• La disparition de Michel O'Toole, collectifCôte-Nord, mai 2015, Michel O’Toole, un journaliste québécois d’origine irlandaise, disparait sans laisser de trace alors qu’il roulait à moto sur la route 389, qui relie Fermont à Baie-Comeau. L’enquête policière n’ayant pas abouti, huit auteurs donnent leur version des faits.

      

    Mon avis : 

     

    Ce recueil de nouvelles est un ouvrage collectif auquel des écrivains québécois parmi les plus connus ont participé, comme Chrystine Brouillet, Stéphanie Pelletier, Tristan Malavoy, ou Patrick Senécal. Huit auteurs ont été sollicités afin de trouver les causes de la disparition du journaliste Michel O’Toole. Un texte d’introduction signé Malavoy nous explique d’emblée qu’il a disparu dans le cadre d’un reportage pour le magazine L’Actualité sur la route 389. D’origine irlandaise, cet homme dans la cinquantaine était un journaliste réputé réalisant la plupart de ses déplacements à moto. Elle n’a pas non plus été retrouvée.

     

    Avec leur style propre, leur enquêteur fétiche (j’ai croisé Maud Graham avec plaisir) ils construisent un passé à O’Toole, des amis et des ennemis, des raisons de disparaître… chaque histoire s’inspirant de ce qui a précédé. Les épisodes d’un récit écrit en italique nous font suivre le parcours d’un homme traqué ayant intérêt à quitter l’Irlande au plus vite. L’écriture vive, un peu fiévreuse, de Deni Béchard introduit ainsi les sept nouvelles de ses confrères.

     

     

    J’ai passé un moment agréable à découvrir ces histoires et la manière dont chacun a donné corps à ce Michel O’Toole. Hélas toutes ne sont pas du même niveau et si j’ai beaucoup aimé l’hypothèse de Tristan Malavoy -et découvert sous sa plume la ville fantôme de Gagnon- ou le passé trouble que Perrine Leblanc lui a imaginé de si belle façon, je suis restée sur ma faim pour d’autres et n’ai carrément pas compris où Mathieu Laliberté voulait en venir avec ses extraterrestres. Patrick Senécal, lui, clôture ce recueil dans un style tout personnel.
    J’aurais aimé découvrir des récits clairement plus policiers mais à la place, les auteurs ont préféré décrire la personnalité de Michel O’Toole et lancer des hypothèses sur sa fin de vie.

     

    Malgré tout, l’ensemble du recueil est cohérent et les nouvelles mises bout à bout dépeignent une vie tumultueuse et tout à fait plausible à ce mystérieux personnage. A tenter pour se faire un avis personnel.

     

     La disparition de Michel O'Toole, collectif8

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  • Moi aussi j'aime les hommes, S. BOULERICE & A. LABONTEOctobre 2015, Alain est assis dans son salon. A la télévision, des images défilent : un jeune homme, les yeux bandés et les mains liées, est amené au sommet de la plus haute tour d’une ville puis poussé dans le vide. Parce qu’il est homosexuel. Habité par la colère et l’incompréhension, Alain écrit à la première personne à laquelle il pense : Simon. Celui-ci, dans les nuages entre Montréal et Baie-Comeau, lui répond.
    C’est ainsi que s’amorcent entre les deux auteurs des échanges qui abordent leurs parcours, leurs aspirations, leur joie face aux avancées des droits LGBT ici, leurs réaction face aux horreurs perpétrées ailleurs, l’importance de la famille et de la création ?

    Mon avis :

    Après avoir été bouleversés par les images intolérables de meurtres d’homosexuels par Daesh, Alain et Simon échangent leur avis par courriel. S’installe alors une correspondance qui durera presque une année où ils commenteront l’actualité et se confieront l’un à l’autre sur leur travail, leur vie, leurs rêves…

    Leurs échanges parlent d’homosexualité, du sida mais aussi d’art, de création, d’amitié, d’amour, de foi, de la société et de l’humanité comme elle va… et se réjouissent aussi des avancées des droits des LGBT au Québec.

