrier qui secoue en l’espace de deux jours un petit bourg proche de Romorantin ? Avec le retour d’un étrange vagabond, remontent à la surface des faits anciens... Un parfum de terroir où se mêlent notables locaux et taverne louche. 

    Mon avis :

    En vacances en Sologne, je me suis laissé tenter par un roman régional qui semblait m’attendre au centre d’une librairie. Je me suis donc plongée dans ce polar se déroulant dans des lieux visités et j’ai trouvé ça très agréable.

    Alors qu’un étrange entomologiste tombe en panne à Langon et se voit contraint d’y passer la nuit, une jeune femme bien connue de tous disparait. Lorsque son corps est retrouvé peu après, tous les soupçons se portent naturellement sur cet étrange voyageur. D’autant qu’il a l’air de connaitre les lieux alors que personne ne le connait. Mais n’est-ce pas trop évident ? Certains, dont un journaliste local, pensent qu’on veut lui faire porter le chapeau. Mais alors qui est le meurtrier ? Et qui est cet homme ?

    Ce roman qu’on pourrait qualifier de « roman de terroir » nous emmène dans un suspens, ma foi, très bien tourné. L’intrigue tient la route et nous embarque à travers une région de lacs et de forêts, magnifique, au cœur d’un village où les rumeurs vont bon train ; d’autant que tout se sait et que la vie privée ne le reste jamais très longtemps. L’auteur décrit finement l’enflammement de la vie locale alors qu’un événement inopiné survient et trouble le calme, on pourrait même dire l’ennui, de certains. Il nous offre ici une fine analyse des relations humaines, décrivant la résurgence de vieilles rancœurs que les circonstances attisent. C’est l’heure des règlements de compte. Tout le monde en est conscient.

    Le rythme est soutenu et a réussi à me ferrer dès le début car la succession de fausses pistes mais surtout les changements de chronologie qui font revenir l’auteur sur un fait ou sur l’emploi du temps d’un protagoniste donnent envie d’avancer dans l’histoire pour en découvrir le fin mot.

    L’auteur, Breton mais Fertésien d’adoption, décrit avec justesse les paysages solognots, les bords de Cher, les couleurs, les ambiances au lever du jour ou au crépuscule, l’architecture particulière de la Sologne et, pour ce que j’ai pu en juger moi-même, l’attachement des habitants à leur région.

    Une atmosphère trouble, parfois sordide et un polar maitrisé qui s’inscrit parfaitement au cœur de la région qui lui sert de décor. Un bon moment de lecture qui prouve qu’il faut parfois sortir des sentiers battus et oser des auteurs inconnus.

     

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  • Little Bird, Craig JOHNSONAprès vingt-quatre années au bureau du shérif du comté d'Absaroka, Walt Longmire aspire à finir sa carrière en paix. Ses espoirs s'envolent quand on découvre le corps de Cody Pritchard près de la réserve cheyenne. Deux ans auparavant, Cody avait été un des quatre adolescents condamnés avec sursis pour le viol d'une jeune Indienne, un jugement qui avait avivé les tensions entre les deux communautés. Aujourd'hui, il semble que quelqu'un cherche à venger la jeune fille. Alors que se prépare un violent blizzard, Walt devra parcourir les vastes étendues du Wyoming sur la piste d'un assassin déterminé.

    Mon avis :

    Avec « Little Bird » je découvre la plume de Craig Johnson et son univers.

    Au cœur des hautes plaines ondoyantes du Wyoming, dans une bourgade paumée, plutôt paisible, un cadavre est découvert. Dès le départ, le shérif Walt, un ancien combattant du Vietnam, est persuadé qu’il ne s’agit pas d’un accident de chasse. Reste à trouver le coupable ou plutôt à éliminer les suspects potentiels car le mort n’avait pas que des amis. Des dizaines de personnes ne se cachent d’ailleurs pas pour avouer qu’elles ne regretteront pas Cody, ado qui a échappé à la prison après le viol d’une enfant indienne, deux ans auparavant. Cela sent la vengeance.

    Ce roman est le premier traduit en français (par Sophie Aslanides) et paru chez nous en 2009. Ex prof d’université, ex flic, Craig Johnson nous offre une plongée au cœur des territoires indiens du nord des Etats-Unis, accaparés par les Blancs au fil des guerres et des conquêtes. Là où Indiens et Blancs vivent maintenant en bonne intelligence, se tolérant sans toujours s’apprécier.

    Cette histoire qui concerne de près les deux communautés permet à Craig Johnson de nous narrer leurs relations et le mode de vie dans cette région sauvage où les hommes sont très attachés à la nature. Les superstitions y demeurent vivaces et quelques légendes indiennes font encore frémir les Blancs même s’ils s’en défendent. Le regard que porte l’auteur sur cette communauté cheyenne est d’une grande humanité et d’un réel respect. J’ai beaucoup aimé ce Wyoming rude et beau qu’il nous décrit.

