• Que sont les Premières Nations devenues ?

    Pour débuter le cycle des conférences de la FLB, j’ai assisté à une passionnante rencontre sur le thème des Premières Nations. Lapons, Innus, Cris... Ils étaient là depuis toujours. Quel sort leur a été réservé ?
    Etaient présents Olivier Truc pour son roman « Le détroit du loup », Natasha Kanapé Fontaine, poèté innue, auteur de « N’entre pas dans mon âme avec tes chaussures », Virginia Pésémapéo Bordeleau qui a écrit notamment « Le rouge et le blanc » et Emmanuelle Walter pour « Les sœurs volées ».

    Que sont les Premières Nations devenues ? 

    Le roman d’Olivier Truc nous raconte le combat des éleveurs de rennes samis de l’extrême nord de la Laponie, sur les bords de la mer de Barents qui luttent avec leurs moyens dérisoires contre les compagnies pétrolières norvégiennes et américaines. Ces dernières ont tout pouvoir sur cette terre constructible où paissent les rennes l’été et cherchent à les en déloger. Combat du pot de terre contre le pot de fer, des samis qui défendent la terre de leurs ancêtres et des valeurs écologiques contre des spéculateurs. 

    Ce thème est aussi d’actualité chez les Premières Nations car le gouvernement canadien sous la houlette de Stephen Harper tente de criminaliser les écologistes et ceux qui s’opposent à l’exploitation du pétrole en Alberta.

    N.K.F : la grande différence entre nous, les Innus, et la société occidentale est la vision d’avenir. Nous pensons nos actes et nos prises de décision jusqu’à la 7e génération qui nous suivra alors que les occidentaux vivent dans l’immédiateté. Nous pensons avenir de nos terres, de la planète, ils pensent production, rendement...

    E.W : Mon livre ne parle pas de l’écologie, mais vivant au Canada depuis 4 ans au sein de diverses réserves, je peux confirmer tout cela. Dans mon roman j’aborde la disparition des femmes autochtones. Depuis 1980, près de 1200 Amérindiennes canadiennes ont été assassinées ou ont disparu dans l’indifférence la plus totale. Proportionnellement, cela équivaut à 7000 Québécoises. Cette surmortalité est passée sous silence depuis des années. Elle commence seulement à s’exposer depuis la dernière affaire de meurtre à Rivière Rouge. Ce fait m’a profondément choquée car il ne cadre pas avec le côté égalitaire de la société canadienne. « Les sœurs volées » raconte l’histoire de deux adolescentes autochtones disparues depuis 2008.
    Ces meurtres portent directement atteinte à la population amérindienne car les femmes transmettent la vie, elles sont l’avenir. Mais elles sont aussi la mémoire de ces peuples. Elles sont conteuses, écrivaines et ces meurtres touchent la population autochtone en plein cœur...

    V.P.B : C’est en effet un sujet préoccupant que je vis de l’intérieur, en tant que femme et Cri. Ecrivain mais aussi peintre, je prépare d’ailleurs une exposition de dessins sur le thème de l’assassinat de ces femmes, « de rouge et de blanc ». Savoir qu’on est menacé constamment, sans savoir par qui, est angoissant pour toutes les femmes autochtones.

    O. T : Il y a quelques jours, un auteur de polars québécois m’a appelé pour me dire combien il avait aimé mon livre et me proposer d’écrire sur ce sujet. J’ai découvert là une actualité dont je n’étais pas conscient. Je m’intéresse beaucoup à ce qui se passe au Canada, à la politique d’Harper... car il y a un parallèle évident avec ce qui se vit en Laponie. Mais les Innus sont plus partie prenante que les Lapons à propos de ce qui se passe sur leurs terres. Les pays nordiques européens sont aussi plus respectueux de leurs peuples autochtones mais ces derniers se sentent plus dépossédés de leur terre et de leurs droits.

