• La petite fille qui aimait trop les allumettes, Gaétan SOUCYDeux enfants se retrouvent livrés à eux-mêmes après le suicide de leur père. La Loi paternelle disparue, les jumeaux se lancent à la découverte du monde. Mais cette liberté nouvelle est aussi une épreuve, pas toujours facile à négocier.

     

    Mon avis

     

    Etrange histoire que celle-ci. Est-ce un conte ? Une fable ? Un roman ? Deux enfants (des jumeaux) ayant grandi loin de la civilisation, élevés par un père pasteur stricte et austère, le découvrent pendu un beau matin. Leur monde s’écroule, leurs repères n’existent plus. Ils doivent prendre des décisions alors qu’ils n’ont jamais été amenés à le faire. La moindre chose devient une montagne à surmonter.

    Un des enfants (une fille d’après le titre mais rien ne l’affirme) semble plus débrouillard. Il sait lire, écrire et prend les choses en main peu à peu. Mais comment gérer la liberté quand on ne sait pas ce que c’est ? Comment vivre sans une autorité paternelle qui régentait tout dans les moindres détails ?

    Unis dans l’adversité mais différents dans les réactions, les jumeaux vont devoir faire face avec ce qu’ils sont (un actif, fonceur, désorganisé ; l’autre rêveur, à l’imagination fertile mais réfléchi) et ce qu’ils ont, c’est-à-dire peu de choses puisqu’ils ignorent même jusqu’à la valeur de l’argent.

     

    Roman troublant, poétique et rude. On passe de l’émotion à la noirceur, de l’émerveillement à la douleur. C’est angoissant et inventif. Tout comme la langue de l’auteur d’ailleurs. Le narrateur a appris à lire dans les livres austères de la bibliothèque paternelle comme Saint Simon ou les récits chevaleresques et sa syntaxe est approximative tout comme son vocabulaire. (Le « secrétarien », « la dernière fois remonte à lurette » …) Il faut une fameuse maîtrise de la langue pour écrire de cette façon et Gaétan Soucy la possède. 

    Un roman déroutant et séduisant à la fois.

    Merci Billy pour ce conseil lecture. Il m’avait échappé à sa sortie en 1998.

     

    La petite fille qui aimait trop les allumettes, Gaétan SOUCY

     


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  • Le prince tigre, Chen JIANG HONGDans la forêt, la tigresse pleure la mort de ses petits tués par des chasseurs. Un soir, elle attaque le village, dévore les hommes et les bêtes mais cela n'apaise en rien sa colère. Le pays est plongé dans la terreur. Le roi consulte la vieille Lao Lao qui lui explique que le seul moyen de la calmer est de lui donner son fils unique, Wen.

     

    Mon avis :

     

    Sur les conseils de ma libraire, je me suis offert ce bel album que j’espère aborder avec mes 2e l’an prochain. Très différent des précédents, il propose des dessins réalisés à l’encre et à l’aquarelle. Les illustrations assez sombres présentent de superbe façon la dense forêt chinoise, le corps puissant du félin ou les tissus luxuriants des tenues royales. Les visages sont aussi d’une grande expressivité même si le trait est parfois, à mon goût, légèrement exagéré. Conçues comme une succession de tableaux narratifs, les illustrations permettent, à elles seules, de comprendre l’histoire. C’est pour cette raison que l’album est conseillé dès 6 ans.

     

    Inspiré d’un vase en bronze du 11e siècle avant JC, ce récit raconte la relation entre un jeune enfant et une tigresse. La légende raconte que la tigresse du vase aurait recueilli et protégé le jeune Ziwen du royaume de Chu. Dans la mythologie chinoise, le tigre est un animal chanceux, protecteur des démons, catastrophes et maladies. Avec le dragon, il est l’esprit le plus puissant de l’astrologie chinoise.

    L’histoire met en avant les épreuves que les enfants surmontent pour grandir. Ce thème est cher à l’auteur.

     

    Pour les lecteurs, le texte intégré habilement aux tableaux apporte une réflexion intéressante sur les relations entre humains et animaux, sur les traditions, les mythes et légendes ainsi que sur les rites de passages.

    Je conseillerai aux enseignants de travailler aussi la mise en page et l’expression des émotions qui sont vraiment très bien rendues.

