• Ellis Island, Bienvenue en Amérique, Ph. CHARLOT & MIRASEllis Island est la porte d’entrée pour le rêve américain. Tonio y débarque en 1907, plein d’illusions. C’est en portant assistance à Giuseppe, un compagnon de voyage qu’il est refoulé à cause de son handicap. Tonio se retrouve à la merci de Vitto, un avocat mafieux lui faisant miroiter un dossier d’appel qui pourrait autoriser son entrée sur le continent.

     

    Mon avis :

     

    Pour les Européens émigrés aux Etats-Unis, le nouveau monde est l’Eldorado. Ils s’attendent à découvrir des rues pavées d’or et une nouvelle vie pleine d’espoir. Mais quand on ne voyage pas en 1re ou 2e classe, le passage par Ellis Island est une étape obligée. Cette île où transitent les migrants est, pour certains, la fin du rêve. Malades, handicapés, trop vieux… et vous êtes renvoyés d’où vous vous venez. D’autres sont en attente dans cette prison que ne dit pas son nom, stationnés comme du bétail pour une période indéterminée, dans l’espoir d’être enfin accepté comme futurs américains.

     

    Dans ce premier de deux tomes, nous suivons deux Siciliens arrivés en 1907 et en attente sur l’ile. Giuseppe est plutôt débrouillard et vif, Tonio naïf. Ce dernier se voit rapidement contacté par un Sicilien qui semble avoir pignon sur rue et se dit avocat. Il lui propose de l’aider à faire avancer son dossier. En échange, il jouera les rabatteurs auprès des arrivants, proies faciles. Tout le village de Tonio compte sur lui pour améliorer l’ordinaire grâce à l’argent qu’il enverra au pays. Il se sent coincé. Doit-on vraiment en passer par là pour devenir Américain ?

     

    Ce premier tome n’est pas sans rappeler la situation actuelle des migrants, leur conditions d’accueil et les camps dans lesquels ils sont parfois parqués. Le titre « Bienvenue en Amérique » n’en est que plus cynique.

    Miras dessine des cases denses, grouillantes de vie et de personnages typés, très expressifs. Les traits sont un peu forcés, notamment pour la populace, mais les scènes de foule sont très réalistes et les couleurs franches mettent en évidence la distorsion entre les diverses catégories sociales. Très documentée, cette reconstitution de l’ile et des conditions de vie est d’une grande fidélité. Le dossier de quelques pages qui clôt l’album permet aux lecteurs de visualiser l’endroit tel qu’il était au début du siècle et de comprendre ce qu’était Ellis Island grâce à des documents photographiques et des archives.

    Merci aux éditions Grand Angle et à Masse critique pour cet envoi. J'ai hâte de lire la suite.

     

     


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  • Modifié, Sébastien L. CHAUZUUne province du Canada où la neige tombe jour et nuit.

    Une détective au caractère bien trempé et à la carrière peu glorieuse.

    Un mari conciliant, ses deux chiens et sa fille insupportable.

    Un ado différent qui surgit de nulle part, aime déblayer les allées, rêve de conduire un chasse-neige et qui répond au nom de Modifié.

    Un meurtre ; une enquête dans un lycée et un riche héritier à sauver.

    Bienvenue dans le roman le plus tendre et le plus loufoque de l’histoire du New Brunswick.

     

    Mon avis :

     

    Martha Erwin est membre d’une riche famille d’industriels mais n’en a jamais tiré gloire et honneur. Indépendante avant tout, elle vivait sereine loin du monde, aimant le whisky et le silence. Elle est devenue détective. Et même si la société Erwin emploie ses services en secret, elle n’a pas renoué avec la famille pour autant. D’ailleurs, la famille, ce n’est pas son truc. Et l’encombrante fille de son mari ne lui donne aucune envie d’en fonder une.

    Un jour cependant, Modifié va arriver dans sa vie sans crier gare et s’y imposer peu à peu. Ennuyée, encombrée, rarement aimable avec lui, Martha ne peut malgré tout se résoudre à s’en débarrasser. Modifié l’apaiserait-il ?