    E. W : On m’avait dressé un portrait noir des peuples autochtones, quand je suis arrivée il y a quatre ans. Et pas du tout. Les femmes autochtones sont fortes et se font entendre. Elles lèvent la tête. Elles militent et je leur donne ici un écho. Mon livre s’adresse aux autres, à ceux qui ne savent pas ce qu’elles vivent réellement et sont convaincus de savoir. Il faut avoir visité une réserve, un village autochtone pour se rendre compte de la précarité. Certains sont de vrais bidonvilles, abandonnés par le gouvernement. L’aide sociale est inadéquate et l’apathie médiatique renforce leur fragilité.
    Ce qui m’a le plus étonnée, c’est de découvrir que dans les manuels scolaires, il n’y a rien sur l’histoire de ces nations. J’ai juste trouvé une fois un petit encadré qui citait en exemple les pensionnats autochtones. Mais sait-on que ces enfants étaient enlevés à leur famille, à leurs racines pour être éduquer ? Pour devenir de parfaits petits Canadiens intégrés loin de leurs parents et de leur histoire indienne ? Pour faire évoluer la situation, le Canada doit regarder son passé en face et accepter la grande misère de ces peuples et l’apport nouveau de la jeunesse autochtone qui n’est pas celle des générations précédentes.

    V.P.B : Je connais le problème. Mes parents n’ont pas pu trouver leur place dans la société qu’on avait créée pour eux. Ils sont devenus alcooliques ainsi que l’une de mes sœurs. Je ne sais trop comment je suis devenue celle que je suis mais mon fils à son tour a sombré dans l’alcool et en est mort. Cela m’a marquée et m’interpelle. Je lutte pour casser cette fatalité. Heureusement, je vois vivre ma fille, je la vois éduquer ma petite-fille autrement, être forte et fière et j’ai espoir que les choses changent.

    N.K.F : Pour échapper à cette histoire de violence, je suis passée par une quête identitaire vers mes 16 ans. J’ai alors pris conscience de ma nature amérindienne. Je l’avais oubliée, enfuie. Et à 16 ans, j’ai voulu connaître notre Histoire.
    Dans mes livres scolaires, il y avait aussi un petit encadré. Il expliquait que les autochtones étaient violents parce qu’un jour, un blanc avait été tué lors d’un conflit qui opposait le peuple Mohawk et des blancs. En fait, des Blancs voulaient transformer un terrain appartenant aux Indiens, en terrain de golf. Mais ce terrain était un cimetière et les Mohawks ne voulaient pas le céder, ni le voir ainsi profané. L’article accusait les Indiens d’avoir tué un des promoteurs du projet. Ce n’est que récemment qu’on a fait toute la lumière et dévoilé que l’enquête avait démontré que c’était une balle perdue qui avait tué ce Blanc et qu’elle n’avait pas été tirée par un Indien. Mais à l’époque, on avait étouffé l’affaire.
    De même, dans les années 90, on a supprimé la culture amérindienne des radios et TV. J’ai grandi sans connaître ma culture. Ce n’est qu’après avoir vu un jour, un reportage qui parlait des pensionnats évoqués tout à l’heure que j’ai tout compris. Jusque là, les manuels semblaient dire que les amérindiens avaient disparus, qu’ils s’étaient volatilisés après l’arrivée de Colomb pour laisser les Blancs construire le Canada d’aujourd’hui. Aujourd’hui, je me sens responsable de mon histoire et je dois l’enseigner aux jeunes générations pour qu’elles trouvent l’espoir.

    O.T : J’habite en Europe du Nord depuis 20 ans et cela fait environ 20 ans que je m’intéresse aux familles du Nord. Les minorités n’y sont pas respectées, on ne ‘y intéresse pas. Cela m’a intrigué quand je l’ai compris et j’ai voulu savoir qui étaient les Samis, l’un des derniers peuples aborigènes du Grand Nord. Ils sont environ soixante mille aujourd’hui. C’est un peuple féru de chasse, de pêche, d’élevage et de transhumance de rennes. Mais au fil des siècles, ils ont vu se transformer leur réalité. J’ai passé du temps avec eux et surtout les éleveurs de rennes, de même qu’avec les plongeurs du Grand Nord, sacrifiés au profit du pétrole, parce que les consortiums pétroliers ne mettent pas en place la sécurité nécessaire. Après des années de quasi silence, les Samis brisent la glace depuis vingt ans en réinvestissant leurs traditions. Aujourd’hui, ils militent pour la sauvegarde de la nature, des terres de leurs ancêtres polluées par l’activité industrielle. Ils lancent des cris d’alarme au niveau international. Je me fais leur porte parole à travers mes romans.

