• Mon mari de Maud VENTURA« Excepté mes démangeaisons inexpliquées et ma passion dévorante pour mon mari, ma vie est parfaitement normale. Rien ne déborde. Aucune incohérence. Aucune manie. »

    Elle a une vie parfaite. Une belle maison, deux enfants et l’homme idéal. Après quinze ans de vie commune, elle ne se lasse pas de dire « mon mari ». Et pourtant elle veut plus encore : il faut qu’ils s’aiment comme au premier jour.

    Alors elle note méthodiquement ses « fautes », les peines à lui infliger, les pièges à lui tendre. Elle se veut irréprochable et prépare minutieusement chacun de leur tête-à-tête. Elle est follement amoureuse de son mari.

     

    Mon avis :

     

    Pour son premier roman, Maud Ventura, 28 ans, nous conte le quotidien d’une femme amoureuse et en quête permanente d’attention et de preuves d’amour de la part de son mari. Le récit court sur une semaine et chaque jour a une couleur précise. Ce n’est pas une semaine particulière mais bien « la » semaine dont le schéma se répète au fil du temps, éternellement.

    La narratrice et son mari n’ont pas de prénom. La seule chose que l’on sait c’est qu’elle aime le prénom de son mari, celui d’un homme dont on peut tomber amoureux.

     

    Elle rêve l’amour plus qu’elle ne le vit car elle se met tellement de barrières, tellement d’interdits que rien ne semble spontané dans leur relation. Elle veut absolument tout contrôler, tout avoir en son pouvoir et le moindre mot, le moindre geste inattendu est sujet d’inquiétude voire d’angoisse pour elle. Cela en devient obsessionnel. Même au travail, son mari l’obsède. Elle propose même à ses élèves (elle enseigne l’anglais) les textes de leurs chansons préférées à analyser ou des extraits de romans d’amour.

     

    Tout au long de la lecture, la narratrice m’a profondément agacée. Sans doute la preuve que le roman de Maud Ventura fait mouche et ne laisse pas indifférent. L’auteure, rencontrée dans ma librairie, expliquait qu’elle avait souhaité rassembler en une héroïne, tous les petits travers, les petites manies observés dans son entourage ou les situations dont elle a été la confidente. Et elle a imaginé un roman d’amour fou, passionnel et conjugal.

     

    L'écriture est agréable, précise et l'histoire originale. Je m’attendais cependant à rire d’avantage. J’ai souri mais j’ai surtout été irritée par l’attitude obsessionnelle de la narratrice et sa manie de tout disséquer, absolument tout. La chute inattendue mérite d’aller jusqu’au bout et vient boucler la boucle.

    Plus qu’un récit humoristique, je dirais qu’il s’agit d’un récit grinçant et acide où l’amour n’en est finalement pas vraiment. J’y vois plutôt une réelle aliénation.

    A découvrir pour vous faire un avis personnel. Un premier roman qui en annonce très certainement d'autres.

     


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  • Fenêtres sur courtPour fêter son quatre-centième titre, la collection Espace Nord fait la part belle au genre de la nouvelle. D’Adeline Dieudonné à Thomas Gunzig, de Kenan Görgun à Paul Colize, de Caroline Lamarche à Aïko Solovkine, ce volume met à l’honneur une vingtaine d’auteurs et autrices belges de premier plan.

    Les textes courts de fiction rassemblés célèbrent aussi un autre anniversaire : celui des trente ans de La Fureur de lire.

     

    Mon avis :

     

    La nouvelle est un genre que j’apprécie de plus en plus et pour lequel j’éprouve une certaine admiration. Rien de plus difficile en effet que de raconter une histoire en peu de pages ou d’imaginer une chute originale à un court récit. On n’a pas la possibilité de s’appesantir, de développer personnages ou sentiments, on doit aller droit au but tout en ne révélant pas tout. L’implicite a une grande place dans la nouvelle.

     

    Ce recueil reflète la diversité du genre tant par les types de nouvelles proposés que par les thèmes abordés. On peut classer ces 22 nouvelles en quatre groupes : celles qui développent les relations familiales avec leurs bons et leurs moins bons côtés, celles qui abordent le monde animal, celles qui mêlent rêves et réalité et enfin celles qui présentent des personnages, des milieux que tout oppose.

     

    Le coureur des collines de Françoise Lison-Leroy évoque l’enfance et la nature dans le pays que l’auteure adore, celui des Collines. C’est tendre et poétique, touchant.