     

    J’ai beaucoup aimé cette histoire. Intriguée par les présentations de ce roman sur Instagram, je me suis lancée à mon tour et je ne le regrette pas. C’est une histoire touchante que propose ce premier roman. Drôle, tendre, empathique, elle touche au cœur et change le regard qu’on peut porter sur les autres. Revenue de tout, cynique, Martha est une anti-héroïne ; tout comme Modifié. Ils ne mâchent pas leurs mots, ne témoignent pas de leurs sentiments, sont indépendants... La première est incapable d’être heureuse et positive, le second prend la vie comme elle vient et ne se plaint jamais des misères qu’elle lui fait. Il accepte même son sobriquet qui lui vient du programme « modifié » qu’il suit à l’école. Il va être un détonateur dans le quotidien désabusé et la routine de Martha.

     

    Pour un premier roman, je l’ai trouvé vraiment abouti et subtil. J’ai aimé l’écriture, l’emploi du passé, tellement plus agréable selon moi. J’ai adoré le côté cynique de Martha et l’humour décalé de l’auteur. J’ai apprécié aussi que les personnages secondaires aient de l’épaisseur et ne soient pas seulement des faire-valoir. Et puis, j’ai adoré que cela se passe au Canada, vous vous en doutez.

    Bouleversant et drolatique, tendre et mordant à la fois, « Modifié » fait partie des histoires qu’on n’oublie pas. D'ailleurs, Modifié me manque déjà.





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  • La musique des âmes, Sylvie ALLOUCHEAvant, le père de Simon était un luthier renommé, son atelier ne désemplissait pas. Puis il y a eu la guerre, l’occupation et le mot juif placardé en travers de sa vitrine. Alors Simon s’est fait la promesse : il composera une œuvre avec le violon que son père lui fabrique, pour lui dire tout son amour et son admiration. Un après-midi, Matthias, son meilleur ami, trouve l’atelier vide : la famille de Simon a disparu.

     

    Mon avis :

     

    Avec beaucoup de délicatesse, Sylvie Allouche raconte une des périodes les plus sombres de l’Histoire : les discriminations imposées aux juifs, les humiliations, les rafles.

    Avec des mots sensibles et simples, elle raconte aux enfants de 2021, comment vivaient les enfants de leur âge en 1942. Entre privations, restrictions, peur, débrouille, menaces… ils tentent de vivre comme des enfants mais sont déjà emplis de questions et de préoccupations d’adultes. Malgré tout, Simon et Matthias vont rester amis, s’épauler, partager les bons et les moins bons moments, se donnant la force de résister à tout ce qui les entoure. Mais les hommes sont décidément violents et lâches envers leurs prochains.

     

    Sylvie Allouche établit un parallèle entre les âmes humaines, le souffle, l’essence invisible de chaque être, et l’âme d’un violon, cette fine baguette coincée entre la table d’harmonie et le fond, sans laquelle le son ne sortirait pas pur et clair et rendrait l’instrument fragile. Comment ne pas penser à toutes ces âmes mortes en 40-45 ? Simon devient l’instrument qui, avec son violon, fera s’élever la musique vers ces âmes pour leur permettre de n’être pas oubliées et de reposer en paix.

    Un beau moment d’émotion, même pour nous les grands.

     

    A la fin du roman, l’auteure retrace les grandes lignes de l’Occupation à Paris. Comme elle le dit dans l’exergue, même si les personnages sont fictifs, les événement sont malheureusement vrais.

    Paru en 2006, ce court roman jeunesse vient d’être republié chez Syros dans la collection Tempo. Il s’adresse aux enfants dès 9-10 ans. Dans un an, on célèbrera le 80e anniversaire de la rafle du Vel d’Hiv et ce récit est parfaitement adapté pour l’expliquer aux enfants.

     

    Merci aux éditions Syros pour cet envoi, ce roman d’une auteur que j’affectionne particulièrement.

     

     

     


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  • Chère Madame ma grand-mère, Elisabeth BRAMI« Vous ne me connaissez pas mais j’ai décidé de vous écrire quand même. »

    Je m’appelle Olivia et j’ai douze ans et demi. J’ai trouvé votre nom en fouillant dans les papiers de ma mère. Je sais, ce n’est pas bien, mais est-ce que c’est bien de cacher la vérité aux enfants, de garder des secrets ?

     

    Mon avis :

     

    Publié en 2008, ce roman a été republié en 2020 par les éditions Nathan, dans la collection Dyscool. Cette version adaptée du best seller d’Elisabeth Brami est conçue par une équipe d’orthophonistes pour permettre aux élèves en difficulté de jouir de la lecture comme les autres.

