• Une heureuse colère, vers la transition écologique, Godelieve UGLEUXHuit femmes se rencontrent régulièrement pour randonner dans la campagne wallonne. Une fin de journée d’hiver, elles entrent dans une taverne ; elles en ressortent troublées, voire inquiétées par la parole d’une voyante. Chacune est traversée par un questionnement lié à son histoire de vie mais toutes ont acquis la liberté qui vient avec l’âge. Sont-elles pour autant heureuses ?

    Survient un événement grave qui les indigne au point de les entraîner à tirer sur le fil de leur vie et à se sentir politiquement concernées par l’avenir de leurs enfants et petits-enfants.  

     

    Mon avis :

     

    Un groupe de femmes se retrouve chaque semaine pour randonner. Au fil du temps, elles sont devenues amies malgré leurs origines, idées et vies différentes. Elles sont cependant d’accord sur le fait que l’avenir de la planète est à prendre en considération.

    Les ennuis du fils d’Elsa, arrêté par la police pour s’être interposé face à des promoteurs qui convoitent la terre qu’il exploite au Pré bleu, va les fédérer. Elles s’organisent pour le soutenir, faire connaître son combat et transformer les terres en ZAD. Très vite, une centaine de sympathisants vont rejoindre ces femmes ordinaires soudées autour d’une injustice

     

    Ce roman plaidoyer pour une prise de conscience environnementale aborde toutes les facettes des dérives de notre monde et ouvre des pistes de réflexion pour changer les choses. Au détour de conversations, la narratrice évoque Pablo Servigne, Ricardo Petrella, qui milite pour des biens communs inaliénables ; elle nous parle de permaculture, de maraîchage bio, d’apiculture… et de la pléonexie qui s’oppose à cette volonté de vivre autrement et de lutter contre l’inertie des « responsables ».

     

    Un court récit tout en émotions, audaces et réflexions agréable à lire.

    Une belle leçon de solidarité, d’engagement et de défense des rêves qui nous animent tous.

     

     

     

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  • Dans la gueule du diable, Anne LOYERA 14 ans, Tom est déjà le photographe attitré de la Gazette du Bahut. Armé de son tout nouvel appareil, il espère bien réaliser un super reportage sur la fête foraine. Quel dommage qu’il doive faire équipe avec Amina, cette fille bizarre qu’il a du mal à supporter ! Mais dans le train hanté, attraction phare de la foire, une découverte macabre fait basculer leur reportage. Avec autant d’inconscience que de courage, les deux journalistes en herbe se lancent à la poursuite de malfaiteurs, sans imaginer une seconde qu’ils se jettent dans la gueule du diable…

     

    Mon avis :

     

    Ce thriller jeunesse aux chapitres courts est particulièrement bien construit. 180 pages de pur plaisir de lecture au suspense haletant.

    Tom est un garçon réservé, timide, amoureux de Marine en secret. Seul Jérémy son seul ami le sait. Bénévole au sein du journal de l’école, il a ainsi l’occasion de la côtoyer et de travailler avec elle sur les sujets clé. Mais alors qu’il propose de faire un reportage sur la fête foraine qui vient de s’installer en ville, il se voit associer par le rédacteur en chef à Amina, nouvelle venue au collège au look bizarre et qu’il apprécie peu.

    Contre toute attente, le reportage va devenir dangereux et ces deux journalistes amateurs vont prendre des risques pour le mener à bien. Inconscients, courageux, déterminés, ils vivront des moments critiques mais se découvriront aussi l’un l’autre et apprécieront la personnalité de leur coéquipier.

     

    Ce thriller de bonne facture plonge le lecteur dans une enquête pour meurtre et trafic sur les pas d’adolescents curieux qui se sont trouvés au mauvais endroit, au mauvais moment. Au-delà de l’enquête, j’ai apprécié la psychologie des personnages et l’évolution de leur relation. Peu à peu, on découvre pourquoi Amina est arrivée en cours d’année, pourquoi elle est si mal fagotée et Tom, plutôt introverti, sort de sa réserve quand il donne libre cours à sa passion pour la photographie. Des héros consistants, avec du relief qui plairont aux adolescents.

     

    A donner à lire en classe pour travailler le thriller, le schéma narratif ou les préjugés. Tous les ingrédients sont là pour que les élèves accrochent.

     

    Merci aux éditions Mijade pour cet envoi !