    Je ne connais pas ces deux auteurs, de générations différentes. Je n’ai jamais eu l’occasion de les rencontrer ou de les lire. Dans ces échanges, ils se livrent sans fard, avec sincérité et s’exposent donc forcément. Les discussions à bâtons rompus se suivent enchainant des sujets différents, une idée en entrainant une autre. Je me suis souvent retrouvée dans leurs réflexions, notamment quand ils s’émeuvent du manque d’amour et de respect, du peu de compassion que certains ont pour les moins nantis ou se réjouissent de leur chance d’avoir eu un entourage aimant et serein.

    Je n’ai pas vu les images dont ils parlent, mais nous en avons tous d’autres en tête. Je me souviens du calvaire d’Ishane Jarfi, massacré à coups de pieds et de poings et abandonné dans un champ, parce qu’homosexuel. J’ai énormément de respect pour le combat de son père, professeur de religion islamique, qui préside une fondation qui porte le nom de son fils défunt et lutte pour le respect des homosexuels et des différences, notamment en se rendant dans les écoles pour témoigner.

    Ce livre m’a touchée. Moi aussi je suis privilégiée et cela me permet, je pense, de mieux saisir la laideur du monde et de lutter à mon niveau pour l’embellir un peu.

    J’ai découvert des artistes à travers ce qu’ils disent de leur vie professionnelle et de leurs créations, des livres qu’ils ont lus, des pièces ou films qui les ont marqués… J’ai fait des recherches sur le net pour en découvrir davantage. J'ai maintenant envie de lire d'autres de leurs oeuvres.

    Un essai épistolaire sans prétention, nécessaire car il fait du bien. Moi aussi j’aime les Hommes.

     

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  • Les cendres de Sedna, Ariane GELINASAprès la mort tragique de sa mère et de sa tante, le jeune Wilmard Boudreau est venu habiter l’île Kanty, en Basse-Côte-Nord, en compagnie de son père, Anselm, et de sa cousine Hypoline. De tempérament rêveur, Wilmard est aussitôt attiré par les rumeurs qui courent dans la région concernant un de leurs voisins, le vieux Nayati, que l’on dit immortel mais aussi la proie d’une malédiction ancienne. Et puis il y a Taliana, l’une des domestiques de Nayati, qui attise son désir…

     

    Mon avis :

     

    Ce roman fantastique d’Ariane Gélinas, basé sur une légende Inuit, se déroule sur trois périodes. La premère en 1873 présente la légende et les protagonistes. La seconde, en 1921, nous raconte l’évolution de la situation. La troisième en 2015 nous confie la situation finale. Le récit chronologique est entrecoupé des mémoires du personnage principal de chaque période : Wilmard, Sora et Maïk.

     

    Selon la légende, un père donna sa fille à marier à un homme-oiseau qui l’emporta avec lui sur une île. Maltraitée et malheureuse, elle pleura et cria tant que son père l’entendit et vint la délivrer. Mais au retour, alors qu’il la ramenait en kayak, la mer se déchaina et le père, paniqué, jeta sa fille par-dessus bord. Celle-ci se cramponna au kayak pour ne pas retourner auprès de son mari mais le père craignant de chavirer la força à lâcher prise en lui coupant les doigts. Alors qu’elle s’enfonçait dans la mer, ses doigts tranchés se transformèrent en mammifères marins. Elle devint ainsi la maîtresse de la mer et des animaux marins, capable de produire de redoutables tempêtes ou de faire chavirer les bateaux. Son nom était Sedna.

     

    C’est cette légende qui a donné naissance au roman d’Ariane Gélinas. En 1873, Hypoline découvrit le squelette d’une homme-oiseau, en bêchant un potager. Forcée contre son gré d’obéir à Sedna, elle disparut de longues années. Ce roman nous conte les conséquences de cette découverte et de la disparition de la jeune fille jusqu’au 21e siècle.

     

    Comme dans « Les villages assoupis », la trilogie de l’auteure qui m’avait tant séduite, on retrouve l’originalité et l’inventivité d’Ariane Gélinas et sa plume onirique et limpide qui nous fait voyager autant dans l’intimité des personnages que dans les grands espaces sauvages de la Basse-Côte-Nord.
    Cependant, je dois bien avouer que je ne suis pas entrée dans l’histoire. N’étant pas fan de fantasy, ce qui m’avait plu dans sa trilogie, c’est le côté plausible des récits se déroulant dans des villes fantômes, chargées d’histoires, joyeuses ou horribles, ayant laissé des traces dans l’espace et le temps. Ici, on entre de plain-pied, dans la légende, le rêve, la fantasy dans ce que cela peut avoir de noirceur, de brutalité et d’irréel. Et même si l’arrivée des éléments fantastiques dans l’histoire se fait crescendo, je trouve ça too much.