    Olivia, 12 ans, habite seule avec sa mère. Elle ne sait pas grand-chose de sa naissance et de son père et ce secret de famille lui pèse. Elle décide d’entamer une correspondance avec Madame barrois, dont elle a trouvé le nom en fouillant dans les affaires de sa mère. Peut-être en sait-elle plus sur son père ?

     

    Ce récit de 90 pages, écrit en grands caractères et avec un interligne double, permet vraiment de déchiffrer facilement les phrases et de comprendre leur sens. Des sons complexes ou pouvant être confondus sont écrits en bleu et non en noir et le vocabulaire moins courant est expliqué en bas de page. Tout concoure à faciliter la lecture et la compréhension.

     

    J’ai bien aimé cette histoire sensible et touchante. Elisabeth Brami a trouvé les mots justes pour transmettre les émotions qui naissent de cet échange épistolaire. On perçoit la souffrance d’Olivia à la suite des zones d’ombre de son histoire personnelle et l’agacement de l’adulte qui lui répond de mauvaise grâce.

    En peu de pages, ce roman épistolaire aborde les secrets de famille, la recherche de ses origines et les relations intergénérationnelles. Agrémenté d’illustrations noir et blanc de Carole Gourrat, le texte est mis en valeur par ces dessins qui complètent parfaitement les émotions ressenties par les deux protagonistes

    Ce court récit permet donc des exploitations diverses en classe : thèmes, genre, analyse du rapport texte-dessins, évolution de l’attitude des personnages… et même d’imaginer d’autres lettres, une suite ou une fin à ce récit.

     

    Un sympathique récit à lire dès 10 ans.

     

     


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  • On ne touche pas, Ketty ROUFJoséphine est prof de philo dans un lycée de Drancy. Elle mène sa vie entre Xanax, Tupperware et injonctions de l’Education nationale qui lui ôtent le sentiment d’exister.

    Sauf que.

    Chaque nuit, Joséphine devient Rose Lee. Elle s’effeuille dans un club de striptease, se réapproprie sa vie, se réconcilie avec son propre corps et met à adorer le désir des hommes et le pouvoir qu’elle en retire, conciliant ainsi glamour et grisaille.

    Mais de jouer avec le feu, Rose Lee pourrait bien finir par se brûler les ailes.

     

    Mon avis :

     

    Philosophe, Ketty Rouf a bifurqué vers la danse pour être aujourd’hui professeur d’italien. Elle nous narre dans « On ne touche pas » une histoire tellement vraisemblable, tellement vivante, qu’elle est vraisemblablement la sienne.

     

    Loin des conventions, des bienpensants et de la rigueur attendue d’un prof de philo, Joséphine qui suit des cours d’effeuillage chaque vendredi décide un jour de sauter le pas et de se lancer dans une boite de striptease. L’enseignement la déçoit, le manque d’intérêt et de curiosité des élèves l’éteignent et elle traine les pieds à chaque rentrée minée par une dépression qu’elle ne veut pas nommer. Elle fuit donc ces conditions de vie et de travail en réalisant un fantasme, dans une boite branchée des Champs-Elysées où elle devient Rose Lee. Cette double vie l’épanouit rapidement. Elle se découvre séduisante, sûre d’elle et semble enfin avoir le contrôle sur sa vie. Pour la première fois, elle jette sur elle-même un regard bienveillant et positif et commence même à s’aimer.

    On comprend entre les lignes que Joséphine a une revanche à prendre sur la vie, sur son éducation, ses blessures. Le monde de la nuit que d’aucun méprise lui fait découvrir une vraie solidarité féminine, une famille ainsi que les faiblesses et les failles des hommes. Sans jamais juger ces derniers, elle écoute, rassure, donne, vend du rêve et s’épanouit psychologiquement en même temps qu’elle s’éreinte physiquement dans cette double vie.

     

    « On ne touche pas » est un livre généreux et touchant que je ne m’attendais pas à aimer autant. Le début est un peu lent et Joséphine n’est guère avenante, trainant sa misère dès le saut du lit. Son regard sur l’école me paraissait aussi d’une extrême caricature. Mais au fil des pages, le ton change, les clichés se gomment un peu et le portrait déprimant du milieu éducatif prend les allures d’un plaidoyer pour un vrai changement dans l’Education Nationale. Et on ne peut que lui donner raison dans les critiques qu’elle formule sur le système, son extrême bureaucratisation, les programmes incohérents et vidés de leur substance qui poussent au désenchantement de profs désormais désabusés. Sans parler des efforts importants qu’il faut déployer pour continuer à éveiller les jeunes, les pousser à réfléchir, à apprendre pour eux-mêmes et allumer dans leurs yeux l’étincelle d’un avenir positif.