     

     

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  • Salon du livre belge, Uccle 

    Pour la 12e fois, la Foire du livre belge avait lieu ce week-end à Uccle. Cette année, le thème était « le pouvoir » et a servi, comme d’habitude, de fil rouge aux rencontres avec les auteurs et dessinateurs invités à ce salon.
    D’horizons très différents, une soixantaine d’auteurs se sont déplacés pour présenter leurs publications et participer à des débats ou séances de dédicaces. Une occasion quasi unique de mettre en valeur des talents belges - aussi bien auteurs qu’éditeurs - et de se rendre compte des publications foisonnantes de notre pays en la matière.

    En visite ce dimanche, j’ai écouté avec intérêt l’intervention de Jacques Rifflet qui présentait son livre « L’islam dans tous ses états » et nous a expliqué les liens qu’Est et Ouest tissaient avec les pays du Moyen Orient, la plupart du temps pour des raisons économiques, ce qui les amène aussi à soutenir certains régimes non démocratiques. Laurence Van Yperseele nous a parlé des lettres de soldats de 14-18 qu’elle a récoltées et publiées en un recueil « Je serai fusillé demain ». Comme le titre l’indique, ces soldats allaient être fusillés quand ils ont écrit ces ultimes missives à leur famille. Outre l’émotion et les sentiments exprimés, ces lettres nous racontent les derniers moments de ces hommes et les raisons parfois surprenantes de leur arrestation et condamnation.

    Salon du livre belge, UccleSalon du livre belge, Uccle

    Georges Lebouc nous a parlé avec entrain de son ouvrage sur « Bruxelles occupée ou la vie quotidienne sous l’occupation allemande » qui évoque notamment l’attentat contre le bâtiment de la Gestapo avenue Louise. Attentat mené par un aviateur courageux et un peu kamikaze. Enfin, Evelyne Wilwerth nous a parlé avec tendresse de Bilal, Marlène, Raphaël... les personnages de son dernier recueil de nouvelles qui a pour décor le Bruxelles méconnu des ferrailleurs et déchetteries qui se pressent sur les rives du canal. Quatre rencontres-débats qui illustrent à elles seules la diversité de la littérature belge d’aujourd’hui.

    Salon du livre belge, Uccle
    Autre moment privilégié de ce salon, la longue discussion que j’ai partagée avec Valérie Cohen et Mathilde Alet, éditées toutes deux chez Luce Wilquin et dont les romans ont été chroniqués sur le blog. C’est toujours un plaisir de converser avec Valérie Cohen et ce le fut aussi de découvrir la jeune auteure de « Mon lapin », premier roman de Mathilde Alet. Un échange agréable et chaleureux à l’image de ces deux auteures.
    J’espère que cette 12e édition, organisée par la librairie La Licorne et portée par Tamara Demblon, ne sera pas la dernière. Libraire et auteurs méritent qu’on les soutienne et qu’on les encourage à persévérer dans cette belle aventure.

    Salon du livre belge, UccleSalon du livre belge, Uccle

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    Rencontre avec Geneviève Damas, Aurélia Jane LEE et Mélanie CHAPPUIS.

    Ce mardi, ma librairie recevait Luce Wilquin, l’éditrice, et trois de ses jeunes auteures : Geneviève Damas, Mélanie Chappuis et Aurélia Jane Lee. L’occasion de présenter ces trois écrivains aux clients de la librairie qui ne les connaitraient pas encore et de parler avec elles d’écriture et d’inspiration.

    Vous avez chacune écrit des nouvelles et des romans. Qu’est-ce qui vous fait choisir l’un plutôt que l’autre ?

    MC :     Je publie des chroniques, pas vraiment des nouvelles, pour le journal suisse « Le Temps ». Chaque mardi, je me mets « Dans la tête de... » et j’imagine ce qu’une personnalité pourrait dire de l’actualité. Que ce soit Nicolas Sarkozy, Nabila, Grâce de Monaco...

    GD :    J’ai commencé par rédiger des nouvelles avant d’arriver au roman. Une nouvelle, c’est direct, comme un travelling avant. On montre un sujet et on laisse faire le lecteur, on le laisse imaginer la suite, réfléchir... Avec le roman, on accompagne le lecteur.