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  • Le déclencheur, Neal SHUSTERMANEt si vous pouviez changer le monde ?

    Ash est un adolescent de 17 ans ordinaire, joueur de football, populaire... jusqu'au jour où il devient le centre de l'univers. Littéralement. Un coup sur la tête, et il se retrouve dans une réalité parallèle.

    Cela commence par de petits changements : des panneaux de stop bleus. Mais, très vite, les choses dégénèrent.

     

    Mon avis :

     

    J’avais beaucoup aimé « Le goût amer de l’abîme » du même auteur, c’était même un coup de cœur. C’est donc avec plaisir que j’ai reçu son dernier roman. Merci aux éditions Nathan.

     

    Ash, un adolescent de 17 ans comme les autres, bien dans sa vie, va se voir propulser dans un autre monde à la suite d’un coup reçu au football américain. Un monde alternatif à celui qu’il connait. Il est le « locsub » (le centre de l’univers) et chaque coup brusque qu’il encaisse provoque des dérèglements de l’univers et le projette dans des mondes parallèles. Si au début, les changements visibles sont anodins, cela ne va pas durer. Bientôt le monde alternatif va s’obscurcir et connaitre les mêmes problèmes, les mêmes clivages que notre monde. Pire, il se retrouve dans une Amérique qui n’a jamais aboli la ségrégation et va voir ses amitiés mises en danger et sa vision des choses va s’en trouver perturbée. Ash évolue, s’interroge, se remet en question et c’est un élément important du récit.

     

    Si ce roman est fantastique, il aborde aussi de nombreux thèmes actuels comme la violence, le racisme, l’orientation sexuelle, le sexisme… Cela devrait plaire aux adolescents d’autant que je trouve que l’auteur a traité ces sujets avec doigté. On s’attache au héros et on n’a qu’une envie, qu’il sorte de ce monde alternatif pour une réalité plus positive pour lui et ses proches.

     

    J’ai apprécié ce roman original et prenant mêlant imaginaire et réalité. Mais je n’ai pas connu le même coup de cœur que celui que j’ai eu pour « Le goût amer de l’abîme ».

     

     

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  • Les souris de Léningrad, VAN RIJCKEGHEM & DU CAJUEn 1941, les Allemands assiègent Leningrad. Les bombes et la famine sont à l'ordre du jour. Quatre amis adolescents essaient de survivre et de s'échapper de la ville. . Ils réussissent à ramener un groupe d'enfants à Leningrad tout en humiliant leurs poursuivants allemands. Ils sont nommés héros de la guerre patriotique. Mais leur amitié sera mise à rude épreuve lors du siège de Leningrad ...

     

    Mon avis :

     

    En plein concert, en 1964, un vagabond se faisant appelé Chapayev est arrêté alors qu’il s’apprête à perpétrer un attentat contre la célèbre violoniste, Anka. Nous sommes en URSS et l’homme arrêté risque le goulag. Face à la commissaire, Ivanova, il commence à raconter son enfance incroyable et l’amitié qui le liait à deux garçons et une fille de Léningrad. C’était en 1941 et la ville était encerclée par les Allemands. Famine, violence, arrestations arbitraires… c’était une époque très rude et leur amitié était précieuse.

    A travers ce retour en arrière, nous découvrons la réalité de la vie quotidienne lors du siège de Léningrad où il n’était pas simple de survivre sous les bombes, le ventre vide, la réserve de nourriture de la ville ayant été pilonnée par les avions allemands. On évacue les enfants, surnommés les souris de Léningrad, de la ville pour les mettre à l’abri des bombardements. Mais les 4 amis vont se retrouver face aux nazis. Ces enfants héroïques aux origines diverses vont vivre d’incroyables et dramatiques moments mis en perspective grâce à la situation de 1964.

     

    Face à ces combats, un autre conflit se joue, celui qui oppose le parti communiste dirigé par Lénine à tous les « déviants ». Toute personne qui ose une critique ou un avis divergeant du parti est soit assassinée, soit déportée au goulag. Une critique d’une époque assez sombre où le parti communiste au pouvoir disposait de privilèges indécents.

    Cela reste malgré tout une fiction et les passionnés de la Seconde Guerre mondiale relèveront certaines inexactitudes. Mais est-ce si important ? Le plaisir de lire est bien au rendez-vous.