    Les qualités d’écriture d’Ariane Gélinas sont toujours bien présentes. Les descriptions sont précises au point que le registre olfactif est presque perceptible ; les atmosphères sont bien rendues ; son univers est d’une grande cohérence ; la nature reste son sujet de prédilection et elle en parle merveilleusement bien… Mais je suis restée en dehors, insensible aux malheurs des personnages, à leur détresse ou à leurs espoirs. 

     

    Je ne voudrais pas vous empêcher de découvrir ce roman car le talent de conteuse d’Ariane Gélinas est indéniable et son écriture superbe. Elle a réellement du talent. Mais ce genre littéraire n’est pas pour moi.

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  • Voyage léger, Mélissa VERREAULTUne jeune photographe entreprend un voyage afin d’échapper à un quotidien morne et sans saveur. Mais une fois à l’aéroport, c’est face à elle-même qu’elle se retrouve. Sa remise en question soudaine et l’introspection qui en découle lui font emprunter une tout autre trajectoire que celle escomptée.
    La plume limpide et pleine d’espoir de Mélissa Verreault fait entendre le monologue intérieur d’une héroïne mélancolique, dans ce récit fourmillant de détails justes et d’aveux touchants.

     

    Mon avis :

     

    Mélissa Verreault nous offre un récit intimiste dans lequel Ariane raconte sa fuite en avant née d’une crise existentielle profonde. A la dérive, elle décrit sa vie comme autant d’instantanés pris sur le vif. En textes très courts, émaillés de réflexions personnelles et d’un faisceau de souvenirs, elle s’interroge. Au hasard des rencontres, elle remet en question ce qui a fait sa vie jusqu’ici : son enfance, sa famille, son couple… Qui est-elle ? Que veut-elle ? Qu’attend-elle de la vie ?

    Sans aucune planification, elle prend les choses comme elles viennent. Ouverte à l’autre, à l’inattendu, à ce qu’une journée peut apporter, elle effectue une lente métamorphose. Au bout de deux mois, elle renoue avec la vie et l’envie.

    L’auteure va droit au but ; elle ne s’embarrasse pas de digressions, de détails, elle nous offre le récit réaliste et brut d’une femme en plein mal être qui se raconte en tissant des liens constants entre son passé et son présent. Sa quête du bonheur est décrite avec finesse et justesse dans une langue fluide et légère. On la sent souvent au bord du gouffre mais un fil tenu la raccroche à la vie presque malgré elle et lui fait peu à peu prendre goût aux petits bonheurs quotidiens. Fragile et touchante, Ariane s’offre à nous sans pudeur.

    Ce premier roman de Mélissa Verreault fut une belle surprise et me donne le goût de découvrir « L’angoisse du poisson rouge » son dernier roman.

     

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  • L'Ordre du Méchoui, Lionel NOELAu sein d’une mystérieuse confrérie dédiée à la cuisine sur broche, des apprentis sont formés, deviennent eux-mêmes maîtres, et la tradition se poursuit depuis des siècles.
    L’enseignement est transmis par des hommes et des femmes pittoresques, de toutes les origines et de toutes les spécialités culinaires – marinades méditerranéennes, asado argentin, wagyu japonais, lama des Andes au chimichurri – non sans le caractère épicurien avide de plaisirs sous toutes ses formes.
    De la Belgique de la fin du XIXe siècle jusqu’à Montréal en 1962, Sans Loi, le narrateur, retrace son parcours en tant que membre de l’Ordre du Méchoui, un récit dans lequel se fond l’histoire du vingtième siècle, mais qui reflète aussi ses grands enjeux : une modernisation inévitable et les divisions qu’elle entraine entre conservateur et réformistes.