     

    Un magnifique album paru en 2005 et qui ne se démode pas.

     


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  • Un homme averti ne vaut rien, Romain SARDOUIls ne se connaissent pas. Michael Monroe a grandi à Londres, orphelin et pauvre. Mathilde Bateman est issue d’une famille richissime de New York. L’un n’a rien, l’autre a tout. L’un veut changer de vie, l’autre veut changer le monde. Ils n’auraient jamais dû se croiser. Mais autour d’eux, assassinats et disparitions se multiplient. Au nom de quelle malédiction ?

    Des bords de la Tamise aux ports du Savannah, de Londres à Boston, Michael et Mathilde traquent la vérité sans idée de ce qu’ils vont découvrir. Sur leurs familles, sur leur passé, et donc sur eux-mêmes. Il est des crimes dont on hérite… 

     

    Mon avis :

     

    Romain Sardou aime les grandes fresques historiques et familiales. On retrouve ici les descendants d’Harry et Lilly Bateman, couple irlandais immigrés et ceux d’Auguste Muir, Allemand naturalisé Anglais par son mariage, homme retors qui leur mettra des bâtons dans les roues dans « La Première colonie » de la Saga « America ».

    Ici, il nous relate l’histoire croisée de ces deux familles ennemies qui vont semer les morts sur leur passage durant plus de quatre-cents ans. Comme le dit l’exergue, « Derrière toutes les grandes richesses se cache un grand crime. »

     

    Sous la plume alerte et vive de Romain Sardou, des personnages forts, au caractère déterminé prennent vie sous nos yeux. Il est bien difficile de savoir d’emblée qui est le bon, qui est le mauvais car l’auteur s’amuse à nous décrire des personnages qui nagent en eaux troubles, capables du meilleur comme du pire. Rivalité, vengeance, pouvoir, secrets de famille, amour et amitié sont les ingrédients principaux de ce récit mouvementé qui ne souffre d’aucun temps mort. Malgré le « déjà vu » de ces composantes, le roman est agréable à lire, surprenant et rythmé.

     

    L’histoire se lit d’une traite tant on a envie de savoir ce que chacun va devenir. On retrouve aussi des éléments historiques l’arrivée des pionniers européens, le peuplement de la Géorgie grâce aux migrants embarqués sur le Ann, ou la spoliation des terres aux Indiens. Bien qu’il soit présenté comme indépendant, il semble être la fin de la saga « America ». Dix ans après le premier tome, c’était long. Les éditions XO ne le présente pas comme tel cependant.

     

    Intrigue haletante, mystère, aventures, un roman idéal pour l’été.

     

     


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  • La toute première fois, Cameron LUNDKeely vient d’avoir 18 ans et elle est la seule de ses amies à ne jamais “l’avoir fait”. Quand elle rencontre Dean, elle en a envie mais a terriblement peur de paraître inexpérimentée. Un plan presque parfait prend alors forme dans sa tête : demander à son meilleur ami, Andrew, d’être sa toute première fois et de lui apprendre les règles du jeu. Mais c’est bien connu : en amour, il n’y a pas de règles qui tiennent… 

     

    Mon avis :

     

    Bien installée à l’ombre du noyer, j’ai dévoré ce roman en une journée.

    Quand les éditions Michel Lafon ont proposé ce partenariat, je me suis dit que cela pourrait plaire à mes élèves. Ce n’est pas un roman que j’étudierais en classe mais le citer et en parler oui, certainement.

     

    Sur un ton qui sonne juste du début à la fin, l’auteure nous raconte la vie et les pensées d’une bande d’étudiants de terminale. C’est leur dernière année de lycée, ils ont des rêves plein la tête, des espoirs et des préoccupations semblables à celles de tous les lycéens du monde : l’amitié, l’amour, la jalousie, le job d’été, le (ou la) cavalier pour le bal de promo et la tenue idéale... Dit comme ça, cela peut paraître superficiel mais derrière cette légèreté, il y a des réflexions intéressantes sur ces thèmes et sur… le sexe. Car c’est bien de cela qu’il s’agit ici. Le titre est très explicite. Quand, comment, avec qui… ? Toutes ces inquiétudes que chacun a connues une fois dans sa vie au moins.

