• Coups de cœur et bilan 2019

    Comme chaque année, c’est l’heure de jeter un œil dans le rétro. Force est de constater qu’au début du blog, je lisais beaucoup plus, une quarantaine de livres en plus que maintenant. Mais j’avais aussi moins de projets professionnels sur le feu et je ne gérais pas deux groupes professionnels sur FB, occupations chronophages.

    Je continue cependant à choisir mes lectures avec soin pour éviter de perdre ce temps précieux que je consacre à la lecture avec des livres qui ne sont pas pour moi. Cela m’est arrivé cependant trois fois cette année de me tromper de roman ou d’être déçue au point d’abandonner en cours de route.

    Il y eu d’abord « L’amie prodigieuse » que je n’ai même pas chroniqué, ayant abandonné très tôt tant l’ennui me faisait bâiller. Puis ce fut le tour de « Civilizations » qui me lassa par le côté didactique et doctoral du récit. Enfin, plus récemment, j’ai laissé tomber, au bord de la nausée, « Ce que tu as fait de moi ». Ces trois romans ont pourtant beaucoup de succès mais visiblement, ils n’étaient pas pour moi.

    Malgré tout, j’ai lu un peu plus que l’an dernier. 88 romans et BD cette année pour 83 l’an dernier. Cela reste nettement plus élevé que la moyenne de mes concitoyens.

     

    Parmi ces lectures, mes coups de cœur de l’année sont :

     

    Mes lectures :

    Les bâtisseurs du vent, Aly Deminne

    Cobre, Michel Claise

    Dans la tête de Sherlock Holmes, Liéron et Dahan (BD)

    De pierre et d’os, Bérengère Cournut

    La guerre des Lulus, 6, Lucien de Haudière et Hardoc (BD)

     

    Romans jeunesse 

    Snap killer, Sylvie Allouche 

    Signé poète X, Elizabeth Acevedo

    Anna Caritas, Patrick Isabelle

     

    Romans policiers

    Né d’aucune femme, Franck Bouysse 

    Surface, Olivier Norek

    Rivière Tremblante, Andrée A. Michaud 

     

     

     

     

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  • Lettres d'amour de 0 et 10, S. MORGENSTERN & Thomas BAASErnest a dix ans : dix ans qu’il s’ennuie seul, élevé par sa grand-mère Précieuse et la gouvernante Germaine.

    Les heures sans saveur s’écoulent ainsi jusqu’au jour où Victoire de Montardent fait une entrée fracassante dans sa classe, soufflant un vent d’amour et de folie sur ce quotidien morose.

     

    Mon avis :

     

    Je connais ce récit de Susie Morgenstern, lu il y a plus de vingt ans. C’est avec un réel plaisir que je l’ai reçu pour Noël sous la forme d’une délicieuse bande dessinée réalisée par Thomas Baas, illustrateur et affichiste de formation. C’est un vrai condensé de bonheur et de tendresse.

     

    Ernest a dix ans et vit avec deux dames âgées. Elles lui sont complètement dévouées mais n’ont aucune fantaisie et il mène, sans le savoir, une vie bien austère. Chez lui, il n’y a pas de télévision, pas de téléphone, on ne reçoit personne et on n’est jamais invité nulle part. Il a une vie réglée, millimétrée et ennuyeuse. Mais Ernest n’en prend conscience que le jour où une nouvelle élève arrive dans sa classe. Victoire va débouler comme un ouragan dans sa vie. Bavarde, curieuse, légèrement sans-gêne, elle déborde d’énergie et le trouve si beau qu’elle décide de se marier avec lui. Victoire est l’avant dernière d’une famille de quatorze enfants et la seule fille. Elle fait découvrir à Ernest ce qu’est une famille nombreuse. Elle, elle aime le calme de l’appartement d’Ernest où elle peut faire ses devoirs et recevoir son aide. Elle l’entraine aussi à déroger aux règles que Précieuse a imposé à son petit-fils et le gamin réservé et solitaire va sortir de son cocon et s’épanouir peu à peu jusqu’à prendre la décision de découvrir la vérité sur sa famille.

     

    Comme dans tous les romans de Susie Morgenstern, l’histoire est tendre, drôle et remplie d’émotions. Les caractères opposés des enfants en font un duo attachant qu’on aime d’emblée. Les personnages secondaires sont bien campés et contribuent à rendre le scénario dynamique et profond. Susie Morgenstern y aborde des thèmes qui lui sont chers comme la famille, l’amitié, la solidarité et l’identité. Elle y adjoint également une enquête sur les origines familiales d’Ernest qui ponctue l’intrigue d’un peu de suspense.