    Mon avis :

    J’ai découvert Lionel Noël avec un roman d’espionnage et son fameux « Brouillard d’automne » qui se déroule lors de la bataille des Ardennes en hiver 44. Je savais que L’Ordre du Méchoui n’était pas de la même veine. J’ai été agréablement surprise malgré tout car il nous propose une histoire originale et inattendue. On assiste à la formation d’un jeune cuistot, que rien ne prédestinait à devenir un chantre du bon goût, de la cuisine et des saveurs. Dès son initiation, par un maitre allemand, à l’art de la cuisson à la broche, on le suit, pas à pas, dans son ascension. Il aura comme mentor les plus grands cuisiniers internationaux de l’époque et chacun l’initiera à sa spécialité. Cette forme de compagnonnage le verra entrer dans une confrérie renommée, l’Ordre du méchoui, consacrée aux mystères, aux codes et aux traditions de la cuisine sur broche dont il découvrira les secrets, tout au long de sa vie.

    Ce roman humaniste et épicurien par excellence est un plaisir des sens : les narines frétillent à la seule évocation des aromates et les papilles palpitent à la description des plats qui mijotent. Chaque page se savoure avec délectation, des marinades méditerranéennes au wagyu japonais en passant par les venaisons italiennes et permet des découvertes culinaires pour le moins étonnantes comme les œufs balut ou le hakar islandais. (estomac fragile s’abstenir).
    De la Belgique de 1892 au Montréal des années 60, le narrateur nous retrace son parcours qui se mêle inévitablement à l’Histoire de l’humanité et décrit l’évolution de la cuisine et de ses  pratiques à travers le monde. C’est qu’il voyage ce « Sans Loi » pour étudier et transmettre les savoir et les savoir-faire ancestraux !

    Si vous avez aimé Le voyage de cent pas de Richard Morais ou les récits de Michèle Barrière, vous aimerez davantage L’Ordre du Méchoui car en plus de nous conter l’art de la table et ses plaisirs, il est superbement écrit et très documenté. Un travail de recherche phénoménal a dû être effectué en amont de l’écriture car ce récit initiatique est truffé d’anecdotes véritables. L’expérience de cuisinier de l’auteur rend cette histoire vivante d’un bout à l’autre. 

    Amoureux de la littérature et de la gastronomie, ce roman onctueux et suave à souhait est une invitation aux plaisirs. Laissez-vous tenter.



    L'Ordre du Méchoui, Lionel NOEL4

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  • Max et la grande illusions, Emmanuel BERGMANNPrague, 1934. Mosche Goldenhirsch, fils de rabbin, mène une existence bien triste et bien monotone. Sa mère adorée vient de mourir et les relations avec son père sont de plus en plus houleuses. Quand un cirque débarque à Prague, il décide de se lancer dans l'aventure et de suivre la troupe. Mosche se voue corps et âme à sa nouvelle passion et apprend toutes les ficelles du métier avec son maître, l'Homme demi-lune. Il rêve aussi à la très belle assistante, Julia... Et de fil en aiguilles, Mosche Goldenhirsch devient le Grand Zabbatini, ce magicien que tout le monde veut voir, Adolph Hitler y compris... 
    Los Angeles, 2007. Max Cohn a 11 ans et sa vie vient de basculer : ses parents vont divorcer. Le jeune garçon est effondré, surtout qu'il est persuadé d'être responsable du drame. En fouillant dans les vieilleries de son père, il tombe sur un vieux vinyle du Grand Zabbatini et découvre son célèbre tour : " Le sortilège de l'amour éternel ". Max en est sûr, seul un magicien peut faire des miracles et réparer l'irréparable, alors il part à la recherche de celui qui représente son dernier espoir... 


    Mon avis sous forme de lettre à la créatrice du prix Eurégio
     


    Chère Sylvie Schenk,

    Avec cette lettre, vous découvrirez ma critique d’un livre que j’ai particulièrement aimé, « Max et la grande illusion » d’Emanuel Bergmann. Plusieurs éléments font que j’ai passé un agréable moment de lecture avec ce roman.

    Tout d’abord, j’ai aimé le double point de vue du roman et le fait de passer de l’Europe de l’est de l’entre-deux-guerres à notre époque actuelle à Los Angeles. De plus dans ce double point de vue, ce qui m’a plu, ce sont les deux personnages totalement opposés. D’un côté, un jeune adulte qui apprend la vie dans toute sa dureté parce qu’il est juif et traqué, qu’il travaille dans un cirque dans des conditions difficiles, connait enfin Berlin et la vie d’artiste avant de se retrouver dans un camp de concentration. De l’autre côté, un petit garçon de 11 ans encore insouciant mais qui vit une chose difficile avec le divorce de ses parents et va tout faire pour sauver ce couple.