     

    Keely et Andrew sont très liés depuis la maternelle, comme deux frères et sœurs. Et cela permet à l’auteure d’aborder les avis des deux sexes car ils en parlent librement, Keely étant en plus acceptée dans la bande des garçons par son statut de « presque jumelle » d’Andrew.

    Sans forcer le trait, sans juger, elle présente les avis des uns et des autres sur l’autre sexe, sur les « convenances » sur ce qu’on doit faire et ne pas faire, sur la pression sociale qui diffère suivant le groupe auquel on appartient… Et c’est très intéressant. Intéressant car cela permet de se rendre compte qu’en fait, rien ne repose sur des faits mais plutôt sur des impressions, le diktat des apparences et surtout sur l’incompréhension qui existe bel et bien entre filles et garçons justement en raison de ces « normes » qui ne forment qu’un carcan dont il est bien difficile de s’affranchir.

     

    Construit comme un scénario qui enchaînerait des scènes courtes, le roman a un rythme soutenu et dynamique qui permet de tourner les pages sans s’en rendre compte. J’ai avalé ces 400 pages en quelques heures et y ai pris du plaisir même s’il y a bien longtemps que mes dix-huit ans sont révolus. Je me permets de citer la traductrice Anne Souillac qui est aussi pour beaucoup dans le plaisir de lecture.

    Un roman qui rassurera certains jeunes lecteurs, fera sourire d’autres et permettra à tous de passer un moment agréable cet été.

    Merci aux éditions Michel Lafon pour cet envoi.

     

     


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  • Miss Charity, Loïc CLEMENT & Anne MONTELCharity est une petite fille de la bonne société anglaise des années 1880.

    Elle est comme tous les enfants : débordante de curiosité, assoiffée de contacts humains, de paroles et d’échanges, impatiente de créer et de participer à la vie du monde.
    Mais voilà, une petite fille ça doit se taire et ne pas trop se montrer, sauf à l’église, à la rigueur. Les adultes qui l’entourent ne font pas attention à elle, ses petites sœurs sont mortes. Alors Charity se réfugie au troisième étage de sa maison en compagnie de Tabitha, sa bonne. Pour ne pas devenir folle d’ennui, ou folle tout court, elle élève des souris dans la nursery, dresse un lapin, étudie des champignons au microscope, apprend Shakespeare par cœur et dessine inlassablement des corbeaux par temps de neige. Sa rencontre avec ses cousins et leur séduisant ami Kenneth Ashley va lui faire réaliser qu’à l’extérieur existe un vaste monde qui ne demande qu’à être exploré…

     

    Mon avis :

     

    Il y a très longtemps que j’ai découvert le roman de Marie-Aude Murail, ce gros pavé de plus de 500 pages. Cette histoire au cœur de l’Angleterre avait des allures de « Orgueil et Préjugés », du « Petit lord Fauntleroy », du « Jardin secret » et autres histoires pour enfants de la littérature anglaise. Cela avait été un coup de cœur.

    J’avais été touchée par cette petite fille en mal d’affection et de tendresse, priée d’être impeccable et discrète en toutes circonstances alors qu’elle rêve de courir les champs et les bois à la découverte du monde animal et végétal, bien plus passionnant que celui des hommes. Et puis de l’adolescente qu’elle deviendra, toujours plus attirée par les sciences que par la chasse au prétendant idéal.

     

    J’ai craqué pour l’album de bande dessinée rien qu’à sa couverture. Il y a un petit côté Beatrix Potter dans ces dessins d’une grande fraîcheur, le côté naïf des animaux en moins.

    Découpé en trois volumes de BD, la première partie du roman porte sur l’enfance de Charity. L’ennui lui fait transformer sa chambre en véritable cabinet de curiosités où elle recueille un tas de bestioles. Enthousiaste mais maladroite, elle assiste bien souvent à la mort de ses petits protégés. Mais les années passant et grâce à ses minutieuses observations, elle deviendra plus habile et experte. Dans ce monde d’adultes où elle n’a pas de place, elle préférera la compagnie des animaux et de la science. Peu douée pour les arts qu’une gouvernante française tentera de lui inculquer, elle se découvrira un don pour le dessin et l’aquarelle que ses qualités d’observatrice rendront exceptionnels pour son jeune âge.