    AJL :    Dans mes écrits, j’aime jouer sur le rapport rêve-réalité et balader le lecteur entre les deux. Dans une nouvelle, on peut moins en jouer. L’art de la chute est plus difficile.

    A propos de vos recueils de nouvelles, un thème revient dans chacun, sert de fil rouge aux nouvelles. Aurélia, pourquoi « l’amour et ses à côtés » chez toi ?

    AJL :    J’avais envie d’écrire sur l’amour mais il y a tellement de situations où ce n’est pas vraiment de l’amour mais qui valent quand même la peine d’en parler. Tous les chemins que nous empruntons nous approchent de l’amour mais on met parfois du temps à le découvrir. Il y a aussi beaucoup de charme dans l’ébauche d’une relation, dans le rêve d’un amour idéal... J’avais envie de parler de tout ça.

               Commences-tu à écrire la fin ou le début ?

    Par le début mais je sais où je vais, je sais vers quelle fin je me dirige. Je sais que je vais mener le lecteur en

    bateau pour y arriver. Dans un roman par contre, je peux me laisser surprendre par la fin.

    GD :    Les nouvelles de mon recueil se sont échelonnées dans le temps puisqu’elles ont été écrites entre 2006 et 2013. Il n’y avait pas de thèmes annoncés mais à la relecture avec Luce, nous nous sommes rendu compte qu’il y avait un lien. J’ai perçu que dans chacune, je développais ce moment où tout bascule, où tout change. J’aime bien les gens et les histoires qui sortent des rails.

    MC :    Les chroniques sont rarement écrites par des écrivains, la plupart du temps, ce sont des journalistes qui les rédigent. Je me documente beaucoup avant de les écrire. Ce week-end, j’ai lu beaucoup de biographies et d’articles sur Grâce Kelly car je voulais la faire parler du film qui vient de sortir et je tenais à être exacte. Je ne les fais pas relire par les personnalités mais certains m’ont écrit en réagissant très positivement comme Alain Delon ou Nabila. Souvent les critiques viennent du public et non des personnes elles-mêmes. Mes chroniques sont assez politiques ; je me moque mais c’est toujours gentiment. Ce n’est pas mon avis que je donne mais celui de la personnalité que j’imagine réagir de telle ou telle façon. Je parle de ce qui me brûle de ce que j’ai envie de partager.

     Rencontre avec Geneviève Damas, Aurélia Jane LEE et Mélanie CHAPPUIS.

     

    Geneviève, dans « Si tu passes la rivière » le titre est-il une menace ou un espoir ?

    GD :    Ce sont les deux à la suite l’une de l’autre. Dans de nombreux mythes (le paradis perdu, Barbe Bleu) on voit que l’homme se construit contre un interdit puis qu’à un moment le besoin de savoir est le plus fort. Au départ, l’interdit fait peur mais vient ensuite le moment où la peur doit être transcendée pour aller vers la connaissance.

               Mon roman est un peu construit comme un roman policier. J’adore qu’un livre soit construit par dévoilement progressif. François parvient à la sublimation au fil du temps, à l’abstraction. Une fois qu’il sait lire, il devient capable d’appréhender le monde et sa solitude se peuple d’amis découverts dans les romans. On n’est jamais seul avec la littérature.

               La rivière, c’est l’arbre de la connaissance.

    « L’arbre à songes » est une grande histoire d’amour. Y a-t-il un prix à payer pour vivre cet amour ?

    AJL :    C’est la question que je me suis posée. Ce n’est pas si évident que l’amour entre Sauvane et Abel soit réussi. Ils ont pourtant tout pour mais... L’amour a besoin de nourriture pour s’épanouir or ils vivent en reclus, isolés. Amour et solitude ne vont pas l’un sans l’autre cependant. Un couple a besoin de s’isoler et chacun dans le couple a besoin d’un peu d’espace à lui. Abel est, semble, le plus seul des deux.
    La nature joue un rôle important. L’arbre est une des clés du roman. Sauvane dit qu’il réalise les rêves, Abel n’y croit pas trop. Jusqu’à ce que... Il y a quatre personnes dans l’histoire et un 5e personnage : le jardin. Il a un rôle prépondérant. Et alors l’arbre devient symbole de résurrection.

