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Par argali dans Romans policiers le 15 Mai 2012 à 10:00
Jackie Cogan, homme de main de la Mafia, est chargé d’enquêter sur un vol qui s’est déroulé lors d’un tournoi de poker clandestin. Dans un monde sans foi ni loi régi par les gangsters, il ne reculera devant rien et n’épargnera personne pour débusquer le coupable.Avec un franc-parler sans égal, l’efficacité d’un homme d’affaires peu scrupuleux, un sens aigu des faiblesses humaines et un style aussi glacial que son regard, Cogan se lance à corps perdu dans sa quête. Dans le grand bazar des bas-fonds de Boston où prospèrent petites escroqueries en tout genre et violence animale, Cogan fait le ménage pour restaurer l’honneur de ses commanditaires.
Mon avis :
Je n’aime pas être déçue par un livre. Encore moins quand je l’attendais impatiemment. D’autant plus quand il est écrit par un maître du genre que je ne connaissais pas encore et que je tenais à découvrir. Et pourtant…
Déformation professionnelle sans doute, quand je lis un roman, j’aime que la langue soit agréable, la grammaire correcte. Même si c’est un polar.
Ici, nous sommes plongés dans la pègre de Boston et tous les protagonistes semblent avoir arrêté l’école à 8 ans, tant le niveau de langage est faible. Tous parlent mal, utilisent l’argot à tour de bras, font des fautes de grammaire (« à cause que », mauvais emploi du subjonctif et des pronoms relatifs, contractions fréquentes…), n’utilisent jamais la négation… et c’est valable pour le chef, ses gros bras ou les flics de service. Seul, le conducteur de la Toronado grise s’exprime correctement. (On comprend le fin mot à la fin). Quand l’histoire est bâtie sur 90% de dialogues, c’est très fatiguant à lire.
Ajoutez à cela que ces truands, minables et sans cervelle, respectent la sacro sainte loi du silence et donc ne révèlent que peu de choses oralement, parlant de manière évasive, sans citer de noms, évoquant des faits sensés être connus de tous et donc non expliqués, et vous aurez compris que cette lecture est d’une extrême difficulté. L’auteur n’explique rien, ne fait aucun commentaire. Il se place en permanence en spectateur, extérieur à l’intrigue, qui relaterait juste ce qu’il entend.
L’intrigue, qui ne repose quasiment que sur les dialogues, est aussi complexe. Il faut du temps, beaucoup de temps pour cerner les relations qui existent entre les personnages, comprendre ce qu’ils trafiquent, quelles occupations les font vivre…
L’histoire s’articule autour de Jackie Cogan, homme de main de la mafia, chargé d’enquêter sur un braquage qui a eu lieu lors d’un tournoi de poker clandestin. Héros désabusé et cinglant, il mènera son enquête sans état d’âme, au milieu des avocats véreux, des gros bras et des escrocs à la petite semaine, remplissant seulement la mission qu’on lui a assignée. Vision sans concession de l’Amérique, l’histoire nous conduit dans les bas fonds de Boston, au sein d’une pègre où certains piétinent les codes d’honneur.
Paru dans les années 70, ce roman vient d’être enfin traduit en français par Pierre Bondil, et paraît chez Michel Lafon au moment où l’adaptation cinématographique sort sur les écrans américains. « Killing them softly » avec Brad Pitt concourt au Festival de Cannes. Cela n’est sans doute pas dû au hasard.
Remis dans son contexte (les années 70) le roman est novateur. Un tel niveau de langue n’était sûrement pas chose courante à l’époque. Des personnages qui s’expriment comme ils parleraient dans la vraie vie, cela a dû être une petite révolution en soi. Aujourd’hui, cela l’est moins.
Bref, si l’intrigue est intéressante, la forme fut tellement une torture pour moi, que je ne l’ai pas vraiment goûtée. Sans doute faudrait-il une deuxième lecture pour la savourer vraiment, mais c’est au-dessus de mes forces pour l’instant.
Malgré tout, merci aux éditions Michel Lafon pour ce partenariat qui m'a fait découvrir cet auteur.
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Par argali dans Romans policiers le 6 Mai 2012 à 06:44
Début de l’été 1889. Victor Legris, libraire rue des Saints-Pères, se rend à l’Exposition Universelle où la Tour Eiffel, qui vient d’être achevée, tient la vedette. Au premier étage, il rencontre parmi la foule Kenji Mori (son associé) et son vieil ami Marius Bonnet qui vient de lancer son propre journal. « Le Passe-Partout ». Mais tout à coup, une femme s’écroule sous le coup d’une étrange pisûre. S’ensuit une série de morts inexpliquées qui marqueront les débuts de Victor Legris en tant qu’enquêteur.Mon avis :
Premier tome des aventures de Victor Legris, libraire. Par cette lecture, je découvre à la fois cet enquêteur au style particulier et l’auteur (je devrais dire les auteurs) que je ne connaissais pas.