     

    J’ai beaucoup aimé le découpage du roman, sa fraîcheur et l’humour de Marie-Aude Murail que l’on retrouve ici. C’est une excellente adaptation de Loïc Clément (scénariste) et les aquarelles délicates débordant de vivacité aux couleurs judicieusement choisies d’Anne Montel participent immanquablement au charme de la lecture.

    Un réel plaisir de lecture et de découverte d'un bout à l'autre des 118 pages de cet album. Vivement la suite.


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  • Brindille, Rémi COURGEONPavlina était son prénom, mais tout le monde l'appelait Brindille. Il faut dire qu'à la maison il n'y avait que des hommes. Des carrés. Des costauds. Alors, forcément, Brindille contrastait. 

     

    Mon avis :

     

    Toujours en recherche d’albums à travailler avec mes 2e l’an prochain, ma libraire m’a conseillé « Brindille ». Brindille, c’est le surnom de Pavlina seule fille à la maison depuis que sa maman est morte. Elle vit avec son père, taximan et ses trois grands frères et le moins que l’on puisse dire c’est qu’ils sont un brin macho. Toutes les tâches ménagères se négocient durement et vu son surnom, vous devinez bien qui a le dessous la plupart du temps. Mais Pavlina va se rebeller et s’inscrire à la boxe !

    Une réelle détermination habite cette fillette bien décidée à ne pas se laisser faire. Elle hésite pourtant, doute d’elle mais ne veut pas subir les événements ; elle va les affronter. Et cela sera salutaire pour tous.

     

    Une belle histoire d’apprentissage dans cet album long et fin comme son héroïne et décorés de dessins géométriques ; des illustrations vintages qui m’ont plu. Cela change un peu. Et beaucoup d’inventivité dans cet album comme les textes qui s’inscrivent sur des support différent, avec, dans chaque image, un rappel de l’initiale de la personne dont on parle ou du premier mot du texte. Une enluminure moderne joliment réalisée. Rien n’est laissé au hasard que ce soit dans les textes ou les illustrations.

    J’ai adoré cet album qui aborde plusieurs thèmes délicats comme le fait de grandir sans maman, de trouver sa place en tant que fille, d’accepter et comprendre les changements physiques de l’adolescence…

    Un album qui séduira petits et grands par son humour et sa leçon de vie.

     

     

     

     

     


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  • Trois jours, Petros MARKARISGagné en mars via Masse critique, j’ai reçu le recueil de Petros Markaris la semaine dernière et l’ai dévoré. Il faut dire que ces huit nouvelles sont courtes. J’ai d’ailleurs beaucoup d’admiration pour les auteurs qui arrivent à ficeler aussi bien des histoires en si peu de pages.

     

    Dans deux nouvelles, on retrouve le commissaire Charitos, personnage récurrent des romans de l’auteur. Les six autres présentent d’autres enquêteurs en charge d’élucider des meurtres ou morts suspectes. Certaines se déroulent en Grèce, d’autres en Allemagne ou en Turquie et dans divers milieux socio-économiques ou culturels. La première relate la mort d’un écrivain et donne l’occasion à l’auteur d’asséner quelques vérités sur le monde littéraire. C’est assez jubilatoire. Le cadre temporel varie également du présent jusqu’à la Seconde Guerre mondiale et l’on ne sait donc ni où ni à quelle époque la nouvelle suivante nous entraînera.

     

    Le recueil doit son titre à la nouvelle éponyme, la plus longue, qui se déroule sur fond de pogrom antichrétien grec en 1955 à Istanbul. On sent une touche autobiographique plus marquée dans celle-ci.

    Chaque texte permet à l’auteur d’enfourcher un cheval de bataille : la xénophobie, l’immigration, le milieu littéraire grec, la radicalisation…

    Enfin, on retrouve la touche d’humour et le style soigné et mordant de l’auteur. Sa lucidité, ses connaissances pointues sur son pays, sur l’Histoire, sur les relations entre la Grèce, la Turquie et l’Allemagne rendent la lecture intéressante et vivante tout en gardant une intrigue policière soignée.

    Si vous ne connaissez pas cet auteur, c’est l’ouvrage idéal pour le découvrir.

     

     

     


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