     

    Dans « Maculée conception » Marie est mise en scène. C’est difficile de s’attaquer à un tel personnage.

    MC :    Cela ne m’a pas gênée. Elle s’est imposée comme une belle histoire de maternité. J’ai beaucoup travaillé sur ce livre. Je me suis documentée. Historienne de formation, j’ai écrit plusieurs scènes avec un égyptologue car cette partie de leur vie en Egypte est méconnue. Marie va rencontrer des thérapeutes, ces thérapeutes ont vraiment existé. En choisissant le personnage de Marie, je voulais voir ce qu’il y avait derrière l’icône. Comme en Suisse, la majeure partie ce sont des protestants, le livre a été bien accueilli. Il n’a pas causé de remous. Je ne cherchais pas à bousculer les dogmes mais à parler de féminité et de maternité à travers un personnage qui est LA représentation de la maternité.

     

    Mélanie Chappuis nous lit alors des extraits de son roman, entrecoupés par des morceaux joués au violoncelle par Céline Chappuis, sa cousine. Un moment d'une réelle beauté.

    La voix douce et chaude de Mélanie Chappuis m’emporte sur les pas de Maryam et je me rends compte qu’elle me parle d’un personnage bien différent de celui que j’ai rencontré dans ma lecture. Je n’ai pas mis le même ton dans sa voix et Maryam m’est apparue toute autre. Un roman à côté duquel je suis vraiment passée.

     

    Rencontre avec Geneviève Damas, Aurélia Jane LEE et Mélanie CHAPPUIS.Rencontre avec Geneviève Damas, Aurélia Jane LEE et Mélanie CHAPPUIS.

     

     

     

     

     

     

     

     

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  •  La guerre en mots et en dessinsLa guerre en mots et en dessins

    Une semaine après la Foire du Livre de Bruxelles, il est temps de mettre de l’ordre dans mes notes et mes souvenirs. Les rencontres-débats auxquelles j’ai assisté sur la Grande Guerre ont été riches en enseignement de toute sorte. L’article qui suit tente de rendre compte, le plus précisément possible, de l’une d’elles. 

    Dès la déclaration de guerre, de nombreuses productions littéraires ont vu le jour. Jamais une guerre n’avait alors suscité une telle quantité de littérature. Il faut dire qu’avant l’embrasement de l’Europe, de nombreux écrivains avaient alimenté le feu, en exaltant le nationalisme et le patriotisme comme Maurice Barrès par exemple. Les premières productions ont donc pris la forme de romans nationalistes et confiants. Puis vers 1917, une littérature pacifiste émergea avec Giono et Werth notamment et cela durera longtemps dans le siècle. On ne peut imaginer aujourd’hui une œuvre sur cette guerre qui ne montrerait pas son côté absurde. 


    Témoignage ou fiction ?

    Ce sont deux enjeux différents. Si les écrivains établis veulent garder leur statut, les « nouveaux » vont se servir de ce conflit pour émerger (Roland Dorgelès). Ces nouvelles plumes sensées décrire la réalité des tranchées et des combattants feront appel aux anciens combattants pour authentifier leurs propos. Sont-ils des écrivains fiables ?
    L’activité littéraire dans les tranchées est telle (le courrier étant un moyen de garder le moral et le contact avec la famille) que dès la fin de 1914 on crée un bulletin des écrivains où paraissent chaque mois des récits sensés êtres rédigés au front. Certains articles sont aussi des sortes de commandes sociales pour la presse, des reportages bidon, cette pression a fait rédiger à certains, de petits fascicules, romans ou nouvelles sur des sujets précis.
    Les auteurs qui cherchent à témoigner au début de la guerre ne deviennent pas célèbres car ces écrits ne sont pas alors considérés comme de la littérature.
    Des points de vue divergents et compliqués vont alors s’opposer, certains jugeant que la littérature de guerre doit uniquement témoigner et donc relater des faits rigoureusement exacts. (comme chez Genevoix)  D’autres affirmant qu’un écrivain peut articuler un discours littéraire en transformant ce qu’il a réellement vécu. 