     

    Thomas Baas, lui, nous offre ici sa première BD. J’ai aimé l’ambiance qu’il crée et ses personnages un peu rétro. J’ai aussi apprécié la légèreté de son trait, la simplicité des dessins et les expressions des visages de même que le choix des couleurs et leur traitement. Le rythme est maitrisé et alterne les scènes entre les deux enfants et le questionnement d’Ernest sur sa famille et ses origines.

    C’est une très chouette adaptation du roman, classique de la littérature jeunesse. Je vous le recommande quel que soit votre âge.

     

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  • La piste aux étoiles, Nicolas LEBELQuand on propose à l’Embaumeur de participer à un projet d’exposition de cadavres, il faut s’attendre à un refus : un défunt, ça se respecte, ça ne s’exhibe pas !

    Mais dans la vie, on ne fait pas toujours ce que l’on veut, encore moins lorsqu’Interpol s’en mêle.

    Mandoline va devoir s’inviter dans la folie morbide d’un artiste mégalo et s’infiltrer dans sa forteresse turque pour tenter de lever le voile sur un trafic international de cadavres…  

     

    Mon avis :

     

    Ce roman de Nicolas Lebel est un peu particulier. Il ne s’agit pas à proprement parler d’une idée originale de l’auteur.

    Luc Mandoline est un héros né aux Ateliers Mosesu et repris par les éditions French Pulp. Ce personnage récurrent voit ses aventures rédigées par un nouvel auteur à chaque tome. Nicolas Lebel succède ainsi à Stéphane Pajot, Jess Kaan ou Jacques Saussey. Il est le 14e auteur à avoir relevé le gant.

    Luc Mandoline est un ancien légionnaire devenu thanatopracteur (embaumeur). Dans ce récit, un richissime homme d’affaire lui propose de participer à un projet de plastination. Mais un défunt, cela ne s’exhibe pas. C’est sans compter sur Europol qui va lui demander d’accepter et de jouer double jeu afin de connaitre l’origine des corps. S’il accepte, son ami légionnaire incarcéré sera libéré.

    Ce roman est agréable à lire grâce au dynamisme de l’histoire, à son originalité et au style de Nicolas Lebel. Mais ce n’est pas vraiment du Nicolas Lebel.

    C’est le premier roman que je lis de cette série sur Luc Mandoline. J’ai apprécié l’histoire, elle se lit vite et est intelligente Le roman est réussi et le propos intéressant. J’ai vu l’exposition « Our body » dont il s’agit et elle m’a posé question, comme c’est le cas dans le récit. L’auteur nous plonge dans la Turquie d’Erdogan, fait allusion à l’affrontement qu’il mène contre l’Europe et dénonce ses chantages et sa manière de diriger. On y trouve aussi un brin d’humour et de causticité.

    Mais ce n’est pas le Nicolas Lebel que j’aime, ni le capitaine Mehrlicht.

    Divertissant, intelligent, ironique mais… 

     

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  • Dans les forêts de Sibérie, Virgile DUREUIL & Sylvain TESSONPeut-on se détacher complètement du monde des hommes ? Quitter la ville et son quotidien pour aller vivre au bout du monde, tel est le défi que s’est donné Sylvain Tesson. De février à juillet 2010, l’écrivain voyageur a choisi de vivre la fin de l’hiver puis le printemps sibérien. Habitant seul une cabane au bord du Lac Baïkal, il s’est plié au silence en choisissant de vivre lentement, environné de livres, de vodka et de souvenirs. Sans déranger la nature mais en s’interrogeant avec elle dans une introspection au long cours, Tesson a marché, exploré, pêché, il a fait du patin à glace sur le lac et accepté l’hospitalité de ses rares voisins.  

     

    Mon avis :

     

    Le roman de Tesson paru en 2011 est magnifiquement adapté ici en bande dessinée par Virgile Dureuil. Par un dessin subtil et généreux, coloré, il illustre ce récit de vie au bord du Lac Baïkal, cette vie d’ermite et d'introspection loin des soubresauts du monde et qui s’interroge sur la possibilité de se détacher complètement du monde « civilisé ».

     

    D’un côté il y a le récit que je découvre grâce à cet album. Un récit poétique, original et froid comme la banquise. - Pas sûre que je l’aurais aimé sans le soutien des illustrations de Virgile Dureuil - Parti pour six mois au milieu de nulle part, avec ce qu’il faut de provisions lyophilisées, de pâtes et d’alcool, Sylvain Tesson se retire pour réfléchir, lire, ressentir et se reposer. Là-bas, il n’y a pas grand-chose à faire : un voisin à 5h de marche, l’autre à une journée, une cabane au pied de la montagne couverte de taïga jusqu’à 1000 mètres et devant, le lac à perte de vue, gelé lorsque l’auteur arrive en février. Il meuble ses journées en coupant du bois, pêchant, buvant du thé ou de la vodka ; il lit, marche beaucoup et médite face à la nature.