Cette plongée dans le Paris du 19e siècle m’a beaucoup plu par son atmosphère festive. L’écriture est très visuelle et je me voyais déambuler à l’Exposition Universelle entre les badauds de l’époque, les fiacres, les élégantes Parisiennes… Le décor historique est bien documenté et c’est passionnant d’entendre parler de Van Gogh, aux premiers temps de l’impressionnisme, de Charles Garnier, de Gustave Eiffel et de tous ceux qui faisaient la une à l’époque.
On sent aussi que le colonialisme vit ses heures de gloire et que le regard des Français sur les colonies et les protectorats est très paternaliste. L’image donnée par le « village nègre » est assez éloquente. L’électricité s’invite à cette exposition et en devient la reine ; le chemin de fer Decauville enchante les Parisiens… Bref, nous sommes vraiment immergés dans l’Exposition Universelle, et c’est un des charmes de ce roman. Un autre est aussi les fréquentes références faites à des auteurs et des ouvrages disponibles dans la librairie. Les avis de Victor, Kenji et Joseph, le commis, sont souvent discordants mais apportent un éclairage intéressant sur les débuts d’auteurs qui deviendront ensuite de grands classiques.
Le mystère auquel Victor Legris est confronté est double, en fait. D’une part il essaie de dénouer le mystère de la mort de cinq personnes, apparemment sans lien les unes avec les autres si ce n’est celui d’avoir été mystérieusement piquée par une abeille avant leur mort. D’autre part, il est intrigué par l’attitude bizarre et inhabituelle de son père adoptif Kenji Mori. Serait-il lié de près ou de loin à tout ça ?
Le récit prend le temps de nous immerger dans l’ambiance de l’époque, de nous familiariser avec le Paris de 1889. L’intrigue n’est pas échevelée mais finement amenée et l’on se glisse dans l’enquête au rythme de Victor Legris, en prenant le temps de rêver et de flâner entre deux réflexions plus intenses. L’intrigue est linéaire et sans rebondissement. Les indices disséminés ça et là permettent de la goûter pleinement et si l’on comprend bien avant la fin de quoi il retourne, il faut cependant attendre le dénouement pour en comprendre le mobile.
On sent déjà que ce premier récit en appellera d’autres car beaucoup de questions restent sans réponse en ce qui concerne l’enfance de Victor et le passé de Kenji Mori. Sans doute découvre-t-on ces deux personnages au fil des aventures et je m’en réjouis.
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Par argali dans Romans policiers le 5 Mai 2012 à 07:09
Un an après l'affaire de la chambre jaune, Mathilde Stangerson, dont le père, le professeur Stangerson est décédé et s'apprête à épouser l'ancien assistant de celui-ci, Robert Darzac, se sent menacée et refait appel au journaliste Rouletabille car elle est persuadée que son mari, le gangster Bellmayer, alias Larsan est toujours en vie : elle vient de recevoir un flacon de parfum pour leur anniversaire de mariage...Mon avis :
Envie de relire une bande dessinée par ce temps maussade.
Paru en 1991, cet album de facture classique me fait penser à Tintin. Chaque dessin est minutieusement croqué, le moindre détail y trouve sa place. Les couleurs sont vives, basiques… mais le plaisir est bien au rendez-vous. Le dessin de Swysen, alors tout jeune, est d’une grande précision et le rendu de l’atmosphère du roman de Leroux est réussi. Je regrette cependant la petite taille des cases car les bulles, souvent nombreuses, nous cachent la moitié du dessin.
Surnommé Rouletabille car sa tête est ronde comme un boulet et son teint rouge comme une tomate, Joseph Joséphin travaille comme petit reporter au journal L'Époque.
Il aime exercer ses talents de détective amateur lors des reportages qui lui sont confiés. Appelé au secours par Mathilde Stangerson qui sent sa vie menacée, il sera au cœur même de l’affaire qu’il doit élucider.
Sous le chaud soleil du midi, les incidents se succèdent et un incroyable chassé croisé de destinées va se produire tandis que Rouletabille se débat avec ses souvenirs et les démons de son passé.
Le début est un peu compliqué, voire confus mais on se laisse entraîner par l’histoire avec l’envie de comprendre qui est qui et qui sait quoi. Autant le roman m’avait paru lent et peu vivant autant l’adaptation en bande dessinée m’a fait passer un bon moment.
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Par argali dans Romans policiers le 21 Avril 2012 à 06:20
Berlin, 1934 : Le monde est aveugle. Mais Bernie Gunther, lui, ne l’est pas. Après avoir quitté la police de plus en plus nazifiée, il est chargé de la sécurité des résidents du célèbre hôtel Adlon. Le dirigeant d’une entreprise de construction est retrouvé assassiné dans sa chambre. Quelque temps plus tard, on repêche le cadavre d’un jeune boxeur juif. Y aurait-il un lien entre ces deux meurtres ? Dans le même temps, Bernie fait la connaissance de deux résidents de l’hôtel : une talentueuse et ravissante journaliste qui milite pour que les États-Unis boycottent les Jeux olympiques de 1936 et un gangster américain proche de la mafia de Chicago, bien décidé à s’enrichir grâce aux J.O. Sur fond de montée de la discrimination à l’égard des juifs, Bernie découvre un réseau de sociétés écrans, destinées à détourner les sommes pharaoniques que les nazis sont prêts à dépenser pour exhiber le nouveau visage de l’Allemagne grâce à la construction du stade prévu pour accueillir les J.O. . La lumière sur cette affaire ne se fera que vingt ans plus tard, dans le Cuba prérévolutionnaire. Mon avis :
Ce sixième tome des aventures de Bernie, se scinde donc en deux parties distinctes.