    De son côté, la littérature allemande est symptomatique. Les auteurs allemands, occupés en Belgique, peuvent changer de point de vue en cours de route. Ce sera le cas de Gottfried Benn, médecin militaire qui légitime la guerre tout en en étant profondément dégoûté. Il publie des textes proposant ces deux points de vue différents. A partir de 1922, les auteurs allemands veulent surtout écrire le traumatisme. 

    Côté anglais, ce sont essentiellement les auteurs pacifistes que l’on a retenu et les poètes des tranchées comme Siegfried Sassoon et Wilfred Owen qui ont influencé la mémoire collective. Ils deviennent même des personnages de fiction à leur tour. 

    En France, les écrivains de guerre n’ont jamais été intégrés à la « grande littérature ». On les enseignait juste pour le côté patriotique. On considérait qu’il valait mieux lire Proust ou Céline. D’ailleurs leurs noms sont quasi restés dans l’oubli.

    De même en Allemagne, où la littérature pacifiste est minoritaire et n’a pas duré longtemps. Là, la littérature nationaliste et patriotique est la principale, comme celle d’Ernst Jünger.

     

    Que pensent les Anciens Combattants de cette littérature ?

    Nos Anciens Combattants ont surtout retenu les poètes et écrivains parus dans la revue « La Renaissance d’Occident », dirigée par Maurice Gauchez ou « La Revue Nationale » de Robert Merget. Ces revues avaient un souci d’intéresser le lecteur et d’être précis. On retiendra surtout « Jusqu’à l’Yser » de Max Deauville qui a « établi un tableau objectif de ce qu’un témoin des grands événements peut voir. » Tenant un carnet de route, notant les faits et décrivant les paysages et impressions, sans y ajouter de commentaires ou interprétations. 

    Chez les anglophones, les vétérans ne voyaient pas leur expérience comme racontée dans les livres, qui se limitent souvent à la vie des tranchées. Pour eux, la Guerre c’était aussi la camaraderie, la défense du pays et de la liberté, l’engagement… Valeurs souvent absentes des livres de l’époque.

     

    Qu’en est-il de la littérature contemporaine ?

    Xavier Hanotte : ma fascination, c’est le conflit. Il accélère tout ce qui est humain et inhumain dans l’homme. Le conflit est romanesque.
    Je suis également perméable au génie du lieu. J’ai été fasciné par le paysage entre Ypres et la Somme. L’organisation de l’espace, du souvenir, la vibration des lieux et des temps… cela m’a permis de rentrer dans ce conflit à reculons, par un paysage, par les hommes ensuite. Je regrette les récits cérébraux désincarnés. J’aime les émotions, les récits incarnés.
    « Derrière la colline » est un récit à la fois historique et intime. 

    Le fait d’avoir grandi dans une région martyr, le souvenir perpétué par les aïeux… incitent aussi les écrivains d’aujourd’hui à raconter le conflit. Mais on peut aussi y ajouter la proximité des hommes durant cette guerre de position qui favorisent les récits relationnels et le besoin de montrer comment ce conflit détermina la suite du 20e siècle. 

    Claude Renard : « Les anges de Mons » est un roman graphique que j’ai réalisé avec Xavier Hanotte. La Fondation Mons 2015 lui a commandé ce récit inspiré d’une légende et je l’ai illustré. Il s’inspire de la Légende des Anges apparus aux soldats anglais avant la Bataille de Mons en août 1914. Alors qu’ils étaient inférieurs en nombre face aux Allemands, des anges seraient apparus dans le ciel du 23 août 1914 les aidant à repousser l’attaque avant de battre en retraite en limitant les pertes. J’ai réinterprété ces visions des soldats anglais. L’expression « Mons Angels » est restée en anglais et signifie une aide providentiel, tombée du ciel. La ville de Mons est très importante pour les Anglais car c’est là que sont tombés le premier et le dernier soldat anglais victimes de ce conflit.

    La guerre en mots et en dessins La guerre en mots et en dessinsLa guerre en mots et en dessins

     

    Ajoutons aussi la série "Fritz Haber" de D.Vandermeulen, dont je ne parle pas ici.