    Ce récit atypique, au cœur d’un univers sauvage et extrême, transmet beaucoup d’émotions, de confidences sur la condition humaine, la vie débridée que l’on mène, le monde de la littérature et les échanges artificiels. Il nous offre une ode à la nature, aux relations franches et sauvages des Russes de Sibérie, une vie de contemplation.

     

    De l’autre côté, il y a l’adaptation, premier ouvrage de Virgile Dureuil, venu de la publicité. Ce n’est pas une mince affaire d’adapter un best-seller mais ce coup d’essai est un coup de maître. C’est un petit bijou de douceur et de poésie dans une palette de tons qui magnifient la nature sibérienne, son immensité et la sérénité des lieux. Des eaux aux forêts en passant par les animaux, le dessin est naturel, sobre et simple. Il rend hommage au texte sans l’alourdir et parvient même quelques fois à rendre les états d’âme de Sylvain Tesson. L’histoire est plutôt lente, constituée d’anecdotes, de moments choisis racontant la routine du quotidien mais aussi d’intrépides randonnées de plusieurs jours en solitaire pour aller retrouver des humains et briser la solitude. Les dessins créent une ambiance  et devant ces paysages de la taïga russe, on se prend à penser que la vie d’ermite serait peut-être le bonheur.

     

     

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  • Ce que tu as fait de moi, Karine GIEBELPersonne n’est assez fort pour la vivre.
    Personne n’est préparé à l’affronter, même si chacun la désire plus que tout.
    La passion, la vraie…
    Extrême.
    Sans limites.
    Sans règles.

    Cette nuit, c’est le patron des Stups, le commandant Richard Ménainville, qui doit confesser son addiction et répondre de ses actes dans une salle d’interrogatoire. Que s’est-il réellement passé entre lui et son lieutenant Laëtitia Graminsky ? Comment un coup de foudre a-t-il pu déclencher une telle tragédie ? Interrogée au même moment dans la salle voisine, Laëtitia se livre. Elle dira tout de ce qu’elle a vécu avec cet homme. Leurs versions des faits seront-elles identiques ?
    La passion selon Karine Giebel… conduit forcément à l’irréparable.

     

    Mon avis :

     

    Je n’ai jamais lu Karine Giebel. Je l’ai souvent croisée en salon. Je l’ai écoutée, trouvée sympathique mais je n’avais jamais lu un de ces romans. Un ami m’a prêté son dernier en me disant « Lis-le qu’on en parle ». Je m’attendais à du noir. J’ai découvert pire.

     

    Je n’ai pas pu aller au bout de cette histoire nauséabonde, sordide, immonde. Richard, marié, "tombe amoureux" de Laetitia, mariée, elle aussi. Qu'à cela ne tienne, il la veut, il l'aura. Et cette "folle passion" commence par une relation non consentie que son collègue et lui lui imposent de manière brutale après l'avoir fait boire. "Amoureux". "Passion". Sérieusement ???
    Je ne comprends pas ce que l’auteure a voulu montrer. Jamais je n’ai lu une phrase permettant de se dire qu’elle se distanciait des faits ou qu’elle les dénonçait. Au contraire son message semble légitimer les actes Menainville par la supériorité de l’homme. Par « amour » (non par désir ce n’est pas la même chose) il va posséder, soumettre, briser celle qu’il dit aimer.

    Jusqu’à ce que la nausée m’empêche d’aller au-delà, je n’ai lu que coups, brutalités, violences, viol, perversion, humiliation. Et l’auteur de prétendre « c’est de l’Amour » WTF ???? Parce que « la passion… la vraie, ça ne s’explique pas » que « Sans elle, ou sans l’espoir de la connaitre un jour, que serions-nous ? Des coquilles vides et froides » C’est sérieux ? Karine Giebel, vous y croyez vraiment ? Vous cautionnez tout ça sous prétexte de passion qui rend déraisonnable ? beurk

    Je n’ai pas pu aller au bout. J’ai détesté ce discours glauque qui ne dénonce rien mais excuse au nom de la passion, la seule chose qui vaille la peine. Excusez-moi, je vais vomir. beurk

    Mais le pire, c'est que je n'ai croisé qu'une seule lectrice dénonçant ce discours ambigu, cette apologie de la violence. UNE ! Alors que j'ai lu des dizaines de chroniques dithyrambiques. On peut trouver le style addictif, l'écriture soignée (quoique ce n'est pas mon cas) et se distancier des propos, regretter le sujet et son traitement. Mais non, rien sauf chez "Il est bien ce livre". 
    Le monde m'affole de plus en plus.