    Les dessins de Du Caju permettent de visualiser la Russie de l’époque, les ruelles sombres de Léningrad, les dangers qui guettent chacun, les armes et véhicules de guerre dessinés avec précision. J’ai beaucoup aimé ce style élégant.

     

    Deux tomes plein de suspens et de rebondissements et des jeunes héros qui plairont aux plus jeunes. Voyez-y une histoire d’amitié avec ses bons et mauvais moments plus qu’un récit historique léché.

     

     

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  • L'été de cristal, BOISSERIE, WARZALA & GALOPINBerlin, 1936. Alors que les nazis règnent en maître sur l'Allemagne, un détective pas comme les autres enquête sur d'étranges disparitions. La capitale, Berlin, est en ébullition et se prépare à recevoir les Jeux olympiques d'été. Une série d'inquiétantes disparitions risque de gâcher la fête.

    Lorsque la fille du magnat de l'acier Hermann Six est assassinée, son père embauche l'inspecteur Bernard Gunther, ancien brillant membre de la police allemande tombé en disgrâce sous le IIIe Reich. Irrévérencieux, alcoolique et bagarreur « Bernie » se retrouve au cœur d'un complot qui implique les plus hautes sphères du nazisme : Göring, Heydrich, Himmler, la SS et la Gestapo.

     

    Mon avis :

     

    Faut-il encore présenter ce roman de Philip Kerr ? C’est un classique de la littérature de genre, tant pour le côté polar du récit que pour le contexte historique très précis de celui-ci. Vous trouverez d’ailleurs mon avis sur le roman sur cette page.

    J’ai beaucoup aimé l’adaptation de ce roman qui fait partie de mes préférés de l’auteur. Les dialogues sont proches de la plume de Philip Kerr, l’album est structuré et respecte le scénario original tout en ne gardant que les scènes essentielles. Malgré cela, l’album compte 130 pages et est aussi captivant que le roman. Le ton est juste et fidèle et Bernie Gunther n’est pas très éloigné de ce que j’imaginais, enquêteur antinazi, dragueur et quelque peu alcoolique.

     

    L’album est beau, cartonné, élégant. Le dessin de François Warzala relève de la ligne claire et est une reconstitution fidèle du Berlin des années trente. Ce choix de la ligne claire a d’ailleurs un air rétro des années trente. Quant aux personnalités SS, elles sont assez ressemblantes.

    J’aurais aimé que la mise en couleur soit plus lumineuse, notamment dans les scènes de jour, le beige et le brun étant dominant, mais le tout reste finalement en lien avec les heures sombres du IIIe Reich.

    Bref, une adaptation réussie et un bel hommage à l’auteur Philip Kerr.

     

    L'été de cristal, BOISSERIE, WARZALA & GALOPIN

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  • Le cœur à l'échafaud, Emmanuel FLESCH"On les laisse patienter un bon moment, muets comme des ombres, dans cette cathédrale du Code pénal. Certains occupent leur hébétude sur l'écran de leur téléphone, d'autres s'intéressent à leurs chaussures." Cour d'assises de Paris. Walid Z., un jeune de quartier parvenu par de brillantes études à se hisser jusque dans l'intimité de la bourgeoisie parisienne, risque la peine de mort par décapitation.

    Que vient faire la guillotine dans ce décor si familier ?

    Pendant trois jours, les témoins se succèdent à la barre. À mesure que s'esquisse le portrait d'un ambitieux et qu'on interroge sa culpabilité, se dévoile une autre France, parfaitement crédible, où l'extrême droite a pris le pouvoir. Implacable, ce roman choral se déploie comme la suite tragique de notre « roman national » - son ultime chapitre. 

     

    Mon avis :

     

    Cour d’Assises de Paris. Un procès pour viol débute. Mais le suspect risque la peine de mort. Comment est-ce possible ? Walid risque pourtant bien de monter à l’échafaud.

     

    Dans ce roman choral, l’auteur donne la parole à l’accusé, à sa sœur, à des membres du jury… et peu à peu, pendant les trois jours que va durer le procès, le portrait de Walid se dessine de son enfance aux faits qui lui sont reprochés. Insidieusement, on comprend que quoi qu’il dise, quoi qu’on fasse, cela pourra se retourner contre lui. Comme la lecture de son journal intime rédigé à l’adolescence et dont certains passages sont mis en exergue à la lumière de ce viol dont on le dit coupable. Peu à peu s’esquisse aussi ce qu’est devenue la société française. La France ayant élu un président d’extrême droite, de nombreuses lois ont changé. Walid Z n’est pas un Français de souche. Cela aggrave son cas.