    De gauche à droite, Hubert Roland, Xavier Hanotte, P.Schoentjes (Univ.Gand), Philippe Beck (UCL), David Vandermeulen, Virginie Renard (UCL), Joseph Duhamel, Claude Renard.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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  • Valérie COHEN

    Ce jeudi, Valérie Cohen était l’invitée de ma librairie. Interviewée par une jeune professeur de littérature, elle venait présenter son roman « Alice et l’homme-perle » paru en janvier aux éditions Luce Wilquin.
    Roman d’amour, d’amitié, de vie et de vieillesse, il nous conte la vie de sexagénaires pétillants, bien décidés à profiter de la vie. 

    Valérie Cohen considère la soixantaine comme une période de vie intense. Pour elle, on est vieux le jour où l’on abandonne ses rêves. Et son personnage, Alice, est une incorrigible rêveuse.

     

    On sent une vraie tendresse lorsqu’elle parle de ses personnages. Les sexagénaires d’aujourd’hui  n’étant plus du tout ceux d’hier. Ils sont actifs, énergiques, ont un rapport au corps, au désir, à la vie que n’avaient pas nos grands-parents. Les magazines pour seniors l’ont bien compris même s’il existe une vraie dichotomie entre les articles parlant de voyages et de sexe et les publicités pour les sièges Stana, les vitamines ou les chaises pour baignoire. 
    Valérie COHEN

     

    Valérie Cohen a réussi à créer une ambiance chaleureuse et joyeuse lors de cette rencontre, exactement comme dans son livre. Parmi la trentaine de personnes venues l’écouter, un peu plus de la moitié avait lu son roman et l’avait aimé, hommes ou femmes. Une belle unanimité.

    Si vous souhaitez faire sa connaissance, rendez-vous sur son site www.valeriecohen.be

     

     

     

     

     

     






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  •  Brigitte SMAJDA au Club adosBrigitte Smajda était l’invitée du club ados hier soir.
    Tunisienne, venue habiter en France à 8 ans, à la mort de son papa, elle est aujourd’hui professeur de littérature, écrivain et éditrice à l’Ecole des Loisirs, pour la section théâtre.
    Je l’ai trouvée très dynamique, drôle et passionnée par ses métiers. Elle parle de tous avec beaucoup d’enthousiasme. Elle a expliqué ce qu’est le rôle d’une éditrice, comment on choisit les manuscrits qui seront publiés, comment on travaille avec les auteurs…

    Romane, du club ados, a introduit l’écrivain Brigitte Smajda en lisant un texte écrit par les grands ados. Un texte sous la forme d’un lipogramme reprenant certains titres de ses livres. J’ai découvert ce qu’était l’Oulipo et les lipogrammes.

    Brigitte Smajda a écrit six livres pour adultes chez Actes Sud et une quarantaine de romans pour enfants et adolescents. Ils sont presque tous parus à l’Ecole des Loisirs. Elle s’inspire souvent de sa vie ou d’anecdotes vécues en classe pour trouver l’idée de ses romans. Elle nous a parlé longuement de son oncle Jo, le héros du « Cabanon de l’oncle Jo », un oncle qu’elle adorait et qui était silencieux. Une qualité rare chez les méditerranéens selon elle. Il vivait en HLM et avait eu l’idée de créer un jardin ouvrier sur le terrain vague au pied de son HLM. Il a été imité par d’autres habitants et ils se rassemblaient pour jardiner, parler, manger ensemble. C’est le sujet de son livre.Brigitte SMAJDA au Club ados

    Elle nous a aussi raconté la naissance de « J’ai hâte de vieillir » et des 6 autres livres de cette série qui met en scène Marie et Samuel. Et nous a parlé de « Il faut sauver Saïd » qui mêle des souvenirs personnels et des souvenirs de ses élèves. C’est un roman qui a reçu de nombreux prix et qu’elle aime particulièrement.

    J’ai vraiment aimé rencontrer cet écrivain et l’écouter parler. Elle a une voix chaude et grave et met à l’aise. Elle est sympathique et passionnée. C’était génial.