    J’ai découvert l’auteur lors de sa venue en avril dernier au « Boulevard du Polar » de Bruxelles et je l’ai trouvé authentique. Je le connaissais de nom mais n’avais encore jamais rien lu de lui. Si l’histoire est une enquête classique et complexe suite à un meurtre, j’ai aimé la manière dont il la raconte, l’atmosphère dans laquelle il nous plonge et les personnages atypiques et attachants qu’il nous propose. Que ce soit le shérif Walt Longmire, son ami cheyenne Henry Standing Bear, sa collègue Vic, son amie indienne Vonnie, son ex collègue Lonnie ou encore Dorothy qui tient le café du patelin où Walt aime à déjeuner, tous ont une importance indéniable dans le déroulement, l’ambiance et l’avancée de l’affaire. Les relations que Walt a nouées avec chacun d’eux permettent des échanges drôles ou légers qui nous sortent de la tension de l’enquête, même dans les pires situations. J’ai apprécié l’authenticité de ce roman et l’univers de l’auteur. Un excellent moment de lecture !

     

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  • La petite voleuse de perles, Michèle PLOMERWang Xia, une jeune servante qui a volé le collier de perles de sa patronne, croise la route de la narratrice en voyage à Hong Kong. Au détour d’une balade dans les marchés, cette dernière a le coup de foudre pour un ravissant poisson rouge. Elle l’achète pour une poignée de riz à un jeune vendeur efflanqué, Huang. Mais Huang s’est trompé : « Poissonne » vaut en réalité une fortune pour les Chinois du fait de sa riche laitance. Du coup, l’oncle de Huang, joueur invétéré, réclame le poisson à cor et à cris.

    Mon avis :

    Michèle Plomer nous offre ici une histoire ancrée au cœur d’un pays, d’un mode de vie et d’une culture qu’elle chérit. Je la découvre avec ce roman.

    La narratrice, québécoise, a accepté une mission professionnelle à Hong Kong à la suite du suicide de son compagnon, H. Une manière de fuir les funérailles, sa famille arrivée d’Europe et la complexité de leur liaison qui ne l’a pas laissée indemne. Dans le train, une jeune chinoise en fuite, elle aussi, lui confie son parcours et lui remet une lettre qu’elle destinait à sa mère. Introuvable, elle ne peut la lui envoyer et demande à la narratrice de la lire puis disparait dans la foule. En parcourant la lettre, elle apprendra les raisons de sa fuite et les difficultés de vie des jeunes filles des campagne dans cette mégapole.

    Peu après, en déambulant dans les quartiers populaires, elle est séduite par un poisson qui semble l’appeler au secours. Elle l’adopte et le baptise « Poissonne ». Elle deviendra sa confidente.

    Cette autofiction nous décrit le fossé qui sépare parfois la pensée occidentale de la pensée chinoise et les difficultés de compréhension qui peuvent en découler. A travers l’histoire de la narratrice, Michèle Plomer nous décrit certains côtés de la vie en Chine, un bouillon polychrome aux multiples saveurs. En découvrant Canton puis Hong Kong, la narratrice retrouve le plaisir de se nourrir, de se balader libre et de vivre, simplement. En apprivoisant le pays, elle se réapprivoise. Cette façon subtile de nous présenter peu à peu l’héroïne avec ses forces et ses failles et de nous dévoiler la relation toxique qu’elle vivait avec H. est très attrayante.

    J’ai aimé la plume de l’auteure, empreinte d’une grande poésie, ses descriptions précises qui font appel à tous nos sens, son vocabulaire choisi et ses métaphores. Les courts chapitres rythment le récit et abordent presqu’à chaque fois un aspect de la vie chinoise : le logement, les transports, la nourriture, les commerces, les rapports humains… L’auteure émet quelques remarques sur la rudesse de la société sans toutefois porter de jugement. Elle expose les faits et compare parfois avec la société québécoise mais sans critiquer.

    Un roman original et sensuel qui nous rappelle que la vie est fragile, belle et précieuse, comme les perles.

     

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  • La femme à droite sur la photo, Valentin MUSSOAprès un succès fulgurant au box-office, le scénariste David Badina affronte une traversée du désert. Wallace Harris, légende vivante du 7e art, un brin paranoïaque, lui propose de travailler au scénario de ce qui sera sans doute son dernier film. Ils ne se sont jamais rencontrés mais un mystère unit les deux hommes : Harris est le réalisateur du drame policier qui devait lancer la carrière d’Elisabeth, la mère de David, quarante ans plus tôt. Et l’un des derniers à l’avoir vue vivante.

    Mon avis :

    Hollywood, années 50. Une époque aujourd’hui révolue : celle des icônes avec un I majuscule. Celle aussi des excès, des soirées alcoolisées, des règlements de compte, de carrières torpillées et de la peur des complots en tous genres. Période de décadence donc où les suicides, les « accidents » et les disparitions arrivaient régulièrement. Rudolph Valentino, Thelma Todd, Jayne Mansfield, Jean Spangler, pour ne citer qu’eux, en ont fait les frais. Dans les années 50, Hollywood devient vraiment la capitale mondiale du cinéma. Des centaines de jeunes filles naïves, fascinées par le 7e art, se laissaient séduire par les sunlights et la promesse d’un rôle dans un film.