     

     

     

      

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  • L'appartement du dessous, Florence HERRLEMANDans le petit immeuble parisien du Marais où elle vit depuis des lustres, Hectorine voit d'un jour à l'autre l'appartement du dessous investi par une nouvelle voisine, Sarah. Pour lui souhaiter la bienvenue, la vieille dame dépose une lettre sur le pas de sa porte. Cette missive sera suivie de beaucoup d'autres, retraçant une traversée du XXe siècle incroyable, entre le Cabourg de La Recherche, le Berlin du IIIe Reich et le Paris d'après-guerre.
    Mais pourquoi toutes ces lettres ? « Un jour, vous saurez », promet la centenaire à Sarah qui se prend au jeu, intriguée par cette voisine invisible dont les confidences laissent percer l'aiguillon d'un douloureux secret...

     

    Mon avis :

     

    Le pitch est original : une vieille dame de 104 ans pousse sa jeune voisine de 29 ans à correspondre avec elle par lettre alors qu’elles vivent dans le même immeuble. Il est aussi moyennement crédible : l’âge des protagonistes, la vivacité d’esprit d’Hectorine et son dynamisme… Et pourtant, dès le départ on y croit.

     

    En quelques pages, Florence Herrlemann parvient à nous immerger dans cette relation peu ordinaire. Au fil des mots, le charme opère et on ressent les émotions de ces héroïnes auxquelles on s'attache. Comme Sarah, on s’agace, on s’irrite, on ne comprend pas, on s’impatiente… On trouve qu’Hectorine tourne autour du pot, fait exagérément durer le plaisir et finalement, on ressent ce plaisir et l’excitation qui l’accompagne.

     

    J’ai rarement éprouvé autant d’émotions diverses à la lecture d’un roman. J’ai même versé une larme après avoir ri de la relation de la soirée chez les Viaux.

     

    L’auteure a une plume agréable et élégante, d’une grande sensibilité. « Comment était la mer ? Portait-elle sa robe d'automne, étincelant d'éclats vert et gris ? Vous a-t-elle raconté ce qu'elle charriait au plus profond de ses abimes ? Qu'a-t-elle déposé sur le sable ?  A vos pieds ? Vous a-t-elle fait don de ses murmures enchantés qu'elle brasse la nuit au clair de lune ?»

    Sa structure narrative, le choix de la forme épistolaire, la différence d’âge de ses héroïnes, leur personnalité, le contexte… tout concoure au plaisir de lecture.

     

    Correspondant depuis de longues années avec des amies lointaines, j’ai particulièrement goûté ces échanges au charme désuet, rédigés en mots choisis et au style opposé, forcément.

    C’est un roman tendre, poétique et profondément humain que je vous recommande chaleureusement.

     

     

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  • La perspective Luigi, 2, HAUDIERE & CUVILLIERDécembre 1916. Capturés par la police du Reich, les Lulus se retrouvent au camp de détention de Holzminden où ils partagent le quotidien de nombreux prisonniers civils de différentes nationalités. Pour échapper à l’ennui et au manque de liberté, ils vont échafauder un plan d’évasion digne des plus grands livres d’aventures !

     

    Mon avis :

     

    Luigi devenu artisan-commerçant poursuit ici ses confidences au journaliste venu l’interroger pour rassembler des témoignages de Français déportés en Allemagne. Installé dans les hortillonnages (ce qui nous donne de très beaux dessins de ce petit paradis), il raconte la suite des aventures des Lulus dans un camp d’internement, tout en naviguant sur les canaux. Le sentiment de liberté que donne la barque glissant sur l'eau contraste à merveille avec la vie des prisonniers civils servant d’otages et de monnaie d’échange.

     

    Nous retrouvons aussi l’esprit aventurier des gamins prêts à tout pour retrouver la liberté. L’intrigue est bien menée, haletante et la lecture est un plaisir. Elle alterne émotion, informations historiques et humour comme chaque fois.

    Ce tome termine joliment l’épisode Luigi. Les auteurs ont réussi à garder intact l’attrait pour l’histoire de ces gamins tout en se renouvelant, malgré les 6 tomes de la saga originale et cet épisode parallèle.

     

    Mention particulière pour la mise en couleur de David François et les palettes de tons qui différencient les moments de souvenir et l’interview de Luigi en 1937.

    Si, par hasard, vous ne connaissez pas cette BD, foncez, vous ne le regretterez pas.

     

     

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