     

     

     

    Brigitte SMAJDA au Club ados

     

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  • Du 9 au 13 octobre a lieu « La Fureur de lire ». Cette manifestation qui existe depuis plus de vingt ans a pour objectif de valoriser les potentialités de la lecture ainsi que tous les acteurs de la chaine du livre : auteurs, éditeurs, libraires et bibliothécaires.

    Dans le cadre de cette manifestation, la librairie Pax recevait cette semaine Léonor de Récondo, auteure de Pietra Viva.

    Léonor DE RECONDO  

    Violoniste baroque, ayant débuté à 5 ans, elle écrit son premier roman en 2010.
    Ce troisième roman est un des grands succès de la rentrée. Il met en scène Michel Ange. Nous sommes en 1505 et il a trente ans. Jules II vient d’être élu Pape. Artiste reconnu, Michel Ange sera appelé à réaliser son tombeau. Il part donc pour Carrare, chercher le marbre nécessaire à ce dernier.

    Pourquoi avoir choisi d’écrire un roman autour de Michel Ange ?

    La littérature foisonne d’ouvrages sur Michel Ange. Mais il me parlait parce qu’il allait lui-même sur place, à Carrare pour choisir ses marbres. Il se confrontait à la matière, à la montagne.
    A l’époque, le terme artiste n’était pas usité, on parlait plutôt d’artisan. On commençait en bas de l’échelle, on apprenait le métier et on montait lentement les échelons de la hiérarchie. On servait un maitre, parfois  toute sa vie, préparant le travail, les toiles ou les sculptures pour le maître. Michel Ange a une vision de l’art bien différente. Il a forgé une autre vision de l’artiste, celle de quelqu’un qui avait quelque chose à dire, à exprimer à travers ses œuvres
    Il est resté dans la mémoire collective comme l’Artiste avec un grand A.

    Beaucoup de faits évoqués dans votre roman sont avérés par la correspondance de Michel Ange et ses biographes. Comment arrive-t-on à faire la part des choses entre la réalité et la fiction quand on écrit ?

    J’ai écrit ce livre parce que mon père est sculpteur et que j’ai passé beaucoup de temps dans les carrières de Carrare, un lieu magique et magnifique. Nous y allions en vacances et le café où nous aimions prendre un verre s’appelait « Le Michel Ange ». J
    Michel Ange a visité les mêmes lieux, est allé à Carrare où il est resté six mois, vivant au rythme de la carrière. Il s’est confronté à la matière, à la rudesse du travail des carriers. C’était important pour moi.

    J’ai commencé par lire les biographies qui ont été rédigées de son vivant. C’est assez rare pour le souligner. Puis je me suis attaquée aux écrits postérieurs puis aux livres consacrés aux techniques de travail du marbre. Je me suis ensuite plongée dans l’écriture. Mais je ne suis pas historienne. Mon chemin est avant tout romanesque et fictionnel.
    Plusieurs faits sont vrais mais ce qui m’intéresse, c’est davantage ce qui s’est passé en lui, ce que son voyage a changé. Il est parti abattu par la mort du jeune moine Andrea. Il passe ses soirées en solitaire, puis au fils des jours, il se laisse approcher, toucher. Pourquoi a-t-il changé de regard sur la vie, l’art, les autres ?

    Y a-t-il un lien entre le violon et l’écriture ?

    Je ne peux pas écrire en musique, cela me distrait. Quand j’écris, je mets des boules quies. J Pourtant ces deux activités sont en moi, cohabitent.
    J’aime le lien que la musique me procure avec les spectateurs lors des concerts. Après des heures de répétitions solitaires, il y a le travail d’équipe avec l’orchestre puis la rencontre avec le public.  Il n’y a pas ce partage dans l’écriture qui est un acte solitaire. D’un autre côté, la musique est cadrée, codée, il y a des temps, des pauses, des accords à respecter, de la rigueur. L’écriture, elle, me donne une vraie liberté.

    J’écris parce que j’ai adoré lire. Ouvrir un livre et entrer dans son univers, c’est magique, unique. Je lis tout azimut et ne me sens pas d’une école particulière en écriture. J’essaie de ne pas tout maitriser. Je veux avant tout rester dans l’émotion.


    Il m'a été permis de rencontrer une femme d'exception, intelligente, douce et simple. Un moment de plaisir, suspendu dans le temps...

     

     

     

     

     

     

     

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