La première se déroule à Berlin en 1934. Les lois de Nuremberg ne sont pas encore promulguées mais on sent déjà poindre ce qu’elles seront. Les Juifs se voient priver d’un certains nombres de droits dont celui, pour les sportifs, de participer aux futurs jeux olympiques. Une journaliste juive américaine va demander à Bernie, devenu agent de sécurité au prestigieux Hôtel Adlon, de l’aider à prouver ces interdits afin de faire boycotter ces JO par les Etats-Unis.
La seconde partie se passe à La Havane vingt ans plus tard. Castro est en prison après un coup d’état manqué et Batista dirige le pays aidé d’une armada d’espions en tout genre. Quant aux hôtels, casino, boîtes de nuit… ils sont aux mains d’une véritable mafia internationale.
Philip Kerr construit son récit sur la même structure que les précédents : une mort mystérieuse, qui s’inscrit dans un moment bien défini de l’Histoire, des descriptions minutieuses des lieux et des personnages qui interviennent et une analyse critique de la politique en place. Et la formule fait merveille une fois encore. On ne sait si on suit l’histoire pour dénouer l’intrigue, en apprendre davantage sur l’époque et le pays ou pour découvrir un nouvel épisode de la vie mouvementée de Bernhard Gunther.
Notre détective au CV tourmenté est amené une fois de plus à réaliser des compromis avec ses convictions personnelles afin de faire éclater la vérité et d’aider ses amis. Et même si le personnage nous est devenu très sympathique au fil du temps, il faut bien avouer qu’il cultive une certaine ambigüité qui nous fait parfois douter de son intrinsèque honnêteté. En cela le premier chapitre donne la pleine mesure de ce double jeu qui résume finalement toute sa vie.
Pour ceux qui ne connaîtraient par encore Bernhard Gunther, cette pensée lève un coin du voile ainsi qu’elle éclaire sa philosophie.
Je ne suis pas un nazi. Je suis un Allemand. Ce n’est pas la même chose. Un Allemand est un homme qui arrive à surmonter ses pires préjugés. Un nazi, quelqu’un qui les change en lois.
Malgré sa simplicité apparente, l’intrigue, si bien écrite, est d’une précision diabolique et nous entraine toujours plus loin dans le récit, sans nous laisser le temps de souffler. Philip Kerr est vraiment un fabuleux conteur dont l’écriture riche en métaphores est particulièrement agréable à lire.
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Par argali dans Romans policiers le 18 Avril 2012 à 07:00
Tommy et Tuppence Beresford, venus rendre visite dans sa maison de retraite à leur vieille tante Ada, y apprennent la récente et mystérieuse disparition d'une certaine Mrs Lancaster. Pourquoi a-t-elle brusquement quitté la maison de retraite ? Pourquoi cette vieille dame un peu perdue faisait-elle allusion à un enfant enterré dans une cheminée ? Tuppence, qui avait eu l'occasion d'échanger quelques paroles avec cette vieille dame visiblement prise d'une obsession morbide, se met en tête de la retrouver, craignant qu'il ait pu lui arriver malheur parce qu'elle était détentrice d'un lourd secret... Dans la chambre de Mrs Lanscaster, elle découvre un tableau représentant une maison. Profitant de l'absence de Tommy, elle se rend en train vers la maison.Mon avis :
Le titre pour le moins original est tiré d’une comptine de Macbeth.
Pas d’Hercule Poirot ou de Miss Marple ici mais un couple de retraités britanniques dont l’époux reste membre actif des services secrets de sa majesté.
Le ton est donné de suite avec l’ineffable et irascible tante Ada, traitant Tuppence de gourgandine ! Elle qui est déjà plusieurs fois grand-mère. C’est l’occasion pour celle-ci de déambuler dans la maison de retraite et de rencontrer Mrs Lancaster. Lorsque Mrs Lancaster disparaitra et que son mari la délaissera pour participer à une convention des services secrets, Tuppence passera son temps libre à comprendre quels liens unissaient cette dernière et la tante Ada et où elle a bien pu disparaitre.
Agatha Christie installe à petites touches une intrigue de plus en plus oppressante qui conduit bientôt vers l’horreur. Le tout avec la retenue et le flegme tout britannique qui la caractérise. Pas de meurtre sanglant ou de scène de crime abondamment décrite. Mais une histoire qui se construit peu à peu, de fausses pistes en découvertes croustillantes au fil des observations de Tuppence d’abord, de Tommy ensuite.
L’écriture d’Agatha Christie est truffée d’humour noir et d’observations cyniques ; les personnages sont excentriques à souhait et leur côté anglais particulièrement savoureux. Les « Partners in crime » dont la complicité est parfaitement décrite sont de dignes collègues de Miss Marple.
Billet sur le film ici

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