     

    Entre légèreté et profondeur, dans une langue impeccable et cyniquement drôle, ce roman nous incite à l’introspection pour répondre à la question existentielle du sens de la vie. Et comme Marc Aurèle réfléchir à cette sentence pour ne pas avoir de regret : « Ce qui dépend de toi, c’est d’accepter ou non ce qui ne dépend pas de toi. ».

     

     

     

     


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  • Le royaume de Minuit, Max DUCOSAchille est élèves à l’école des Bois profonds. Une école extraordinaire à plus d’un titre : elle a été conçue par le grand architecte Jean Prouvé et accueille des enfants pas comme les autres… Achille, lui, se distingue par son goût prononcé pour les bêtises. Et ce soir-là, après une énième punition, il décide de se laisser enfermer pour la nuit… Cette fois, enfin, l’école est à lui !

     

    Mon avis :

     

    J’ai découvert Max Ducos avec « Jeu de piste à Volubilis » et c’est avec plaisir que je viens de lire « Le royaume de minuit ».

    Achille a une imagination débridée quand il s’agit de faire des bêtises. Toujours prêt à réaliser un coup pendable, ce trublion joue avec les limites de l’autorité et se retrouve souvent puni, à l’écart, dans une autre pièce. Ce jour-là, on l’oublie et le soir est tombé quand il en sort. L’école est vide et toute à lui. Quelle est la première pièce que vous visiteriez à sa place ? Le bureau du directeur pardi ! Mais là, se trouve déjà Massimo, le fils de ce dernier qu’il a tendance à moquer. Celui-ci timide et replet est tout son opposé. Mais une balade nocturne va les rapprocher.

    Ce récit est un trésor d’imagination ! Amusante, originale et riche en trouvailles, c’est une actualisation des aventures de Don Quichotte. L’école, imposant bâtiment niché au fond des bois, se métamorphose en royaume de toutes les fantaisies. Chaque salle de classe devient le décor d’une aventure nouvelle et même la forêt qui cache un monstre terrifiant appelle ces téméraires chevaliers. Cette nuit pleine d’audace changera pour toujours ces deux garçons.

    Max Ducos, ce diplômé des Arts déco a, une fois de plus, soigné les dessins et y a glissé des références picturales et culturelles comme à son habitude : Achille prenant une pose impériale tel Napoléon ou défilant couronné comme Max des Maximontres, Achille se battant avec un squelette comme Peter Pan… L’auteur rend également un bel hommage à Jean Prouvé en s’inspirant de son design pour le mobilier de l’école et l’architecture du bâtiment.

    Vraiment, si vous ne connaissez pas Max Ducos, il vous faut le découvrir au plus vite. Ses récits sur l’enfance sont poétiques, tendres et tellement authentiques. Tous les jeux qu’inventent les deux héros sont criants de vérité. Chaque objet du quotidien devient, grâce à leur imagination, une épée, un bijou, un trésor… On s’y croirait.

    Petits et grands trouveront beaucoup de plaisir à découvrir cette histoire puis à y revenir pour mieux observer les planches et les détails qu’elles renferment. Ne passez pas à côté.

     


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    Pour tenter de libérer l'imagination de mes 2S, j'ai imaginé ce parcours à partir de récits mythologiques et de "Vie et habitat des animaux fantastiques" de Norbert Dragonneau. Le but était de dégager les caractéristiques d’un bestiaire imaginaire pour créer ensuite celui de la classe.

    Ma collègue d'art plastique s'est chargée de la partie artistique visant à imaginer l’aspect visuel de l’animal.

    En français, chacun a décrit les capacités fantastiques de l’animal, son milieu de vie…

    Le début fut laborieux. Quelques phrases simples, toujours la même structure, un vocabulaire minimal (petit, grand, fort…) qu’il a fallu améliorer, mais au final, les travaux sont plutôt très bons, notamment l'écrit.

    Nous avons réalisé ensuite une exposition à la fenêtre de la classe et les réactions des élèves et professeurs furent positives. C’était réjouissant et gratifiant pour eux.

     

     

    Les animaux fantastiques : lire et écrire

     


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