    Amateur de Jean Ray, Jean-Baptiste Baronian en fait en quelque sorte son héros dans la nouvelle Le Chopin. Un dimanche, aux puces de la place du Jeu de balle, un homme trouve le premier ouvrage de Jean Ray, un livre que d’autres cherchent assidument depuis des années.

    Dans Limite période dépassée de Kenan Görgun, un jeune homme emprunte une moto à un ami. Mais il est victime d’un accident et l’ami lui réclame le prix qu’elle a coûté. Il a trois jours pour trouver 3500 euros.

    Ce sont trois des nouvelles qui composent cette anthologie et que j’ai aimées. Je vous laisse le plaisir de découvrir les autres, toutes originales.

    Belle découverte à vous.

    Et merci aux éditions Espace Nord pour cet envoi.

     

     

     


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  • L'inconnue de la Seine, Guillaume MUSSOPar une nuit brumeuse de décembre, une jeune femme est repêchée dans la Seine au niveau du Pont-Neuf. Nue, amnésique, mais vivante. Très agitée, elle est conduite à l’infirmerie de la préfecture de police de Paris… d’où elle s’échappe au bout de quelques heures.
    Les analyse ADN et les photos révèlent son identité : il s’agit de la célèbre pianiste Milena Bergman. Mais c’est impossible car Milena est morte dans un crash d’avion il y a plus d’un an.

    Raphaël, son ancien fiancé, et Roxane, une flic fragilisée par sa récente mise au placard, se prennent de passion pour cette enquête, bien décidés à éclaircir ce mystère.

     

    Mon avis :

     

    Je ne suis pas une inconditionnelle de Guillaume Musso mais j’avoue avoir été agréablement surprise par ce récit. Il m’a fait passer un bon moment.

    Inspiré d’un fait divers du 19e siècle dont nombre d’écrivains et de poètes ont parlé (Aragon, Proust, Rilke…) ce roman est une enquête qui se déroule aujourd’hui dans les milieux artistiques. Se pourrait-il que l’inconnue repêchée dans la Seine en plein hiver soit la célèbre pianiste Milena Bergman décédée dans le crash du vol Buenos Aires-Paris un an plus tôt ? Aurait-on trop vite identifié le corps à l’époque ?

     

    Mise sur la touche par son supérieur, Roxane Montchrestien, tenace et impulsive capitaine de la BNRF, décide de mener l’enquête en toute discrétion et… en dehors des clous.

    Musso revient au polar et sait y faire pour tenir son lecteur en haleine. Il distille avec parcimonie suspens, indices, rebondissements agrémentés d’un zest de surnaturel.

    L’auteur nous emmène au fil de l’enquête dans le petit monde du théâtre, des intermittents du spectacle, nous immerge dans la mythologie grecque, décrit le Paris interlope et dénonce les conflits entre services policiers et le manque de soutien et de solidarité au sein des brigades. Quand un grain de sable survient, c’est chacun pour soi et les liens noués au travail sont vite oubliés. Il nous ballade également au cœur de la capitale et n’hésite pas à dénoncer ses travers, à critiquer la mairie ou les bobos parisiens.

    L’ouvrage est agrémenté de photos, de documents propres à l’enquête et de coupures de presse. Cela donne un caractère authentique à cette fiction et permet de visualiser certains éléments décrits.

     

    L’histoire est prenante, bien ficelée et donne envie de connaitre le dénouement. Ce roman de 415 pages se lit donc rapidement. La fin me laisse cependant dubitative. Une suite est-elle prévue ? Retrouvera-t-on la capitaine Montchrestien dans d’autres aventures ?

    Merci aux Editions Calmann Levy pour cet envoi.



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  • Le complexe du gastéropode, Catherine DESCHEPPERIls sont quatre. Quatre auteurs débutants sélectionnés pour une résidence d’écriture au château du comte Gédéon de Ducart d’Olise. Quatre auteurs qui espèrent entrer par la grande porte dans le carré VIP de la littérature. 

    Ils sont quatre et comme toujours, dans ces cas-là, il n’en restera qu’un…

    Alors au cœur de la résidence, les prétentions des uns se heurtent aux incompréhensions des autres, les malentendus font osciller l’histoire entre huis-clos et farce burlesque.

     

    Mon avis :

     

    Quatre auteurs en résidence ont trois semaines pour écrire, ou fortement avancer, leur deuxième ouvrage. Quand un premier récit, un premier recueil a connu un certain succès, tout le monde attend l’auteur au tournant, lecteurs comme éditeurs et critiques. La pression est plus grande que pour un premier roman. Catherine Deschepper dont c’est le deuxième roman le sait mieux que quiconque.