    Parallèlement, l’Amérique des années 50 voit la censure se mettre ne place avec le code Hays, les ligues des bonnes mœurs et le puritanisme hypocrite, qui cloue certains au pilori et ferme les yeux sur les frasques d’autres.

    C’est dans ce contexte que l’actrice Elisabeth Badina disparaît en 1959. Enlèvement ? Meurtre ? Disparition volontaire ? Elle laisse derrière elle un petit garçon d’un an à peine, né dans le plus grand secret. Elevé par sa grand-mère, David Badina sera brutalement confronté à ses origines le soir de ses 40 ans. Il n’aura de cesse de découvrir la vérité sur la disparition de sa mère.

    Valentin Musso nous offre à nouveau un récit à l’intrigue menée de main de maître. Il installe lentement la situation (1959 à Los Angeles – 1998 à New York) et les personnages avant de nous entrainer dans une enquête riche en rebondissements et sans temps morts. A travers les récits des derniers témoins vivants, il nous plonge dans le monde du cinéma hollywoodien et c’est passionnant. David va de découverte en découverte et a parfois des difficultés à garder l’équilibre entre son présent difficile et le passé. Penché au bord du gouffre que certaines révélations ouvrent sous ses pieds, il sera amené à mettre de l’ordre dans sa propre vie, à se remettre en question et à faire des choix. Les personnages principaux sont attachants tout comme leur parcours de vie et l’auteur a parfaitement décrit leur psychologie et son évolution.

    Chez Valentin Musso, on ne trouve pas de descriptions gores, d’hémoglobine, ni de tension insoutenable mais il accroche le lecteur par un indéniable talent d’écriture et de conteur.

    Ce roman où l’amour, sous diverses formes, joue une place importante est moins sombre que les précédents et l’auteur y témoigne de sa passion pour le cinéma. Le parallèle qu’il développe entre les deux époques de narration, que ce soit sur la politique, les scandales, la sexualité, la surveillance des célébrités ou la chasse aux sorcières, n’est pas non plus dénué d’intérêt.

    Tous ces points positifs en font une lecture agréable, addictive et enrichissante que je vous conseille vivement.

     

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  • La perspective Luigi, HAUTIERE & CUVILLIERAlors qu’ils cherchent à fuir la zone occupée par l’armée allemande, quatre orphelins français et une jeune refugiée belge montent dans le mauvais train et arrivent à Berlin, capitale du Reich. Pour survivre dans une ville étrangère meurtrie par la famine, ils partagent le quotidien d’une bande de gosses des rues, tout en cachant leur véritable nationalité. Au cœur du territoire ennemi, ils manquent à chaque instant d’être capturés par la police ou pris dans les affrontements avec d’autres bandes !

    Mon avis :

    Alors que le tome 5 de « La Guerre des Lulus » laissait des zones d’ombre dans la vie des jeunes entre 1916 et 1917, « La perspective Luigi » vient apporter des réponses.

    Nous sommes en 1936 à Amiens. Luigi devenu artisan-commerçant est contacté par un homme qui dit vouloir écrire un recueil de témoignages de Français ayant été déportés en Allemagne durant la guerre. Luigi raconte alors comment, en se trompant de train, ses amis et lui sont arrivés à Berlin et non en Suisse.

    Alors que la guerre entame sa troisième année, Berlin semble vivre comme si rien ne se passait. Pas de soldats en arme dans les rues, fêtes foraines, balades au parc… les Berlinois aisés ne se refusent rien. Nos amis, eux, se retrouvent malgré eux entrainés dans un repère d’enfants des rues. Orphelins eux aussi et livrés à eux-mêmes, leur vie est un combat quotidien pour trouver à manger et survivre. Malgré la barrière de la langue, ils vont sympathiser, laissant croire à leurs hôtes qu’ils sont Suisses et non Français.

    On retrouve avec plaisir ces cinq enfants téméraires, surmontant leur déception et leur peur de ne pas être en Suisse. Malgré les conditions de vie difficiles dans cette capitale à deux vitesses, le récit garde le ton humoristique que j’appréciais. Hardoc, le dessinateur, a laissé la place à Damien Cuvillier qui parvient à garder la fraicheur et l’esprit de la série. Les retrouvailles avec ces jeunes héros sont réussies et l’évolution du personnage de Luigi, devenu adulte, l’est aussi. Je trouve intéressant aussi de changer d’univers graphique en changeant de narrateur. Une bonne idée de Régis Hautière.

    J’ai craint en terminant le tome 5 que ce diptyque soit « l’album de trop » mais je m’aperçois qu’il apporte un complément d’information intéressant par rapport à l’histoire précédente et un point de vue plus personnel. Découvrir Berlin pendant cette période est aussi une excellente idée et le passage d’une série à l’autre se fait harmonieusement.

    Je ne peux donc que vous conseiller cette lecture des aventures des Lulus si vous avez aimé les premiers tomes.

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