    Pourtant Walid a fait des études brillantes à l’université. Il n’est pas connu de la justice, les témoins de moralité le décrivent comme un jeune homme sans histoire, ambitieux et travailleur. Mais c’est un fils d’immigré, il n’a pas 3 grands-parents français. Les immigrés sont classés en différentes catégories, apparitions de couvre-feu, peur d’oser affirmer des idées de tolérance et d’égalité… La bête immonde est revenue.

     

    L’impuissance est le mot central de ce roman : impuissance de Walid à se faire comprendre, de son avocat à le défendre, des jurés dubitatifs à se faire entendre… Sa situation d’immigré pèse trop lourdement dans la balance. Sa réussite aux études cache sans doute quelque chose et le dégoût -qu’il dissimule mal- face au pouvoir en place sont autant de preuves accablantes qu’il est forcément coupable.

     

    Emmanuel Flesch parvient à tenir le lecteur en haleine jusqu’au bout quant au verdict prononcé et sa description de ce futur dystopique, plausible, horrible et tout en nuances malgré tout, est glaçante. Captivant, maîtrisé et d’une grande intensité, ce roman est bouleversant. A lire absolument.

     

     

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  • Over the Rainbow, Constance JOLYCelle qui raconte cette histoire, c’est sa fille, Constance. Le père, c’est Jacques, jeune professeur d’italien passionné, qui aime l’opéra, la littérature et les antiquaires. Ce qu’il trouve en fuyant Nice en 1968 pour se mêler à l’effervescence parisienne, c’est la force d’être enfin lui-même, de se laisser aller à son désir pour les hommes. Il est parmi les premiers à mourir du sida au début des années 1990, elle est l’une des premières enfants à vivre en partie avec un couple d’hommes.

     

    Mon avis :

     

    Le roman de Constance Joly est un cri d’amour à son père décédé du Sida dans les années 80. Il est donc le reflet d’une époque, celle où l’homosexualité est encore pénalisée, où les amoureux endurent insultes et railleries, celle aussi où la maladie n’est pas connue et où on croit soigner de nouveaux genres de cancer. Celle où les morts n’ont pas droit à des soins funéraires et doivent être enterrés vite, mal.

    Pudique, ce récit est touchant et vibrant tant l’amour et la tendresse filiales sont palpables. Il relate la vie de famille de Constance, le couple idéal que forment ses parents au sein de leur groupe d’amis. Ils sont jeunes, beaux, privilégiés, passionnés par leur métier d’enseignant et la culture et vivent pleinement chaque moment qui passe. Mais quand le soir arrive, son père est mal, fait des cauchemars, se sent coupé en deux. Viendra ensuite la naissance de Constance et une tendre complicité unira le père et la fille jusqu’au jour où il acceptera enfin son homosexualité et quittera sa famille. Elle sera une des premières enfants à vivre la garde alternée avec un couple homosexuel. Elle grandit, devient une adolescente, découvre sa féminité et son corps. L’amitié et les amours de jeunesse prennent alors toute la place et elle voit moins son père dont la santé se détériore toujours davantage. A l’âge mûr, elle jette un regard sur cette époque, sans pathos ou crudité.

    J’ai beaucoup aimé ce roman sensible et d’une grande délicatesse où les émotions tiennent une grande place. Le style bref et direct de l’auteure, ses phrases courtes, ses énumérations lui donnent un rythme dynamique. Constance Joly ne s’appesantit pas sur les faits, ne livre pas ses états d’âme en détails mais chaque phrase laisse poindre l’émotion ressentie. Aujourd’hui, elle a cinquante ans, l’âge de la maturité, le moment idéal pour lancer un regard rétrospectif sur son père, sa vie et leur relation. C’est une réussite.

     

    Un beau chant d’amour filial, entre douceur et regrets et un réquisitoire sur ces années Sida, terribles, culpabilisantes, honteuses pour les victimes et leurs familles. Une maladie dont on parle moins mais qui a causé la mort de 35 millions de personnes en 35 ans. Et n’est pas éradiquée.

     

     

     

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