     

    Son deuxième roman ne ressemble en rien au premier. Elle a délibérément choisi une histoire plus rocambolesque, un ton à l’humour caustique pour nous parler des écrivains en devenir et en recherche de notoriété. D’une plume acérée, elle nous brosse le portrait de quatre candidats au succès. Certains vivent difficilement la sortie de l’anonymat suite à leur premier livre, d’autres ne rêvent que de gloire et sont prêts à tout pour y parvenir, d’autres encore sont déçus du petit monde de la littérature et se sentent incompris ou bafoués. Un tableau plus vrai que nature, finement observé, où la personnalité de chacun est exacerbée par le huis-clos de la résidence. Et la nature humaine est, on le sait, complexe et décevante.

     

    Je ne vous en dirai pas beaucoup plus car ce roman mérite d’être découvert sans être trop défloré. Il est original et empli de rebondissements à la façon d'un vaudeville et l’humour caustique y est présent jusque dans les exergues des chapitres. Mais le fond est criant de vérité et l’écriture de l’auteure alerte, vive et maîtrisée est un vrai plaisir. Ce fut pour moi un très bon moment de lecture. Et je ne peux que vous exhorter à le découvrir rapidement.

    Merci aux éditions Weyrich pour cet envoi.

     

     

     


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  • Ghetto X, Martin MICHAUDAyant démissionné des crimes majeurs, Victor Lessard accepte de donner ses impressions à son ancienne partenaire, Jacinthe Taillon, sur la scène du meurtre d’un journaliste d’enquête.

    En parallèle, son mentor, Ted Rutherford, lui fait une révélation troublante à propos du passé de son père, Henri Lessard. Pris pour cible dans un attentat, Victor doit bientôt disparaître pour assurer a sécurité et celle de ses proches.

     

    Mon avis :

     

    Quelle joie de retrouver Victor Lessard et sa partenaire !

    Quand le récit commence, Victor a quitté le SPVM (voir Violence à l’origine) et est agent de sécurité dans un casino. Mais assez rapidement, il va se retrouver au cœur d’une affaire qui le touche personnellement. Peu avant de mourir, son père adoptif lui révèle que la mort de sa famille quand il avait 12 ans ne s’est pas passée comme il le croit. Il avait retrouvé une connaissance de son père qui avait des informations à ce sujet. Tenaillé par ce drame depuis son enfance, il veut savoir et comprendre. Il ignore qu’il va mettre le doigt dans un nid de vipères. Heureusement, il peut compter sur sa fidèle amie Jacinthe Taillon et deux autres collègues pour mener une enquête en toute discrétion et hors des clous.

     

    A la fois thriller, roman d’espionnage et récit géopolitique, le roman de Martin Michaud est riche de faits véridiques, de critiques sur les conflits internes dans les services de la police de Montréal, de données sur les cyberattaques et les actes terroristes. J’ai apprécié la construction du récit mêlant passé et présent, souvenirs d’enfance et événements présents. Martin Michaud nous tient en haleine tout au long des 545 pages du roman et nous surprend en nous plongeant dans les bas-fonds de Montréal, l’Afghanistan ou les milices d’extrême-droite. Impossible de savoir où il nous emmène ; l’intrigue se construit chapitre après chapitre et les rebondissements justement dosés dévoilent lentement les tenants et les aboutissants. Un rythme soutenu orchestrant le tout rend le récit addictif.

    Comme toujours, le duo Victor-Jacinthe fonctionne à merveille. L’impétuosité de l’une et son franc-parler contrastant avec le calme morose et les introspections de l’autre. Jacinthe n’est jamais à court d’un bon mot, d’une réplique cinglante et c’est jouissif.

     

    J’espère que les prochaines aventures de ce duo d’enquêteurs ne se feront pas attendre cinq ans. Comme j’espère qu’un jour, la série télé tirée de leurs enquêtes traversera enfin l’Atlantique.

      

     

     


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  • Après la chute, Marie LeymarieLe diagnostic du médecin est sans appel. Après sa chute aux barres, Lilou doit arrêter l’entraînement de gym pendant deux mois au moins. La jeune fille est sous le choc. Le sport de compétition occupe toute sa vie.