    Ensuite, j’ai particulièrement apprécié la partie plus historique car je trouve qu’avec le style de l’auteur, ses descriptions brèves mais précises et son vocabulaire adéquat, Emanuel Bergmann nous entraine au plus profond de l’Histoire. On a l’impression d’être sur la piste du cirque avec Mosche, de déambuler dans les rues de Berlin ou encore d’être coincé dans le wagon vers Auschwitz

    Enfin, une autre caractéristique du livre qui m’a plu, c’est le développement psychologique des personnages. En effet pour Mosche, tout au long du roman, on peut voir l’évolution du personnage de petit enfant de Prague au grand magicien qu’est Zabbatini. Et pour Max, on a un personnage innocent et touchant qui croit qu’un simple tour de magie peut sauver ses parents.

    Pour finir, j'ajouterai que grâce à toutes ces qualités, j'ai dévoré ce roman du début à la fin. Je suis heureux que vous l'ayez sélectionné pour le prix Eurégio.

     

    Max et la grande illusions, Emmanuel BERGMANN

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  • Là où commence la mer, Dominique DEMERSC’est dans un royaume de pics somptueux et de caps battus par une mer enragée, d’anses secrètes et de baies envahies par les goélands que l’histoire de Maybel et de William prend racine. Au fil de dix rendez-vous hors du commun, ils se laisseront envoûter par les trésors du panorama maritime et se découvriront d’autres passions encore plus fulgurantes…
    Cinquante ans plus tard, grâce au journal de sa grand-mère, l’amie de Maybel, Marie découvre avec ravissement la singulière rencontre de sa marraine et de celui qu’on surnommait la Bête.

    Mon avis :

    Jeune femme fougueuse et rayonnante, Maybel vit dans une famille marginale en dehors du village. Abandonnée par sa mère à l’âge de deux ans, elle grandit entourée de l’amour de son père et de sa tante ainsi que de celui qu’on surnomme « le Quêteux » et qui les aide à la ferme. En jour, arrivent d’Ecosse un père et son fils porteur d’un étrange masque de cuir. Il n’en faudra pas plus pour que les rumeurs les plus folles circulent, d’autant que le père est riche et ne se prive pas d’excentricités. Peu importe, Maybel ne se laissera pas dicter sa conduite ou ses amitiés.

    Ce récit se déroule à la fin du 19e siècle, dans le Bas St Laurent, à Sainte Cécile du Bic, une région de bord de mer battue par les vents. Les descriptions des paysages, du ciel étoilé, des animaux marins ou des nichées d’oiseaux au printemps recréent à merveille l’ambiance sauvage et naturelle de la région. Elles constituent un écrin idéal pour cette histoire d’amour hors norme, bercée par les saisons et le lent apprivoisement des protagonistes.

    L’histoire, classique, revisite le conte de la Belle et la Bête mais les paysages grandioses décrits par l’auteure y ajoutent un mystère et une intensité unique. Campé à la fin du 19e siècle, le récit s’appuie aussi sur le mode de vie rural de l’époque, les traditions, les convenances ainsi que les avantages et inconvénients d’un village isolé où tout le monde se connait.

    Dominique Demers a le don de raconter des histoires qui donnent vie aux personnages. - Je l’avais déjà appréhendé avec sa trilogie Un hiver de tourmente. - Impossible de lire ce récit romanesque sans s’attacher à eux. Qu’il soit loyal, franc, tourmenté, aigri, rêveur… chacun est guidé par des valeurs qui lui sont propres et chaque acte posé y réfère. Ces êtres de papier ont une épaisseur, une âme et cela donne du souffle et de la consistance au roman.
    J’ai eu l’occasion de la rencontrer en mars dernier à la Foire du Livre de Bruxelles et j’ai été enchantée par sa gentillesse, sa joie de vivre, sa franchise et son enthousiasme. On retrouve ces mêmes qualités chez ses personnages et c’est revigorant.

    Paru en 2001 et réédité en 2011 chez Québec Amérique, ce livre fut un très bon moment de lecture que je vous conseille vraiment. 

    Là où commence la mer, Dominique DEMERS3

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