    Elle a seize ans, les JO ont lieu dans quatre mois, il n’y aura pas d’autre chance. Ce corps qu’elle entraine sans relâche depuis l’enfance, qui ne l’a jamais trahie, elle va lui demander, encore une fois, l’impossible.

     

    Mon avis :

     

    J’ai lu ce roman pendant les Jeux olympiques ce qui a mis en perspective les propos tenus dans ce récit. Gymnaste dans sa jeunesse, l’auteure sait de quoi elle parle et s’est particulièrement documentée en lisant les biographies de grandes sportives comme Nadia Comaneci, Carole Micheli ou Simone Biles. Cela donne à l’histoire des accents de vérité même si les personnages sont fictifs.

     

    Lilou a tout sacrifié à sa passion. A onze ans, elle a quitté la maison familiale pour un prestigieux centre de formation à Toulon, elle a rejoint l’équipe de France et s’est entrainée des heures et des heures pour être à la hauteur des attentes de ses parents, de ses coachs et des siennes. Mais quand elle se blesse et doit renoncer au sport, Lilou perd pied. Elle refuse de croire que son cerveau lui envoie un signal et contraint son corps à guérir pour donner encore et toujours le meilleur.

     

    J’ai beaucoup apprécié ce récit qui permet aux jeunes de prendre conscience des sacrifices endurés par les athlètes dont on ne voit que les exploits à la télévision. Personne ne met l’accent sur les années de préparation intensive pour quelques minutes aux JO, ni la pression de l’entourage ou le besoin physique et mental qu’ont les athlètes de donner le meilleur et d’être reconnus.

    Au moment où Simone Biles osait reconnaitre qu’elle craquait et n’était plus capable de supporter la pression, que son mental n’était plus en phase avec son corps, ce roman faisait écho à toute cette souffrance, à la peur de l’échec et à la question inévitable de savoir que faire d’autres de sa vie.

     

    J’ai trouvé la personnalité de Lilou intéressante et sa famille atypique également. Dans cette famille, chacun croit savoir ce qui est bon pour les autres et personne ne s’écoute réellement. Chacun refuse aussi de se poser les bonnes questions car cela pourrait remettre en cause un équilibre fragile. C’est très bien amené et beaucoup de jeunes s’y reconnaitront dans un ou l’autre aspect. Le sport est omniprésent mais il est aussi le prétexte à une réflexion plus profonde.

    Un roman intéressant à proposer aux jeunes dès 12 ans.

    Merci aux éditions Syros pour cet envoi. Le roman paraitra le 9 septembre.

     

     

     


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  • Premier sang, Amélie NOTHOMB« Il ne faut pas sous-estimer la rage de survivre. »

     

    Mon avis :

     

    Dans son 30e roman, Amélie Nothomb rend hommage à son père, Patrick Nothomb, décédé en mars 2020, en pleine pandémie. Comme dans chacun de ses romans autobiographiques, elle excelle à recréer une ambiance, une atmosphère et à faire vivre ses personnages. Elle n’a pas vécu les 28 premières années de la vie de son père mais se met parfaitement à sa place ici. Elle fait de son père le narrateur de son histoire, basée sur des souvenirs de famille et sur le livre qu’il a écrit en 1993 « Dans Stanleyville ».

     

    J’ai retrouvé dans ce livre, les impressions que j’avais sur cet homme intègre et cultivé, que j’ai eu l’occasion d’écouter en conférence il y a une quinzaine d’années. Et j’ai découvert sa vie de famille qui m’était inconnue jusqu’ici. Je le savais parent de Charles-Ferdinand Nothomb mais j’ignorais le lien exact qui les unissait. Je savais qu’il était orphelin de père mais je ne soupçonnais pas les rapports familiaux vécus dans sa petite enfance. L’auteure raconte avec précision et délectation l’enfance et ses jeux cruels, sa sauvagerie et ses élans du cœur.

     

    Dans ce récit d’admiration et d’amour filial, Amélie Nothomb rend un vibrant hommage à son père sans toutefois verser dans la dévotion béate. De même lorsqu’elle conte la triste enfance de son père c’est sans aucune exagération ou voyeurisme. Elle présente même son père comme un enfant meurtri, certes, et réservé mais heureux de vivre et capable de jouir de joies simples comme il sera ensuite un consul mu par une envie de vivre d’une force incroyable.

     

    Bref, un 30e roman très réussi, beau et émouvant, qui lève un peu le voile sur l’homme au-delà de sa fonction de consul et d’ambassadeur et sur les racines familiales.

      

     


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